C Exposé des motifs
par M. Constantinos Efstathiou, rapporteur
1 Introduction
1. La proposition de résolution
Note à l’origine du présent rapport,
déclare à juste titre en préambule que «L’éducation et la culture
sont une source de renouveau intellectuel et de développement humain.
L’accès à l’éducation et l’exposition à la culture aident les gens
à acquérir des connaissances, un esprit critique et une compréhension
plus vaste du monde, à interagir avec autrui, à faire entendre leur
voix et à définir leur rôle dans la société».
2. Les deux secteurs ont été durement touchés par la pandémie
de covid-19. Au printemps 2020, durant la période de confinement
total imposée dans la plupart des pays européens, les crèches, les
établissements d’enseignement primaire et secondaire ainsi que les
universités ont été fermés. Une solution hybride combinant présence
physique limitée et enseignement à distance est devenue la norme
par la suite. Des leçons doivent être tirées afin d’éviter un creusement
des inégalités dans l’accès à l’éducation au fil du temps. Il est
ainsi essentiel de procéder à des investissements dans les équipements
techniques, la formation des enseignants et l’accompagnement adéquat
des élèves et de leurs familles.
3. En raison de la distanciation physique, du confinement et
de l’arrêt des activités touristiques, la plupart des établissements
culturels ont été contraints de fermer. Ce secteur a été particulièrement
durement touché par les deuxième et troisième vagues de la pandémie,
en automne 2020 et au premier trimestre 2021. Les pertes économiques
sont importantes. À titre d’exemple, les recettes des musées européens
ont diminué en moyenne de 80 %. Les petits établissements culturels
indépendants, en particulier, risquent de disparaître s’ils ne reçoivent
aucun soutien des pouvoirs publics. En Europe, sept millions d’artistes
et de professionnels de la culture risquent de perdre leur emploi
du fait de leur situation précaire.
4. Les longues périodes d’isolement pendant la pandémie de covid-19
ont montré à quel point l’accès à l’éducation ainsi que la participation
et le contact avec la culture sont primordiales pour le bien-être
individuel et collectif. Ces deux secteurs doivent continuer de
jouer leur rôle fondamental dans le maintien d’une société inclusive
et démocratique, et ce en réduisant les inégalités, en créant des
opportunités en particulier pour les jeunes, à développer un état
d’esprit positif et à acquérir des compétences pour devenir des
citoyens proactifs et créatifs dans une démocratie saine et dynamique.
5. Dans mon rapport
Note et conformément à la proposition
de résolution, je ferai valoir avec force que l’éducation et la
culture font partie intégrante des processus démocratiques et de
la stabilité en Europe et que l’Assemblée parlementaire devrait
appeler les États membres à veiller à ce que ces deux secteurs restent
une priorité politique, non seulement dans le cadre des mesures
de soutien d’urgence, mais aussi dans les stratégies de relance
nationales. Les années de pandémie marquent un tournant et sont
peut-être l’occasion de concevoir de nouveaux modèles propres à
assurer un fonctionnement viable, durable et innovant des secteurs
de l’éducation et de la culture et à développer des synergies plus
fortes à l’avenir.
2 Impacts de la pandémie et enseignements
tirés de l’expérience
6. La pandémie de covid-19 a transformé
notre vie de manière radicale et très rapidement. Les technologies
numériques sont devenues indispensables pour permettre un accès
continu à l’éducation et, s’agissant des secteurs de la culture,
pour offrir une présence en ligne afin d’assurer une continuité
culturelle pendant les périodes de confinement et de compenser l’absence
de public physique. Si cette transition numérique opérée à la hâte
a apporté des solutions rapides à cette situation d’urgence, elle
a, en même temps, creusé les écarts en matière d’infrastructures
et de compétences numériques entre, d’un côté, les grandes institutions
numériquement développées et, de l’autre, les petits établissements
défavorisés, dont les ressources et les compétences sont plus limitées.
En conséquence, l’accentuation des disparités dans l’accès à l’éducation
et à la culture au format numérique n’a fait qu’amplifier les inégalités
existantes entre les personnes, les communautés, les institutions,
les organisations publiques et privées, les villes, les régions
et les pays, et pourrait créer de nouvelles formes d’inégalités,
conséquences de la pandémie de covid-19.
7. Si les technologies numériques se sont révélées très utiles
pendant la situation d’urgence, je soutiens haut et fort qu’elles
ne sauraient remplacer le contact humain et les interactions sociales,
qui sont essentiels aux activités éducatives et culturelles.
2.1 Impacts
sur l’éducation
8. Les systèmes éducatifs européens
ont, pour la plupart, réagi rapidement pour préserver l’apprentissage malgré
les mesures de distanciation physique et la fermeture des établissements
scolaires. D’après le site web de la Banque mondiale
Note, les approches les plus courantes
coordonnées par les autorités pédagogiques ont été le passage à
l’éducation en ligne, la diffusion de contenus éducatifs à la télévision
et à la radio, la mise en place de systèmes et de plates-formes
d’apprentissage en ligne, le soutien par téléphone, la publication
de supports pédagogiques imprimés, l’élaboration de lignes directrices
pour l’enseignement à distance et la création de référentiels d’apprentissage
en ligne.
9. Les établissements d’enseignement primaire et secondaire ont
dû passer de l’enseignement obligatoire en présentiel à l’apprentissage
en ligne et à la scolarisation à domicile, le plus souvent moyennant
l’appui des enseignants et des parents. Les établissements d’enseignement
supérieur ont organisé indépendamment leurs enseignements à distance.
Les solutions en nuage, l’apprentissage en ligne et les plates-formes collaboratives
de sociétés comme Microsoft et Google, mises en accès gratuit pendant
le confinement, ont connu un essor sans précédent. Il ressort de
la base de données conjointe UNESCO-UNICEF-Banque mondiale que tous
les pays européens ont recouru à l’enseignement à distance en ligne
pour 100 % des cours dans le primaire et les premier et deuxième
cycles du secondaire, et 50 % des cours environ dans l’éducation préprimaire.
Près de 50 % des pays ont diffusé des émissions pédagogiques à la
télévision, 25 % ont utilisé la radio et des documents écrits à
des fins pédagogiques
Note.
Les fermetures d’établissements ont perturbé l’évaluation des élèves
et le contrôle des acquis. Les examens ont été reportés dans de
nombreux pays, voire annulés dans quelques-uns ; ailleurs, ils ont
été remplacés par un contrôle continu ou d’autres solutions, comme
des épreuves en ligne pour les examens finaux
Note.
10. Certains pays ont opté pour des solutions moins courantes,
par exemple en adaptant leur législation sur l’évaluation et la
notation à l’enseignement à distance, en intensifiant la formation
des enseignants et les échanges d’expériences entre eux, en adaptant
les classes en ligne aux apprenants présentant des besoins spéciaux,
en associant des apprenants aux décisions lors du passage à l’enseignement
et à l’apprentissage à distance, en apportant un soutien psychologique
aux apprenants et à leurs parents, en fournissant un accès gratuit
à l’internet ou du matériel pédagogique à distance aux apprenants
en difficulté financière
Note.
