Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l'Assemblée le 25 janvier 2000 (3e séance) (voir Doc. 8611, rapport de la commission des questions juridiques et des droits de l'homme, rapporteur: M. Magnusson; Doc. 8615, avis de la commission des questions politiques, rapporteur: M. Clerfayt; et Doc. 8627, avis de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteur: M. Evin). Texte adopté par l'Assemblée le 25 janvier 2000 (3eséance).
- Thesaurus
1. L'Assemblée estime nécessaire de faire un
certain nombre d'observations à la suite de la décision prise par le Conseil
européen de l'Union européenne à Cologne, les 3 et 4 juin 1999, d'élaborer une
charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui devrait être présentée
au Conseil européen en décembre 2000.
2. A ce stade, ne sachant pas quel sera le contenu de la charte, elle
souhaite attirer l'attention de ceux qui auront en charge son élaboration -
c'est-à-dire de l'«enceinte» créée à cet effet à Tampere, -sur un certain
nombre de faits, et se réserve de faire ses observations sur le contenu de la
charte le moment venu.
3. Les institutions européennes, les Communautés puis l'Union européenne ont
depuis un certain temps marqué leur intérêt pour les droits de l'homme, en
particulier pour la Convention européenne des Droits de l'Homme, et les ont
mentionnés dans leurs traités successifs comme étant la base de la démocratie.
Le Parlement européen et la Commission se sont à plusieurs reprises prononcés
en faveur de l'adhésion à ladite Convention. L'Assemblée parlementaire de son
côté a accueilli très favorablement cette proposition. Toutefois, celle-ci ne
s'est pas concrétisée jusqu'ici suite à l'avis de la Cour de justice de
Luxembourg sur la compatibilité de l'adhésion à la Convention européenne des
Droits de l'Homme avec les traités de la Communauté, estimant que la Communauté
n'avait pas compétence pour adhérer en l'état actuel du droit
communautaire.
4. Au moment où l'Union renforce ses pouvoirs, elle souhaite, comme elle l'a
dit dans la décision de Cologne, rendre l'importance des droits de l'homme plus
visible pour les citoyens de l'Union et rassembler les droits épars dans un
texte unique. L'Assemblée accueille cette initiative comme une volonté affirmée
de renforcer encore les droits de l'homme en Europe.
5. L'Assemblée considère cependant que l'adoption d'une charte des droits
fondamentaux ne peut pas ignorer l'acquis de la Convention européenne des
Droits de l'Homme et de près de cinquante ans de jurisprudence qui ont
profondément marqué le droit des Etats membres du Conseil de l'Europe et donc
de ceux de l'Union européenne. Par ailleurs, elle attire l'attention sur le
risque d'avoir deux séries de droits fondamentaux, ce qui pourrait affaiblir la
Cour européenne des Droits de l'Homme.
6. Elle rappelle à cet égard la communication de la Commission des
Communautés européennes du 19 novembre 1990 sur l'adhésion à la Convention
européenne des Droits de l'Homme et à certains de ses protocoles, dans laquelle
elle déclarait que l'adhésion n'excluait pas l'option d'un catalogue de droits
fondamentaux spécifiques à la Communauté. Il est donc permis d'affirmer a
contrario que l'adoption d'une charte n'exclut pas l'adhésion à la Convention
européenne des Droits de l'Homme.
7. Il est indéniable que l'Union européenne et le Conseil de l'Europe
garantissent un certain nombre de droits qui ne sont pas contenus dans la
Convention européenne des Droits de l'Homme, notamment des droits économiques
et sociaux, et que la charte devrait donc inclure ces droits en y en ajoutant
d'autres qui sont aujourd'hui acceptés comme des droits fondamentaux.
L'Assemblée renvoie aux autres instruments de protection des droits de l'homme
dont la charte pourrait aussi s'inspirer, notamment la Charte sociale
européenne révisée qui garantit les droits économiques et sociaux, et qui est
un instrument auquel l'Assemblée a proposé à l'Union européenne d'adhérer. Elle
rappelle que, à la suitedau Traité d'Amsterdam, une référence à la Charte
sociale du Conseil de l'Europe a été incluse dans le Traité sur l'Union
européenne.
8. L'Assemblée se réfère au rapport de l'Union européenne, préparé en
février 1999 par un groupe d'experts présidé par le professeur Simitis, qui
recommande que les articles 2 à 13 de la Convention européenne des Droits de
l'Homme soient incorporés dans le droit communautaire, de même que les droits
contenus dans les protocoles à la Convention. L'inclusion des droits garantis
par la Convention permettrait d'éviter d'avoir deux catalogues différents de
droits en Europe créant ainsi deux catégories de citoyens jouissant de droits
différents.
9. Elle considère en effet que les droits fondamentaux ne souffrent aucune
discrimination dans leur application et qu'ils doivent protéger toute personne
relevant de la juridiction de l'un des Etats membres, comme le prévoient les
articles 1 et 14 de la Convention européenne des Droits de l'Homme.
10. En conclusion et à la lumière de ce qui précède, l'Assemblée invite
l'Union européenne:
10.1 à incorporer les droits
garantis par la Convention européenne des Droits de l'Homme et ses protocoles
dans la Charte des droits fondamentaux et à tout mettre en œuvre pour que la
cohérence de la protection des droits de l'homme en Europe soit sauvegardée et
éviter qu'il y ait des interprétations divergentes de ces droits;
10.2 à se prononcer en faveur de l'adhésion à la Convention européenne des
Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe et à préparer les amendements
nécessaires aux traités communautaires;
10.3 à s'assurer que, lorsqu'elle fera référence aux droits sociaux, la
Charte sociale révisée du Conseil de l'Europe sera prise en
compte.