Observation des élections législatives anticipées en Arménie (20 juin 2021)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 15352
| 25 août 2021
1 Introduction
1. Le 18 mars 2021, le Premier
ministre de l’Arménie a annoncé que des élections législatives anticipées se
tiendraient le 20 juin.
2. Le 16 avril 2021, le Bureau de l’Assemblée parlementaire a
décidé d’observer ces élections, sous réserve d’avoir reçu une invitation,
et a constitué une commission ad hoc composée de 20 membres (SOC:
7 ; PPE/DC: 6 ; CE/AD: 3 ; ADLE: 3 ; GUE: 1) ainsi que des corapporteurs
de la commission de suivi. Le 26 avril, le Bureau a autorisé le
Président à désigner le président de la commission ad hoc.
3. Le 13 mai 2021, le Président de l’Assemblée nationale d’Arménie
a invité l’Assemblée parlementaire à observer les élections législatives
anticipées.
4. Le 28 mai, le Bureau a approuvé la liste finale des membres
de la commission ad hoc d’observation de ces élections et a confirmé
la désignation de M. George Katrougalos (Grèce, GUE) comme président.
La liste des membres qui ont participé à la mission d’observation
des élections figure à l’annexe 1.
5. Conformément à l’accord de coopération signé entre l’Assemblée
parlementaire et la Commission européenne pour la démocratie par
le droit (Commission de Venise) le 4 octobre 2004, un représentant
de la Commission de Venise a été invité à se joindre à la commission
ad hoc en qualité de conseiller.
6. La commission ad hoc (délégation de l’APCE) a travaillé du
18 au 21 juin 2021. Elle a opéré dans le cadre d’une mission internationale
d’observation des élections (MIOE) aux côtés des délégations de l’Assemblée
parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (AP-OSCE) et de la mission d’observation électorale du
Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de
l’OSCE (OSCE/BIDDH). Le programme des réunions de la délégation
est présenté à l’annexe 2.
7. Le jour du scrutin, la délégation de l’APCE s’est scindée
en onze équipes qui ont observé le processus électoral dans un certain
nombre de bureaux de vote à Erevan et dans ses environs ainsi que
dans les régions et communes suivantes: Hrazdan, Gavar, Artashat,
Gyumri, Ararat, Masis, Vanadzor, Azatan, Artik, Maralik et Dzorakap.
8. La MIOE a conclu que les élections législatives anticipées
du 20 juin 2021 en Arménie avaient été concurrentielles et généralement
bien organisées dans des délais serrés. Elles ont toutefois été
caractérisées par de profonds clivages et ont été entachées par
Des propos de plus en plus incendiaires des principaux candidats.
Le cadre juridique est globalement complet, mais l’adoption d’amendements
si peu de temps avant les élections a toutefois suscité une incertitude
juridique. L’administration électorale a mené ses activités de manière
transparente, collégiale et professionnelle et a bénéficié de la
confiance des parties prenantes électorales. Les électeurs avaient
un large éventail de choix et les libertés et droits fondamentaux
ont été généralement respectés, les candidats ayant eu la possibilité
de faire campagne librement. Néanmoins, les propos hostiles et l’orientation
de la campagne sur les personnalités des candidats ont empêché un
réel débat politique. Dans l’ensemble, les femmes sont restées en
marge de la campagne. Le jour du scrutin, y compris le décompte
des voix, a été évalué favorablement de manière générale. Le communiqué
de presse de la MIOE est joint à l’annexe 3.
9. La délégation de l’APCE tient à remercier les chefs et les
membres de la délégation parlementaire de l’AP-OSCE et de la mission
de l’OSCE/BIDDH pour l’excellente coopération dans la MIOE. Elle
tient également à remercier le Bureau du Conseil de l’Europe à Erevan
pour sa coopération et son soutien.
2 Contexte
politique
10. L’Assemblée observe les élections
en Arménie depuis 1995. Les dernières élections législatives se
sont tenues en Arménie le 9 décembre 2018 et la délégation de l’Assemblée
avait conclu qu’elles se sont déroulées «dans le respect des libertés
fondamentales et ont bénéficié d’une large confiance de la population,
qu’il est nécessaire de préserver en poursuivant les réformes électorales.
Un débat politique ouvert, y compris dans les médias, a contribué
à rendre la campagne très animée, bien que les propos incendiaires
diffusés en ligne soulèvent des préoccupations. La révolution pacifique
dite “révolution de velours”, associée à la volonté politique des
autorités actuelles, a permis la tenue d’élections démocratiques».