2.1.1 Apprenants défavorisés
11. Le passage à l’apprentissage
à distance a présenté un surcroît de difficultés pour les élèves
handicapés ou ayant des besoins éducatifs particuliers: freins divers
à l’utilisation de la technologie, accès limité au soutien pédagogique
et à l’apprentissage individualisé, perte de liens sociaux, etc.
Les supports pédagogiques conçus pour la transmission de connaissances
en ligne n’étaient toujours pas disponibles dans des formats adaptés aux
personnes atteintes d’un handicap visuel, auditif ou intellectuel
ou de troubles de l’apprentissage.
12. Les parents d’enfants présentant des besoins éducatifs particuliers
ont été confrontés à de grandes difficultés pendant cette période;
ils n’y étaient souvent pas préparés et ne disposaient pas du soutien nécessaire
pour y faire face. De nombreux cas de régression cognitive due à
la perte de contacts avec l’école ont été signalés. Les parents
se sont retrouvés livrés à eux même pour répondre aux besoins complexes
de prise en charge, d’apprentissage et de soutien émotionnel de
leurs enfants à besoins éducatifs particuliers. Dans les familles
où il y avait d’autres enfants, ceux-ci ont souvent reçu une attention
limitée, ce qui a eu des conséquences négatives sur leur bien-être
et leur apprentissage.
13. Dans de nombreux cas, les enseignants qui se sont efforcés
de s’adapter à l’apprentissage à distance ont choisi de s’intéresser
surtout aux élèves qui disposaient des moyens technologiques nécessaires
et étaient en situation de suivre cet apprentissage et ont tout
simplement ignoré les besoins de ceux pour qui ce n’était pas le
cas et pour lesquels ces conditions de départ n’étaient pas réunies.
Même les enseignants qui faisaient auparavant des efforts pour adapter
leur enseignement à la diversité de leurs classes se sont sentis
obligés d’établir des priorités et d’accepter que certains élèves
restent hors de portée.
14. Cela étant, des enseignants et des écoles ont fait des efforts
supplémentaires pour mettre en place un soutien spécifique et adapté,
y compris:
- l’adaptation des
méthodes d’enseignement en ligne, des devoirs distribués et de la
manière de les communiquer, afin que le plus grand nombre possible
d’élèves en soient informés;
- la distribution de documents et devoirs imprimés aux élèves
ne disposant pas de connexion à Internet;
- la mise à disposition d’équipement informatique et/ou
d’un accès gratuit à Internet pour les élèves de milieux défavorisés;
- l’ouverture partielle des écoles pour les élèves n’étant
pas dans de bonnes conditions pour travailler à la maison;
- la mise à disposition de ressources d’apprentissage adaptées
à utiliser avec l’aide de la famille ou pour le travail personnel.
15. Ces réponses du système éducatif ont été conçues en fonction
des possibilités perçues comme raisonnables et non en fonction des
besoins effectifs à prendre en compte pour assurer l’égalité d’accès
à l’éducation. De plus, cela n’a pas résolu les effets plus complexes
et subtils de l’exclusion, qui peuvent entraîner des conséquences
négatives importantes à long terme, comme le sentiment d’être déconnecté
de ses camarades de classe, une perception de la situation et une
image de soi négatives et de la frustration, et peuvent même pousser
à un décrochage scolaire prématuré.
2.1.2 Enseignements
tirés de l’expérience
16. Alors que l’enseignement et
l’apprentissage en ligne se généralisaient dans tous les systèmes
éducatifs, cette transition hâtive a mis en évidence les disparités
en matière d’infrastructures et de compétences numériques entre
les établissements scolaires, les régions, les pays et les milieux
socio-économiques. En 2019 déjà, je constatais, dans mon rapport
sur «Le rôle de l’éducation à l’ère du numérique: des «natifs du numérique»
aux «citoyens numériques»,
Note que moins de la moitié des enfants
de l’Union européenne étaient scolarisés dans des établissements
disposant d’équipements numériques, et seulement 20 à 25 % avaient
des enseignants utilisant aisément ces technologies dans la salle
de classe. Le fossé était encore plus grand à l’échelle de l’ensemble
du Conseil de l’Europe.
17. On trouve facilement du matériel pédagogique dans les langues
les plus courantes, mais plus difficilement dans les langues régionales
ou minoritaires, ce qui est pourtant nécessaire pour garantir les
droits linguistiques et assurer la cohésion sociale et l’inclusion
de tous. L’apprentissage en ligne à distance permet une meilleure
prise en compte des besoins particuliers des apprenants, ce qui
est un avantage considérable, mais l’un de ses inconvénients majeurs
est qu’il peut aussi creuser les inégalités et renforcer les préjugés.
18. À mesure que les systèmes d’éducation européens sortent de
l’urgence et s’orientent vers des solutions plus durables, il devient
important de tirer et d’évaluer les leçons de cette expérience afin
d’identifier des moyens de mieux intégrer les environnements d’enseignement
et d’apprentissage innovants dans la scolarité. La première leçon
du confinement est que la technologie ne saurait se substituer à
la salle de classe et que le contact humain direct est irremplaçable
dans l’éducation. Elle peut toutefois faciliter notablement l’enseignement
et l’apprentissage, en apportant plus de liberté et de souplesse
et en favorisant l’inclusion et l’accessibilité.
2.2 Impacts
sur les secteurs de la culture
2.2.1 Analyse
secteur par secteur
19. La fermeture ou l’arrêt de
la plupart des établissements et activités culturels au cours de
la première, puis de la deuxième ou troisième vague de la pandémie
de covid-19 a eu un effet dévastateur sur les secteurs de la culture,
en particulier sur les musées, les théâtres, les bibliothèques et
les librairies, les cinémas, les arts de la scène et les festivals,
l’édition, le patrimoine culturel, l’artisanat, l’audiovisuel et
sa production.
2.2.1.1 Arts
de la scène
20. Les arts de la scène comptent
parmi les secteurs les plus durement touchés parce qu’ils se déroulent dans
un lieu accueillant du public. L’annulation des manifestations,
spectacles et festivals a produit des effets négatifs en chaîne
qu’il a été très difficile de compenser, même lorsque les lieux
de représentation ont pu rouvrir moyennant une jauge limitée.
21. La perte de recettes dans les diverses disciplines des arts
de la scène (théâtre, danse, opéra, cirque, spectacle en plein air,
etc.) est liée à l’interruption des ventes de billets, des subventions,
des parrainages et des dons. D’autres sources de revenus se sont
taries, notamment les contrats commerciaux liés à la restauration,
les recettes publicitaires et les frais de participation aux ateliers
et master classes. Lorsque les responsables
de lieux de représentation se sont désengagés sans compenser les
pertes, les artistes indépendants ont particulièrement souffert,
en raison de la précarité de leur situation et de leurs droits sociaux et
contractuels trop limités. Dans certains pays, les artistes n’ont
pas pu compter sur les aides publiques, car ils n’y étaient pas
éligibles. De plus, la plupart des artistes de scène indépendants
sont recrutés dans le cadre d’un projet, sur la base d’un portfolio,
et ont pâti de la fermeture des frontières internationales et de
l’arrêt des projets internationaux.
