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Observation de l’élection présidentielle en République de Moldova (30 octobre et 13 novembre 2016)

Rapport d’observation d’élection | Doc. 14202 | 24 novembre 2016

Auteur(s) :
Commission ad hoc du Bureau
Rapporteure :
Mme Elisabeth SCHNEIDER-SCHNEITER, Suisse, PPE/DC

1 Introduction

1. Lors de sa réunion du 26 mai 2016, le Bureau de l’Assemblée parlementaire a décidé de constituer une commission ad hoc composée de 20 membres et des deux corapporteurs de la commission de suivi, afin d’observer l’élection présidentielle du 30 octobre 2016 – sous réserve de recevoir une invitation des autorités de la République de Moldova. Le Bureau a par ailleurs autorisé la visite préélectorale d’une délégation de cinq membres – un pour chaque groupe politique représenté dans la commission ad hoc –, accompagnée des deux corapporteurs de la commission de suivi. Le 8 juin 2016, le président de la Commission électorale centrale (CEC) de la République de Moldova a adressé à l’Assemblée parlementaire une lettre d’invitation pour observer l’élection présidentielle du 30 octobre. Le 24 juin 2016, le Bureau a approuvé la composition de la commission ad hoc (voir l’annexe 1) et a désigné Mme Elisabeth Schneider-Schneiter (Suisse, PPE/DC) comme présidente.
2. Conformément à l’accord de coopération signé entre l'Assemblée parlementaire et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise) le 4 octobre 2004, un membre de la Commission de Venise à participé à la commission ad hoc en qualité de conseiller juridique.
3. La commission ad hoc a travaillé dans le cadre de la Mission internationale d'observation des élections (MIOE), qui comprenait également des délégations de l'Assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), du Parlement européen et de la mission d’observation électorale du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l'OSCE (OSCE/BIDDH).
4. Le Bureau avait autorisé une visite préélectorale en République de Moldova du 26 au 29 septembre 2016, afin d’évaluer l’organisation de la campagne électorale et le climat politique à l’approche des élections. La délégation multipartite était composée d’Elisabeth Schneider-Schneiter (Suisse, PPE/DC), chef de la délégation, Stefan Schennach (Autriche, SOC), Meritxell Mateu (Andorre, ADLE), Suat Önal (Turquie, CE) et Lotta Johnsson Fornave (Suède, GUE). La déclaration publiée par la délégation préélectorale à l’issue de sa visite fait l’objet de l’annexe 2.
5. Les 28 et 29 octobre 2016, la commission ad hoc a rencontré à Chisinau les candidats à la présidence et leurs représentants, la présidente de la Commission électorale centrale (CEC), le chef de la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH et ses collaborateurs, les Chefs du Bureau du Conseil de l’Europe en République de Moldova, de la Mission de l’OSCE en République de Moldova et de la délégation de l’Union européenne, ainsi que des représentants de la société civile et des médias. Le programme des réunions de la commission ad hoc figure en annexe 3.
6. Le jour du scrutin, la commission ad hoc s’est séparée en 12 équipes, qui ont observé l’élection dans les villes et régions de Chisinau, Comrat, Balti, Orhei, Edinet et Bender.
7. La MIOE a conclu que le premier tour de la première élection présidentielle au suffrage direct en République de Moldova depuis 1996 avait amplement permis aux électeurs d’exprimer leurs préférences pour le choix d’un nouveau chef de l’Etat. Les libertés fondamentales ont été respectées. La chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a souligné que «le principal souci de la délégation d’observation de l’Assemblée n’était pas le résultat de l’élection, mais le fonctionnement du processus électoral. A cet égard, nous avons noté que le peuple moldave s’était prononcé en toute liberté et que le scrutin était très bien organisé. Toutefois, des problèmes graves et persistants n’ont toujours pas été résolus. Les éléments suivants sont particulièrement préoccupants: médias politiquement tendancieux, fortement liés aux grands partis politiques, auxquels ils servent d’instrument de propagande; dépense de vastes sommes d’argent pour la campagne électorale; absence de transparence des sources de financement et faiblesse des mécanismes de contrôle public à cet égard. Si l’on ne règle pas ces problèmes, entre autres, rapidement et efficacement, les citoyens perdront confiance dans le processus électoral démocratique». Le communiqué de presse publié par la MIOE après le scrutin figure à l’annexe 4.
8. La commission ad hoc souhaite remercier pour leur soutien et leur collaboration la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH ainsi que le Bureau du Conseil de l’Europe à Chisinau.

2 Contexte politique et cadre juridique

9. Le contexte politique a été marqué par la défiance à la suite de plusieurs scandales de corruption, notamment la disparition d’environ un milliard d’euros – ce qui représente à peu près 15 % du produit intérieur brut (PIB) de la République de Moldova – de trois banques moldaves, et aussi par la persistance de divisions au sein de la société sur des questions géopolitiques.
10. L’élection présidentielle est régie par la Constitution de 1994, le Code électoral de 1997 et la Loi sur les partis politiques de 2007, tous modifiés en 2016, ainsi que par d’autres dispositions législatives pertinentes. Une révision de la Constitution de la République de Moldova en 2000 avait introduit l’élection du président au suffrage indirect par le Parlement. Le scrutin du 30 octobre 2016 était la première élection présidentielle au suffrage direct depuis 1996.
11. Le 4 mars 2016, la Cour constitutionnelle de la République de Moldova s’est prononcée sur une requête en inconstitutionnalité à propos de la révision constitutionnelle de 2000 par laquelle l’élection du président au suffrage indirect par le parlement avait été instaurée. La Cour avait été saisie par des parlementaires de l’opposition, qui faisaient valoir que la modification était contraire à la Constitution. La décision de la Cour est le dernier chapitre en date de la crise politique qui a éclaté en 2009 à l’expiration du second mandat du président Vladimir Voronin, tel que prévu par la Constitution.
12. L’arrêt de la Cour constitutionnelle du 4 mars 2016 a rendu nécessaire une modification du Code électoral. La version définitive du texte portant modification du Code électoral, axé sur la réinstauration d’une élection présidentielle au suffrage direct, a été adoptée le 29 juillet 2016Note. Les autorités avaient auparavant soumis le projet de loiNote à la Commission de Venise et à l’OSCE/BIDDH, qui avaient rendu un avis conjointNote. Plusieurs recommandations antérieures de l’OSCE/BIDDH et de la Commission de Venise ont été partiellement prises en considération, mais un certain nombre de problèmes ne sont pas réglés, en particulier:
  • les procédures relatives à la collecte et à la vérification des signatures de soutien;
  • le financement et le déroulement de la campagne électorale;
  • les sanctions en cas de violation des règles et les restrictions en matière de campagne.
13. S’agissant de la législation électorale en général, la délégation préélectorale de l’Assemblée a constaté que la récente modification des dispositions électorales survenue en 2016 devrait, si elle est convenablement mise en œuvre, permettre que l’élection présidentielle se déroule en conformité avec les normes du Conseil de l’Europe.