La délégation de l’Assemblée parlementaire soulignait également
que «malgré la complexité du système électoral et les allégations d’intimidations
sur les réseaux sociaux, cette élection a été exempte des irrégularités
qui avaient entaché nombre de scrutins précédents. Il appartient
aux élus arméniens de lancer des réformes législatives pour consolider
le processus démocratique dans le pays».
11. Le 18 mars 2021, le Premier ministre de l’Arménie a annoncé
que des élections législatives anticipées se tiendraient le 20 juin.
Conformément aux délais légaux prévus, il a démissionné le 25 avril
et la tenue des élections a été fixée par décret présidentiel le
10 mai. La décision d’organiser des élections anticipées a été prise
à la suite des protestations antigouvernementales qui ont suivi
la signature de la déclaration de cessez-le-feu avec l’Azerbaïdjan,
sous l’égide de la Fédération de Russie en 2020. La déclaration
de cessez-le-feu faisait suite à une guerre de 44 jours dans le
Haut-Karabakh et aux alentours.
12. Les élections se sont déroulées dans une atmosphère de tensions
persistantes entre l’Arménie et l'Azerbaïdjan. Les questions de
sécurité nationale ont dominé le débat politique durant ces élections.
La pandémie de covid-19 a aggravé la récession économique causée
par la guerre, et exercé une pression supplémentaire sur le contexte
électoral. Le débat politique précédant les élections a été extrêmement polarisé,
généralement axé sur la personnalité des candidats et a été caractérisé
par de graves accusations et des propos incendiaires.
13. Les dernières élections législatives ont été les élections
anticipées de 2018. Elles avaient permis à l’alliance Mon Pas dirigée
par le parti Contrat civil de M. Pachinian d’obtenir 70,4 % des
suffrages exprimés et 88 sièges sur 132. Arménie prospère et Arménie
lumineuse ont été les seuls autres partis à dépasser le seuil de
5 %, avec respectivement 8,3 % (26 sièges) et 6,4 % (18 sièges).
14. Le paysage politique de l’Arménie de ces 20 dernières années
a été dominé par le Parti républicain au pouvoir, qui n’avait recueilli
que 4,7 % des suffrages en 2018 et n’avait donc pas obtenu de siège
au parlement. Il convient de noter que 18 mois plus tôt, en avril
2017, ce même Parti républicain avait remporté les élections avec
55,23 % des voix.
3 Cadre juridique
et système électoral
15. La délégation de l’APCE rappelle
que l’Arménie a signé et ratifié la Convention européenne des droits de
l’homme (STE n°5) et son Protocole additionnel (STE n°9), qui consacrent
un certain nombre de principes essentiels pour une démocratie effective
et véritable, parmi lesquels le droit à des élections libres (article 3
du Protocole additionnel), la liberté d’expression, la liberté de
réunion et d’association, ainsi que l’interdiction de la discrimination
(articles 10, 11 et 14 de la Convention).
16. Les élections législatives sont réglementées par la Constitution
de 1995 (telle qu’amendée par le référendum de 2015), le Code électoral
de 2016 et d’autres lois. L’Arménie est partie aux conventions internationales
relatives aux élections démocratiques. De manière générale, le cadre
juridique est propice à la tenue d’élections démocratiques.
17. Le cadre juridique électoral prévoit une réglementation complète
des questions liées à l’administration électorale, aux listes d’électeurs
et à leur identification. Si les règles sur l’enregistrement des
candidats, les activités de campagne, le financement des campagnes
y sont détaillées, certaines lacunes déjà relevées par la Commission
de Venise et par le BIDDH ne sont pas résolues. Il s’agit notamment
des restrictions imposées au droit des personnes ayant la double
nationalité à se présenter aux élections, du délai serré pour l’examen des
rapports sur le financement des campagnes et de la définition restrictive
des dépenses de campagne. Même s’il est approprié, le cadre juridique
réglementant le traitement des plaintes et recours et les violations des
règles électorales pourrait également faire l’objet d’une révision.
18. Depuis 2016, la Commission de Venise a été sollicitée pour
rendre plusieurs avis sur la réforme électorale. En octobre 2018,
le gouvernement a soumis au parlement des projets d’amendements
du Code électoral, y compris les recommandations en suspens de la
Commission de Venise et du BIDDH, mais ils n’ont pas obtenu la majorité
requise des trois cinquièmes de l’Assemblée. En 2020, un groupe
de travail comprenant diverses parties prenantes électorales a recommandé
d’importantes modifications, notamment l’abandon des listes de circonscription.