22. Derrière chaque spectacle ou festival d’art vivant se cache
un vaste écosystème de professionnels qui interviennent en soutien
(techniciens, monteurs de scènes, costumiers, maquilleurs, éclairagistes,
sociétés chargées de l’organisation des manifestations). L’ampleur
des dommages est donc colossale et s’étend bien au-delà de la vente
de billets. De plus, la perte directe de recettes due à l’annulation
des festivals et autres manifestations a eu des répercussions indirectes
sur les économies locales.
2.2.1.2 Musique
23. La covid-19 n’a pas le même
impact sur la musique enregistrée et sur la musique jouée en direct.
Live DMA Network
Note a calculé que les lieux de concert
ont accueilli 17 millions de spectateurs en 2020, contre 70 millions
prévus, soit une baisse de fréquentation de 74 % par rapport à 2019.
La perte de recettes de 2 600 lieux de concert en direct membres
du réseau Live DMA Network est évaluée à 1,2 milliard d’euros, soit une
diminution de 64 % pour 2020. L’impact sur les musiciens indépendants
qui se produisent en direct et sur le personnel technique accompagnant
est considérable. En revanche, les recettes des plates-formes de diffusion
de musique en continu et les ventes numériques de musique enregistrée
ont moins souffert de la crise, bien que pour la promotion des artistes,
elles soient étroitement liées à l’interprétation en direct. Cela
dit, la crise a retenti sur les ventes physiques, car l’écoute de
la musique a rapidement basculé sur les plates-formes numériques,
accélérant une tendance qui se dessinait déjà avant la pandémie.
La fermeture des détaillants et la défaillance des chaînes d’approvisionnement
ont eu de lourdes conséquences sur les activités commerciales. À
titre d’exemple, le secteur allemand de la musique a évalué les
dommages causés par la covid-19 à près de 5,5 milliards d’euros
pour le premier semestre 2020.
2.2.1.3 Musées
et sites appartenant au patrimoine culturel
24. Les musées, galeries d’art
et sites du patrimoine culturel ont dû fermer en mars 2020. Certains
ont pu rouvrir pendant l’été, avant de fermer à nouveau lors de
la deuxième vague à l’automne puis de rouvrir progressivement en
mai 2021. Si les musées et sites patrimoniaux publics ont bénéficié
d’aides d’urgence dans la majorité des pays européens, les pertes
d’emploi ont été plus ou moins importantes selon la taille et l’emplacement
de l’établissement, et particulièrement lourdes dans les petites
structures privées. La perte des recettes liées à la vente de billets
dans les musées et les sites du patrimoine culturel s’est accompagnée
d’une baisse des parrainages et des financements par les organisations
caritatives. Outre les activités relevant du cœur de métier, les
services auxiliaires – souvent externalisés – ont aussi essuyé des
pertes.
25. Pour compenser la perte du public physique, la plupart des
grands musées et sites patrimoniaux ont accru leur présence numérique
en ligne (communication via internet, tours virtuels, expositions
en ligne). Mais les petits établissements ne disposant pas du personnel
formé nécessaire pour passer rapidement à la communication numérique
et aux présentations en ligne, il leur faut aujourd’hui trouver
de nouvelles sources de financement.
2.2.1.4 Artisanat
d’art
26. Les artistes et artisans, confrontés
à une perte de revenus et à l’annulation des ventes, des commandes et
des manifestations (foires, festivals, ateliers), ont particulièrement
souffert. Le passage aux plates-formes numériques et l’aide des
programmes de soutien n’ont que partiellement compensé ces pertes.
La baisse importante du nombre de touristes internationaux sur l’ensemble
du territoire européen est un autre facteur qui a eu et continuera
d’avoir de fortes répercussions sur ce secteur.
2.2.1.5 Secteur
de l’audiovisuel
27. L’industrie cinématographique
a gravement souffert des conséquences des mesures de confinement sur
l’ensemble de sa chaîne de valeur. Les annulations ou reports de
tournage et de production ont touché toutes les équipes artistiques
et techniques, car souvent, la plupart des professionnels sont à
leur compte. La majorité des cinémas d’Europe ayant fermé pendant
de longues périodes, le secteur de la distribution a subi une grave
perte de revenus et n’a donc pas pu couvrir les frais techniques
et les dépenses de marketing engagés pour la sortie des films. Les
petits cinémas indépendants sont particulièrement menacés.
28. Les mesures liées à la covid-19 ont aussi conduit à l’annulation
et au report des festivals du film européens et internationaux,
qui sont d’importantes places de marché pour l’industrie cinématographique. Certains
festivals ont adopté le format numérique en 2020, à l’image du Festival
de Cannes, lors duquel 12 500 participants ont assisté à des présentations
et spectacles virtuels et 4 000 films de 120 pays ont été présentés.
29. La diffusion en ligne a été beaucoup moins touchée par la
crise sanitaire. Les abonnements de vidéo à la demande étaient déjà
en hausse avant la pandémie et cette tendance s’est accélérée. Les
grandes plates-formes de diffusion comme Netflix et Prime Video
(Amazon) ont conquis une grosse part du marché du fait des confinements
successifs.
2.2.1.6 Édition
30. Avec l’interruption des grands
canaux de distribution en raison de la fermeture des librairies
et des petits commerces, associée à la restriction des déplacements
et des activités, de nombreux éditeurs ont connu une réduction massive
de leur activité. De ce fait, la sortie de nombreux nouveaux titres
a été annulée ou reportée, ce qui a eu un impact sur les recettes.
Les licences des maisons d’édition ont été assouplies pendant la
crise, notamment en France, où plusieurs éditeurs ont offert aux
bibliothèques des conditions de licence plus avantageuses. Au Royaume-Uni,
les prêts de livres électroniques dans les bibliothèques ont doublé.
31. De nombreux coûts d’édition étaient déjà subventionnés ou
irrécouvrables. Les acquisitions de droits, les activités de traduction,
la promotion, la logistique, entre autres, ont été touchées. La
perte de revenus concerne aussi les auteurs et les traducteurs,
qui ont pâti de l’annulation des lectures, des ateliers et des foires du
livre ou de retard dans les avances sur droits d’auteur ou encore
de l’annulation des contrats. À titre d’exemple, Amazon a considérablement
baissé le prix des livres électroniques, ce qui s’est répercuté
sur la rémunération des auteurs. Du fait de la demande croissante
en contenus numériques, de nombreux éditeurs ont décidé de ne sortir
certains titres que dans ce format. Contrairement aux lourdes pertes
subies par les petites libraires européennes, les ventes en ligne
se sont envolées, bénéficiant tout particulièrement aux grandes
sociétés de distribution comme Amazon.
2.2.2 Évaluation
initiale et enseignements tirés de l’expérience
32. Une évaluation précise des
conséquences socio-économiques globales sur le secteur de la culture
en Europe fait encore défaut, étant donné que les estimations de
chaque sous-secteur et celles établies au plan national varient
en termes de méthodologie et de contenu, mais aussi en raison de
l’incertitude quant à l’avenir. Toutefois, les différentes prévisions
disponibles donnent un aperçu de la gravité des dommages subis par
les différents secteurs culturels.