3 Administration des élections, inscription des électeurs et enregistrement des candidats

14. L’élection présidentielle a été administrée selon un système de commissions électorales à trois niveaux: la Commission électorale centrale (CEC), les 35 conseils électoraux de circonscription et 2 081 commissions de bureaux de vote (CBV). Les CBV sont gérées par cinq à onze membres dont trois sont désignés par les conseils locaux et les autres par les partis représentés au parlement (un membre par parti).
15. Le 17 juin 2016, le parlement a approuvé une nouvelle composition de la Commission électorale centrale. La CEC est un organe permanent composé de neuf membres, désignés pour un mandat de cinq ans. La législation prévoit que huit de ses membres sont proposés par les différentes formations représentées au parlement, en fonction du poids de chacune, le neuvième membre étant proposé par le Président de la République de Moldova.
16. Les citoyens de la République de Moldova âgés de 18 ans, à l’exception de ceux qui sont déclarés incapables par une décision de justice définitive, ont le droit de vote. Le Code électoral a été modifié en avril 2014 pour ce qui est des listes électorales. L’inscription des électeurs est passive. La liste électorale nationale centralisée (LEN) a été utilisée pour la première fois pour les élections législatives de 2014. La CEC en supervise la mise à jour. Les électeurs peuvent demander à la CEC ou au bureau électoral de modifier les listes au plus tard la veille du scrutin. Ils peuvent vérifier leurs données et demander que les listes électorales, qui doivent être affichées dans les bureaux de vote pendant 20 jours, soient corrigées. Ils peuvent aussi effectuer les vérifications en ligne.
17. Selon la CEC, 3 247 106 électeurs étaient inscrits (contre 3 072 000 lors des élections législatives de 2014). Seulement 2 819 787 citoyens figuraient toutefois sur les listes électorales, les autres étant des personnes résidant à l’étranger (160 000 environ) ou en Transnistrie (220 000 environ). Seules 3 570 personnes étaient inscrites sur la liste provisoire des électeurs de l’étranger. Le nombre d’électeurs s’était accru en 2014 en raison essentiellement de la prise en considération des électeurs résidant en Transnistrie. La CEC a communiqué des extraits de la LEN aux administrations locales pour qu’elles effectuent des vérifications et actualisent les listes. Le jour du scrutin, les électeurs ne figurant pas sur la liste électorale qui étaient en mesure de prouver qu’ils résident dans la circonscription, les électeurs votant à distance et ceux qui n’avaient pas de domicile ou de résidence enregistrés pouvaient être inscrits sur une liste électorale complémentaire et voter.
18. Pour les bureaux de vote à l’étranger, les listes électorales ont été constituées à partir des données recueillies par les chefs des missions diplomatiques et des représentations consulaires sur le territoire des pays respectifs. La CEC a désigné 30 bureaux de vote pour les électeurs résidant en Transnistrie et établi 100 bureaux de vote dans les pays étrangers – 25 en Italie; 11 en Roumanie; 8 en Russie; 7 aux Etats-Unis, 6 en France, 2 en Allemagne; 2 en Ukraine, 1 au Bélarus et quelques autres ailleurs. Chaque bureau de vote couvre entre 30 et 3 000 électeurs.
19. S’agissant de l’inscription des électeurs, la CEC s’est dite confiante dans l’intégrité du système. Néanmoins, un certain nombre d’interlocuteurs de la délégation préélectorale de l’Assemblée se sont inquiétés de l’augmentation constante du nombre d’électeurs depuis 2005, alors que le nombre de ressortissants moldaves qui émigrent à l’étranger ne cesse de s’accroître. L’Assemblée parlementaire, dans ses rapports d’observation antérieurs, et la Commission de Venise, dans ses avis, ont fait part de leur préoccupation quant au manque de transparence des critères retenus pour définir le nombre de bureaux de vote à l’étranger. Face à ces préoccupations, la législation récemment modifiée a fixé deux critères en la matière: le nombre d’électeurs qui ont pris part aux élections précédentes et les résultats de la préinscription volontaire en ligne des électeurs résidant à l’étranger. Aux yeux de nombreuses parties prenantes, ces critères semblent insuffisants pour garantir le droit des électeurs de participer de manière effective à une élection, et le nombre de bureaux de vote établis sur cette base n’est pas proportionnel au nombre d’électeurs vivant dans les différents pays.
20. Malgré un climat de défiance vis-à-vis des institutions de l’Etat, les principales parties prenantes ont dans l’ensemble exprimé leur confiance dans l’impartialité de la CEC et le travail qu’elle effectue, ainsi que dans le travail des échelons inférieurs de l’administration électorale. Les aspects techniques de l’élection ont été gérés de manière professionnelle par l’administration électorale. Le jour du scrutin, les membres de la délégation d’observation de l’Assemblée ont noté avec satisfaction que les membres des bureaux de vote s’étaient montrés ouverts et avaient fait preuve d’une volonté sincère de coopération avec les observateurs internationaux.
21. Le président est élu pour un mandat de quatre ans dans une circonscription nationale unique. Un tiers au moins des électeurs inscrits doivent prendre part au vote pour que l’élection soit valide. Pour être considéré comme élu, un candidat doit recueillir au moins la moitié des suffrages exprimés. Si aucun candidat n’obtient le nombre de suffrages exigé, un second tour de scrutin est organisé deux semaines plus tard entre les deux candidats ayant obtenu le plus de suffrages. Au deuxième tour, le candidat qui obtient le plus grand nombre de suffrages est déclaré élu, quel que soit le taux de participation.
22. S’agissant de l’enregistrement des candidats à l’élection présidentielle, les électeurs éligibles âgés de 40 ans au moins, résidant en République de Moldova depuis 10 ans au moins et maîtrisant la langue officielle peuvent y prétendre. Les restrictions au droit d’éligibilité sont relativement importantes; en particulier la condition de 10 années de résidence est trop restrictive et, dans son dernier avis, la Commission de Venise indique que si l’exigence de maîtrise de la langue officielle n’est pas déraisonnable, le Code électoral devrait préciser que l’examen de langue doit être raisonnable, objectif et vérifiable, avec possibilité de recours effectifNote. Selon la déclaration sur les conclusions préliminaires de la MIOE, on peut considérer que la condition d’âge de 40 ans est une restriction fixée pour des raisons politiques, dans le but d’exclure certains candidats potentielsNote.