Le dernier avis de la Commission de Venise/du BIDDH (mars 2021)
prévoyait l’adoption d’une liste unique fermée et plusieurs autres
modifications résultant des discussions au sein du groupe de travail.
19. Le Code électoral a été adopté en 2016 et modifié à plusieurs
reprises depuis cette date. En avril et mai 2021, peu avant la tenue
des élections, le parlement a adopté deux paquets d’amendements.
Les amendements du 1er avril ont supprimé les listes de candidats
territoriales et modifié notamment les procédures relatives à l’enregistrement
des candidats, à la répartition des mandats et au jour du scrutin.
Ces amendements ont été approuvés à la majorité de 82 députés sur
132 ; les députés d’Arménie prospère et d’Arménie lumineuse n’ont
pas pris part au vote. Si nombre de partis politiques et d’acteurs
de la société civile débattent depuis longtemps de l’adoption d’une
circonscription nationale unique et la préconisent, certains d’entre
eux ont souligné que cette modification intervenait trop peu de
temps avant les élections. Le Président de la République a décidé
de ne pas signer les amendements, invoquant le choix du moment et
l’absence d’unanimité au parlement. Un second paquet d’amendements,
plus complet, qui ne s’applique pas à cette élection a été adopté
le 7 mai 2021. Jusqu’à l’adoption et la signature des deux paquets
d’amendements, les parties prenantes électorales ne savaient pas
quels amendements s’appliqueraient à ces élections, ce qui était source
d’incertitude juridique et laissait un délai très court pour mettre
en œuvre les réglementations et informer les électeurs des nouvelles
procédures.
20. Lors de ces élections législatives, les électeurs ont été
appelés à élire 101 députés selon un système proportionnel à liste
fermée fondé sur une circonscription nationale unique. Les députés
sont élus pour un mandat de cinq ans. Le seuil de participation
des partis politiques à la répartition des mandats est de 5 % des suffrages
exprimés, les alliances de deux ou plusieurs partis devant obtenir
au moins 7 %. L’amendement visant à réduire le seuil de 5 % n’a
pas été appliqué à cette élection. Ces seuils demeurent élevés par
rapport à l’objectif déclaré d’un système exclusivement proportionnel
et sont comparativement supérieurs à la moyenne européenne. Le Code
électoral stipule que si ce seuil est franchi par moins de trois
partis et/ou alliances, les trois partis ou alliances qui remportent
le plus grand nombre de votes sont représentés au parlement. Outre
les députés élus selon le système proportionnel, la loi prévoit
quatre sièges réservés au parlement pour chacune des minorités nationales:
Yézidis, Russes, Assyriens et Kurdes.
21. La constitution impose un scrutin électoral proportionnel
et un système multipartite. Elle exige également une «majorité parlementaire
stable» (définie par le Code électoral comme une majorité de 54 %
des sièges au parlement) afin de former un gouvernement. Si un parti
ou une alliance remporte au moins 50 % des sièges plus un, mais
n’atteint pas les 54 %, il se voit attribuer des sièges supplémentaires
afin de parvenir à la majorité stable requise. Si aucun parti ni
alliance n’obtient la majorité de 50 % plus une voix et si aucun
parti politique ni alliance ne parvient à former une coalition dans
les six jours suivant la publication des résultats finaux, un second
tour est organisé entre les deux listes candidates dans les 28 jours
suivant le premier scrutin. Au second tour, ces deux partis ou alliances
peuvent former de nouvelles alliances avec d’autres partis présents au
premier tour.
4 Administration
électorale
22. Les élections sont gérées par
un système d’administration électorale à trois niveaux comprenant
la Commission électorale centrale (CEC), 38 commissions électorales
territoriales (CET) et 2 008 commissions électorales locales (CEL).
La CEC est un organe permanent et professionnel, comprenant sept
membres élus par le parlement pour une durée de six ans et deux
mandats consécutifs au maximum. La CEC, telle que constituée actuellement,
a été élue en octobre 2016. La plupart des interlocuteurs de la
MIOE se sont montrés confiants dans la capacité de la CEC à remplir
son mandat avec professionnalisme. Certains interlocuteurs ont cependant
exprimé leurs préoccupations quant à la capacité de l’administration
électorale à conserver son indépendance.
