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Faire entendre la voix des femmes lesbiennes, bisexuelles et queer et combattre les discriminations à leur encontre en Europe

Faire entendre la voix des femmes lesbiennes, bisexuelles et queer et combattre leurs discriminations en Europe

« Les femmes LBQ font face à la violence et à la discrimination dans leur vie quotidienne. Les préjugés et la stigmatisation peuvent nuire à leur accès à l’emploi, au logement, aux soins de santé, aux droits et à la santé sexuels et reproductifs ainsi qu’à leur vie privée et familiale », a souligné Béatrice Fresko-Rolfo (Monaco, ADLE) rapporteure sur la prévention et la lutte contre les violences et discriminations à l'encontre des femmes LBQ en Europe, dans le cadre d’une audition organisée à Paris par la Commission sur l’égalité.

« Les droits des femmes LBQ, leurs besoins et leurs intérêts sont rarement pris en considération de manière adéquate dans les processus d’élaboration des normes et des politiques, qui ne répondent pas aux difficultés spécifiques rencontrées. Mon rapport vise à faire entendre leur voix, de contribuer à la visibilité de leur lutte et de s’attacher à faire en sorte que les difficultés auxquelles elles font face soient traitées de manière efficace ».

Yasemin Öz, juriste, co-fondatrice de Kaos gl (Türkiye), a souligné que les discriminations qui affectent les femmes LBQ, étaient communes dans tous les pays d’Europe, mais elle a mis l’accent sur la situation en Türkiye. Elle a notamment regretté les discours discriminatoires proférés par les partis politiques extrémistes, ou les difficultés que rencontrent les femmes sportives LBQ pour faire leur coming-out. « Il y a aussi des politiques de conversion menées par le monde médical, du harcèlement policier pour une soi-disante perturbation de la société, des phénomènes de harcèlement extrêmement répandus dans le monde éducatif, tout comme dans les entreprises. Le retrait de la Türkiye de la Convention d’Istanbul a été carrément arboré dans mon pays comme une action de défense de la société contre la communauté LGBTQI. Et je peux vous dire que nous, femmes LBQ, sommes les plus mal loties dans le monde LGBTQ », a-t-elle regretté.

Marame Kane, militante lesbienne (France) a évoqué les divers problèmes auxquels les femmes LBQ non blanches étaient exposées. En matière de justice, par exemple, « nous constatons un chiffre noir, qui désigne l’ensemble des actes racistes non déclarés ». En effet, a-t-elle souligné, « si délit ou crime à caractère raciste, sexiste et lesbophobe il y a, il sera décidé par la justice de retenir le critère le plus facile à prouver pour ne pas mettre en péril l’infraction. La sous-déclaration massive du racisme contribue alors à entretenir une impunité face à ces actes, lèse les victimes et conforte les auteurs. On ne peut défendre que ce qu’on connait. On ne connait que ce qui se mesure ».

Maud Royer, Présidente de l’Association française ‘Toutes des femmes’, a apporté un éclairage sur les effets de la lesbophobie sur les lesbiennes trans. « Même dans les pays où la loi crée de nouveaux droits pour les personnes trans ou pour les personnes lesbiennes, les femmes trans lesbiennes font fréquemment partie des oubliées. En France, la loi ouvrant la procréation assistée aux couples de femmes considère que l'utilisation de gamètes d'un donneur est toujours nécessaire, alors qu'il existe des couples de femmes trans et cis où toutes les gamètes sont disponibles », a-t-elle déclaré. « La première difficulté est donc celle-ci : faire savoir que les lesbiennes trans existent, que si nous ne sommes statistiquement peu nombreuses, nos vies sont bien réelles et doivent être considérées dans le droit. Cela implique parfois de déconstruire des systèmes juridiques et administratifs pensés durant des décennies pour des catégories de sexe imperméables et immuables, alors qu'elles ne le sont pas. », a-t-elle conclu.

Ilaria Todde, directrice du plaidoyer et de la recherche, Eurocentralasian Lesbian Community, Belgique, a souligné qu’être une femme et membre de la communauté LGBTI signifie également que les raisons d'être victime de discours de haine et de discrimination se multiplient, surtout si la personne est très visible ou occupe une position de pouvoir. « Les femmes LBQ ne sont pas la seule cible, cela concerne toutes les femmes perçues comme non hétérosexuelles. Durant sa campagne électorale, Maia Sandu, la Présidente moldave, qui n'est pas mariée et n'a pas d'enfants, mais est hétérosexuelle, a dû tenir une conférence de presse pour contrer une campagne de désinformation qui l'accusait d'être lesbienne. Elly Schlein, la dirigeante du principal parti d'opposition en Italie, est souvent attaquée au motif qu'elle est une femme bisexuelle en couple avec une autre femme.

« Nous vous demandons instamment de poursuivre ce travail, la consultation avec le mouvement LBQ, et d’approuver la résolution. Cela garantira que les normes internationales en matière de droits humains, pour la première fois dans l’histoire, placent les femmes LBQ au premier plan, confirmant ainsi le rôle de l’APCE en tant que pionnière et championne des droits LGBTI et des droits des femmes », a-t-elle conclu.