23. Aux termes de l’article 102 du Code électoral, les candidats à la présidence de la République doivent présenter des listes réunissant entre 15 000 et 25 000 signatures de soutien d’électeurs, provenant de la moitié au moins des divisions territoriales et administratives de deuxième niveau. Les candidats indépendants et ceux issus de petits partis politiques se sont plaints auprès de la délégation préélectorale de l’Assemblée du nombre élevé de signatures requises, du fait que les électeurs ne peuvent apporter leur soutien qu’à un seul candidat et des dispositions relatives à leur répartition géographique. Ils ont également déploré la courte durée de la campagne électorale.
24. Sur 24 groupes d’initiative constitués pour collecter les signatures de soutien d’électeurs qui avaient été enregistrés par la CEC, 10 représentaient des partis politiques et 14 représentaient des candidats indépendants. La CEC avait vérifié les signatures et le 6 octobre a enregistré 12 candidats, dont cinq femmes. Deux candidats, M. Marian Lupu et M. Andrei Năstase, se sont retirés par la suite. Mme Inna Popenco, dont la candidature avait été enregistrée, a été exclue à la suite d’une plainte déposée par une autre candidate, Mme Silvia Radu, pour violation des règles de financement de la campagne. Les candidats à la présidence pouvaient démarrer leur campagne après validation par la CEC de la liste des signatures recueillies par le groupe d’initiative, ce qui leur a laissé, selon le cas, un laps de temps compris entre 25 et 40 jours, soit une durée inférieure aux deux mois prévus par le Code électoral.
25. Selon l’avis conjoint adopté le 13 juin 2016 par la Commission de Venise et l’OSCE/BIDDHNote, les modifications apportées récemment au Code électoral n’ont pas pris en considération les précédentes recommandations selon lesquelles la période de campagne doit commencer le même jour pour tous les candidats afin de garantir l’égalité des possibilités de faire campagne.
26. Après obtention de leur certificat, les candidats ont pu commencer à faire campagne à partir du 1er octobre. Certains candidats indépendants se sont plaints que la loi électorale de la République de Moldova impose des conditions difficiles et désavantage ainsi les candidats indépendants: un candidat potentiel doit réunir au moins 15 000 signatures, dont 600 provenant d’au moins 18 districts du pays.
27. Au bout du compte, neuf candidats ont pris part à l’électionNote:
  • M. Dumitru Ciubașenco a été désigné comme candidat du Parti politique «Notre parti» (PPPN). Il est rédacteur en chef du journal Moldavschie Vedomosti. Lors des élections législatives de 2009, il avait été candidat du Parti libéral-démocrate de Moldova. Le dirigeant du PPPN est le maire de Balti, Renato Usatyi, qui ne pouvait pas participer à l’élection;
  • M. Igor Dodon a été désigné comme candidat par le Parti des socialistes de la République de Moldova (PSRM), dont il est le chef. Entre 2005 et 2011, le parti s’appelait Parti des socialistes de Moldova «la Patrie». En 2011, M. Dodon, ancien membre du Parti des communistes de la République de Moldova, a adhéré au PSRM et en a été élu président. M. Dodon est favorable à des relations plus étroites avec la Fédération de Russie et l’Union eurasienne;
  • M. Valeriu Ghilețchi, enregistré comme candidat indépendant, est député au parlement moldave et membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Après avoir constitué un groupe d’initiative, il a réussi, malgré certaines difficultés, à collecter le nombre de signatures nécessaires;
  • M. Mihai Ghimpu a été désigné comme candidat par le Parti libéral (PL), parti considéré comme conservateur et dont il est le chef. Il a été Président du parlement d’août 2009 à décembre 2010 et Président par intérim de septembre 2009 à décembre 2010;
  • Mme Ana Gutu a été enregistrée comme candidate du parti «La droite». C’est la présidente de cette formation. Elle a été députée au Parlement moldave de 2009 à 2014 et membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Elle est favorable à la réunification de la République de Moldova avec la Roumanie;
  • Mme Maia Laguta, qui est actrice et productrice, a été enregistrée comme candidate indépendante. Elle est connue en République de Moldova pour ses activités dans le domaine de la défense des droits de l’homme;
  • M. Iurie Leancă a été désigné candidat du Parti populaire européen de Moldova (PPEM), dont il est le chef. Le PPEM est un parti de centre-droit fondé en mars 2015. M. Leancă a été Premier ministre de la République de Moldova entre 2013 et 2015;
  • M. Marian Lupu a été désigné comme candidat du Parti démocrate de Moldova (PD), dont il est le chef. C’était un haut responsable du Parti des communistes de la République moldave (PCRM). Après la victoire des communistes lors du scrutin de 2005, Marian Lupu a été élu Président du Parlement moldave, fonction qu’il a exercée jusqu’en 2009 lorsqu’il a quitté le PCRM. Le 26 octobre, à la surprise générale, il s’est retiré de l’élection et a appelé les électeurs à voter en faveur de la candidate pro-Union européenne Maia Sandu. C’est la première fois depuis l’indépendance du pays que le parti au pouvoir, le PD, n’avait pas de candidat à l’élection présidentielle;
  • Mme Silvia Radu, enregistrée comme candidate indépendante, est l’ex-présidente de la société moldave Gas Natural Fenosa;
  • Mme Maia Sandu a été désignée comme candidate par le Parti «Action et solidarité» (PAS). C’est la dirigeante de ce parti. Elle a été ministre de l’Education dans le gouvernement de Vlad Filat de 2012 à 2015. En décembre 2015, elle a lancé la plateforme «Gardez l’allure avec Maia Sandu», devenue ensuite le Parti Action et solidarité. Elle est favorable à la création d’un gouvernement réformiste pro-Union européenne.
28. Le Parti communiste de la République de Moldova (PCRM) n’a pas présenté de candidat et a appelé à un boycott de l’élection.
29. La CEC a indiqué à la délégation de l’Assemblée que l’inscription des candidats à l’élection présidentielle avait été ouverte à tous. Pour ce qui est de la procédure de collecte des signatures, la délégation préélectorale a été informée par différents interlocuteurs d’allégations faisant état de l’utilisation abusive des ressources administratives, principalement en faveur du candidat du Parti démocrate. Des cas de recours abusif aux ressources administratives locales en faveur d’autres candidats potentiels lui ont également été rapportés. La délégation de l’Assemblée a fermement condamné ces pratiques, qui doivent être exclues de la campagne électorale, et rappelé que les institutions étatiques doivent être apolitiques, comme l’avait déjà demandé l’Assemblée.