23. La CEC a mené ses activités de manière transparente, collégiale
et efficace, en respectant tous les délais légaux malgré un calendrier
de préparation très serré. Ses sessions ont été retransmises en
ligne et suivies par les représentants des partis et alliances,
les observateurs et les médias. Elle a publié l'ordre du jour de
ses réunions et ses décisions en temps opportun sur son site internet.
La CEC a élaboré des procédures et consignes sur le jour du scrutin
à l’intention des membres des CEL, des spécialistes des dispositifs d’authentification
des électeurs et des observateurs et représentants.
24. Bien que la CEC ait le pouvoir réglementaire de donner des
instructions, des précisions suffisantes sur les procédures à suivre
le jour du scrutin n’ont pas été apportées dans le cadre de ses
sessions, et n’ont pas fait l’objet de décisions formelles de sa
part. Surtout, la validité des bulletins de vote n’a pas été réglementée de
manière appropriée. Des procédures limitées liées à la covid ont
été adoptées pour les opérations de vote, mais elles ne prenaient
pas en compte une éventuelle affluence.
25. La campagne d’information des électeurs menée par la CEC a
démarré 20 jours avant la date des élections. Elle comprenait des
affiches, des brochures, des spots télévisés et radiophoniques sur
les nouvelles procédures électorales, y compris dans les langues
des quatre principales minorités nationales, pour les personnes
souffrant de déficiences visuelles et auditives et, avec l'aide
de la société civile, pour les personnes souffrant de handicaps
intellectuels. La visibilité de cette campagne de la CEC d’information
des électeurs a été toutefois limitée.
26. Les CET sont des organes professionnels permanents comprenant
sept membres désignés par la CEC pour un mandat de six ans. Les
sessions des CET ont été ouvertes et caractérisées par une approche consensuelle.
L’affichage public des décisions des CET n’était pas conforme aux
exigences légales et leurs décisions n’ont pas été publiées sur
le site internet de la CEC.
27. Les CEL sont des organes temporaires constitués lors de chaque
élection et comprenant au moins sept membres sélectionnés par les
groupes parlementaires ainsi que par les CET. Dans le cadre des
présentes élections, chaque CEL comprenait sept à huit membres,
dont deux nommés par la CET concernée et deux par chacun des trois
groupes parlementaires représentés au parlement sortant. Si la plupart
des CEL ont été constituées avant le 2 juin conformément au calendrier
de la CEC, plusieurs CET ont dû désigner des candidats supplémentaires
du fait que des groupes parlementaires, notamment Arménie lumineuse,
n’avaient pas nommé suffisamment de candidats pour toutes les CEL.
Conformément à la loi, les postes de président et de secrétaire
des CEL ont été répartis entre les alliances du parlement sortant
au prorata de leur représentation actuelle, ce qui donne une grande
majorité des postes de direction des CEL au parti au pouvoir.
28. La CEC et toutes les CET ont respecté l’obligation légale
de présence d’au moins deux membres de chaque sexe. Trois membres
de la CEC sur sept étaient des femmes (42 %), dont la vice-présidente.
En ce qui concerne les CET, 94 membres sur 266 étaient des femmes
(35 %), mais seules quelques-unes occupaient des postes à responsabilité,
dont deux présidentes (5 %) et six vice-présidentes. Des données ventilées
par sexe sur la composition des CET doivent être produites, mais
elles ne sont pas accessibles facilement, ce qui n’est pas conforme
aux normes internationales. La CEC n’a pas publié de données ventilées par
sexe sur la composition des membres des CEL.
5 Listes électorales
et inscription des candidats
29. Tous les citoyens de plus de
18 ans le jour du scrutin ont le droit de voter, à moins d’avoir
été condamnés pour un délit grave ou d’être frappés d’incapacité
mentale par une décision de justice. La privation du droit de vote
sur la base d’une incapacité mentale est incompatible avec les normes
internationales. L’inscription des électeurs est passive, le registre
d’état civil fournissant automatiquement les informations sur les
électeurs. Le registre d’état civil est tenu par le Service des
passeports et des visas de la police et comprend tous les citoyens
qui ont une résidence permanente en Arménie. À la date du 13 juin,
le registre électoral comprenait au total 2 577 172 électeurs, dont
un nombre significatif résidant à l’étranger et conservant une résidence officielle
en Arménie. Si tous les interlocuteurs de la MIOE ont reconnu qu’un
nombre significatif de personnes figurant sur les listes électorales
résidaient à l’étranger et n’étaient donc pas en mesure de voter,
ils ne se sont pas montrés préoccupés par l’exactitude du registre
électoral.
