12/05/2025 Observation d'élections
Les élections au Parlement albanais ont été concurrentielles et gérées de manière professionnelle, les autorités ont relevé le défi de permettre pour la première fois le vote depuis l'étranger, et les candidats ont pu, dans une large mesure, faire campagne librement. Toutefois, ces élections ont été marquées par un abus massif des ressources publiques et du pouvoir institutionnel par le parti au pouvoir, et il a été fait état de cas préoccupants d'intimidation et de pression exercée sur des fonctionnaires et sur d'autres électeurs, ont déclaré les observateurs internationaux dans leur communiqué.
La mission d’observation conjointe du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE (AP de l’OSCE), de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et du Parlement européen (PE) a constaté que le cadre juridique en place constitue une base solide pour la tenue d’élections démocratiques, mais qu'une vaste réforme électorale reste nécessaire. Les lacunes et les ambiguïtés du cadre juridique ont créé de l'incertitude et ont nuit à la transparence. De nombreuses recommandations formulées de longue date par les observateurs internationaux n'ont toujours pas été prises en compte, ce qui fait craindre un manque de volonté politique.
« Le cadre juridique et la capacité institutionnelle ont permis le bon déroulement des élections, renforçant ainsi une base démocratique déjà solide, mais les électeurs et électrices n'ont pas eu la possibilité d'assister à un véritable échange d'idées politiques », a constaté Farah Karimi, coordinatrice spéciale et cheffe des observateurs à court terme de l'OSCE. « La campagne, caractérisée par des attaques hostiles et personnelles, en particulier de la part des dirigeants des deux principaux partis, n'a pas vraiment permis de débattre des solutions à apporter. Cela a renforcé la méfiance du public à l'égard de la politique. Le pays mérite une politique honnête et constructive, non seulement le jour du scrutin, mais toute l'année. »
Quelque 3,7 millions de personnes étaient inscrites sur les listes électorales pour le scrutin du 11 mai, dont près de 250 000 inscrites à l'étranger. Dans l'ensemble, le processus d'inscription des électeurs a été transparent et la possibilité de voter depuis l'étranger, donnée pour la première fois, a marqué une étape importante vers une participation électorale plus large. L'Albanie continue de développer l'utilisation des nouvelles technologies, en ayant recours à l'identification biométrique des électeurs et au vote électronique. Les observateurs ont constaté que la confiance dans ces technologies était généralement forte, bien que certaines préoccupations aient été exprimées, principalement par l'opposition. La préparation des élections a été efficace et le déroulement des opérations le jour du scrutin a fait l'objet d'une évaluation globalement positive, mais les procédures n'ont souvent pas été respectées et plusieurs cas d'intimidation et d'ingérence dans le processus ont été observés.
Simone Billi, chef de la délégation de l'APCE, a déclaré : « Je reconnais le travail accompli par le triumvirat albanais - SPAK, Parquet général et CEC - pour coordonner efficacement les efforts visant à préserver l'intégrité du processus électoral, et la possibilité de voter donnée à la diaspora marque une étape importante dans l'histoire démocratique de l'Albanie. Cependant, nous constatons que des progrès sont encore nécessaires dans la culture politique au sens large pour renforcer la confiance du public et pour faire en sorte que la bonne gouvernance atteigne tous les niveaux de la société. »
La campagne s'est caractérisée par un climat conflictuel et polarisant, dans la mesure où les deux principaux partis politiques ont utilisé un langage clivant et ont tenté d'influencer indûment les électeurs. Les observateurs ont noté une utilisation abusive des ressources de l'État : de hauts représentants du gouvernement ont souvent profité de leur participation à des événements officiels pour faire campagne et pour annoncer des programmes de prestations sociales et des projets d'infrastructures, ce qui a donné un avantage indu au parti au pouvoir.
« L'instauration du vote depuis l'étranger est une évolution louable qui permet à la diaspora de participer aux élections. Toutefois, malgré les changements apportés récemment au cadre juridique, certaines recommandations antérieures du BIDDH de l'OSCE n'ont toujours pas été prises en compte », a déclaré Björn Söder, chef de la délégation de l'AP de l'OSCE. « Une mise en conformité plus poussée avec les normes démocratiques internationales serait le signe d'un réel attachement aux valeurs européennes et contribuerait à renforcer la confiance du public dans les processus électoraux. »
L'indépendance et le pluralisme des médias ont été compromis par un financement non transparent, par la concentration de la propriété et par l'ingérence dans l'autonomie éditoriale, ce qui a conduit à l'autocensure des journalistes et a eu un impact négatif sur la quantité d'informations mises à la disposition du public et sur leur qualité. Faute de couvrir l'actualité de manière indépendante, les médias n'ont pas pleinement rempli leur rôle de surveillance. En outre, le suivi des médias effectué par la mission d'observation a montré que les deux plus grands partis politiques dominaient la scène médiatique.
« La perspective d'une adhésion de l'Albanie à l'Union européenne est l'un des rares sujets à faire l'objet d'un consensus national. Quel que soit le parti qui sortira vainqueur de ces élections, il poursuivra sur cette voie. Cela dit, pour évaluer la conduite de cette élection, il ne faut pas se concentrer uniquement sur le bon déroulement des opérations le jour du scrutin. Il faut aussi prendre en considération les mesures unilatérales prises avant le scrutin, qui ont compromis l'égalité des chances », a indiqué Michael Gahler, chef de la délégation du Parlement européen. « Les élections étant un élément essentiel de la démocratie, tous les acteurs concernés doivent chercher sans relâche à obtenir un large consensus sur le cadre électoral et s'efforcer d'accroître la confiance dans les processus électoraux. En outre, j'encourage le nouveau gouvernement à consolider les progrès déjà réalisés, notamment dans le domaine judiciaire. »
L'autorité chargée de régler les litiges électoraux (CSC) a traité les cas de manière transparente et lors de séances publiques, mais, du fait de son interprétation étroite des règles relatives à l'utilisation des ressources publiques, l'utilisation abusive de ces ressources est souvent restée impunie. L'autorité chargée de la lutte contre la corruption et contre le crime organisé (SPAK) a joué un rôle positif dans les enquêtes sur la corruption électorale, et le renforcement de la coordination entre la SPAK, l'administration électorale et le Parquet général a permis d'améliorer le partage d'informations sur les infractions liées aux élections.
« Bien que ces élections aient été bien gérées, nos observateurs à long terme ont été témoins de nombreux cas d'intimidation et d'un abus des ressources publiques pendant la campagne », a déclaré Lamberto Zannier, qui dirigeait la mission d'observation électorale du BIDDH. « Je salue l'instauration du nouveau mécanisme de coordination destiné à lutter contre les infractions électorales, car nous assistons à une polarisation politique extrême qui se traduit par une pression excessive sur les électeurs et sur le processus électoral. Cette situation compromet les progrès réalisés par l'Albanie et risque d'entraver la réalisation des objectifs à long terme du pays. »
La mission internationale d’observation des élections législatives en Albanie a mobilisé au total 365 observateurs de 47 pays, dont 238 experts et observateurs à long terme déployés par le BIDDH, et 97 parlementaires et agents de l’AP de l'OSCE, 22 de l’APCE et 12 du PE.
Pour de plus amples informations, veuillez contacter :
Katya Andrusz, BIDDH : +48 609 522 266 ou [email protected]
Anzhelika Ivanishcheva, AP de l’OSCE : + 45 60 10 80 30 ou [email protected]
Bogdan Torcatoriu, APCE : +33 6 50 39 29 40 ou [email protected]
Raffaele Luise, PE : +355 069 696 0651 ou [email protected]