4 Campagne électorale, financement de la campagne et couverture par les médias

30. Le Code électoral a rétabli la durée de la campagne électorale à 60 jours, comme c’était le cas avant 2000; la campagne pour l’élection présidentielle a débuté le 30 août 2016.
31. La crise politique persistante en République de Moldova s’explique notamment par le manque de confiance des citoyens dans les institutions étatiques, en raison de multiples scandales de corruption, et notamment d’un énorme scandale bancaire qui a eu des répercussions politiques. Cet aspect est d’autant plus inquiétant dans un pays qui connaît de graves difficultés économiques et sociales et une pauvreté élevée. Une très grande partie de la population est persuadée que la corruption est monnaie courante en République de Moldova.
32. Le contexte dans lequel la campagne électorale s’est déroulée a été essentiellement marqué par une division géopolitique du pays entre les tenants d’une orientation pro-Union européenne et les partisans d’une orientation pro-russe. La délégation préélectorale de l’Assemblée n’était pas mandatée pour évaluer les préférences géopolitiques de la société moldave. Elle a relevé que, indépendamment des sensibilités géopolitiques, un certain nombre de graves sujets de préoccupation déjà anciens et recensés par les résolutions et les rapports d’observation des élections de l’Assemblée parlementaire n’ont toujours pas été réglés. C’est notamment le manque de résultats concernant la lutte contre la corruption, l’opacité du financement des partis politiques et des campagnes électorales, notamment par des fonds étrangers, l’accaparement de nombreux médias et le manque de transparence de leur financement, ainsi que le rôle joué par les structures oligarchiques dans la vie politique du pays, surtout au cours des élections. La délégation préélectorale a été également informée que l’Eglise orthodoxe prenait part à la campagne électorale de certains candidats. A cet égard, la délégation rappelle que le principe de séparation de l’Etat et des institutions religieuses doit être respecté.
33. Le 15 octobre 2016, le Parti populaire européen (PPE) a salué dans une déclaration la décision des trois partis pro-Union européenne moldaves de centre-droit de présenter une candidature commune lors de la présidentielle, et exprimé sa préoccupation quant au fait que le dirigeant du Parti populaire européen de Moldova, Iurie Leancă, avait décidé de maintenir sa candidature. A cet égard, certains membres de la délégation d’observation de l’Assemblée se sont demandé s’il était approprié de publier une déclaration indiquant qui parmi les candidats devait rester dans la course et qui devait se retirer.
34. Des modifications substantielles ont été apportées en 2015 à la législation relative au financement des campagnes électorales, pour donner suite à certaines recommandations du Groupe d’Etats contre la corruption (GRECO) du Conseil de l’Europe. Alors que les dispositions légales relatives au financement des campagnes électorales et des partis politiques ont connu une amélioration, selon de nombreux interlocuteurs il restait possible de consacrer d’importantes ressources financières à des fins électorales sans aucun contrôle.
35. Le financement des campagnes est encadré pour l’essentiel par le Code électoral et la Loi sur les partis politiques. Une responsabilité accrue des institutions politiques envers les citoyens est un objectif fondamental en République de Moldova. A cette fin, la Commission de Venise et l’OSCE/BIDDH ont vivement recommandé de réviser la législation relative aux partis politiques et au financement des campagnes électorales. En avril 2015, six lois relatives au financement des campagnes ont été modifiées. Les irrégularités dans le financement des campagnes ont été érigées en infractions pénales et certaines recommandations antérieures de l’OSCE/BIDDH, de la Commission de Venise et du GRECO ont été prises en considération, dont le renforcement de la surveillance, l’élargissement des exigences en matière d’établissement de rapports et la définition de critères de plafonnement des dépenses. Cependant, le système réglementaire, le renforcement du contrôle du financement des campagnes et sa mise en œuvre n’ont pas suffi à assurer la transparence, l’intégrité et la responsabilisation, et n’ont pas bénéficié de la confiance de la population.
36. Le Code électoral prévoit l’interdiction générale de l’utilisation abusive des ressources administratives. Un certain nombre de cas de l’abus de l’utilisation des ressources administratives ont été portés à la connaissance de la délégation d’observation de l’Assemblée – pressions exercées sur des agents de l’Etat ou sur d’autres électeurs lors de la collecte de signatures en faveur d’un candidat et d’autres activités de campagne, notamment. Selon certaines allégations, l’administration d’un certain nombre d’établissements publics, comme les services de la Poste moldave, Moldtelecom, Moldovagaz, ainsi que des établissements scolaires et hospitaliers, ont fait pression sur leurs agents pour qu’ils signent les listes. Des cas de recours abusif aux ressources administratives en faveur de candidats potentiels au niveau des autorités locales ont également été signalés. La délégation de l’Assemblée a fermement condamné ces pratiques, qui doivent être exclues de la campagne électorale, et rappelé que les institutions étatiques doivent être apolitiques, comme l’avait déjà demandé l’Assemblée.
37. Le Code électoral et le Code de l’audiovisuel définissent le cadre de la conduite des médias pendant la campagne électorale. Les radiodiffuseurs sont tenus de couvrir les élections de manière précise, équilibrée et impartiale. Chaque candidat a droit à cinq minutes d’antenne gratuite sur chaque chaîne de télévision nationale et 10 minutes sur chaque station de radio. Les candidats sont autorisés à participer aux débats que les radiodiffuseurs nationaux ont l’obligation d’organiser gratuitement. Il est possible d’acheter jusqu’à deux minutes de temps d’antenne supplémentaire par jour et par radiodiffuseur. Cela étant, la concentration actuelle des médias et l’absence de transparence de leurs sources financières ont été des points de préoccupation soulevés lors de cette élection comme dans de précédents scrutins.
38. Selon la déclaration sur les observations et conclusions préliminaires de la MIOENote, «la première chaîne du radiodiffuseur public Moldova 1 a couvert de manière équilibrée dans l’ensemble les campagnes respectives de M. Dodon (22 % de la couverture totale), de M. Lupu (15 %) et de Mme Sandu (32 %). Tous les autres candidats se sont vu accorder chacun moins de 8 % du temps total consacré à ces informations. Cependant, quatre des six chaînes de télévision commerciales qui ont fait l’objet d’une supervision ont diffusé des informations manifestement tendancieuses sur les candidats. Les chaînes Prime et Publika TV ont avantagé M. Lupu à qui, respectivement, elles ont consacré 49 % et 53 % de leur couverture totale – contre 19 % et 14 % à M. Dodon, et 20 % et 21 % à Mme Sandu, et le plus souvent de manière négative. Journal TV a consacré 58 % de ses informations à Mme Sandu, contre 12 % et 15 % à M. Dodon et M. Lupu, respectivement».
39. S’agissant de la couverture de la campagne électorale par les médias, la délégation d’observation de l’Assemblée a fait part de sa préoccupation concernant certains problèmes graves et persistants qui ne sont toujours pas réglés. La question des médias politiquement tendancieux, fortement liés aux grands partis politiques, auxquels ils servent d’instrument de propagande, celle de la dépense de vastes sommes d’argent pour la campagne électorale et celle de l’absence de transparence des sources de financement figurent parmi les plus préoccupantes.

5 Jour du scrutin

40. Lors du premier tour, le jour du scrutin a été calme et le vote bien organisé. Les opérations de vote et de dépouillement se sont dans l’ensemble déroulées de manière professionnelle et dans le calme. Le personnel des bureaux de vote a pleinement coopéré avec les observateurs. Les membres de la délégation de l’Assemblée ont relevé la présence d’un grand nombre de femmes parmi le personnel affecté aux bureaux de vote, ainsi que de représentants des principaux candidats à la présidence dans tous les bureaux dans lesquels ils se sont rendus. Certains membres de la délégation ont suivi les opérations dans des bureaux de vote particuliers: dans des hôpitaux et à la prison de Branesti, où le scrutin était également très bien organisé et s’est déroulé en présence de représentants de candidats à la présidence
41. Les membres de la commission ad hoc de l’Assemblée ont relevé un certain nombre de problèmes techniques dans les bureaux de vote visités:
  • dans l’ensemble, les bureaux de vote étaient soit inaccessibles soit difficiles d’accès pour les personnes à mobilité réduite;
  • des cas de non-respect involontaire de la procédure de dépouillement ont été notés dans certains bureaux de vote;
  • des cas de non-respect involontaire des procédures d’établissement des procès-verbaux ont également été relevés, ainsi que le non-signalement de ces faits après le dépouillement.
42. Le 31 octobre 2016, la CEC a annoncé les résultats préliminaires de l’élection présidentielle. Le taux de participation était de 49%. M. Dodon a obtenu 48% des suffrages exprimés, Mme Sandu 39%, M. Ciubașenco 6,03 %, M. Leancă 3,11 %, M. Ghimpu 1,8 % et M. Ghilețchi 1,08 %. Les autres candidats ont obtenu moins de 1 % des suffrages. Les deux candidats arrivés en tête, Igor Dodon et Maia Sandu, ont participé au second tour de l’élection présidentielle, le 13 novembre 2016.
43. Selon la CEC, 67 150 citoyens moldaves se sont rendus aux urnes en dehors du territoire national, dans 100 bureaux de vote aménagés dans 34 pays. Les principaux pays où les électeurs moldaves se sont déplacés sont l’Italie – 21 904 participants –, la Roumanie – 9 440 –, la France – 5 139 –, la Russie – 4 578 – et la Grande-Bretagne – 4 002. La CEC a indiqué que plus de 80 % des personnes ayant voté à l’étranger s’étaient prononcées en faveur de Maia Sandu, et que la majorité des électeurs résidant en Russie avaient apporté leur soutien à Igor Dodon.
44. Après le premier tour de l’élection présidentielle, le Bureau de l’Assemblée a décidé de constituer une commission ad hoc composée de 5 membres – un pour chaque groupe politique –, accompagnée des deux corapporteurs de la commission de suivi, pour observer le deuxième tour de l’élection présidentielle du 13 novembre 2016. La délégation multipartite était composée d’Elisabeth Schneider-Schneiter (Suisse, PPE/DC), chef de la délégation, Stefan Schennach (Autriche, SOC), Suat Önal (Turquie, CE) et des deux corapporteurs de la commission de suivi: Mme Valentina Leskaj et M. Ögmundur Jonasson. Malheureusement, les groupes ADLE et GUE n’ont pas été en mesure de nommer des représentants pour observer le deuxième tour de l’élection.
45. Le 12 novembre 2016, la commission ad hoc pour observer le deuxième tour de l’élection présidentielle a rencontré à Chisinau les deux candidats à la présidence, M. Dodon et Mme Sandu, ainsi que le chef de la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH et ses collaborateurs. Le jour du scrutin, la commission ad hoc s’est séparée en trois équipes qui ont observé l’élection à Chisinau et dans les régions.
46. La commission ad hoc a travaillé dans le cadre de la Mission internationale d'observation des élections (MIOE), qui comprenait également des délégations de l'Assemblée parlementaire de l’OSCE, du Parlement européen et de la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH.
47. La MIOE a conclu que le deuxième tour de l’élection présidentielle en République de Moldova a été compétitive et que les libertés fondamentales ont été respectées. La préparation technique du deuxième tour a été, en général, administrée d’une manière professionnelle et les observateurs ont évalué le jour du scrutin comme positif. Le jour du vote les citoyens ont effectué leur choix librement, le vote a été très bien organisé. Malgré certains efforts visant à se préparer en vue d’une participation plus élevée dans certains les bureaux de vote ouverts à l’étranger et pour les électeurs de Transnistrie, de nombreux citoyens n’ont pas pu voter manque de bulletins de vote dans ces bureaux de vote.
48. Le 14 novembre, le CEC a annoncé les résultats préliminaires du deuxième tour de l’élection présidentielle: M. Dodon a obtenu 52,29 % des suffrages exprimés, Mme Sandu 47,71 %. Le taux de participation a été de 53 % qui représentait 1 610 527 d’électeurs dont 202 882 ont été ajoutés sur les listes supplémentaires le jour du scrutin; environ 135 000 électeurs ont voté dans les bureaux de vote à l’étranger dont environ 86 % ont voté pour Mme Sandu et 14 % pour M. Dodon.