30. Le cadre juridique prévoit de vastes mesures pour garantir
la transparence et l’accessibilité des listes d’électeurs, notamment
l’affichage public des listes d’électeurs et leur publication en
ligne dans des versions consultables et téléchargeables. Les listes
électorales préliminaires ont été affichées dans les bureaux de
vote pour permettre leur vérification par le public avant le 31
mai. Les électeurs pouvaient demander des corrections, ajouts et
suppressions pour d’autres électeurs ou eux-mêmes avant le 10 juin.
Les électeurs qui avaient été omis des listes électorales, ainsi
que ceux qui se trouvaient dans des établissements médicaux ou des
centres de détention, pouvaient être inscrits sur des listes supplémentaires
jusqu’à la fin du vote le jour du scrutin.
31. Le jour du scrutin, les électeurs ont été identifiés en scannant
leurs documents d’identité et leur empreinte digitale à l’aide de
dispositifs d’authentification des électeurs, qui contenaient une
copie électronique de la liste électorale du bureau de vote concerné.
La loi oblige la CEC à publier les copies scannées des listes électorales
signées de tous les bureaux de vote avant le 22 juin afin que le
public puisse la vérifier. Si les normes internationales et bonnes
pratiques recommandent la protection de la confidentialité des données
et le secret des données individuelles des électeurs, notamment
sur le fait qu’ils aient voté ou non et sur le lieu du vote, tous
les interlocuteurs de la MIOE ont dit soutenir cette mesure qui
est un moyen efficace de renforcer la transparence et de prévenir
les pratiques électorales frauduleuses.
32. Les amendements d’avril 2021 précisent que les listes électorales
signées doivent rester accessibles jusqu’à la compilation des résultats
à la CEC ou, si des recours sont formés, jusqu’à leur règlement.
Toutefois, ni les règles de consultation des listes ni les obligations
de confidentialité ne sont expressément prises en compte.
33. Dans le cas des élections législatives, chaque parti politique
et alliance de partis peut présenter une liste unique fermée de
80 à 300 candidats pour l’ensemble de la circonscription nationale.
Les femmes et les hommes doivent être représentés à hauteur d’au
moins 30 % des candidats, avec un représentant de chaque sexe dans
tout groupe de trois candidats successifs. Le quota est en hausse
par rapport aux dernières élections où il était de 25 %.
34. Pour se présenter aux élections, un candidat doit avoir la
qualité d’électeur éligible, être âgé d’au moins 25 ans, avoir la
citoyenneté arménienne et résider en Arménie depuis les quatre années
précédant les élections et avoir une bonne maîtrise de la langue
arménienne. Les citoyens qui ont une autre nationalité ne peuvent
pas se présenter aux élections. Les juges, les procureurs, les membres
des forces armées, les policiers, d’autres catégories de fonctionnaires
et les commissaires électoraux ne peuvent pas se porter candidats.
Les listes des candidats peuvent comporter jusqu’à 30 % de membres
non affiliés à un parti. La loi ne prévoit pas de possibilité de
se présenter à titre individuel.
35. Dans une démarche inclusive, la CEC a enregistré les listes
de candidats de vingt-deux partis politiques et de quatre alliances.
Après le retrait d’un parti politique avant le 10 juin, 25 listes
composées de 2 498 candidats, dont 925 femmes (37 %) restaient en
lice. Toutes les listes se sont conformées à l’exigence de représentation
des deux sexes, y compris après le retrait et l’annulation de l’enregistrement
de 39 candidats. Seules deux listes candidates étaient menées par
une femme. Une alliance et trois partis ont enregistré au total
13 candidats pour les quatre sièges réservés aux minorités nationales.
Parmi les candidats figuraient les trois plus grands partis représentés
au parlement sortant ainsi que ceux affiliés aux trois présidents
ayant exercé leur mandat entre 1991 et 2018: Levon Ter-Petrossian
(Congrès national arménien ; CNA), Robert Kotcharian (Alliance arménienne ;
AA) et Serge Sarkissian (Alliance «J’ai l’honneur», WH). Alors qu’il
n’était pas candidat à ces élections, M. Sarkissian a joué un rôle
majeur dans la campagne de son parti.
36. Tous les partis et alliances enregistrés ont effectué le dépôt
financier obligatoire de 10 millions de drams arméniens (AMD, environ
15 700 euros). Le dépôt est restitué si une liste obtient des sièges
au parlement ou plus de 4 % des suffrages exprimés.