33. Par exemple, au printemps 2020, les musées européens ont enregistré
une baisse moyenne de 80 % de leurs revenus selon le Réseau des
organisations de musées européens (NEMO). Une enquête de suivi est actuellement
menée afin de dresser un état des lieux de la situation actuelle
des musées au niveau européen, et de la manière dont ils font face
aux problèmes découlant de la deuxième vague de la pandémie. La
baisse de la philanthropie entraînera également des dommages à long
terme, car tant les entreprises que les fondations souffrent de
pertes économiques liées à la crise.
34. La situation des institutions culturelles indépendantes de
taille réduite est extrêmement préoccupante sachant qu’elles sont
particulièrement menacées de disparition en l’absence de soutien
des pouvoirs publics. De plus, ce sont quelque sept millions d’artistes
et de professionnels de la culture en Europe qui risquent de perdre
leur emploi à cause de la précarité de la situation, étant donné
leur statut d’indépendant pour la plupart.
35. Par ailleurs, de nombreux artistes et institutions culturelles
ont mis en ligne une partie de leurs productions actuelles ou passées
afin d’assurer une certaine continuité culturelle pendant le confinement.
Mais après avoir proposé leurs œuvres gratuitement sur internet,
seront-ils en mesure d’être rétribués pour leurs œuvres une fois
la situation rétablie? Je pense qu’il sera important de résoudre
cette question, étant donné l’augmentation probable des productions
culturelles en ligne, à l’origine d’une nouvelle tendance en faveur
de la démocratisation de la culture à l’ère post-pandémique.
36. Depuis mars 2020, les décideurs d’Europe ont pris en urgence
et avec vigueur une multitude de mesures inédites pour aider les
secteurs de la culture et de la création à survivre à la crise.
Malheureusement, les mesures de soutien mises en place ne font pas
le poids face aux pertes de revenus qui sont attendues.
37. Dans de nombreux pays, les artistes et les professionnels
de la culture exerçant à leur compte ont aussi bénéficié de l’aide
d’urgence, et ce malgré leurs droits sociaux globalement insuffisants.
Mais ces mesures d’urgence étaient limitées dans le temps et trop
fragmentaires pour offrir des conditions de vie et de travail durables.
38. Alors que les acteurs étatiques mettaient la priorité sur
les aides génératrices de revenus et les mesures de réduction des
coûts, les organismes non publics s’attachaient, pour surmonter
la crise, à investir dans des mesures pour l’innovation. Toutefois,
le concept d’«innovation» s’est généralement limité à la transition numérique,
sans réelle perspective de relever, plus largement, d’autres défis
majeurs pour la société.
3 Vision
de l’éducation et de la culture dans les stratégies de relance nationales
39. Nos sociétés auront besoin
de citoyens ouverts aux suggestions, fermement attachés aux valeurs démocratiques
et aux droits humains, disposés à interagir de manière constructive
et à accepter le défi des opinions divergentes, capables de discernement
et à même d’apprécier ce qui peut rapprocher les êtres humains plutôt
que d’accentuer les clivages. Ces attitudes constructives seront
essentielles pour relever les nombreux défis sociaux, culturels,
économiques et environnementaux du XXIe siècle.
40. La pandémie de covid-19 est donc l’occasion de concevoir de
nouveaux modèles capables de garantir un fonctionnement viable,
durable et innovant des secteurs de l’éducation et de la culture.
Les gouvernements et les parlements joueront un rôle de premier
plan en définissant une vision claire pour le futur ainsi que des stratégies
globales à long terme pleinement intégrées dans les plans de relance
post-covid-19.
41. Les stratégies nationales devraient mettre à profit les synergies
et reconnaître que la culture et l’éducation sont intimement liées.
Les politiques éducatives et culturelles devraient se renforcer
mutuellement. Le Cadre de référence des compétences pour une culture
de la démocratie du Conseil de l’Europe
Note, qui définit 20 compétences dans
quatre domaines clés comprenant les valeurs, les attitudes, les
compétences et les connaissances, et la compréhension critique,
fournit, selon moi, un excellent point de départ pour développer des
partenariats et des projets innovants entre les établissements scolaires
et les différents secteurs de la culture, afin d’aider les jeunes
à acquérir ces compétences démocratiques fondamentales.
42. Ce type de partenariat créatif entre les secteurs de l’éducation
et de la culture permettrait aussi d’élargir et de démocratiser
l’accès des jeunes à la culture et leur donnerait une occasion de
s’investir activement et de manière créative dans différentes expressions
culturelles
Note.
Dans son rapport sur le droit de chacun de participer à la vie culturelle
Note,
Mme Muriel Marland-Militello (France,
PPE/DC) soulignait le rôle de l’État et des collectivités locales,
qui doivent susciter le «désir de culture» chez les jeunes, faisant
valoir que ce type d’initiatives ferait appel à leur sensibilité
subjective et à leur imagination créative, en leur procurant une
grande liberté d’initiatives et en leur donnant confiance en eux
à un moment crucial de leur existence pendant lequel ils construisent
leur devenir de citoyens adultes.
43. Dans son rapport intitulé «Culture et la démocratie»
Note,
Mme Vesna Marjanović (Serbie, SOC) plaidait
en faveur non seulement de l’intégration plus systématique des activités
culturelles dans le système éducatif comme moyen d’améliorer l’accès
des enfants et des jeunes marginalisés et défavorisés, mais aussi
en faveur de politiques visant à intégrer les activités culturelles
dans d’autres domaines d’action, comme la santé, les services sociaux,
les établissements pénitentiaires et les programmes de réinsertion
des détenus. La culture et l’éducation sont deux moyens puissants
de combattre l’exclusion, de motiver les personnes les plus vulnérables
ou marginalisées de la société, de leur redonner espoir et de renforcer
leur autonomie.
44. Dans le contexte des Objectifs de développement durable des
Nations Unies à l’horizon 2030 et du Pacte vert pour l’Europe, qui
visent à relever les multiples défis qui se posent à nous partout
dans le monde, je soutiendrais l’idée selon laquelle les investissements
dans le secteur de l’éducation et le secteur de la culture et de
la création pourraient figurer parmi les investissements dans l’innovation
visant à permettre l’édification d’économies plus durables et créatives
pour le futur. L’intégration de la culture et de l’éducation dans
d’autres secteurs et l’élaboration de dispositifs incitatifs pour
l’instauration de partenariats créatifs avec les secteurs privés
pourraient donc être des aspects essentiels des futures politiques
de l’après-covid. Dans le cadre de ce processus, le législateur
a la responsabilité de s’assurer que ces partenariats sont respectueux
et équilibrés et qu’ils reposent sur un ensemble de règles bien
définies.