6 Conclusions et recommandations

49. La délégation d’observation de l’Assemblée a conclu que le premier tour de la première élection au suffrage direct tenue en République de Moldova depuis 20 ans avait donné aux citoyens toute possibilité d’exprimer leur préférence pour le choix d’un nouveau chef de l’Etat. Les libertés fondamentales ont été respectées. Le principal souci de la délégation d’observation de l’Assemblée n’était pas le résultat de l’élection, mais le fonctionnement du processus électoral. A cet égard, la délégation a noté que le peuple moldave s’était prononcé en toute liberté et que le jour du scrutin était très bien organisé.
50. Toutefois, des problèmes graves et persistants n’ont toujours pas été résolus. Les éléments suivants sont particulièrement préoccupants: médias politiquement tendancieux, fortement liés aux grands partis politiques, auxquels ils servent d’instrument de propagande; dépense de vastes sommes d’argent pour la campagne électorale; absence de transparence des sources de financement et faiblesse des mécanismes de contrôle public à cet égard. La délégation d’observation de l’Assemblée considère que si l’on ne règle pas ces questions, entre autres problèmes, rapidement et efficacement, les citoyens pourraient perdre confiance dans le processus électoral démocratique.
51. Après le deuxième tour de l’élection, la commission ad hoc de l’Assemblée a noté que le 13 novembre, en République de Moldova, les citoyens ont effectué leur choix librement et que le scrutin a été très bien organisé. Malheureusement, les problèmes graves et persistants du premier tour ont été observés également pendant le deuxième tour. Les problèmes les plus préoccupants ont été les médias politiquement tendancieux, fortement liés aux grands partis politiques, auxquels ils servent d’instrument de propagande.
52. La commission ad hoc de l’Assemblée a constaté que si la récente modification de la législation électorale survenue en 2016 avait été convenablement mise en œuvre, elle aurait dû permettre que l’élection présidentielle se déroule en conformité avec les normes du Conseil de l’Europe. Malheureusement, plusieurs recommandations formulées dans le passé par la Commission de Venise n’ont été prises en compte que de manière partielle et un certain nombre de problèmes ne sont pas réglés: notamment complexité des procédures de collecte et de vérification des signatures de soutien aux candidats, financement et déroulement de la campagne électorale, sanctions en cas de violation des règles et restrictions en matière de campagne. Une loi limitant la concentration de la propriété des médias a certes été adoptée, mais le texte ne peut prendre pleinement effet avant l’expiration des licences actuelles.
53. La délégation de l’Assemblée a constaté que la campagne électorale s’était tenue dans le calme. Cette campagne s’est caractérisée pour l’essentiel par une division géopolitique entre les tenants d’une orientation pro Union Européenne et les partisans d’une orientation pro-russe. La délégation d’observation de l’Assemblée n’était pas mandatée pour évaluer les préférences géopolitiques de la société moldave. Elle a relevé que, indépendamment des sensibilités géopolitiques, un certain nombre de graves sujets de préoccupation déjà anciens et recensés par les résolutions et les rapports d’observation des élections de l’Assemblée parlementaire n’ont toujours pas été réglés.
54. A cet égard, la délégation a relevé en particulier: l’absence de résultat de la lutte contre la corruption; l’opacité du financement des partis politiques et des campagnes électorales, notamment par des fonds étrangers; l’accaparement de nombreux médias et le manque de transparence de leur financement; et le rôle joué par les structures oligarchiques dans la vie politique du pays, surtout au cours des élections.
55. La délégation d’observation de l’Assemblée a noté avec satisfaction que les principales parties prenantes avaient dans l’ensemble exprimé leur confiance dans l’impartialité de la CEC et le travail qu’elle effectue, ainsi que dans le travail des échelons inférieurs de l’administration électorale. Elle a été également heureuse de constater que les membres des bureaux de vote s’étaient montrés ouverts le jour du scrutin et avaient fait preuve d’une volonté sincère de coopération avec les observateurs internationaux.
56. En ce qui concerne l’inscription des électeurs et l’enregistrement des candidats à la présidence, le système d’inscription des électeurs a été décrit à la délégation de l’Assemblée comme intègre, et l’enregistrement des candidats comme inclusif dans l’ensemble. Néanmoins, plusieurs parties prenantes ont indiqué que les critères retenus pour déterminer le nombre de bureaux de vote à l’étranger semblaient insuffisants pour garantir le droit des électeurs de participer effectivement à l’élection. Le nombre de bureaux de vote établis selon ces critères n’était pas proportionnel au nombre d’électeurs vivant dans les différents pays.
57. A cet égard, après le deuxième tour, la commission ad hoc a exprimé son inquiétude en déclarant que malgré certains efforts ayant pour objectif de mieux préparer le deuxième tour en vue d’une participation plus élevée dans certains bureaux de vote ouverts à l’étranger et pour les électeurs de Transnistrie, de nombreux citoyens n’ont pas pu voter. Le deuxième tour de l’élection présidentielle a montré une fois encore que, en général, la manière dont le scrutin à l’étranger est organisé suscite des inquiétudes.
58. Plusieurs cas d’utilisation abusive des ressources administratives, notamment des pressions exercées sur des agents de l’Etat et d’autres électeurs pendant la collecte de signatures de soutien aux candidats et au cours de la campagne, ont été portés à la connaissance de la délégation de l’Assemblée. Des cas de recours abusif aux ressources administratives en faveur de candidats potentiels au niveau des autorités locales ont également été signalés, ainsi que l’implication de l’Eglise orthodoxe dans la campagne électorale de certains candidats. La délégation de l’Assemblée a condamné ces pratiques, qui doivent être exclues de la campagne électorale, et rappelé que les institutions étatiques doivent être apolitiques, comme l’avait déjà demandé l’Assemblée. Elle a également rappelé que le principe de séparation entre l’Etat et les institutions religieuses devait être respecté.
59. La commission ad hoc de l’Assemblée a constaté que la couverture médiatique de la campagne électorale par les radiodiffuseurs de service public – la chaîne de télévision Moldova 1 et Radio Moldova, en particulier – s’était améliorée, mais que les chaînes de télévision commerciales avaient rendu compte des activités des candidats de manière ouvertement tendancieuse. A cet égard, la délégation d’observation de l’Assemblée a fait part de sa préoccupation concernant des problèmes graves et persistants qui ne sont toujours pas réglés. La question des médias politiquement tendancieux, fortement liés aux grands partis politiques, auxquels ils servent d’instrument de propagande, et celle de l’absence de transparence des sources de financement sont particulièrement inquiétantes.
60. La commission ad hoc de l’Assemblée estime que l’Assemblée parlementaire devrait poursuivre sa collaboration étroite avec les autorités de la République de Moldova, par le biais de la procédure de suivi, et avec la Commission de Venise, en vue d’améliorer la législation électorale et, surtout, son application effective. Le Conseil de l’Europe et son Assemblée parlementaire devraient, par le biais de leurs divers programmes de coopération, continuer d’aider la République de Moldova à mettre en œuvre des réformes dans le domaine des élections.

