28/09/2023 Conférence européenne des Président·e·s de Parlement
Des Présidentes et Présidents de Parlement de toute l'Europe ont appelé à renforcer l’action contre les discours de haine et la violence à l'égard des représentant.e.s élu.e.s – nombreux sont ceux qui pensent que ce phénomène pourrait à terme menacer la démocratie.
Un événement organisé en marge de la Conférence européenne des Présidentes et Présidents de Parlement qui se tient à Dublin, a donné lieu à des témoignages personnels d'agressions verbales et de harcèlement – en ligne et hors ligne – ainsi que d'intimidations, d'attaques physiques et de menaces de violences graves à l'encontre de représentant.e.s élu.e.s.
Parmi les sujets abordés lors de l'événement, animé par la journaliste et présentatrice de télévision irlandaise Flor MacCarthy, figuraient les moyens d'accroître la sécurité des parlementaires, les mesures visant à réduire les discours de haine en ligne à l’encontre des représentant.e.s élu.e.s, la promotion d'une plus grande civilité dans le discours public, et la responsabilité des médias, notamment des médias sociaux, ainsi que la nécessité pour les opposants politiques de maintenir le respect mutuel et la compréhension, même dans des environnements polarisés. Un accord général s'est dégagé sur la nécessité de mettre en place des mesures de solidarité, politiques et juridiques et de veiller à ce que les auteurs de discours de haine et de violence à l'encontre des représentant.e.s élu.e.s soient tenus pour responsables.
Kathleen Funchion, Présidente de la Commission sur l’Enfance, l’Égalité, le Handicap, l’Intégration et la Jeunesse de l’Oireachtas, a présenté l'événement et a souligné la récente montée des discours de haine et des menaces à l'encontre des parlementaires dans de nombreux pays européens.
Nóirin O'Sullivan, ancienne commissaire de l'An Garda Síochána, le service de police et de sécurité irlandais, et ancienne Secrétaire Générale adjointe des Nations Unis à la sûreté et à la sécurité, a déclaré que le discours de haine était un problème séculaire qui se propageait aujourd'hui plus rapidement et plus largement en raison de la numérisation et de la montée du populisme. Il s'agit « non seulement d'un affront à la démocratie, mais aussi à une société sûre et inclusive, où les citoyen.ne.s peuvent participer pleinement et s'engager dans un débat animé, même sur des questions de désaccord fondamental, dans un esprit de discours civil constructif ».
Hannah Phillips, Responsable de la Recherche et des Politiques à la Fondation Jo Cox – du nom de la députée britannique défunte – a présenté les travaux de la « Commission Jo Cox sur la civilité », qui vise à formuler des recommandations pratiques sur le problème de l'agression et de l'intimidation des représentant.e.s élu.e.s à tous les niveaux dans l'ensemble du Royaume-Uni. Les faits montrent que les abus se sont aggravés ces dernières années et qu'ils se sont « normalisés » pour les représentant.e.s élu.e.s et leur personnel, a-t-elle souligné. Cette situation « menace la démocratie », a-t-elle déclaré, citant des preuves qu'il s'agit d'un facteur qui empêche des personnes de se présenter à des fonctions publiques. La solution ne réside pas simplement dans davantage de sécurité, mais dans un changement de culture impliquant de nombreux acteurs différents et des politiques transversales.
Carola Gunnarsson, Envoyée spéciale de Cités et Gouvernements Locaux Unis pour la Liberté, la Solidarité et la Lutte contre la Violence contre les Dirigeants Politiques Locaux, a cité sa rencontre avec une femme politique de l'ONU qui lui a expliqué calmement « qu’elle ne serait peut-être plus en vie à l'automne », l'été étant la période la plus dangereuse pour les représentant.e.s élu.e.s dans son pays. Même les politiciens locaux, dont la proximité avec les citoyens est une force démocratique, peuvent être confrontés à des défis particuliers puisqu'ils risquent de rencontrer de la haine et des menaces « au supermarché ou au match de football de leurs enfants ». La prévention de la haine à l'encontre des femmes et des hommes politiques est essentielle pour sauvegarder nos démocraties, a-t-elle conclu.
Au cours d'un large débat, les participant.e.s ont été encouragé.e.s à poursuivre la conversation, à mener une réflexion pour trouver des solutions à ces problèmes, tout en respectant la liberté d'expression, afin que les parlementaires, les représentant.e.s élu.e.s et les aspirant.e.s politicien.ne.s puissent accomplir leur travail en toute sécurité et contribuer au processus démocratique.