45. Les technologies numériques modifient de manière radicale
la société européenne et l’économie, tendance qui s’est accélérée
pendant la pandémie de covid-19. L’espace numérique est devenu le
principal lieu où les professionnels de l’éducation et de nombreux
acteurs des secteurs de la culture et de la création ont pu poursuivre
leurs activités et rester en contact avec leur auditoire. Si cette
tendance peut se révéler très positive parce qu’elle contribue à
démocratiser l’accès à l’éducation et à la culture et inciter l’activité individuelle,
elle fait aussi peser de graves menaces, car elle creuse la fracture
numérique et les inégalités et aussi parce qu’en l’absence de réglementation,
elle prive les artistes et les professionnels de la culture d’un juste
revenu. Il serait donc urgent de résoudre les problèmes qui subsistent
avec les fournisseurs mondiaux du numérique comme les GAFAM
Note et
de définir un cadre numérique européen solide qui soit bien adapté
à l’éducation en ligne et aux différents secteurs de la culture.
4 Renforcer
la démocratie en soutenant la vitalité et la diversité culturelles
en Europe
46. Les secteurs de la culture
et de la création ont fait preuve d’une inventivité exceptionnelle
pendant la crise sanitaire en donnant accès à l’art, à la culture
et à la créativité pour le bien-être des citoyens, des collectivités
locales et des sociétés au sens large, et ce malgré des conditions
de travail difficiles. Ces secteurs ont montré leur potentiel à
contribuer plus largement à un processus de réflexion visant à reformuler
nos ambitions collectives dans la perspective d’une société meilleure,
plus inclusive et plus durable – une véritable «remise à zéro».
47. Soutenir les artistes et les très petites entreprises qui
constituent un tissu culturel très riche et diversifié en Europe
et investir dans la vitalité culturelle sont de puissants moyens
de politique publique pour susciter l’engagement actif des citoyens,
lancer des débats publics sur des sujets de société essentiels et
assurer une stabilité démocratique durable en Europe. En coopération
avec l’Union européenne, le Conseil de l’Europe a élaboré une série
d’indicateurs
Note permettant d’évaluer la corrélation
entre démocratie et investissements dans la vitalité culturelle.
Cet outil précieux devrait aider les décideurs de niveaux local,
national et européen à défendre et à justifier des choix d’investissements
dans la culture comme une manière d’investir, à moyen et long terme,
dans des sociétés plus résilientes et plus démocratiques.
48. Cela étant, en Europe, les secteurs de la culture sont marqués
par une structure d’écosystème très fragmentée, où la grande majorité
des activités culturelles est proposée par de très petites, petites
et moyennes entreprises. Un grand nombre d’artistes et d’acteurs
culturels indépendants participent à ce système. Ces prestataires,
qui travaillent sur la base de contrats temporaires, vivent dans
des conditions assez précaires. Quelques pays, dont la France, leur
offrent un statut d’«intermittent», qui leur assure un certain niveau
de protection sociale pendant les intercontrats.
49. Les secteurs de la culture et de la création en Europe sont
donc caractérisés par des chaînes de valeur fragmentées, où cohabitent
de nombreux travailleurs et organisations de toute taille et de
toute nature non standard qui ont besoin de collaborer étroitement.
Si cela peut être perçu comme une faiblesse en termes économiques,
je soutiendrais que c’est aussi une véritable force, car tous ces
petits acteurs offrent une grande diversité d’expressions, de services
et de biens créatifs et culturels, ainsi qu’une diversité linguistique,
que nous devons choyer et préserver sur notre continent.
50. Générer des revenus et financer des projets ont toujours été
un problème pour les secteurs de la culture et de la création en
Europe, et, de ce fait, les fragilités structurelles, financières
et sociales n’ont fait que s’aggraver pendant la pandémie.
51. Un revenu juste, tiré d’honoraires et de tarifs décents, serait
de la plus haute importance pour que le secteur de la culture et,
en particulier, la vie professionnelle des artistes et des acteurs
culturels deviennent plus résilients et s’inscrivent davantage dans
la durée. Les modalités de travail des professionnels de la culture,
quel que soit leur statut, doivent être améliorées pour qu’ils puissent
bénéficier de la sécurité sociale et de niveaux de revenus décents.
Les États devraient mettre en place des systèmes d’information et
de réglementation facilitants, afin d’assurer un bon niveau de transparence
et de réduire la charge administrative liée aux cadres contractuels,
à la fiscalité et aux régimes de sécurité sociale ainsi qu’aux droits
d’auteur. Il doit exister de solides réseaux de professionnels de
la culture ainsi que des instances de représentation efficaces dans
les différents secteurs afin de renforcer les droits de ces travailleurs
et de garantir l’égalité des armes.
52. Les technologies numériques ont pour effet d’accélérer les
grandes mutations culturelles et pourraient contribuer au processus
de démocratisation de la culture. Mais cette évolution ne doit pas
se faire au détriment des artistes et autres professionnels de la
culture. La transformation numérique en Europe devrait être profondément
ancrée dans la démocratie, l’humanisme, la coopération et la solidarité.
L’espace numérique européen est encore très fragmenté et fragile.
L’économie numérique et les activités culturelles associées doivent
être fondées sur des règles, notamment une réglementation claire
du droit d’auteur. Il faut réduire la fracture numérique non seulement
entre les citoyens, les régions et les pays, mais aussi entre les
différents organismes culturels, et ce en développant les compétences
numériques et l’accès aux nouvelles technologies.
5 Investissements
en faveur d’une société plus résiliente grâce à une éducation de
qualité et à l’intégration
53. Selon les objectifs de développement
durable des Nations Unies (objectif 4), une éducation de qualité englobe
un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit,
l’égalité d’accès à un enseignement professionnel d’un coût abordable,
l’élimination des inégalités entre les sexes dans le domaine de
l’éducation, et qu’elle aide tous les élèves à accéder à un enseignement
supérieur de qualité. Le Conseil de l’Europe prône une éducation
de qualité dont l’objectif est la préparation non seulement à l’emploi,
mais aussi à une vie de citoyen actif dans une société démocratique,
à l’épanouissement personnel ainsi qu’au développement et à la consolidation
d’une base de connaissances approfondie et diversifiée
Note.
54. Une éducation en ligne de qualité peut donc être caractérisée
comme suit: accessible à tous, inclusive, offrant un environnement
d'apprentissage sûr et non violent, assurant le développement personnel,
préparant à la vie en tant que citoyens actifs dans des sociétés
démocratiques et maintenant une base de connaissances approfondie
et diversifiée.
5.1 Accès
à l’éducation
55. Pour garantir dans le futur
une éducation en ligne de qualité, les systèmes d’éducation doivent
veiller à ce que la technologie ne creuse pas davantage encore les
inégalités existantes dans l’accès à l’apprentissage en ligne. L’accès
commun à une couverture internet à haut débit constitue à cet égard
un facteur clé. Des expériences d’États membres montrent que de
nombreuses solutions sont possibles, comme la réduction du coût
d’accès à l’internet pour les foyers à faibles revenus, la fourniture
de cartes SIM gratuites aux apprenants, la mise en place de points
d’accès wifi publics dans les écoles et d’autres espaces. L’expérience
de certains pays montre qu’il convient de diffuser davantage d’émissions
pédagogiques à la radio et à la télévision.
