19/09/2017 Questions sociales, santé et développement durable
« La tuberculose pharmacorésistante est une menace gravissime qui mérite toute notre attention. Ses taux s’élèvent plus rapidement en Europe que nulle part ailleurs dans le monde », a souligné aujourd’hui Serhii Kiral (Ukraine, CE), rapporteur chargé de l’étude sur la propagation de la résistance aux antimicrobiens en Europe, lors de l’ouverture d’une audition sur le sujet organisée à Paris par la Commission des questions sociales de l’Assemblée parlementaire.
Olga Klymenko, rescapée de la tuberculose et auteure de l’ouvrage intitulé « World in Me. Confessions of a tuberculosis patient », a déclaré que lorsque son diagnostic est tombé, elle a d’abord été atterrée avant de ressentir de la honte. « Lorsque vous avez un cancer, tout le monde vous plaint. Lorsque vous avez la tuberculose, tout le monde a peur de vous ». À l’issue d’un traitement de près d’un an, elle a dû faire face à des conséquences inattendues de la maladie. « Ma fille n’arrivait pas comprendre pourquoi elle était tenue à l’écart de sa mère. J’ai perdu mon emploi en raison de mon ‘statut de TB’. Je suis devenue une étrangère pour certains membres de ma famille et amis … ».
« Pour aller de l’avant », a-t-elle expliqué, « il est important que les patients puissent compter sur le soutien humain et professionnel dont ils ont besoin ». « J’appelle la communauté internationale à inscrire la tuberculose à son ordre du jour », a-t-elle conclu.
Matt Oliver, chef du secrétariat du Caucus mondial sur la tuberculose, a signalé que « Certains experts ont estimé qu’au cours des 35 prochaines années, si la tuberculose multirésistante devait devenir la forme la plus courante de la maladie, elle pourrait être à l’origine de 2 millions de décès en Europe ». L’année dernière, selon le Caucus mondial sur la tuberculose, 10,4 millions de personnes ont contracté la maladie et 1,8 million d’entre elles en sont mortes. Depuis 2000, près de 30 millions de personnes ont succombé à la tuberculose. Dans les pays à hauts revenus, nombreux sont ceux qui pensent que la tuberculose appartient au passé et pourtant, on relève dans certains quartiers de Londres des taux équivalents à ceux de régions de l’Afrique subsaharienne. « Les dirigeants politiques doivent prendre des mesures pour lutter contre ce fléau », a-t-il déclaré.
Michele Cecchini, chef de la division de la santé de l’OCDE, a souligné que le nombre de nouveaux antibiotiques autorisés par la Food and Drug Administration (FDA – organisme de surveillance des aliments et des médicaments des États-Unis) ces 30 dernières années est tombé de 16 en 1987 à 5 en 2016 et que le nombre de grands groupes pharmaceutiques actifs sur le plan de la recherche et du développement d’antibiotiques est passé de 18 en 1990 à 6 en 2016. Il a mis en avant certaines méthodes d’action pour lutter contre l’utilisation irrationnelle d’antimicrobiens grâce à des directives cliniques, des programmes de gestion, l’éducation des patients et des tests de dépistage précoces.
Les présentations ont été suivies d’un échange de vues durant lequel les membres de la Commission ont traité de plusieurs questions connexes, dont l’administration d’antibiotiques aux animaux, l’insuffisance des recherches menées par l’industrie pharmaceutique ainsi que certaines spécificités des patients atteints de tuberculose.