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Les élections législatives bulgares ont été concurrentielles et bien gérées, mais les changements fréquents du cadre juridique ont créé des difficultés, selon les observateurs internationaux

Les élections législatives anticipées du 2 avril en Bulgarie ont été concurrentielles et bien gérées mais, bien que le cadre juridique soit adéquat pour organiser des élections démocratiques, des changements fréquents érodent la confiance, nuisent à l'efficacité et rendent difficile de se préparer en temps voulu, ont déclaré les observateurs internationaux dans un communiqué. En particulier, des amendements controversés qui ont réduit l'utilisation des machines à voter ont ravivé les inquiétudes concernant le secret et l'intégrité du scrutin et l'influence indue sur les électeurs issus de communautés socialement vulnérables, indique le communiqué.

« En votant pour la cinquième fois en deux ans, les citoyens bulgares ont, malgré la fatigue électorale, exprimé leur volonté politique », a affirmé Andrej Hunko, chef de la délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. « Ils attendent désormais de leurs élus qu'ils trouvent les compromis politiques nécessaires pour former un gouvernement et répondre aux besoins de la population. Ce serait un premier pas vers le rétablissement de la confiance dans les institutions politiques, à tous les niveaux, ce qui est essentiel dans une société démocratique. »

Les nombreux candidats ont pu faire campagne librement et les libertés fondamentales ont été respectées, même si la tenue de cinq élections législatives sur une période aussi courte a contribué à lasser les électeurs. En dépit d'une couverture médiatique diversifiée et étendue qui a présenté aux électeurs une pluralité de points de vue, les médias sont restés vulnérables aux influences des milieux politiques et économiques, ce qui a limité l’expression de critiques, ont constaté les observateurs.

« La possibilité de faire campagne librement et le respect des libertés fondamentales ont généralement permis aux électeurs de faire leur choix politique, mais les recommandations précédentes concernant les médias, notamment la dépénalisation de la diffamation et le renforcement des garanties de l'indépendance des journalistes, n'ont pas été prises en compte », a déclaré Tana de Zulueta, cheffe de la mission d'observation électorale du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l'OSCE. « Les changements fréquents, et surtout tardifs, apportés aux lois, règlements et procédures ont créé des inquiétudes et des incertitudes qui semblent avoir entraîné les difficultés que nous avons constatées le jour du scrutin, notamment les difficultés à garantir le secret du vote. »

La campagne a été d’une intensité modérée, avec une présence considérable sur les médias sociaux, et a été généralement perçue comme la continuation de près de deux ans d’activités de communication politique. Outre les allégations d'achat de voix et de vote contrôlé, les cas d'implication de maires dans la campagne ont compromis l'égalité des chances et la capacité des électeurs à voter librement. À quelques exceptions notables près, la visibilité des candidates est restée faible. Le scrutin s’est déroulé dans le calme et les observateurs ont généralement évalué le processus de manière positive, bien qu'ils aient noté une protection insuffisante du secret du vote.

Les modifications apportées au Code électoral en décembre 2022 ont réintroduit la possibilité d’utiliser un bulletin papier. Par conséquent, lorsque des électeurs utilisaient les machines à voter à écran tactile, leurs bulletins devaient être imprimés, puis déposés et comptés comme les bulletins papiers. Ni ce changement ni l’instauration de la surveillance vidéo du dépouillement n'ont fait l'objet d'un large consensus politique. Ces deux mesures ont été adoptées sans grande consultation des parties prenantes. Des représentants d'institutions gouvernementales, de partis politiques et d'organisations de la société civile ont critiqué ces changements tardifs, notamment leur impact négatif potentiel sur le processus électoral.

Nombre des recommandations antérieures des observateurs internationaux sont restées sans suite, notamment celles qui concernent la privation générale du droit de vote appliquée aux détenus et aux personnes sous tutelle, l'interdiction faite aux personnes ayant une double nationalité de se porter candidat(e)s, l'absence de mesures visant à promouvoir la participation des femmes et des minorités, y compris dans les programmes des partis, et les possibilités limitées de contester les résultats de l'élection.

L'environnement médiatique est diversifié mais le marché publicitaire est restreint. Leur situation économique précaire expose les médias à l'influence politique et financière, ce qui peut les inciter à s’autocensurer et donc à limiter l’expression de critiques. La diffamation reste une infraction pénale, passible d’amendes disproportionnées. Les journalistes d’investigation risquent donc d’hésiter à enquêter sur des questions d'intérêt public. La campagne électorale a été très présente sur les chaînes publiques, qui ont accordé un accès direct à tous les candidats en lice. Néanmoins, les règles strictes destinées à assurer l’égalité entre les candidats qui s’appliquent à ces chaînes ont réduit le contenu éditorial de leurs émissions et le rôle des journalistes ; ces émissions ont donc surtout servi aux partis politiques à diffuser leurs messages électoraux. Les médias privés, qui bénéficiaient d'une plus grande liberté éditoriale, ont pu couvrir la campagne de manière plus diversifiée, mais leurs émissions étaient principalement diffusées en dehors des heures de grande écoute. Les candidates étaient sous-représentées dans les débats télévisés, ce qui reflète l'inégalité entre les femmes et les hommes dans la vie politique.