C Exposé
des motifs, par Mme Circene, rapporteuse
1 Introduction:
un constat d’inégalité persistante entre les filles et les garçons
1.1 Inégalité de traitement
des filles et des garçons dès le plus jeune âge
1. Chaque jour, à travers le monde, des filles sont
interdites d’école, battues, négligées, contraintes au mariage ou
à des rapports sexuels forcés, vendues comme esclaves, obligées
de se battre à la guerre ou de rester assises en silence pendant
qu’on décide de leur sort à leur place. A chaque fois, leurs droits
sont bafoués
Note.
2. Ce constat accablant vaut aussi pour l’Europe, même si les
problèmes sont moins fréquents que sur d’autres continents. Doit-on
encore dans nos sociétés européennes s’interroger sur les droits
des filles? N’est-ce pas bien souvent un acquis? Doit-on encore
de nos jours distinguer les droits des filles des droits des enfants
en général? Ces questions semblent a priori véhiculer l’une image
obsolète d’une époque où les filles n’allaient pas à l’école et
où elles étaient discriminées des autres enfants de la famille.
3. Pourtant, la réalité est consternante. On se retrouve aujourd’hui
face à une situation contradictoire: s’il est clair que les droits
des filles ont fait des progrès décisifs au cours des siècles, on
assiste aussi d’une façon générale à un recul des droits des filles
et il faut bien constater qu’une inégalité de fait demeure bien
ancrée dans les sociétés. L’apparence est trompeuse, ce qui rend
le problème pernicieux. Entre égalité de
jure et égalité de facto, le
fossé est encore très large. En tout état de cause, les filles ont
le droit à ce que leurs droits soient effectifs et concrets, sans
quoi ils n’ont aucune valeur.
4. A la suite de la démission de Mme Cliveti,
ancienne rapporteuse, j’ai récemment été désignée rapporteuse. Je
me suis inspirée de mon expérience en la matière et de différentes
études pour apporter à ce problème une réponse qui soit la plus
concise possible. En particulier, je ferai référence aux expertes
de haut niveau auditionnées par la commission sur l’égalité des
chances pour les femmes et les hommes le 5 décembre 2008 à Paris
Note. L’objet
principal de l’audition a été de recueillir des informations sur
la situation des filles dans le monde, de se concentrer sur l’attitude
des enseignants envers les filles et les garçons, et enfin de voir
comment impliquer les filles à la prise de décision, en particulier
dans le domaine politique.
5. Aujourd’hui, en Europe, la plupart des filles vont à l’école,
la plupart d’entre elles ont un niveau d’études supérieur et beaucoup
travaillent. Cependant, très peu d’entre elles occupent des postes
à responsabilité, dans tous les domaines de la vie, que ce soit
au niveau professionnel ou politique. Les filles et les femmes sont,
en outre, moins bien payées et doivent assumer la majeure partie
du travail non rémunéré, comme les travaux ménagers et la prise
en charge des membres dépendants de la famille.
6. Alors, où se trouve le nœud du problème? Dans l’inégalité
de traitement des filles et des garçons, dès le plus jeune âge.
Les stéréotypes accablent les enfants, filles et garçons, dès la
naissance, puis tout au long de leur vie.
7. Puisque bien souvent le problème des inégalités entre enfants
de sexe différent est masqué par une égalité de droit, il m’a paru
intéressant de voir comment s’analyse l’évolution des comportements
à l’égard des filles et des garçons au cours de ces dernières années.
8. Certains auteurs dénoncent en effet les stéréotypes qui concernent
les enfants dès le plus jeune âge. Je me référerai en particulier
à l’analyse de l’évolution de la situation faite en 2007 par deux
sociologues français à partir de l’étude d’une sociologue italienne
datant de 1973. Ces ouvrages sont assez éclairants, sans entrer
dans les méandres fort intéressants mais complexes et controversés
de la psychanalyse.