Annexe 1 – Composition de la commission ad hoc

Sur la base des propositions des groupes politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme suit:

Présidente: Elisabeth SCHNEIDER-SCHNEITER (Suisse, PPE/DC)

Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)

  • Viorel Riceard BADEA, Roumanie
  • Colm BROPHY, Irlande
  • Marie-Christine DALLOZ, France
  • Elisabeth SCHNEIDER-SCHNEITER, Suisse
  • Aleksander POCIEJ, Pologne
  • Andrzej HALICKI, Pologne

Groupe socialiste (SOC)

  • Stefan SCHENNACH, Autriche
  • Predrag SEKULIĆ, Monténégro
  • Maryvonne BLONDIN, France
  • Claude ADAM, Luxembourg
  • Pierre-Alain FRIDEZ, Suisse
  • Catherine QUERE, France

Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE)

  • Alain DESTEXHE, Belgique
  • Luis Alberto ORELLANA, Italie

Groupe des conservateurs européens (CE)

  • Erkan KANDEMIR, Turquie
  • Suat ÖNAL, Turquie

Groupe pour la gauche unitaire européenne (GUE)

  • ….

Corapporteurs de la commission de suivi

  • Valentina LESKAJ, Albanie
  • Ögmundur JȮNASSON, Islande

Commission de Venise

  • Oliver KASK, membre
  • Pierre GARRONE, Chef de la division des élections et des partis politiques

Secrétariat de l’Assemblée parlementaire

  • Chemavon CHAHBAZIAN, Chef de la division de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
  • Franck DAESCHLER, Assistant administratif principal
  • Anne GODFREY, Assistante

Annexe 2 – Déclaration de la délégation préélectorale

République de Moldova: déclaration de la délégation préélectorale avant l'élection présidentielle

29.09.2016 – Une délégation préélectorale de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) s’est rendue à Chisinau pour évaluer la campagne électorale et les préparatifs de l’élection présidentielle qui aura lieu le 30 octobre 2016.

Le contexte de la campagne électorale se caractérise essentiellement par une division géopolitique du pays entre les partisans de l’Europe et ceux de la Russie. La délégation préélectorale de l’Assemblée n’est pas mandatée pour évaluer les préférences géopolitiques de la société moldave. Elle note que, indépendamment des sensibilités géopolitiques, un certain nombre de graves sujets de préoccupation déjà anciens et recensés par les résolutions et les rapports d’observation des élections de l’Assemblée parlementaire n’ont toujours pas été réglés. C’est notamment le cas de la corruption, la lutte contre ce fléau n’ayant donné aucun résultat, de l’opacité du financement des partis politiques et des campagnes électorales, notamment par des fonds étrangers, de l’accaparement de nombreux médias et du manque de transparence de leur financement, ainsi que du rôle joué par les structures oligarchiques dans la vie politique du pays, surtout au cours des élections. La délégation préélectorale a également appris que l’Eglise orthodoxe prenait part à la campagne électorale de certains candidats. A cet égard, la délégation rappelle que le principe de séparation de l’État et des institutions religieuses doit être respecté.

S’agissant de la législation électorale, la délégation préélectorale de l’APCE a constaté que la récente modification des dispositions électorales survenue en 2016 devrait, si elle est convenablement mise en œuvre, permettre à l’élection présidentielle de se dérouler en conformité avec les normes du Conseil de l’Europe. Cependant, malgré l’adoption d’une loi qui limite la concentration de la propriété des médias, le texte ne prendra pas pleinement effet avant l’expiration des licences actuelles.

La Commission électorale centrale a indiqué à la délégation que l’inscription des candidats à l’élection présidentielle était ouverte à tous. Pour ce qui est de la procédure de collecte des signatures, la délégation préélectorale a été informée par différents interlocuteurs de l’utilisation abusive des ressources administratives, principalement en faveur du candidat du Parti démocrate. Selon certaines allégations, l’administration d’un certain nombre d’établissements publics, comme les services de la Poste moldave, Moldtelecom, Moldovagaz, ainsi que les établissements scolaires et hospitaliers, font pression sur leurs agents pour qu’ils apposent leur signature sur les listes. Des cas de recours abusif aux ressources administratives locales en faveur d’autres candidats lui ont également été rapportés. La délégation de l’Assemblée condamne vivement ces pratiques, qui doivent être exclues de la campagne électorale et rappelle que les institutions étatiques doivent être apolitiques, comme l’avait déjà demandé par le passé l’Assemblée. Les candidats indépendants ou les candidats des petits partis politiques se sont plaints du nombre élevé de signatures exigé et des règles concernant leur répartition géographique, ainsi que de la brièveté de la campagne.

S’agissant de l’inscription des électeurs, la Commission électorale centrale s’est dite confiante dans l’intégrité du système d’inscription. Néanmoins, un certain nombre d’interlocuteurs se sont inquiétés de l’augmentation constante du nombre d’électeurs depuis 2005, alors que le nombre de ressortissants moldaves qui émigrent à l’étranger ne cesse d’augmenter. L’Assemblée parlementaire, dans ses rapports antérieurs, et la Commission de Venise, dans ses avis, se sont préoccupées du manque de transparence des critères retenus pour définir le nombre de bureaux de vote à l’étranger. Face à ces préoccupations, la législation récemment modifiée a fixé deux critères en la matière: le nombre d’électeurs qui ont pris part aux élections précédentes et les résultats de la préinscription volontaire en ligne des électeurs résidant à l’étranger. Ces critères semblent, aux yeux de nombreuses parties prenantes, insuffisants pour garantir le droit des électeurs à participer de manière effective à l’élection. En outre, le nombre de bureaux de vote correspondants ne permettait pas une représentation proportionnelle des électeurs qui résident dans divers pays.

