Lutte contre les atteintes à l’environnement en mer Noire
Recommandation 1837
(2008)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 23 juin 2008 (20e séance) (voir Doc. 11632, rapport de la commission de l’environnement, de l’agriculture
et des questions territoriales, rapporteur: M. Mironescu). Texte adopté par l’Assemblée le 23
juin 2008 (20e séance).
- Thesaurus
1. La mer Noire est une zone d’une
importance vitale pour l’Europe, compte tenu de sa situation géographique
et de ses caractéristiques socio-économiques, culturelles et environnementales.
Elle se situe, en effet, à la fois aux confins de l’Europe géographique
(Conseil de l’Europe) et de l’Union européenne, et constitue un
trait d’union entre des cultures et des religions différentes.
2. La mer Noire était jadis l’un des secteurs de pêche les plus
productifs d’Europe. L’industrialisation et l’explosion démographique
dans la région ont entraîné la surpêche, l’eutrophisation et le
déversement de substances toxiques chimiques et radioactives dans
la mer. A présent, ce milieu aquatique, qui était autrefois une
source importante de nourriture et un espace de loisirs, risque
de devenir le théâtre d’une catastrophe écologique sans précédent.
3. C’est pourquoi la coopération peut et doit être développée
entre les pays riverains, que ce soit au niveau national, régional
ou local, pour lutter contre les atteintes à l’environnement et
améliorer le bien-être des habitants de ces pays.
4. L’Assemblée parlementaire rappelle que de nombreuses structures
de coopération existent déjà dans la région de la mer Noire, dont
certaines concernent des domaines bien plus larges que celui de l’environnement.
Au niveau gouvernemental on peut citer la Coopération économique
de la mer Noire (CEMN), qui possède également une dimension parlementaire
– l’Assemblée parlementaire de la Coopération économique de la mer
Noire (l’APCEMN) –, la Communauté énergétique de l’Europe du Sud-Est,
le Centre régional sur l’énergie de la mer Noire (BSREC), la Commission
sur la protection de la mer Noire contre la pollution (Commission
de la mer Noire), etc., et, au niveau régional, la Commission régionale
des Balkans et de la mer Noire, qui a pour objectif d’encourager
le dialogue et la coopération entre les échelons administratifs subnationaux.
5. L’Assemblée regrette toutefois que la Déclaration de Bucarest,
signée en 1985 par les pays traversés par le Danube, visant à évaluer
et à contrôler le niveau de pollution de cette voie d’eau, n’ait
pas eu d’effets concrets, malgré son renforcement en 1994.
6. L’Assemblée rappelle que les six Etats riverains de la mer
Noire (Bulgarie, Fédération de Russie, Géorgie, Roumanie, Turquie
et Ukraine) ont signé et ratifié la Convention pour la protection
de la mer Noire contre la pollution (Bucarest, 1992), instaurant
le cadre nécessaire à un contrôle plus efficace de la pollution ainsi
qu’à la reconstitution et à la conservation des ressources de la
mer.
7. L’Assemblée rappelle également que l’Union européenne est
en train de développer l’initiative «Synergie mer Noire», dans le
cadre de sa politique européenne de voisinage. Cette initiative
concerne entre autres l’environnement, la politique maritime et
la pêche, et s’appuie particulièrement sur la coopération transfrontalière.
8. L’Assemblée constate que les problèmes de nature environnementale
de la mer Noire ont des causes multiples. Les cours d’eau qui s’y
jettent charrient des métaux lourds, des composés organiques synthétiques, des
hydrocarbures, des nutriments, des eaux usées non traitées et des
radionucléides provenant de Tchernobyl. Les barrages construits
sur ces cours d’eau ainsi que les besoins en eau douce pour l’agriculture et
les activités domestiques ont considérablement réduit la quantité
d’eau douce qui se déverse dans la mer, ce qui aggrave les problèmes
existants et altère la salinité de l’eau. Certaines villes côtières
constituent une source supplémentaire d’eaux usées non traitées,
tandis que les ports sont largement responsables à la fois de la
pollution par le pétrole et de l’importation d’espèces allogènes.