1.2 La situation en
1973
9. En 1973 déjà, dans un ouvrage intitulé
Du côté des petites fillesNote,
Elena Gianini Belotti mettait en évidence à l’aide d’une enquête
dans les familles, les crèches et les écoles la puissance des stéréotypes enracinés
en chacun de nous, qui assignent des propriétés et des qualités
différentes aux filles et aux garçons dès avant la naissance et
tout au long de la prime éducation.
10. Elle signalait que toutes les différences relevées manifestaient
l’infériorité du sexe féminin, les filles ayant finalement une valeur
sociale moindre que les garçons après avoir été moins désirées qu’eux.
L’auteure montrait que sans s’en rendre compte, les mères se comportent
différemment, notamment dans les jouets qu’elles proposent, mais
aussi dans leurs interactions verbales, avec les filles et les garçons.
On stimule davantage le comportement social des garçons que celui
des filles, on les stimule plus sur le plan moteur: on les manipule
avec plus de vigueur, on les aide plus à s’asseoir, à marcher, etc.
Pères et mères mettent en œuvre des comportements différenciés selon
les sexes: les pleurs d’un nourrisson sont interprétés en termes de
colère si le bébé est un garçon, en termes de peur quand c’est une
fille.
11. Qui n’a pas dit d’un petit garçon qu’il est vif et d’une petite
fille qu’elle est mignonne? Cela commence donc dès la naissance.
Aux garçons le bleu, les pirates, les combats et le désordre; aux
filles, le rose, les loisirs d’intérieur et les cahiers bien tenus.
1.3 La situation de
nos jours
12. Deux sociologues se sont interrogés trente-cinq ans
plus tard sur l’évolution de la situation depuis la parution de
cet essai. Celui-ci eut en effet «un retentissement immense de par
le monde», en mettant en relief un processus de «discrimination
continue» qui finissait par forger avec efficacité des systèmes
distincts de représentations, d’attentes et d’attitudes rapidement
intériorisées par les enfants.
13. Christian Baudelot et Roger Establet, dans leur ouvrage paru
en 2007
Note, ont mis l’accent sur les «inégalités naturelles».
Ils rappellent le débat concernant le sexe du cerveau pour conclure
sur les préjugés que véhiculent ces notions. Les différences observées
entre filles et garçons, notamment les différences de réussite scolaire,
relèvent de facteurs culturels et sociaux. Après s’être penchés
sur l’école, les auteurs se sont intéressés au monde du travail:
le chapitre intitulé «Quel avenir devant soi?» étudie l’insertion
des femmes dans le monde du travail. Si les médias mettent en avant
les carrières spectaculaires de certaines femmes, un simple détour
par les taux de féminisation des professions permet de rompre avec
cette vision idyllique.
14. Le chapitre 4 revient sur la notion d’identité de genre. Comme
le rappellent les auteurs, l’appartenance à un genre est une construction
sociale. Ce chapitre est celui qui s’inscrit le plus directement
dans la continuité de l’étude de Mme Gianini Belotti, en reprenant
aujourd’hui les constats déjà faits en 1973. Dans les maternités,
à poids et à taille égaux, les garçons sont décrits par leurs parents
et leurs visiteurs comme grands, tandis que les filles seront qualifiées
de mignonnes, petites. Les jouets offerts aux filles et aux garçons
diffèrent toujours grandement
Note.
Le chapitre interroge ensuite plus profondément cette question d’une
sexualisation des jouets et des livres et rappelle leurs usages
différenciés selon les sexes.
15. Le chapitre intitulé «Les chemins de la liberté» étudie les
différences d’entrée dans la sexualité des filles et des garçons,
le rôle différencié selon les sexes des pairs. Il n’y a pas abandon
des modèles féminins et masculins, même si on assiste à leur réinterprétation
sur une base plus égalitaire. Au niveau des loisirs, les différences
sont toujours étanches.
16. En conclusion, selon les auteurs, «on enregistre des évolutions
de vaste ampleur, des changements de moindre portée et des permanences
significatives».
