13/10/2022 Culture, science, éducation et médias | Questions sociales, santé et développement durable
Les participant.e.s à une audition publique de l'APCE sur les droits des travailleurs au Qatar, qui s'est tenue un mois seulement avant le coup d'envoi de la Coupe du monde 2022, ont convenu que les réformes introduites à la suite du tournoi ont entraîné des améliorations significatives pour les travailleurs du pays – mais qu'il reste encore beaucoup à faire.
L'audition, organisée conjointement par les Commissions de la culture et des affaires sociales de l'APCE, fait suite à une résolution adoptée par l'Assemblée en janvier 2022, qui énonçait une série de recommandations de grande envergure visant à placer les droits humains au cœur du football mondial, notamment en demandant aux soumissionnaires de grands événements sportifs de respecter les normes fondamentales en matière de droits humains.
Lord George Foulkes (Royaume-Uni, SOC), rapporteur sur le sujet, a introduit l'audition en rappelant les milliers de blessures et d'accidents du travail survenus au Qatar depuis l'attribution de la Coupe. De « réels progrès » ont été réalisés, mais la situation reste préoccupante, a-t-il déclaré.
Mahmoud Qutub, Conseiller principal du Comité suprême pour la réalisation et l'héritage du Qatar, s'exprimant par vidéo depuis Doha, a déclaré que les droits du travail au Qatar avaient évolué de manière significative pour le mieux, mais qu'ils devaient maintenant être "appliqués de manière cohérente et diligente". Il a souligné les nouvelles procédures de recrutement éthique, l'accès des travailleurs aux voies de recours et les mesures prises pour améliorer la santé et la sécurité, notamment les examens de santé pour tous les travailleurs et des "combinaisons réfrigérantes" révolutionnaires. "Des défis restent à relever, mais il n'y a pas de ligne d'arrivée à ce travail", a-t-il souligné.
Alasdair Bell, Secrétaire général adjoint de la FIFA, a déclaré que le tournoi était "le premier grand événement sportif de l'histoire à laisser un héritage positif durable en termes de droits de l'homme et de droits du travail". Il y a eu "des progrès réels et tangibles, qui ont affecté la vie de centaines de milliers de personnes". Si la Coupe du monde a été un catalyseur de changement, il est important que ces changements perdurent "une fois les projecteurs éteints".
Lise Klaveness, Présidente de la Fédération norvégienne de football, a déclaré que la décision d'attribuer la Coupe au Qatar avait été prise "d'une manière inacceptable, avec des conséquences inacceptables", mais que des mesures avaient été prises dans la bonne direction depuis lors. Elle a évoqué "les éléphants dans la pièce", des questions qui n'ont pas fait l'objet de beaucoup de discussions, comme l'absence d'enquêtes sur les décès inexpliqués, et ce qu'elle a appelé la "hantise" des homosexuels au Qatar, où les relations entre personnes de même sexe sont criminalisées. La sécurité des personnes LGBTQI+ devrait être une "exigence non négociable" pour tous les soumissionnaires de la Coupe, a-t-elle déclaré.
Max Tunon, Chef du bureau de l'Organisation internationale du travail (OIT) à Doha, qui s'est également exprimé à distance, a déclaré que des progrès significatifs avaient été accomplis, mais qu'il y avait "encore beaucoup de travail à faire". Il a évoqué de nouvelles lois sur les droits du travail, des tribunaux du travail, un fonds pour les travailleurs qui verse des indemnités, des représentants élus des travailleurs migrants et un dialogue avec les organismes de défense des droits de l'homme. Ces changements ne sont pas seulement "sur le papier", a-t-il dit, mais il y a encore des lacunes dans la conformité.
Dietmar Schäfers, de l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), une fédération syndicale mondiale, a décrit le travail que son organisation a effectué depuis 2013 avec les organisateurs du tournoi qatari. Les inspections des sites de la Coupe du monde, par exemple, avaient été effectuées de "manière exemplaire", mais cela ne s'appliquait pas à d'autres sites sans rapport avec le tournoi. "Y a-t-il un effet de retombée dans le reste du pays ? Dans une certaine mesure, oui."
Bjørn Berge, Secrétaire général adjoint du Conseil de l'Europe, a déclaré que la transparence et l'ouverture étaient essentielles pour tous les pays accueillant de grands événements sportifs. Si le Qatar a fait des avancées importantes en matière de droits du travail, la situation des travailleurs reste préoccupante. Le respect des normes internationales devrait être "une condition préalable pour être un candidat crédible, et non un objectif à atteindre" après l'attribution d'un tournoi, a-t-il souligné. La vision du Conseil de l'Europe est celle d'une société où les droits de l'homme et la bonne gouvernance sont pleinement intégrés dans le sport.