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Renouer un pacte de confiance avec les citoyens pour renforcer la démocratie représentative

Renouer un pacte de confiance avec les citoyens pour renforcer la démocratie représentative
©House of the Oireachtas

Dans un contexte d’incertitude marqué par la guerre d’agression contre l’Ukraine, de multiples crises – climatique, sanitaire, migratoire – des inégalités persistantes, et le retour de l’inflation, « il importe d’engager une réflexion de fond sur le fonctionnement et l’avenir de nos démocraties », a déclaré Yaël Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale française, lors d’une session thématique sur « Les défis de la démocratie représentative en période d’instabilité », dans le cadre de la Conférence européenne des Présidentes et Présidents de Parlement.

Selon elle, il est possible de renforcer le pacte démocratique « en renouant avec les citoyens un nouveau pacte de confiance » et en s’attachant à réduire l’abstention. « Il faut convaincre chaque citoyen que sa voix compte et sera entendue, et répondre au défi de la confiance dans le scrutin lui-même, avec une loi électorale compréhensible par tous, et un dépouillement au-dessus de tout soupçon » a-t-elle souligné.

Mme Braun-Pivet considère qu’une assemblée paraîtra d’autant plus légitime qu’elle sera vraiment le reflet de la population : « Notre Europe moderne ne peut se projeter que dans des assemblées à son image, c’est-à-dire des assemblées féminisées, ouvertes aux jeunes, composées d’élus issus de tous les milieux sociaux », a-t-elle déclaré, déplorant qu’en moyenne, les femmes ne représentent encore qu’un tiers des assemblées parlementaires d’Europe et que seulement 30 % des chambres basses soient présidées par des femmes ».

Elle préconise aussi d’intégrer dans la délibération parlementaire « les générations qui s’abstiennent, et celles qui n’ont pas encore le droit de vote », de promouvoir « une véritable éducation à la citoyenneté », d’établir des relations de proximité avec les citoyens, et de veiller à l’exemplarité des assemblées en combattant la corruption.

Augusto Ernesto Santos Silva, Président de l’Assembleia da República (Portugal) a évoqué les défis auxquels les démocraties représentatives étaient confrontées : l'indépendance du pouvoir judiciaire, la liberté de la presse, la garantie d’élections compétitives, la protection des droits des minorités, l’incitation à la participation au vote, l’efficacité et la responsabilité du gouvernement, mais aussi l’utilisation de l'intelligence artificielle dans les campagnes électorales, la lutte contre la désinformation et les discours de haine, le statut réglementaire des médias sociaux et la protection des règles et institutions démocratiques face aux attitudes populistes et à l'extrémisme.

« De nombreux citoyens se sentent menacés par la mondialisation ou par les mutations du marché du travail, que ce soient l’embauche de migrants, ou le développement de la robotique ou de nouvelles technologies. Ils craignent que d’autres se voient favorisés par l’Etat providence, mettant en péril des ressources traditionnellement accordées à ceux qui en ont besoin », a-t-il souligné.

Il a ajouté que le sentiment de distance vis-à-vis du système politique augmentait de plus en plus, les citoyens remettant en cause son opacité, et des discours qui ne répondaient pas à leurs préoccupations. « Ces sentiments erronés sont le combustible qui entrave le fonctionnement de la démocratie participative et mine la confiance publique, ce qui mène beaucoup de personnes à une désaffiliation démocratique et multiplie le nombre de ceux qui se croient exclus du système politique et qui sont plus particulièrement vulnérables au populisme », a-t-il déclaré.

La résilience des institutions démocratiques dépend de leur connexion avec la citoyenneté et leur réaction aux besoins et aux attentes des citoyens, a-t-il conclu.

Lauri Hussar, Président du Riigikogu (Estonie) a évoqué les menaces et les dangers associés à l’intelligence artificielle, soulignant la nécessité d’établir des règles et un cadre, « afin que les technologies œuvrent en faveur de sociétés démocratiques et non pas contre elles ».

« Des élections libres et équitables sont le fondement de la représentation parlementaire et démocratique », a-t-il déclaré, expliquant qu’au cours des dernières élections législatives en Estonie en mars 2023, pour la première fois, la majorité des voix avaient été décomptées sur Internet et non par bulletin de vote classique. « Nous avons également introduit la possibilité de voter par le biais du téléphone portable. Nous pensons que des méthodes novatrices nous permettront de nous engager auprès des jeunes et les inciteront à participer au processus électoral. Nous devons écouter leur voix étant donné que ce sont ceux qui ressentent le plus durement les défis de la vie actuelle ». M. Hussar a également souligné l’importance d’armer davantage les jeunes pour discerner les fausses informations des vraies.

« Si nous sommes en mesure de nous adapter continuellement au profit de sociétés libres, en éduquant nos populations – notamment les jeunes – afin qu’elles luttent contre les défis qui se présentent, nous serons plus résilients dans cette ère de combat hybride, et nous pourrons mieux répondre à différents risques », a-t-il conclu.