17. Cette présentation m’a paru convaincante et accessible à tout
public. En définitive, la question des inégalités entre filles et
garçons correspond bien à une réalité de notre époque. A partir
de ces constats et des exposés de l’audition, je souhaiterais mettre
l’accent sur le point fondamental, dans l’évolution des sociétés, qu’est
l’éducation, à travers le personnel enseignant mais aussi dans les
livres et l’imagerie destinée aux enfants. Il me semble aussi très
important que les filles sortent de leur rôle passif et qu’elles
prennent part activement aux décisions qui les concernent elles,
mais aussi la population en général.
18. Je souhaite également mettre l’accent sur le sport, qui à
mon sens revêt aussi une importance tant pour le développement personnel
des individus que pour leur intégration sociale
Note. Il me semble primordial que les filles
et les garçons bénéficient à égalité de l’accès aux équipements
sportifs et d’une formation appropriée.
19. Enfin, il me semble fondamental que les filles et les jeunes
femmes mais aussi les garçons et les jeunes hommes bénéficient d’un
accès aux services de santé génésique, ainsi que d’une éducation
et d’une information en matière d’hygiène sexuelle
Note.
Je souhaite donc mettre l’accent sur la nécessité d’éducation en matière
de santé reproductive, non seulement afin d’éviter les maladies
sexuellement transmissibles, mais aussi pour que les jeunes filles
et les femmes planifient leur maternité et affirment ainsi leur
indépendance vis-à-vis des hommes. Tous les moyens compatibles avec
les droits des femmes doivent être mis en œuvre pour réduire le
nombre de grossesses non désirées et d’avortements
Note.
2 L’éducation
au centre de la mise en œuvre du principe d’égalité entre les sexes
2.1 Le rôle primordial
de l’école en tant que vecteur d’égalité
20. Sachant la prégnance, sur les adultes, de l’éducation
reçue au cours de leur enfance, il est clair que le rôle des éducateurs
et des parents est primordial. Je souligne le fait que la plupart
des enfants se retrouvent en dehors du giron familial dès le plus
jeune âge. Certains sont confiés à des structures d’accueil dès
deux mois. Scolarisés aux alentours de 3 ans, ils sont aussi parfois
confiés à des structures de garde périscolaire. De nombreux enfants
passent ainsi en moyenne dix heures par jour en dehors de la maison,
dans des structures scolaires ou d’accueil. Les enseignants et les
éducateurs occupent donc une place prioritaire dans l’éducation,
en termes tant quantitatifs que qualitatifs. Les parents ont également
un rôle positif à jouer dans l’éducation de leurs enfants, en termes
d’égalité entre les sexes.
21. Je remarque que les représentations des femmes et des hommes
et les modèles d’attribution des rôles sociaux qui façonnent nos
sociétés sont reproduits à l’école. Il convient donc d’examiner
plus en profondeur ce problème car l’éradication de la discrimination
formelle ne semble pas suffire. Il faut garantir que le système scolaire
soit porteur d’une égalité de fait. Dans nos sociétés, l’éducation
est l’une des conditions essentielles de la réussite économique
et sociale.
22. En tant que parlementaire, il me semble important que le principe
de l’égalité entre les femmes et les hommes soit consacré par la
législation relative à l’éducation. Cependant, la législation n’est
pas l’unique moyen de créer un climat propice, qui permette à toutes
les filles et à tous les garçons de progresser aux plans scolaire,
personnel et social, selon leur potentiel, leurs centres d’intérêt
et leurs aspirations. Selon moi, une société réellement inclusive
nécessite un effort soutenu pour changer d’attitude et intégrer
les différences. Les écoles jouent un rôle décisif dans ce processus.
2.2 L’attitude des
enseignants
23. Comme le soulignait Mme Carrie
Paechter, malgré trente années de législation sur l’égalité des
chances et une multitude de travaux de recherche sur les questions
de genre dans le parcours scolaire, les garçons et les filles sont
encore traités différemment par les enseignants
Note.
24. Cette chercheuse met en évidence que les enseignants considèrent
les garçons et les filles comme des groupes distincts et très différents.