56. Le deuxième aspect essentiel concerne l’accès aux dispositifs
d’apprentissage tels que les ordinateurs de bureau, les ordinateurs
portables et les tablettes. Certains pays indiquent que le téléphone
portable a utilement contribué à combler les inégalités à ce niveau.
L’éducation en ligne de qualité impose certes que les apprenants
disposent d’un matériel approprié, mais de nombreuses solutions
existent: aides à l’achat de matériel, distribution gratuite de
matériel ou prêt de matériel de l’établissement, par exemple. Certains
États membres estiment que les établissements scolaires pourraient
être d’une grande aide pour repérer les apprenants qui manquent
de matériel et leur en faciliter l’obtention.
57. Pour avoir accès à l’apprentissage en ligne, il faut également
se sentir en sécurité, avoir accès à un espace physique et être
dans un environnement propice à la maison. Les écoles et les centres
sociaux peuvent surveiller la situation des élèves vulnérables et
les motiver, les soutenir et les entourer des conditions dont ils ont
besoin pour travailler. Les établissements scolaires, les centres
socioculturels, les bibliothèques et autres services publics devraient
proposer des espaces d’apprentissage ouverts à tous.
58. Enfin, l’État devrait garantir l’accès gratuit à des espaces
d’apprentissage virtuels offrant des ressources pédagogiques ouvertes
et ils devraient faciliter l’apprentissage à distance. Les élèves
devraient avoir accès aux logiciels et aux outils dont ils ont besoin
pour apprendre, par exemple des simulateurs et des programmes de
réalité virtuelle. Priorité doit être donnée aux ressources pédagogiques
ouvertes, car l’enseignement public ne saurait dépendre de plates-formes
numériques privées«L’éducation
dans un monde post-covid: neuf idées pour l’action publique», Commission
internationale sur le futur de l’éducation, UNESCO, 2020..
5.2 Développement
personnel
59. La continuité de l’apprentissage
scolaire a reçu plus d’attention que le développement socio-affectif
de l’élève dans l’enseignement à distance
Note. La perte
de la socialisation et des apports de l’éducation au développement
personnel ont représenté un coût réel et majeur de la pandémie.
L’utilisation prolongée de matériel informatique dans l’éducation
a aussi affecté la santé physique des apprenants. Ces facteurs, combinés
à la solitude forcée des apprenants et aux incertitudes de leur
situation, ont mis à rude épreuve leur santé et leur bien-être psychologiques
Note.
60. Une éducation en ligne de qualité doit laisser le travail
de groupe collaboratif jouer son puissant rôle d’aide à l’évolution
des comportements et à l’amélioration des résultats. Le partage
d’expérience, le retour d’information et les plans de travail communs
accroissent la motivation, donnent des résultats plus riches et plus
durables, incitent à une réflexion plus intense et plus créatrice,
et apportent à l’apprenant d’utiles compétences sociales et affectives.
61. Les systèmes d’éducation et les établissements d’enseignement
peuvent combiner les modèles: enseignement en classe, travail en
petits groupes, exploitation des ressources et possibilités d’apprentissage en
ligne et mixte de qualité, amplification du rôle de l’école dans
le développement des compétences sociales des élèves
Note.
Les formules d’enseignement en ligne mixtes (qui, par exemple, lancent
en différé l’apprentissage en ligne, suivi de l’application en situation,
puis d’un échange d’expérience, d’une réflexion et de conclusions
en mode simultané) semblent les plus porteuses à la fois pour l’acquisition
des connaissances et pour le développement personnel de l’apprenant.
5.3 Préparation
à une vie de citoyen actif
62. La priorité donnée à l’apprentissage
scolaire a raréfié les occasions qui s’offraient à l’élève de prendre part
aux décisions dans son établissement, de contribuer à la vie de
son quartier, d’exprimer ses opinions et de développer les compétences
nécessaires à la culture démocratique. Les droits de participation
des enfants et des adolescents ont été très impactés.
63. La perte de foi dans la démocratie chez les jeunes est une
tendance particulièrement alarmante, à laquelle on ne saurait répondre
sans l’éducation
Note et les activités culturelles.
Le Conseil de l’Europe a élaboré des supports pédagogiques innovants,
modulables et d’utilisation facile pour aider les enseignants et
les apprenants à évoquer ensemble les questions importantes soulevées
par la crise sanitaire actuelle. Ils peuvent être mis en œuvre dans
des situations variées d’enseignement à distance, et être modulés
en fonction des plates-formes ou dispositifs d’apprentissage en
ligne disponibles, de l’âge de l’apprenant, du contexte local, du
temps passé en ligne et du degré de compétence en informatique
Note.
64. Les systèmes d’éducation des États membres pourraient tirer
profit du projet du Conseil de l’Europe sur l’éducation à la citoyenneté
numérique
Note, un exemple d’approche innovante
de l’apprentissage en ligne fondé sur les principes éprouvés de
l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits de l’homme:
le dialogue, la pensée critique, l’apprentissage actif, social et
coopératif, par exemple. De plus, l’instauration de partenariats
innovants avec des artistes et autres professionnels de différents
secteurs de la culture serait une voie à suivre pour mettre en pratique
le Cadre de référence des compétences pour une culture de la démocratie
du Conseil de l’Europe
Note.
5.4 Consolidation
d’une base de connaissances approfondie et diversifiée
65. La réflexion sur l’éducation
de demain devrait voir l’apprentissage en ligne comme un complément améliorant
les résultats, et non comme un succédané d’apprentissage en présentiel.
Les connaissances et l’expérience acquises par divers modes d’apprentissage
à distance sont des atouts et pourraient peuvent être approfondies
et déployées ultérieurement, ce qui appelle des formules mixtes
d’enseignement et d’apprentissage, également propices à la personnalisation
accrue de l’éducation, et pourrait étendre le temps et les possibilités
d’apprentissage pour tous les élèves et étudiants
Note.
66. Les systèmes d’éducation et les établissements d’enseignement
auront à réévaluer et à revoir la manière dont ils enseignent et
dont les élèvent apprennent. L’apprentissage en ligne de qualité
ne saurait se contenter de reproduire en vidéo l’enseignement magistral
ou la transmission de connaissances en présentiel, il doit mettre
en œuvre une série d’outils de collaboration et de méthodes d’implication
de l’élève qui en fasse une pédagogie expérimentale et active. Il
conviendrait d’actualiser les méthodes pédagogiques traditionnelles utilisées
dans la salle de classe en élaborant des lignes directrices et des
normes sur l’apprentissage hybride et aussi en multipliant les partenariats
avec les établissements culturels ou les artistes.
67. Les systèmes d’éducation et les établissements d’enseignement
devront diversifier leurs méthodes d’évaluation pour s’adapter aux
nouveaux modes d’enseignement et d’apprentissage. Comme dans l’enseignement
traditionnel, l’État devra mettre en place un système d’accréditation
des programmes en ligne afin d’en réglementer l’offre et d’en garantir
la qualité ; et il conviendra de mettre cette dynamique à profit
pour adapter les programmes aux besoins du XXIe siècle
Note.
