Renforcer la réglementation internationale interdisant le commerce des biens utilisés pour la torture et la peine de mort
Réponse à Recommandation
| Doc. 14614
| 14 septembre 2018
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la 1323e réunion
des Délégués des Ministres (12 septembre 2018). 2018 - Quatrième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2123
(2018)
1. Le Comité des Ministres a examiné attentivement
la
Recommandation 2123
(2018) sur «Renforcer la réglementation internationale
interdisant le commerce des biens utilisés pour la torture et la
peine de mort». Il l’a communiquée au Comité européen pour la prévention
de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants
(CPT), au Comité directeur pour les droits de l'homme (CDDH) et
au Comité européen pour les problèmes criminels (CDPC), pour information
et commentaires éventuels.
2. Le Comité des Ministres réitère son attachement indéfectible
à l’interdiction absolue de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants et à l’abolition de la peine de mort, lesquels
constituent des acquis normatifs remarquables du Conseil de l’Europe.
Il souligne que le respect par les États membres de leurs engagements
implique qu’ils prennent des mesures effectives pour prévenir des
activités qui pourraient faciliter ou contribuer à l’application
de la peine capitale, de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants dans d’autres pays.
3. La question de l’abolition de la peine de mort est examinée
chaque semestre par le Comité des Ministres et les États membres
qui ne sont pas encore Parties aux protocoles n° 6 et n° 13 à la
Convention européenne des droits de l’homme sont, à cette occasion,
appelés à les ratifier. De même, le Comité des Ministres condamne
fermement et de manière systématique toute exécution intervenant
au Japon et aux États-Unis, États observateurs auprès du Conseil
de l’Europe, et au Bélarus. Par ailleurs, en avril 2018, le Comité
des Ministres a chargé son Groupe de rapporteurs sur les droits
de l’homme d’examiner le projet initial de Résolution de l’Assemblée
Générale des Nations Unies relative à un moratoire sur l’application
de la peine de mort, qui sera établi à New York en 2018 par l’équipe
spéciale interrégionale sur la peine de mort (IRTF), en vue d’identifier
les questions que les États membres du Conseil de l’Europe pourraient
activement promouvoir durant le processus de négociation. Le Comité
des Ministres est ainsi résolument engagé en faveur de l’abolition
universelle de la peine de mort.
4. L’interdiction absolue de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants demeure également une priorité pour le Conseil
de l’Europe et le Comité des Ministres salue à cet égard le rôle
essentiel de la Cour européenne des droits de l’homme et du Comité
européen pour la prévention de la torture (CPT). Il attire l’attention
de l’Assemblée sur la conférence organisée en mars 2018 par la Présidence
danoise du Comité des Ministres sur la lutte contre la torture et
les mauvais traitements aux premiers stades des gardes à vue et
de la détention provisoire. S’agissant de la publication des rapports
du CPT suggérée par l’Assemblée (paragraphe 10.6), le Comité des
Ministres réitère sa position selon laquelle la publication des
rapports du CPT favorise la prévention des atteintes aux droits
des personnes privées de liberté et il encourage à nouveau les États
Parties à autoriser la publication des rapports les concernant.
Dans ce contexte, il encourage également les États qui ne l'ont
pas encore fait à demander à l'avance la publication automatique
des futurs rapports de visite du CPT et des réponses gouvernementales
correspondantes.
5. S’agissant de la réglementation du commerce des biens utilisés
pour la torture et la peine de mort, le Comité des Ministres est
pleinement conscient de cette problématique, ainsi qu’en témoignent
les paragraphes 24 et 27 de l’Annexe à sa Recommandation
CM/Rec(2016)3 sur
les droits de l’homme et les entreprises qui contiennent des dispositions
spécifiques visant à interdire aux entreprises domiciliées dans
la juridiction des États membres de faire le commerce de tels biens
et à informer ces entreprises des effets potentiels de leurs opérations
sur les droits de l’homme.
6. Le fait que certains biens utilisés pour la torture et la
peine de mort puissent être produits ou commercialisés dans des
États membres du Conseil de l’Europe et exposés lors de salons professionnels
ou accessibles sur les sites internet d’entreprises européennes
est indéniablement une source de préoccupation. Le Comité des Ministres
rappelle que le CPT s’est opposé à plusieurs reprises à l’utilisation
de certains dispositifs ou équipements (comme les ceintures électriques
neutralisantes, les lits cages ou les lits munis de filets). En
d’autres occasions, le CPT a exhorté les autorités nationales à
mettre un terme à des pratiques inacceptables consistant notamment
à utiliser des dispositifs visant à bloquer la vision de personnes
détenues ou à leur bander les yeux lors de transferts ou d’auditions
de police. Le CPT a également émis une série de recommandations
en vue d’atténuer les risques d’utilisation abusive d’autres biens
ou équipements mentionnés dans la Recommandation de l’Assemblée.
7. Le Conseil de l’Europe est conscient du besoin d’échanger
des informations entre les États sur les meilleures pratiques existantes
pour combattre le trafic des biens utilisés pour la torture et la
peine de mort. Une Plateforme numérique sur les droits de l’homme
et les entreprises est en train d’être mise en place à cette fin
et devrait servir à:
.1 sensibiliser
les autorités des États membres aux mécanismes internationaux et
régionaux de protection des droits de l’homme et aux rapports des
organes indépendants de la société civile sur la situation relative
à la peine de mort, la torture et les peines ou traitements inhumains
ou dégradants dans les pays tiers, qu’elles devraient prendre en
compte lorsqu’elles examinent les demandes d’autorisation du commerce
des biens concernés;
.2 fournir des rapports périodiques sur les activités réglementaires
des États dans ce domaine, y compris sur les décisions prises au
sujet des demandes d’autorisation du commerce de biens spécifiques
et sur les motifs spécifiques de ces décisions.
8. Par ailleurs, le Comité des Ministres salue la création, en
novembre 2017, de l’Alliance mondiale visant à mettre fin au commerce
de biens utilisés pour infliger la peine capitale et la torture. Il
se félicite que 41 États membres du Conseil de l’Europe aient adopté
sa déclaration politique et il invite les autres États membres à se
joindre à l’Alliance mondiale.
9. Le Comité des Ministres convient avec l’Assemblée que le renforcement
de la réglementation internationale contre le commerce des biens
utilisés pour la torture et la peine de mort constituerait une étape supplémentaire
utile dans la lutte au niveau européen et mondial pour l’interdiction
de la torture et des peines et traitements inhumains et dégradants
et l’abolition de la peine de mort. Il est convaincu qu’en raison
de son rôle pionnier dans ces domaines, le Conseil de l’Europe devrait
y contribuer, par exemple en fournissant à des États membres un
cadre général et des orientations sur les mesures à prendre pour
établir et mettre en œuvre un régime réglementaire efficace. Le
Comité des Ministres estime dès lors qu’il lui serait utile de disposer
d’une étude réalisée par le Comité directeur pour les droits de
l'homme lui permettant de déterminer la faisabilité d’un instrument
juridique dans ce domaine, prenant en compte les travaux existants
dans le cadre du Conseil de l’Europe et dans d’autres enceintes
internationales, ainsi que les exemples de bonnes pratiques qui
seront recueillis par le biais de la nouvelle Plateforme numérique
sur les droits de l’homme et les entreprises. Il convient ainsi
de revenir sur ce point à la lumière des résultats de l’étude de
faisabilité.