Quant à la couverture médiatique de la campagne électorale, malgré le grand nombre de médias et les dizaines de chaînes de télévision, de nombreux interlocuteurs jugent le pluralisme des médias assez limité, en raison du rôle dominant joué par un important groupe de médias affilié à l’un des partis politiques. A cet égard, la délégation de l’Assemblée rappelle que le Code moldave de l’audiovisuel impose à tous les radiodiffuseurs d’assurer l’égalité, l’équité et l’impartialité de la couverture médiatique de tous les candidats à l’élection présidentielle. L’Assemblée a précisé dans ses rapports antérieurs que la couverture médiatique partiale et la très importante concentration de la propriété des médias étaient une source de graves préoccupations. La délégation de l’Assemblée déplore que la plupart des différents médias, y compris les radiodiffuseurs publics, n’aient pas accepté de la rencontrer comme elle le leur avait pourtant demandé. La délégation invite en particulier les radiodiffuseurs publics à veiller à l’égal accès et à la couverture équitable de tous les candidats inscrits à l’élection présidentielle.

La crise politique ancienne en République de Moldova s’explique notamment par le manque de confiance des citoyens dans les institutions étatiques, en raison de multiples scandales de corruption, et notamment d’un énorme scandale bancaire qui a eu des répercussions politiques. Cet aspect est d’autant plus inquiétant dans un pays qui connaît de graves difficultés économiques et sociales et une pauvreté élevée. Le grand public est dans une très large proportion convaincu du caractère endémique de la corruption en République de Moldova. Des modifications substantielles ont été apportées en 2015 à la législation relative au financement des campagnes électorales pour donner suite à certaines recommandations du Groupe d’Etats du Conseil de l’Europe contre la corruption (GRECO). Alors que, selon de nombreux interlocuteurs, les dispositions légales relatives au financement des campagnes électorales et des partis politiques ont connu une amélioration, il reste possible de consacrer d’importantes ressources financières à des fins électorales sans aucun contrôle.

La délégation de l’Assemblée appelle les autorités compétentes à prendre les mesures qui s’imposent pour garantir l’égalité des conditions de campagne de tous les candidats inscrits à l’élection présidentielle.

La délégation a rencontré le Premier ministre et 11 candidats à l’élection présidentielle ou leurs représentants, la délégation parlementaire de la République de Moldova auprès de l’APCE, le Président et les membres de la Commission électorale centrale, le Président et les membres du Conseil de coordination de l’Audiovisuel, des représentants de la société civile et des médias et des représentants de la communauté internationale.

L’Assemblée parlementaire enverra une délégation de 22 membres, chargée d’observer l’élection présidentielle du 30 octobre 2016.

Composition de la délégation: Elisabeth Schneider-Schneiter, Présidente de la délégation (Suisse, PPE/DC); Stefan Schennach (Autriche, SOC); Meritxell Mateu (Andorre, ADLE); Suat Önal (Turquie, CE); Lotta Johnsson Fornave (Suède, GUE)

Annexe 3 – Programme de la mission d’observation de l’élection (28-31 octobre 2016)

Vendredi 28 octobre 2016

9h00-10h00 Réunion interne de la délégation de l’Assemblée:

  • Informations sur la mission préélectorale par Elisabeth Schneider Schneiter, Présidente de la délégation
  • Briefing par les membres de la mission préélectorale
  • Informations sur la campagne préélectorale par Jose‑Luis Herrero, Chef du Bureau du Conseil de l'Europe à Chisinau
  • Briefing sur le cadre juridique et les récentes modifications de la législation électorale, par le secrétariat de la Commission de Venise
  • Modalités pratiques et logistiques, Secrétariat

Briefings parlementaires joints:

10h30-10h40 Ouverture:

  • Arta Dade, Coordinatrice spéciale des observateurs à court terme de l'OSCE
  • Elisabeth Schneider-Schneiter, Chef de la délégation de l'APCE
  • Geir Joergen Bekkevold, Chef de délégation de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE
  • Igor Soltes, Chef de la délégation du Parlement européen

10h40-10h50 Discours de bienvenue:

  • Ambassadeur Pirkka Tapiola, Chef de la Délégation de l'Union européenne en République de Moldova
  • Jose Luis Herrero, Chef du Bureau du Conseil de l'Europe à Chisinau
  • Stephen Young, Chef adjoint de la Mission de l'OSCE en République de Moldova

10h50-12h45 Briefing par la mission d'observation des élections de l'OSCE/BIDDH

14h00-14h45 Réunion avec Alina Russu, Président de la Commission électorale centrale (CEC)

15h00-16h00 Table ronde de la société civile:

  • Pavel Postica, Promo Lex (observation des élections et éducation civique)
  • Nadine Gogu, Directrice, Centre de journalisme indépendant (CIJ)
  • Alexei Buzu, Centre national d’études et d’information des femmes «Partenariat pour le développement»

16h00-17h00 Table ronde des médias:

  • Alina Radu, Ziarul de Garda
  • Mircea Surdu, Moldova 1
  • Eugenia Nastase, Jurnal TV
  • Vladimir Soloviov, Directeur de Newsmaker

17h15 Informations sur le déploiement et rencontre avec les chauffeurs et les interprètes pour la délégation de l’Assemblée

Samedi 29 octobre 2016

9h30-10h30 Candidats présidentiels (Groupe I);

  • Roman Botan, représentant de Mihai Ghimpu, Parti libéral
  • Eugen Carpov, Vice-Président, Parti populaire européen de Moldova, représentant de Iurie Leanca
  • Ion Ceban, représentant de Igor Dodon, Parti Socialiste de Moldova

10h30-11h30 Candidats présidentiels (Groupe II);

  • Liliana Nicolaescu, représentante de Maia Sandu, Action et Solidarité
  • Silvia Radu, candidat indépendant
  • Maia Laguta, candidat indépendant
  • Ana Gutu, parti Drupta
  • Valeriu Ghilețchi, candidat indépendant

11h30-12h15 Briefing OSCE/BIDDH (sécurité, coordination, formulaires)

12h15-12h45 Informations régionales par les observateurs à long terme pour les équipes déployées à Chisinau et la région environnante

Dimanche 30 octobre 2016

7h00-21h00 Ouverture des bureaux de vote

Observation de l’élection

Fermeture des bureaux de vote – Comptage

Lundi 31 octobre 2016

8h30-9h20 Réunion de débriefing de la délégation de l’APCE

9h30-11h30 Réunion des chefs de délégation

15h00 Conférence de presse

Annexe 4 – Communiqué de presse de la mission internationale d’observation des élections (MIOE)

Moldova: une élection présidentielle concurrentielle, dans le respect des libertés fondamentales, mais une campagne ternie par une couverture médiatique partiale et un financement non transparent, selon les observateurs internationaux

Strasbourg, 31.10.2016 – Le premier tour de l’élection présidentielle en Moldova, qui se déroulait au suffrage direct pour la première fois depuis 20 ans, a amplement permis aux électeurs d’exprimer leur préférence pour le choix du nouveau chef de l’Etat. Les libertés fondamentales ont été respectées. La campagne a permis la concurrence, bien qu’elle ait été entachée par de nombreux cas d’utilisation abusive de ressources de l’Etat, une couverture médiatique partiale et un manque de transparence dans le financement de la campagne, ont conclu les observateurs internationaux dans une déclaration préliminaire publiée aujourd’hui. L’administration électorale a travaillé avec professionnalisme et dans la transparence, et les opérations de vote et de dépouillement ont fait l’objet d’une évaluation largement positive de la part des observateurs.