Dans l’ensemble du système scolaire, les enseignants se comportent comme
si filles et garçons avaient des attitudes, des capacités et des
mentalités très différentes. Cette vision des choses influe de diverses
manières sur le traitement des élèves, selon qu’il s’agit de garçons
ou de filles.
25. Ainsi, ceux qui enseignent à de jeunes enfants ont tendance
à les ranger dans des catégories «sexuées» lorsqu’ils les complimentent
ou les réprimandent: ils diront, par exemple, que «toutes les filles
sont bien sages» ou que «les garçons sont très bruyants». Les enseignants
considèrent également que garçons et filles ont envie d’apprendre
et d’être socialisés en groupes distincts. Si cela reflète les normes
sociales dominantes dans les petites classes, où les enfants tendent
naturellement à se regrouper selon leur sexe, cela renforce aussi
les stéréotypes intégrés par les enfants quant au choix approprié
de leurs amis ou camarades de jeu, en faisant apparaître cette ségrégation
comme allant de soi. Les enseignants, quant à eux, accentuent encore
ces stéréotypes en menaçant tel ou tel élève, pour le punir, de
l’obliger à s’asseoir avec ses camarades du sexe opposé. Cette tendance
à traiter garçons et filles comme des groupes distincts, clairement différenciés,
révèle chez les enseignants une sorte de réflexe discriminatoire
inconscient.
26. Les enseignants traitent filles et garçons de manière très
différente tout au long du cursus scolaire. Cela est dû aux idées
toutes faites qu’ils nourrissent au sujet de chacun des deux sexes;
et c’est là un cercle vicieux, car ces stéréotypes s’auto-entretiennent
par l’influence même qu’ils exercent sur les comportements en classe des
enseignants et des élèves. Ils engendrent des attentes différentes
vis-à-vis des garçons et des filles, des expériences différentes,
des approches différentes en matière de programmes d’études et de
pédagogie. Dès lors, ni les garçons ni les filles ne bénéficient
de l’ensemble des apprentissages qu’ils seraient en droit d’attendre.
27. Les filles appartenant à la classe ouvrière sont encore plus
défavorisées, car leur condition, associée au traitement différent
dont les filles font généralement l’objet, les oriente vers un enseignement
professionnel qui les prépare à des emplois mal rémunérés, avec
peu de perspectives de carrière, dans des métiers très féminisés.
28. Des travaux indiquent que les filles dont le comportement
n’est pas conforme aux stéréotypes féminins sont très mal vues par
les enseignants
Note.
Les enseignants comme les enfants ont des conceptions très marquées
du comportement des filles, d’une part, et des garçons, d’autre
part. Les filles sont censées se montrer raisonnables et désintéressées,
et donc permettre la poursuite de l’activité collective en cédant
aux exigences des garçons. On attend des filles qu’elles soient
une sorte d’enseignant en second – autrement dit, qu’elles soient
aux côtés de l’enseignant pour faire régner l’ordre parmi les garçons
et pour les aider à apprendre. Considérées comme raisonnables, les
filles sont également censées participer aux tâches «ménagères»
– par exemple en aidant l’enseignant à nettoyer le matériel scolaire
ou en rendant de menus services –, tandis qu’on laissera les garçons
étudier ou jouer.
29. Ainsi, une étude réalisée en 2004
Note dans une école maternelle suédoise a montré
que, sans en avoir conscience, les éducateurs réservaient aux filles
et aux garçons un traitement bien différent. Ils laissaient ainsi beaucoup
plus de place aux garçons, qui utilisaient en moyenne les deux tiers
du temps de parole. Lors des échanges avec les enfants, les éducateurs
acceptaient sans difficulté que les garçons interrompent les filles, alors
qu’ils demandaient aux filles d’attendre patiemment leur tour. Enfin,
ils avaient deux registres de discours: des phrases courtes et directives
pour les garçons, des discours plus longs et plus détaillés pour
les filles. Lors des repas, ces différences tournaient à la caricature:
les films tournés en 2004 montrent des petites filles de 3 ou 4
ans servant docilement des verres de lait ou des assiettes de pommes
de terre à des petits garçons impatients. Une répartition des rôles
encouragée, bien involontairement, par les éducateurs.