La surexploitation des ressources halieutiques de la mer Noire a
conduit à l’extinction commerciale de 21 espèces de poissons sur
26.
9. L’Assemblée note que, chaque année, le Danube déverse à lui
seul dans la mer Noire environ 280 tonnes de cadmium, 60 tonnes
de mercure, 900 tonnes de cuivre, 4 500 tonnes de plomb, 6 000 tonnes de
zinc, 1 000 tonnes de chrome et 50 000 tonnes d’hydrocarbures. Les
autres principaux cours d’eau qui s’y jettent (Dniepr, Dniestr,
Don, Kouban, Yuzhnyy et Belaïa) déversent annuellement environ 87 tonnes
de cadmium, 1 500 tonnes de cuivre, 825 tonnes de plomb et 2 600 tonnes
de zinc supplémentaires. Ces cours d’eau sont également la source
d’une quantité considérable de nitrate et de phosphore qui engendrent
la prolifération des algues et du plancton, une diminution des concentrations
d’oxygène dissous et une forte baisse des stocks de poissons, conduisant
à des modifications de la chaîne alimentaire.
10. L’Assemblée estime, par conséquent, que le Conseil de l’Europe
doit prendre des mesures pour renforcer la coopération autour de
la mer Noire aux niveaux national, régional et local, car tous les
pays riverains sont membres de l’Organisation.
11. Dans ce contexte, elle se félicite de l’initiative du Congrès
des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe de créer
une nouvelle eurorégion de la mer Noire, sur le modèle de l’Eurorégion
adriatique. Une telle structure devrait, entre autres, promouvoir
la coopération entre les pays de la mer Noire aux niveaux local et
régional, contribuer à la promotion du développement durable, renforcer
les capacités de gestion des autorités locales et encourager l’échange
d’expériences entre les pouvoirs locaux et régionaux pour mettre
en œuvre des projets communs.
12. L’Assemblée demande par conséquent au Comité des Ministres
d’inviter les Etats membres du Conseil de l’Europe concernés:
12.1 à encourager, et si possible
à aider financièrement, les villes côtières de la mer Noire à moderniser
leurs systèmes d’évacuation des eaux usées;
12.2 à encourager les ports de la mer Noire à moderniser leurs
installations portuaires pour que la pollution en hydrocarbures
provenant de ces installations soit fortement diminuée;
12.3 à améliorer la coopération et l’intégration en matière
de surveillance maritime, pour aboutir à un meilleur contrôle de
la pollution des principales voies maritimes;
12.4 à veiller à réduire de manière drastique le niveau de
pollution des rivières et des fleuves se jetant dans la mer Noire;
12.5 à s’abstenir d’activités qui mettent en danger l’environnement
des espaces protégés autour de la mer Noire et à mettre fin à celles
qui sont en cours, notamment le «projet de canal Danube-mer Noire», dans
la partie ukrainienne du delta du Danube;
12.6 à promouvoir le tourisme sain sur le pourtour de la mer
Noire, dans le plein respect du patrimoine naturel;
12.7 à encourager le développement de l’utilisation de sources
d’énergie renouvelable, telles que les énergies solaire, éolienne
et marémotrice, dans la région de la mer Noire;
12.8 à soutenir les collectivités locales dans leurs efforts
de gestion de la mer selon le principe du développement durable,
ainsi que dans leurs projets de coopération transfrontalière;
12.9 à mieux contrôler l’industrie halieutique et à entreprendre
des actions concertées pour aider les stocks de pêche en mauvais
état à se reconstituer;
12.10 à renforcer l’application des accords en matière d’environnement
dans la région et à introduire l’obligation des évaluations environnementales
dans tous les projets régionaux;
12.11 à procéder à toutes les réformes législatives nécessaires
pour assurer une coopération fructueuse à l’échelon régional et,
dans ce contexte, à œuvrer pour la création d’une eurorégion de
la mer Noire.