Les nouveaux programmes devront moins tabler sur la consommation
d’informations et la mémorisation de faits largement accessibles
par les technologies de l’information et de la communication. Une
plus large place est à faire au développement des compétences, à commencer
par la pensée critique et une réflexion sur les technologies de
l’information et l’information elle-même, avec élargissement à la
résolution des problèmes, à la communication, à la collaboration,
à la prise de décisions, à la créativité, à l’adaptabilité, à la
responsabilité et à l’efficacité personnelle — toutes choses nécessaires
pour relever avec succès des défis nouveaux et inconnus, telle la
crise sanitaire actuelle.
5.5 Éducation
inclusive et partenariats
68. Malgré les déclarations publiques
faites au niveau du Conseil de l’Europe
Note,
les responsables de l’éducation de divers pays ont surtout exprimé
leur inquiétude face à la perte de contenu des programmes scolaires
pendant la pandémie de covid-19, ce qui révèle la priorité implicite
donnée à l’acquisition de connaissances. Pourtant, la pandémie a
montré une fois de plus que l’école n’est pas seulement un lieu
où l’on acquiert des connaissances mais aussi un lieu d’interaction
et de socialisation.
69. Une éducation de qualité doit être inclusive
Note. Le Cadre de référence des compétences
pour une culture de la démocratie
Note défend aussi de manière explicite
une approche inclusive de l’éducation. Il s’est avéré un outil conceptuel
et pratique très pertinent pour relever divers défis auxquels nos
sociétés sont confrontées; cela vaut aussi pour la réponse des systèmes
éducatifs à la pandémie de covid-19 et à ses suites.
70. Pour garantir dans le futur une éducation en ligne de qualité,
il faut réévaluer et revoir l’offre pédagogique visant les élèves
qui présentent des besoins spéciaux. Il convient de veiller à ce
que les applications de technologies de l'information et de la communication
et l’enseignement à distance soient disponibles et accessibles pour
les apprenants porteurs de différents handicaps. Cela englobe les technologies
d’aide susceptibles d’améliorer la communication et la mobilité
et d’accroître la participation. Les technologies de l’éducation
peuvent se révéler indispensables pour soutenir les élèves handicapés
en diversifiant les activités qui leur sont ouvertes, et leur donner
ainsi les moyens d’améliorer par eux-mêmes leur intégration sociale
et économique dans la société.
71. Les apprenants de groupes linguistiques minoritaires ont droit
à l’éducation dans leur propre langue, notamment dans l’enseignement
primaire, et cela appelle une attention particulière. Il faudra
concevoir des dispositifs qui garantissent que l’éducation en ligne
de qualité élimine les stéréotypes liés au sexe, à l’origine ethnique,
à la culture, à l’âge, etc.
72. Améliorer son efficacité personnelle peut, par exemple, être
particulièrement important pour surmonter une mauvaise image de
soi, qui peut conduire à une baisse des résultats scolaires, voire
au décrochage. En outre, le développement de capacités d’empathie,
de communication et de coopération et de l’esprit civique peut améliorer
la motivation et la capacité des enfants appartenant à des groupes
plus privilégiés à nouer des contacts avec leurs camarades qui ont
besoin d’un soutien supplémentaire et à leur apporter eux-mêmes
ce soutien. Pour ces deux catégories, il serait essentiel de valoriser
la dignité humaine et les droits de l’homme ainsi que la compréhension
critique des inégalités sociales afin de pouvoir développer une
approche fondée sur les droits, qui est un élément de l’éducation
inclusive.
73. Les résultats obtenus ont été meilleurs dans les cas où les
écoles ont établi une communication systématique et adaptée avec
les parents d’enfants à besoins éducatifs particuliers. Les enseignants,
qui travaillent d’ordinaire directement avec les enfants, ont dû
pour cela changer de rôle et concevoir des trajectoires d’apprentissage
adaptées et personnalisées pour ces enfants et expliquer à leurs
parents, ou aux autres adultes apportant leur aide volontaire, comment
travailler avec les enfants. Il s’est révélé essentiel pour l’efficacité
de cette coopération de veiller à ce que la communication soit réciproque
et d’aider les parents à signaler aussi les progrès faits par leurs
enfants.
74. Il importe que les gouvernements prennent les mesures nécessaires
pour former efficacement l’ensemble des assistants éducatifs, y
compris ceux qui prennent soin des enfants handicapés. Cette formation devrait
consister à leur dispenser des conseils professionnels adéquats,
ainsi qu’à renforcer leur sensibilité et leur empathie. Il convient
de leur fournir les moyens, la technologie, les méthodes de communication alternative
et le matériel de formation nécessaires. Les préférences des parents
doivent être davantage prises en compte lors du choix des assistants
éducatifs adéquats, sous réserve qu’elles soient conformes à l’intérêt supérieur
de l’enfant. De plus et surtout, l’avis de l’enfant doit devenir
le facteur décisif de la sélection des assistants éducatifs, le
cas échéant. L’action des assistants éducatifs et des personnes
chargées de prendre soin d’un enfant handicapé doit privilégier
avant tout son égalité de traitement et son inclusion auprès des autres
enfants.
75. Il existe de bons exemples d’écoles qui sont arrivées à apporter
un soutien approprié aux élèves qui en ont besoin et à s’engager
dans un processus systématique et explicite de promotion de l’inclusion
en exploitant les ressources existant dans la collectivité. Cette
coopération prend diverses formes; en voici quelques exemples:
- la coopération avec des associations,
par exemple des associations spécialisées dans l’aide aux enfants
à besoins éducatifs particuliers ou qui peuvent organiser des activités
dans l’espace numérique, ou en dehors, pour répondre aux besoins
de contacts et de socialisation des enfants;
- la coopération avec des établissements culturels et des
artistes capables d’inventer des approches créatives et nouvelles,
bien adaptées aux enfants ayant des besoins particuliers, pour leur
permettre d’apprendre, de se socialiser et de gagner en confiance;
- la constitution de groupes informels de bénévoles en mesure
d’apporter un soutien adapté aux parents et aux enfants. Les expériences
leS plus réussies dans ce domaine ont été les cas dans lesquels
les bénévoles étaient bien préparés et encadrés, tandis que les
enseignants se concentraient plus sur la conception des interventions
éducatives appropriées et veillaient à ce que les besoins de tous
les élèves soient pris en compte;
- les groupes d’entraide entre parents, reposant sur l’échange
d’idées et de ressources, mais aussi sur le soutien psychologique
et le sentiment de ne pas être seuls et de faire front ensemble;
- la coopération avec des psychologues et diverses autres
catégories de professionnels de disciplines pertinentes, qui peuvent
offrir gratuitement soutien et conseils aux parents ou aux enfants;
- l’assistance gratuite d’informaticiens ou tout simplement
de personnes qui s’y connaissent suffisamment pour essayer de nouveaux
modes d’utilisation des technologies ou des nouvelles applications
et adapter la technologie aux enfants à besoins éducatifs particuliers;
- la création de groupes de soutien dans des écoles ou des
quartiers, constitués de divers intervenants prêts à apporter leur
aide aux écoles pour surmonter les difficultés auxquelles elles
font face pour assurer une éducation inclusive.