30. Au terme de ce travail, l’équipe éducative a décidé d’instaurer
deux temps non mixtes d’une heure trente par semaine. Selon les
éducateurs, ces moments permettent aux enfants de profiter tranquillement
des jeux associés à «l’autre sexe». Les filles peuvent ainsi conduire
des voitures ou sauter sur les bancs sans que les garçons les dérangent.
Réunis dans une autre salle de jeux, les garçons, eux, s’amusent
avec des dînettes, des peluches et des poupées sans que les filles
viennent s’approprier les lieux et leur donner des leçons de vie
domestique. La mixité est aussi suspendue, de temps à autre, pendant
les repas: pour éviter que les filles jouent les auxiliaires de
service, certains déjeuners se déroulent autour de tables séparées.
31. Mais l’étude de 2004 a surtout conduit les éducateurs à prêter
une attention nouvelle à leurs gestes de tous les jours.
32. On a également constaté que ce sont les enseignants des filières
professionnelles qui se montrent les plus conservateurs dans leur
conception des sexes. Les lycées et collèges professionnels contribuent
tout particulièrement à renforcer les stéréotypes en matière de
genre. L’enseignement professionnel y reste très «sexué», y compris
dans les pays nordiques, où le principe d’égalité entre les hommes
et les femmes est pourtant bien établi. C’est également le cas de
l’ex-Allemagne de l’Est, où l’orientation différenciée des garçons et
des filles vers les différentes filières professionnelles s’est
accentuée depuis la réunification allemande. Cela a des incidences
importantes, pour les deux sexes, en termes de choix de métier et
de perspectives de carrière. Cette situation est particulièrement
problématique pour les filles, car ces dernières suivent généralement
un cycle d’enseignement professionnel plus court, débouchant sur
des emplois moins bien considérés et souvent beaucoup moins bien
rémunérés. Certaines filières de l’enseignement professionnel – notamment
celles qui forment à des métiers traditionnellement féminins – ont
un caractère très «sexué» et très stéréotypé à cet égard.
33. Par conséquent, on peut dire que, tout au long du parcours
scolaire, les comportements et les attentes des enseignants désavantagent
les filles à long terme, puisqu’elles en pâtiront dans leur vie
d’adulte.
34. C’est pourquoi il faut aider les écoles à mettre en œuvre
le principe d’égalité entre les femmes et les hommes. Pour la plupart
des éducateurs, c’est un concept nouveau et complexe, non pris en
compte dans les pratiques des écoles et autres établissements éducatifs
ou de garde des enfants. Il me semble donc primordial que les autorités
aident le corps enseignant à évoluer vers des comportements non
stéréotypés et conformes aux réalités des sociétés du XXIe siècle.
2.3 La mixité à l’école
35. Dans son exposé sur le système éducatif, Mme Christiane
Spiel s’interroge non seulement sur l’existence d’une discrimination
à l’égard des filles, mais aussi sur la pertinence d’un enseignement
séparé. De nombreuses études ont mis en évidence des différences
systématiques entre les garçons et les filles dans des variables
liées aux performances.
36. Ces différences se sont considérablement atténuées au cours
des dernières années, mais elles existent toujours. De nos jours,
il n’est pas rare de constater que les résultats scolaires des filles
sont meilleurs que ceux des garçons. Par exemple, depuis quelques
années, les femmes représentent un pourcentage plus élevé que les
hommes parmi les diplômés de l’enseignement secondaire et supérieur.
De ce fait, certains ont considéré les garçons comme les victimes
d’un système éducatif féminisé, dont les filles sortent gagnantes. En
réalité, les filles ont réussi à rattraper les garçons, dans la
mesure où une certaine attention a commencé à leur être accordée.
Cela ne signifie pas que l’égalité entre les filles et les garçons
soit atteinte mais que l’attention portée aux filles progresse dans
certains domaines.
