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Sensibiliser l’opinion au problème de l’infiltration de la police et de l'armée par le racisme et l’extrémisme de droite, et identifier les moyens d’y remédier

« Des centaines de cas d'infiltration des forces de l'ordre et de l'armée par des personnes racistes et d'extrême droite ont été signalés ces dernières années et ont récemment fait l'objet d'enquêtes par des médias français et allemands », a déclaré aujourd'hui Momodou Malcolm Jallow (Suède, GUE), rapporteur général de l'APCE sur la lutte contre le racisme et l’intolérance, et Coordinateur de l’Alliance parlementaire contre la haine, à l'ouverture d'un webinaire sur cette question. « Cette tendance appelle des contre-mesures appropriées », a-t-il déclaré, précisant les deux objectifs du webinaire : sensibiliser à la situation et identifier les moyens d'y remédier et les mesures à mettre en place.

« Les forces de l'ordre et l'armée font partie de l'État et doivent jouer leur rôle dans le fonctionnement des institutions démocratiques. Elles doivent protéger l'État de droit et les droits humains pour tous », a-t-il souligné. Il a ajouté que la portée du webinaire était plus large, car la police, par exemple, sous-traitait ses activités à des sociétés privées.

« Nous avons assisté à une augmentation significative de l'extrémisme d'extrême droite au cours des dernières années, une menace qui ne cesse de croître, qui évolue rapidement et devient plus complexe », a souligné Sara Khan, Commissaire en charge de la lutte contre l'extrémisme au Royaume-Uni. Selon elle, qu'il s'agisse de l'infiltration dans l'armée, la police, les partis politiques ou les institutions démocratiques, il faut s'attaquer au problème de fond. « Le problème qui doit être résolu en fin de compte est la diffusion active du discours et de l'idéologie d'extrême droite, en comprenant les raisons de son attrait dans certaines parties de la population, et en déterminant la manière dont nous la combattons », a-t-elle souligné.

« Il est important que la loi soit ferme contre les délinquants, les organisations et les individus extrémistes persistants qui jouent un rôle de premier plan et influent dans la diffusion des discours d'extrême droite, et qui organisent, propagent et recrutent », a-t-elle ajouté. Elle estime également que l'éducation est essentielle et contribue à renforcer la résilience de la société, en immunisant les gens contre la rhétorique extrémiste.

Rebekah Delsol, Responsable de programmes à l’Open Society Justice Initiative, estime que ces comportements dans la police ne sont pas seulement le résultat de préjugés individuels mais aussi de racisme structurel. « Ces attitudes sont généralement présentées comme des préjugés individuels ; mais c'est aussi le racisme structurel au sein des institutions policières qui rend ce comportement possible. Dans de nombreux cas, les opinions et les activités racistes de ces policiers sont connues au sein de leurs services, mais ce n'est que si elles sont dénoncées et déclenchent des scandales publics que des mesures sont prises, et cela implique rarement un licenciement disciplinaire », a-t-elle déclaré.

Dans ce contexte, Mme Delsol a recommandé de renforcer la formation anti-discrimination de la police et de recruter plus largement des agents issus de minorités ethniques, ainsi que d'adopter des normes nationales strictes interdisant le racisme individuel et structurel. « La loi doit être strictement appliquée par le biais de plans d'action ciblés et de sanctions claires et décisives dans les cas de racisme. La collecte de données ethniques est essentielle à cet égard pour surveiller et traiter les disparités raciales, ainsi que des organes de contrôle indépendants et des mécanismes de plainte », a-t-elle souligné.

« Récemment, nous avons eu en France plusieurs cas d'actions violentes menées contre des personnes appartenant à des minorités par des policiers », a déclaré Jean-Claude Vullierme, ancien Commissaire Divisionnaire de police de la police nationale française. Il a reconnu que le racisme dans la police française était « un racisme ordinaire ou occasionnel », qui ne provenait pas nécessairement d'une idéologie politique mais plutôt transmis de génération en génération.

M. Vullierme estime que le problème de la violence découle d'une autre raison, à savoir le manque de formation de base a appropriée et le sentiment d'impuissance qui l'accompagne, lorsque les forces de police sont confrontées à des situations qu'elles ne peuvent maîtriser, et a préconisé des pistes d'action dans trois domaines : le recrutement (amélioration de l'analyse de la motivation et du profil des candidats), la formation (refonte des programmes mettant l'accent sur les principaux objectifs d'un service de police) et le contrôle (création d'un organe disciplinaire indépendant chargé de traiter toutes les affaires dans lesquelles les agents des forces de l'ordre sont impliqués, comme au Danemark).