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Comment lutter contre l’afflux d’images à caractère sexuel produites par des enfants ?

Déclaration commune de la baronne Doreen E. Massey (Royaume-Uni, SOC), Rapporteure de l’APCE sur la « Lutte contre la violence sexuelle à l'égard des enfants : renforcer l'action et la coopération en Europe » et de Dimitri Houbron (France, ADLE), Rapporteur de l’APCE sur « Pour une évaluation des moyens et des dispositifs luttant contre l'exposition des enfants aux contenus pornographiques », à l’occasion de la Journée européenne pour la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels (18 novembre) :

« Aujourd’hui, à l’occasion de cette Journée, nous appelons tous les parlements à accorder une haute priorité à la question de la lutte contre l’utilisation préjudiciable des images et vidéos à caractère sexuel autoproduites par des enfants.

Il est inquiétant de constater que plus d’un tiers des contenus en ligne d’abus sexuels commis sur des enfants sont « autoproduits ». Des photos et des vidéos qui sont réalisées à usage privé sont partagées par d’autres personnes, utilisées à des fins de cyberharcèlement, de sextorsion (extorsion à partir d’images à caractère sexuel) et de « vengeance pornographique » (utilisation non désirée d’images à caractère sexuel par d’anciens partenaires) et finissent sur des sites internet comme Pornhub, qui est l’un des plus gros sites pornographiques au monde.

Dans le contexte de la pandémie de covid-19, comme les enfants passent de plus en plus de temps en ligne, le nombre d’images de ce type sur internet a explosé. Europol fournit des éclairages utiles à ce sujet dans son rapport Exploiting isolation: Offenders and victims of online child sexual abuse during the COVID-19 pandemic (en anglais seulement).

Comment pouvons-nous lutter contre l’afflux d’images à caractère sexuel produites par des enfants ? Premièrement, la législation doit être revue. Les lignes directrices de l’ONU font des suggestions sur la manière dont les États devraient aborder le nombre croissant d’images/vidéos sexuellement explicites produites par les enfants eux-mêmes. Les enfants ne devraient jamais être tenus pour responsables du partage de ces matériels.

Nous devons faire face au problème de l’hypersexualisation des enfants. Un programme gratuit en ligne pour les parents d’adolescents géré par l’ONG « Culture Reframed » guide les parents sur la manière de construire la résilience et la résistance des adolescents face à une culture hypersexualisée et les aide à comprendre les conséquences de la pornographie, qui est devenue facilement accessible aux enfants au cours des dernières décennies (l’âge moyen de la première exposition à la pornographie se situe entre 9 et 11 ans). Introduire de véritables procédures de vérification de l’âge et les renforcer peut aider dans une certaine mesure à résoudre ce problème.

Il faut sensibiliser les enfants aux dangers potentiels du partage d’images à caractère sexuel, que ce soit grâce à l’éducation, à des campagnes de sensibilisation ou à des discussions avec les parents ou amis. En Suisse, la fondation Pro Juventute a produit une courte vidéo (voir ci-dessous) pour alerter les enfants et les adolescents aux éventuelles conséquences du partage d’images à caractère sexuel. 

Les enfants doivent pouvoir bénéficier d’une aide facilement accessible. Dans le cadre de notre contribution à la Journée européenne, nous avons dressé une liste de lignes d’assistance dans les États membres du Conseil de l’Europe. Nous remercions les pays qui ont déjà répondu à notre appel et continuerons à mettre à jour cette liste dans les mois à venir.

Le dernier cycle de suivi du Comité de Lanzarote de notre Organisation, qui supervise la convention du Conseil de l'Europe sur la protection des enfants contre l'exploitation sexuelle, est dédié à la question de la production et du partage d’images en ligne par les enfants, ainsi qu’aux mesures nationales mises en place pour protéger les mineurs contre l’exploitation criminelle de ce type de contenu. Nous encourageons tous les parlements à étudier les exemples de bonnes pratiques, ainsi que les conclusions et recommandations du Comité de Lanzarote, et à prendre des mesures pour s’attaquer au problème des images et vidéos à caractère sexuel autoproduites.

Nous devons reconnaître qu’il s’agit d’un problème très répandu et qu’un nombre croissant de jeunes enfants est touché. L’utilisation non désirée d’images et vidéos à caractère sexuel a des conséquences néfastes à long terme sur les enfants concernés, en particulier la dépression, l’automutilation et le suicide. Nous devons trouver les moyens de lutter contre ce phénomène inquiétant afin de réduire les dommages causés au bien-être des enfants et d’aider les enfants à devenir plus résilients. À cette fin, nous devons briser les tabous et parler ouvertement de ce problème.

Chaque enfant a besoin d’être protégé et aidé. Nous devons tous savoir à quel moment cette aide est nécessaire et comment elle peut être apportée.

Rejoignez-nous dans notre action de sensibilisation sur l’utilisation préjudiciable des images et vidéos à caractère sexuel autoproduites par des enfants. Que ce soit par un tweet, une interview, une audition parlementaire ou une nouvelle loi – chaque action compte. Faites passer le mot à propos de la Journée pour la protection des enfants contre les abus sexuels, le 18 novembre, parlez-en autour de vous. »

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Crédit photo: Fondation Pro Juventute, Suisse.