37. Chez les enfants, on n’observe aucune différence entre l’intérêt
et la motivation des filles pour les mathématiques et les sciences
naturelles et ceux des garçons pour les mêmes matières. En revanche,
à la fin de l’école élémentaire, les filles ont une perception considérablement
plus négative de leur propre niveau en mathématiques que les garçons.
Elles ont en effet tendance à sous-estimer leurs performances, et
les bonnes notes qu’elles obtiennent ne suffisent pas à compenser
la perte de confiance dans leurs compétences en mathématiques.
38. Par conséquent, leurs espoirs de réussite sont moindres. En
outre, contrairement aux garçons, elles croient à des modèles d’attribution
néfastes – du point de vue de la psychologie motivationnelle. Ainsi,
elles ont davantage tendance à attribuer l’échec à un faible niveau
de compétence, et la réussite, à la chance ou à un certain favoritisme
de la part de l’enseignant.
39. Les résultats de l’étude PISA
Note de l’OCDE
Note réalisée en
2006 viennent confirmer ces constatations. Ainsi, dans les pays
européens, les garçons ont clairement tendance à auto-évaluer leurs
compétences en sciences naturelles à un niveau plus élevé que les
filles. L’environnement éducatif favoriserait les garçons. En effet,
l’apprentissage s’effectue souvent dans un climat de compétition.
Les filles sont alors défavorisées, car elles sont davantage tournées
vers la coopération. Ainsi, elles présentent des résultats plus
faibles par rapport à ceux des garçons dans les classes dites «compétitives»
que dans les classes «non compétitives». La façon dont elles sont
éduquées – pour être sages et timides – ne correspond pas aux attentes
de la société qui préfère les prises de risques et la créativité.
40. Les filles sont également défavorisées par les stéréotypes
qui leur sont associés, les tâches ménagères et la garde des plus
petits enfants qu’elles doivent principalement supporter, ce qui
laisse peu ou pas de temps pour elles-mêmes.
41. Mme Spiel en conclut que notre
système éducatif est indubitablement discriminatoire à l’encontre
des filles. Elle refuse pourtant d’adhérer à la solution qui consisterait
à prodiguer un enseignement séparé.
42. Ces dernières années, le retour à un enseignement séparé,
du moins en partie, pour les filles et pour les garçons a été de
plus en plus envisagé dans certains pays comme une solution possible
à cette discrimination.
43. Toutefois, je ne suis pas favorable à l’abandon d’un principe
qui a été adopté après une profonde réflexion pédagogique. En outre,
il s’agit là d’une solution trop simple face à un problème très
complexe. Par ailleurs, les attentes sexospécifiques sont aussi
entretenues par les parents et par d’autres acteurs. En fin de compte,
le fait que ces écarts ne s’observent pas dans toutes les classes
mixtes et qu’il existe de grandes différences d’un pays à l’autre,
comme cela ressort de l’étude PISA, démontre concrètement l’influence
des processus éducatifs et, par conséquent, celle des enseignants.
44. En tout état de cause, on a constaté un appauvrissement du
programme pour les filles comme pour les garçons dans les classes
composées uniquement de filles ou de garçons. En effet, compte tenu
des stéréotypes concernant les goûts des garçons et des filles et
leurs modes d’apprentissage privilégiés, les garçons se sont vu
proposer davantage d’activités pratiques, tandis que les filles
bénéficiaient d’un enseignement théorique plus large, mais avec
une pédagogie moins portée sur la curiosité et la découverte.
45. Dès lors, je suis d’avis que l’objectif d’un enseignement
assurant l’égalité des chances aux filles et aux garçons ne peut
être atteint que par le biais d’un enseignement mixte et raisonné.
Ainsi, il s’agit essentiellement de mettre en place une vraie «coéducation»,
qui ne consiste pas seulement à faire s’asseoir les filles et les
garçons les uns à côté des autres dans la même pièce. Ce type d’éducation
demande en effet une réflexion profonde sur les stéréotypes, les
différences et les besoins individuels, ainsi qu’une participation explicite
au processus d’apprentissage. Une telle approche serait bénéfique
à la fois pour les filles et pour les garçons.