«Nous avons été impressionnés par la participation des citoyens moldaves au scrutin d’hier. Cela montre bien que les Moldaves veulent prendre part activement aux décisions importantes pour leur pays», a déclaré Arta Dade, coordinatrice spéciale et chef de la mission d’observation de courte durée de l’OSCE. «Bien que les électeurs aient eu véritablement le choix, à l’issue d’une campagne compétitive, le processus a néanmoins présenté certains points négatifs qui, si l’on n’y remédie pas, pourraient les faire douter que leur voix soit entendue.»

La campagne s’est déroulée dans un contexte d’austérité économique et un climat de défiance à l’égard des institutions de l’Etat. De nombreux cas d’abus de ressources de l’Etat par les partis détenant des fonctions électives ont été constatés, notamment des pressions sur des agents publics et d’autres électeurs pendant la collecte de signatures de soutien aux candidats et au cours de la campagne.

«Le principal souci de la délégation d’observation de l’APCE n’était pas le résultat de l’élection, mais le fonctionnement du processus électoral. A cet égard, nous avons noté que le peuple moldave s’était prononcé en toute liberté et que le scrutin était très bien organisé», a indiqué Elisabeth Schneider-Schneiter, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. «Toutefois, des problèmes graves et persistants n’ont toujours pas été résolus. Les éléments suivants sont particulièrement préoccupants: médias politiquement tendancieux, fortement liés aux grands partis politiques, auxquels ils servent d’instrument de propagande; dépense de vastes sommes d’argent pour la campagne électorale; absence de transparence des sources de financement et faiblesse des mécanismes de contrôle public à cet égard. Si l’on ne règle pas ces problèmes, entre autres, rapidement et efficacement, les citoyens perdront confiance dans le processus électoral démocratique.»

Douze candidats étaient inscrits initialement, ce qui offrait aux électeurs une large gamme d’options politiques. Deux candidats se sont retirés avant l’élection, et un autre a été radié pour violation des règles de financement de la campagne. Le manque d’uniformité des processus de vérification des signatures, les délais légaux contradictoires et les sanctions disproportionnées en cas de violation des règles de campagne ont restreint le droit de se présenter à l’élection sur un pied d’égalité, ont estimé les observateurs.

L’administration électorale, avec à sa tête la Commission électorale centrale, a travaillé dans l’ouverture, respecté les délais légaux et, de façon générale, géré les aspects techniques de l’élection avec professionnalisme à tous les niveaux. Malgré le climat de défiance vis-à-vis des institutions de l’Etat, l’administration électorale inspirait largement confiance au public, même si certaines inquiétudes ont été exprimées quant à l’impartialité de la CEC dans l’examen des plaintes.

«La Moldova a une nouvelle fois prouvé son attachement aux valeurs démocratiques et a administré l’élection de manière professionnelle. Malheureusement, j’ai constaté avec préoccupation que les personnes âgées et les personnes handicapées rencontraient d’importantes difficultés pour exercer leur droit de vote», a déclaré Geir Jøergen Bekkevold, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. «J’encourage l’administration électorale à redoubler d’efforts pour garantir un processus inclusif.»

Les médias sont fortement liés aux grands partis politiques et la concentration de leur propriété nuit au pluralisme politique à la télévision, souligne la déclaration. Le suivi des médias par la mission du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE et par l’organisme de régulation a clairement mis en évidence le manque d’objectivité politique de la couverture de la campagne par les principaux radiodiffuseurs.

Le cadre juridique offre, dans l’ensemble, un fondement approprié pour la conduite d’élections démocratiques. A la suite de la décision de la Cour constitutionnelle du 4 mars 2016 qui a rétabli l’élection présidentielle au suffrage direct, le Code électoral a été modifié avec célérité. Pour autant, en dépit des préoccupations soulevées de longue date par le BIDDH et le Conseil de l’Europe, le texte présente toujours un certain nombre de lacunes et d’ambiguïtés.

Le processus d’inscription des électeurs bénéficiait globalement de la confiance du public; les électeurs pouvaient s’inscrire sur des listes supplémentaires le jour du scrutin, à condition de prouver leur identité. Le fait qu’un grand nombre de citoyens vivant à l’étranger mais toujours associés à leur ancien lieu de résidence, ainsi que de personnes décédées, figuraient encore dans le registre électoral a suscité certaines questions. Le système électronique national de vérification des électeurs, utilisé dans tous les bureaux de vote, constituait une garantie contre le vote multiple, selon les observateurs.

«Le manque de transparence dans le financement de la campagne et les possibilités consécutives de manipulation des médias sont une source de préoccupation», a souligné Igor Soltes, chef de la délégation du Parlement européen. «Une réforme est urgente dans ce domaine, tant en ce qui concerne les campagnes politiques que le financement des partis politiques.»

La CEC est chargée de surveiller le financement de la campagne, mais elle ne dispose pas de ressources suffisantes pour assurer un suivi effectif. Des modifications apportées récemment au cadre juridique comme suite à des recommandations antérieures ont instauré des obligations de déclaration détaillée et fixé des plafonds de dépenses. Néanmoins, l’absence de surveillance effective et de sanctions en cas de violation s’est avérée problématique et des préoccupations ont été exprimées quant à la transparence du financement.

Sur les 12 candidats inscrits initialement, cinq étaient des femmes. La CEC a une présidente et une vice-présidente et les femmes sont bien représentées dans les organes électoraux de niveau inférieur. Dans les bureaux de vote observés, plus des trois quarts du personnel électoral, y compris les présidents, étaient des femmes. Dans certains médias, des stéréotypes de genre et des propos sexistes ont été relevés dans la couverture médiatique consacrée à une femme candidate pendant la campagne.

Les plaintes et les recours ont, en règle générale, été traités de façon ouverte dans les délais légaux. Toutefois, une interprétation non uniforme de la loi dans des affaires portant sur la radiation de candidats a entamé la confiance générale dans l’impartialité de l’administration électorale et de l’appareil judiciaire.

La loi prévoit l’observation des élections par des organisations internationales et des organisations civiques, ainsi que par des représentants des candidats. Plus de 3 700 citoyens et observateurs internationaux étaient accrédités et ont pu exercer librement leurs activités.

«Le processus électoral a, jusqu’à présent, confirmé que la Moldova disposait d’un cadre juridique adéquat pour tenir des élections démocratiques, mais aussi que des efforts supplémentaires étaient nécessaires pour combler les lacunes et remédier aux incohérences dans des domaines comme la collecte de signatures de soutien aux candidats et la mise en œuvre de sanctions appropriées en cas de violation des règles de campagne», a déclaré Douglas Wake, chef de la mission d’observation du BIDDH. «L’observation des élections a pour but d’aider à améliorer encore les processus électoraux. Même dans les domaines où les dispositions législatives sont solides, notamment celles destinées à garantir la transparence de la campagne et le pluralisme des médias, les institutions de surveillance ont besoin de capacités renforcées pour être à même de travailler efficacement.»