06/12/2024 Questions sociales, santé et développement durable
« Nous ne devons jamais fermer les yeux sur la maltraitance des enfants, qu'ils aient été victimes de prédateurs sexuels, de violences gratuites ou de mauvais traitements dans des institutions publiques, privées ou religieuses censées être des havres de paix », a déclaré aujourd'hui Saskia Kluit (Pays-Bas, SOC), Présidente nouvellement élue de la Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable de l'APCE, à l'ouverture d'une conférence à Strasbourg sur la maltraitance des enfants dans les institutions en Europe. Elle a rendu un hommage particulier aux survivant.es « qui ont eu le courage de s’impliquer, de parler et à chaque fois de raconter leur histoire, non pas pour faire du sensationnel mais pour sensibiliser le grand public ».
Elle a souligné qu'il était essentiel que les États membres reconnaissent les souffrances infligées et offrent des soins appropriés, présentent des excuses officielles aux victimes d’hier et d’aujourd’hui, et veillent à ce que les auteurs de ces crimes soient poursuivis sans qu'il y ait prescription. Elle a également encouragé les autorités à « créer des lieux de mémoire des maltraitances institutionnelles ». Enfin, Mme Kluit a souligné l'importance de la mise en œuvre des textes adoptés par l'Assemblée au niveau national et de l'échange de bonnes pratiques entre les différentes parties prenantes.
Cette conférence s’inscrivait dans le cadre du suivi du rapport de Pierre-Alain Fridez (Suisse, SOC) qui appelle à la reconnaissance de la maltraitance des enfants dans les institutions à travers l'Europe et qui, s’appuyant sur l’exemple de bonnes pratiques de la Suisse, préconise la réparation intégrale de toutes les violences commises sur des enfants, notamment les abus sexuels, la violence physique et les mauvais traitements dans les institutions publiques, privées et religieuses. « Au-delà des agressions physiques dans l'enfance, le fait qu'il n'y ait pas de reconnaissance est une agression », a déclaré M. Fridez.
Alfred Heer (Suisse, ADLE), Président de la délégation suisse auprès de l’APCE, a évoqué, quant à lui, le processus politique qui s’est déroulé en Suisse pour garantir un soutien aux victimes. « Rien n’était acquis d’avance et ce processus a pu aboutir grâce à une initiative populaire fédérale qui a recueilli 110 000 signatures et qui a été transmise et débattue au Parlement suisse », a-t-il expliqué. « Cette initiative a obtenu un vote majoritaire, et dorénavant, les victimes d’abus ont droit à une compensation, une réparation et des excuses de l’Etat suisse pour les préjudices qu’elles ont subis », a-t-il ajouté.
« On ne peut revenir sur ce qui s’est passé, mais nous devons reconnaître que ces enfants ont été traités de manière injuste et que leur enfance et leur avenir ont été volés », a déclaré M. Herr.
« Les personnes qui ont subi des abus sont désavantagées tout au long de leur vie. Elles sont non seulement marquées physiquement, mais les cicatrices psychologiques ne guérissent jamais non plus. Manque d'estime de soi, parcours scolaires interrompus, difficultés au travail, pauvreté, dépression, automutilation, relations familiales brisées, tentatives de suicide : telles sont les conséquences de la maltraitance jusqu'à un âge avancé », a déclaré Guido Fluri, Président de Justice Initiative, en évoquant les victimes. « Les histoires sont différentes. La souffrance des survivant.es est toujours immense », a-t-il ajouté.
M. Fluri a également décrit les initiatives fructueuses lancées en Suisse pour sensibiliser les politiciens et le grand public, et demandant la reconnaissance officielle des injustices, une enquête scientifique sur les cas d'abus et une forme de réparation pour les survivant.es, faisant ainsi de la Suisse un modèle à suivre.
Plusieurs victimes ont apporté leur témoignage sur les souffrances subies et les conséquences sur leur vie.
Cet évènement a été organisé par la Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable de l’APCE, en collaboration avec la délégation suisse auprès de l'APCE et la Fondation Guido Fluri.