46. L’enseignement mixte raisonné devra reposer sur la motivation
à apprendre et l’autogestion de l’apprentissage, en se concentrant
sur chaque élève pour favoriser le développement de ses compétences. Pour
ce faire, les enseignants devront prendre conscience des causes
des différences entre les sexes et de la manière dont ils sont eux-mêmes
susceptibles d’y contribuer. Les notes devront être transparentes
car il a été établi que la meilleure façon de favoriser la motivation
à apprendre chez les élèves consistait à adopter un système d’évaluation
qui repose sur des critères objectifs, tout en tenant compte de
facteurs personnels.
47. La mise en place, pour les filles et les garçons, de modèles
d’identification contribue à atténuer les stéréotypes liés aux sexes.
Ces rôles de «modèle» pourraient être joués par des élèves plus
âgés, des enseignants spécifiques ou des intervenants extérieurs.
A cet égard, il convient de tenir compte du fait que la majorité
des enseignants sont des femmes.
48. Bien sûr, l’école ne peut être la seule instance responsable
de l’enseignement mixte et raisonné, bien qu’elle constitue indéniablement
un lieu où les changements nécessaires peuvent être introduits de
façon systématique. Il faudrait établir une coopération au niveau
plus général de la société, et plus particulièrement avec les parents.
49. Je suis persuadée que bien souvent de façon inconsciente les
parents ne sont pas au fait de la richesse de leurs enfants, en
particulier de leurs filles, qu’ils ont tendance à dévaloriser au
lieu de faire émerger leur potentiel. Je suis donc d’avis de mettre
tout en œuvre pour sensibiliser les parents à l’égalité et à la
prise de conscience des valeurs intrinsèques de leurs enfants, filles
et garçons, dans le cadre d’une parentalité positive. Les «écoles
de parents» qui proposent des actions d’accompagnement, de soutien,
d’information, d’orientation et de prévention visant à répondre
au mieux aux préoccupations des couples, des parents, des familles
et des jeunes me semblent être un outil positif pour améliorer le
lien parent/enfant et développer la reconnaissance de la valeur
de chacun.
50. En outre, je suis tout à fait favorable au soutien financier
des ONG
Note qui
œuvrent à la promotion de l’égalité et qui, par des activités adaptées
à chaque âge, favorisent la participation des filles à la prise
de décision pour devenir des citoyennes à part entière.
3 Conclusion
51. L’éducation est un moyen de garantir l’égalité des
chances entre les filles et les garçons. C’est un outil nécessaire
pour réduire la pauvreté et les inégalités sociales et respecter
les droits de la personne humaine. L’éducation a un effet déterminant
sur la capacité des filles et des femmes à revendiquer d’autres
droits et à acquérir un statut social, à atteindre l’indépendance
financière ou à améliorer leur représentation en politique. Elle
participe aussi à la protection des femmes et des filles contre
l’exploitation et les rend moins vulnérables aux risques tels que
le VIH/SIDA.
52. L’élimination des disparités de traitement entre les sexes
dans l’enseignement doit être une priorité de nos Etats. L’égalité
des filles et des garçons doit constituer une obligation légale
et une mission fondamentale de nos sociétés. La mixité scolaire
constitue une avancée mais ne recouvre pas pour autant une situation d’égalité
entre les filles et les garçons. Trop de disparités subsistent dans
les parcours scolaires des filles et des garçons. L’éducation à
l’égalité est une condition nécessaire à l’évolution des mentalités.
Toutes les structures d’enseignement peuvent devenir les lieux d’un
véritable apprentissage de l’égalité entre les filles et les garçons.
53. Au vu des développements précédents, je propose des mesures
visant à mettre en œuvre le principe de l’égalité entre les femmes
et les hommes à l’école et dans l’environnement éducatif de l’enfant
en faisant évoluer les mentalités, en privilégiant la formation
des enseignants au sein d’écoles mixtes qui respectent les différences
de chacun et l’égalité entre les sexes.
54. Je soumets à l’adoption par l’Assemblée les projets de résolution
et de recommandation ci-dessus.