76. Il serait selon moi primordial de miser sur les groupes vulnérables
et de leur apporter un soutien, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants
qui rencontrent des difficultés d’apprentissage, en gardant à l’esprit
que les membres de la société ne sont pas tous en bonne santé ni
autonomes. La qualité de nos démocraties dépend de notre capacité
à satisfaire ces besoins particuliers et à apporter aux intéressés
du réconfort, de l’attention et de l’empathie, tout en donnant à
chacun d’eux, y compris aux plus vulnérables, les moyens de participer pleinement
à la vie publique.
5.6 Le
rôle essentiel des enseignants et assistants éducatifs
77. La nouvelle réalité de l’apprentissage
appellera dans l’après-pandémie une redéfinition du rôle de l’enseignant.
Le passage d’une culture de l’enseignement à une culture de l’apprentissage
suppose que les enseignants ne soient plus seulement des sources
de connaissances, mais de plus en plus des guides, qui aident les
apprenants à naviguer parmi diverses sources d’information, à se
forger des valeurs, à établir des relations avec les autres élèves
et à faire face à la réalité sociale. Le succès de l’enseignement
en ligne de qualité dépendra des enseignants, comme c’était déjà
le cas des mesures de l’enseignement dans la situation d’urgence.
Ils sont parvenus dans l’urgence à mettre en œuvre des modes d’apprentissage
à distance, souvent sans assistance, formation ni ressources suffisantes.
Mais même lorsqu’ils disposent de l’infrastructure et de la connectivité
nécessaires, nombre d’éducateurs n’ont pas les compétences techniques
et méthodologiques qui leur permettent de faciliter un enseignement
à distance de qualité
Note.
78. L’apprentissage mixte et en ligne de qualité doit être soutenu
par des professionnels de l’éducation hautement qualifiés, bénéficiant
de bonnes conditions de travail et de ressources de qualité. Les
formations offertes aux enseignants dans le domaine du numérique
doivent inclure un volet méthodologique suffisant et l’accès à des
ressources pédagogiques. Les établissements et les institutions,
les enseignants, les élèves et les étudiants, de même que les parents,
doivent disposer de l’infrastructure voulue, mais aussi des compétences
nécessaires pour en tirer parti
Note.
79. Les enseignants doivent également être mieux préparés à promouvoir
une approche inclusive et à tenir compte des risques liés aux effets
indésirables de la catégorisation des «élèves à besoins éducatifs particuliers»
et des formes subtiles de discrimination institutionnelle et de
racisme interpersonnel
Note. La formation initiale et la formation
continue des enseignants devraient se concentrer sur ces aspects.
Une formation et un soutien adaptés peuvent être élaborés et proposés
à partir des ressources fournies par le Conseil de l’Europe dans
le cadre de référence des compétences pour une culture de la démocratie.
Les enseignants tireraient aussi avantage de partenariats plus larges
et plus systématiques avec les secteurs de la culture et de la création,
qui leur permettraient d’élaborer des méthodes innovantes et inclusives
pour appliquer le cadre de référence.
80. Le Conseil de l’Europe a mis au point un outil de réflexion
pour les enseignants basé sur le cadre de référence
Note et de nouvelles ressources pédagogiques
basées sur celui-ci
Note, à adapter et à utiliser en ligne,
en classe ou en apprentissage mixte. Cet outil est conçu pour les
aider à réfléchir à leurs propres compétences, mais aussi pour les
aider à aborder avec leurs élèves certaines questions complexes
et sensibles telles que la désinformation, le harcèlement scolaire
et la discrimination. Il fournit également des conseils basés sur
des documents antérieurs du Conseil de l’Europe pour l’enseignement
de questions controversées et pour encourager les élèves à faire
entendre leur voix dans la vie de l’école. À partir de l’année scolaire
2021-2022, le Conseil de l’Europe proposera aussi un module de formation,
basé sur le cadre de référence, qui pourra être utilisé pour la
formation des enseignants au niveau européen et au niveau national
et dont l’axe principal est la promotion de l’éducation inclusive
Note.
6 Conclusions
81. L’Union européenne a proposé
diverses mesures visant à atténuer l’impact socio-économique de
la pandémie. Il s’agit notamment de l’ambitieux instrument d’urgence
européen pour la relance (dénommé Next Generation EU), assorti d’un
renforcement du budget à long terme de l’Union européenne pour la
période 2021-2027
Note.
La Commission européenne et le Parlement européen ont tous deux
pris des mesures politiques importantes pour faire en sorte que
les secteurs de l’éducation et de la culture soient considérés comme prioritaires
et qu’ils puissent être éligibles à une aide au titre du programme
«Next Generation EU». Il incombe toutefois aux États membres de
l’Union européenne d’inclure l’éducation et la culture dans les
plans de relance nationaux afin de pouvoir bénéficier de ces mesures.
82. La situation de l’éducation et de la culture dans les pays
non-membres de l’Union européenne, lesquels ne bénéficient pas de
mesures de financement analogues, devrait faire l’objet d’une attention
particulière. Ce d’autant plus que beaucoup de ces pays ont fortement
réduit les fonds publics alloués au secteur de la culture pour financer
le secteur de la santé et la reprise socio-économique, qui sont
jugés prioritaires. Je nourris donc l’espoir que le présent rapport
servira de guide pour les stratégies de relance nationales dans
la zone, plus vaste, du Conseil de l’Europe.
83. Dans le contexte des Objectifs de développement durable des
Nations Unies à l’horizon 2030 et du Pacte vert pour l’Europe, qui
visent à relever les multiples défis qui se posent à nous partout
dans le monde, je soutiendrais l’idée selon laquelle les investissements
dans le secteur de l’éducation et le secteur de la culture et de
la création pourraient aussi figurer parmi les investissements dans
l’innovation visant à permettre l’édification d’économies plus durables
et créatives pour le futur. L’intégration de la culture et de l’éducation dans
d’autres secteurs et l’élaboration de dispositifs incitatifs pour
l’instauration de partenariats créatifs avec les secteurs privés
pourraient donc être des aspects essentiels à l’avenir.
84. Nous devons faire le maximum pour soutenir, au niveau de l’Assemblée
et dans nos parlements respectifs, l’idée selon laquelle les investissements
dans les secteurs de l’éducation et de la culture contribuent de
manière fondamentale à l’instauration de sociétés démocratiques,
solidaires, résilientes et plus durables, capables de relever les
nombreux défis sociaux, culturels, économiques et environnementaux
du XXIe siècle. Comme le dit fort à propos
dans son rapport
Note la
rapporteure de notre commission et ancienne Présidente de l’Assemblée,
Mme Anne Brasseur, les parlements ont
un double rôle: d’une part, ils contribuent de manière essentielle
à définir une vision pour l’avenir ainsi que des stratégies globales
à long terme pour les secteurs de l’éducation et de la culture,
d’autre part, ils vérifient que ces stratégies sont correctement
mises en œuvre.