En conséquence, l’Assemblée invite les États membres du Conseil
de l’Europe et les États observateurs, s’il y a lieu:
9.1 à examiner la compatibilité
de leur législation et de leurs pratiques nationales avec les principes juridiques
internationaux régissant le recours à la force par les agents des
forces de l’ordre, tels qu’ils découlent de la jurisprudence de
la Cour européenne des droits de l’homme, des recommandations du CPT,
des résolutions pertinentes de l’Assemblée et des recommandations
du Comité des Ministres, ainsi que des instruments des Nations Unies;
9.2 à veiller à ce que leur législation nationale érige en
infraction tous les actes de torture et les traitements inhumains
ou dégradants, et à ce que ces dispositions soient effectivement
appliquées dans la pratique afin de prévenir et de sanctionner l’usage
excessif de la force par les agents de maintien de l’ordre, quel
que soit le contexte – en garde à vue, en détention, dans les activités
de maintien de l’ordre lors de manifestations, dans les procédures
de maîtrise des foules, dans les situations d’urgence, dans la gestion
des flux de migrants irréguliers, etc.;
9.3 à veiller à ce que l’utilisation d’armes et autres outils
létaux ou non létaux par les services de maintien de l’ordre soit
strictement réglementée par leur législation nationale, qui devrait
prévoir des instructions et des garanties contre les abus;
9.4 à mettre en place des mécanismes indépendants, au sein
ou en dehors des institutions de police, pour diligenter des enquêtes
efficaces, approfondies et rapides sur les causes de l’usage excessif
de la force, afin de garantir que les personnes impliquées aient
à répondre de leurs actes;
9.5 à intensifier leurs efforts de lutte contre l’impunité
en améliorant l’efficacité de leurs systèmes judiciaires et de poursuites,
notamment en prévoyant des sanctions pénales et disciplinaires adéquates et
dissuasives pour les infractions liées aux brutalités policières
et à l’usage excessif de la force;
9.6 à prévoir des recours en indemnisation et des mesures
de réadaptation pour les victimes du recours excessif à la force;
9.7 à recueillir et à codifier les bonnes pratiques en matière
de maintien de l’ordre, et à prévoir des programmes de formation
spéciaux des forces de l’ordre sur l’usage de la force et le respect
des droits de l’homme;
9.8 à garantir une protection effective aux lanceurs d’alerte
qui dénoncent un usage excessif de la force au sein des services
répressifs, conformément à la
Résolution
1729 (2010) de l’Assemblée «Protection des “donneurs
d’alerte”» et à la
Résolution
2300 (2019) «Améliorer la protection des lanceurs d’alerte
partout en Europe»;
9.9 à renforcer la transparence des services répressifs et
la publicité de leur processus décisionnel en matière d’usage de
la force, y compris les instructions données aux services de police
par les autorités politiques;
9.10 à envisager d’accorder aux mécanismes nationaux de lutte
contre la torture et aux autres institutions nationales de défense
des droits de l’homme pertinentes la compétence de contrôler l’usage de
la force par les agents de maintien de l’ordre, qu’il y ait ou non
privation de liberté;
9.11 à veiller à ce que les agents de police masqués soient
tenus de porter et d’afficher des signes distinctifs d’identification,
en particulier lorsqu’ils procèdent à des arrestations ou interviennent
pour maintenir l’ordre lors de manifestations et pour maîtriser
des foules;
9.12 à renforcer le contrôle parlementaire des activités des
services répressifs;
9.13 à donner la priorité à l’exécution des arrêts de la Cour
européenne des droits de l’homme relatifs à l’usage excessif ou
injustifié de la force par les agents de maintien de l’ordre en
violation des articles 2 ou 3, pris isolément ou combinés à l’article 14,
ou de l’article 11 de la Convention; et à prendre toutes les mesures
individuelles et générales nécessaires pour remédier aux causes
profondes de ce problème, et à empêcher toute nouvelle violation.