C Exposé des motifs par M. Pedro Cegonho,
rapporteur pour avis
1. En tant que rapporteur pour
avis sur la situation des travailleurs saisonniers et domestiques
migrants en Europe et rapporteur sur la «Protection des droits de
humains pour les générations futures»
Note, je tiens à remercier Mme Diana
Stoica pour le rapport opportun qu'elle a présenté à la Commission
des migrations. Le rapport de Mme Stoica
fait le lien avec les travaux antérieurs de l'Assemblée parlementaire
sur des questions connexes et fonde certaines de ses recommandations
sur les propositions approuvées par l'Assemblée en ce qui concerne
les travailleurs sans papiers, sur la base du rapport de Mme Ada
Marra (Suisse, SOC)
Note. Je soutiens pleinement cette approche
qui assure la continuité de nos efforts de mobilisation pour renforcer
les droits sociaux de tous ceux qui vivent et travaillent dans nos
États membres.
2. Le rapport de Mme Stoica attire
notre attention sur le sort d'une catégorie de travailleurs très
vulnérables. En franchissant les frontières, ces travailleurs perdent
souvent la protection de leur pays d'origine et n'ont pas pleinement
accès aux droits sociaux dans le pays d'accueil. Les foyers sont
séparés pendant de longues périodes et les enfants perdent la proximité
bienveillante de leurs parents. Dans les pires cas, les travailleurs saisonniers
et domestiques migrants sont victimes de la traite des êtres humains
et du travail forcé, et sont exploités à tel point que leur santé
et leur vie sont gravement menacées. Alors que Mme Stoica
dresse une longue liste d'instruments juridiques en vertu desquels
nos États membres ont des obligations, il est clair que la protection
sociale sur le terrain est à la traîne pour ces travailleurs.
3. Certains problèmes sont liés aux instruments juridiques eux-mêmes
et à la manière dont nos États membres les mettent en œuvre. Pour
ne citer qu'un problème majeur, je tiens à souligner les limites
inhérentes à la Charte sociale européenne et le manque manifeste
de volonté politique pour les surmonter. En effet, la portée et
l'impact de la Charte sont réduits par le fait que très peu d'États
membres ont ratifié l'ensemble des dispositions et des protocoles
additionnels. De plus, certaines clauses limitent l'application
de la Charte aux personnes originaires d'autres États parties, ce
qui exclut de fait les travailleurs saisonniers et domestiques migrants
d'origine non européenne et même de nombreux travailleurs d'origine
européenne.
4. Cette réalité a été reconnue à la fois par le Comité européen
des Droits sociaux et par le Groupe de travail
ad hoc du Comité des Ministres sur
l'amélioration du système de la Charte sociale européenne (GT-CHARTE)
et est considérée par de nombreux experts indépendants comme «incompatible
avec la nature de la Charte en tant que traité relatif aux droits
humains»
Note.
Le problème est l’absence de consensus entre les États parties à
la Charte sociale sur la suppression de cette limitation juridique.
5. Je pense qu'en tant que Commission des questions sociales,
nous devons réaffirmer la nécessité de moderniser la Charte sociale
sur des aspects substantiels, notamment en ce qui concerne l'extension
de la portée des droits sociaux en vertu de la Charte à toutes les
personnes vivant sur le territoire des États parties et l'ajout
de nouvelles dispositions visant à renforcer la protection des travailleurs
dans des formes atypiques d'emploi. La décision d'organiser une
Conférence de haut niveau sur la Charte sociale européenne en juillet 2024
à Vilnius (Lituanie) – sous la présidence lituanienne du Comité
des Ministres – est une excellente occasion pour les États membres
de faire preuve d'une plus grande ambition pour les droits sociaux
en Europe, au lendemain du Sommet de Reykjavík.
6. Notre action déterminée aux niveaux national et européen est
plus que nécessaire pour protéger les foyers les plus vulnérables
contre des crises majeures du coût de la vie, pour s'attaquer aux
inégalités socio-économiques structurelles, et pour tenir compte
des transformations en cours dans le monde du travail
Note. Il s'agit de questions de justice
et de paix sociales pour les générations actuelles et futures. Cela
fait également partie de nos efforts de solidarité pour progresser
ensemble vers la réalisation des objectifs de développement durable.