6 Campagne électorale,
financement de la campagne et couverture par les médias
37. Lors de ces élections anticipées,
la durée de la campagne officielle a été de 12 jours, contre 35
à 45 jours pour les élections ordinaires, ce qui est conforme à
la loi. La période de campagne officielle a commencé le 7 juin et
s’est achevée le 18 juin, les activités de campagne étant interdites
la veille et le jour du scrutin.
38. Comme durant la période précédant la campagne, les questions
de sécurité nationale ont dominé le débat politique. La situation
économique, aggravée par la guerre et la pandémie de covid-19, est
arrivée au deuxième rang des enjeux les plus importants. La polarisation
du débat s’est intensifiée durant la campagne, certains candidats
proférant des accusations hostiles et incendiaires à l’égard d’autres
candidats plutôt que de débattre sur des questions de fond. Ainsi,
lors de rassemblements à Achtarak le 8 juin et à Erevan le 11 juin ainsi
qu’à Tachir et Vanadzor le 12 juin, l’ex-président Kotcharian, a
accusé l’actuel Premier ministre d’être un «traitre», un «fou» et
a déclaré qu’il devrait quitter le pays. Lors d'un rassemblement
du Contrat civil à Talin le 8 juin, le Premier ministre, Nikol Pachinian,
a accusé l'ex-président de faire partie d'une «bande criminelle»
et a menacé de «casser les dents de cette meute», de «massacrer
ses troupes» et a déclaré se livrer à une «vendetta» contre ceux
qu'il accuse de travailler contre lui au sein de l'administration
ou en tant que dirigeants d'entreprises privées.
39. Des propos de plus en plus intolérants, incendiaires et discriminatoires
ont été rapportés durant la période préélectorale. Le Défenseur
des droits de l'homme a critiqué l'utilisation de tels discours
et a appelé tous les candidats, en particulier les dirigeants (ou
responsables) actuels, notamment le Premier ministre, à s'abstenir
d'employer un tel langage. La CEC a également appuyé ce point de
vue.
40. Les droits fondamentaux tels que la liberté de rassemblement
ont été généralement respectés pendant toute la campagne et les
candidats ont pu faire campagne librement dans le pays. Alors que
les électeurs disposaient d'un large éventail de choix, les partis
et alliances les plus visibles durant la campagne ont été le Contrat
civil du Premier ministre sortant Nikol Pachinian et l'Alliance
arménienne de l'ex-président Robert Kocharian. Les messages de la
campagne ont été hostiles, avec, d’une part, des accusations de
corruption portées contre l’ex-président et, d’autre part, des critiques
à l’égard des prétendus échecs de l’administration actuelle, en
particulier dans sa conduite de la guerre. Des matériels de campagne
négatifs visant M. Kotcharian ont été également observés le jour
du scrutin aux abords des bureaux de vote.
41. Des activités de campagne ont été menées sur le terrain dans
tout le pays. Un grand nombre d’activités observées n’ont pas respecté
les mesures imposées par le gouvernement en réponse à la pandémie
de covid-19. La campagne s’est caractérisée par des marches, des
défilés de voitures, du porte à porte, des réunions publiques et
des réunions avec certains groupes ainsi que par une large utilisation
des réseaux sociaux et des spots télévisés. Les candidats ont également
fait amplement usage des panneaux d’affichages et affiches, y compris
aux emplacements attribués de manière paritaire par la CEC aux candidats
pour l’affichage de campagne payant. Les partis et alliances ont
signalé quelques problèmes importants liés à la destruction d'affiches
et de panneaux d'affichage pendant la campagne, mais aucune plainte
officielle n'a été déposée. Malgré le quota de 30 %, les femmes
sont restées nettement à l’écart des activités de campagne. En outre,
il a été noté l'absence de messages ciblant les femmes et les groupes
de minorités nationales durant la campagne.
42. Il a été reproché au Premier ministre Pachinian d’avoir profité
de ses déplacements officiels dans les régions pendant la période
précédant la campagne pour faire passer ses messages électoraux
dans le cadre de rencontres avec les communautés locales et de visites
aux bureaux locaux de son parti. Même si ces faits n’ont pas été
considérés comme des activités de campagne, ils comportaient des
messages et du matériel de campagne tels que des bannières avec
le logo du Contrat civil. Le Code électoral limite les activités
de campagne des fonctionnaires et des représentants du gouvernement
aux heures où ils ne sont pas en service, mais ne définit pas clairement
les heures de service et les heures libres. Les visites dans les
bureaux d’un parti dans le cadre d’une visite officielle d’un fonctionnaire
ou à des services gouvernementaux pendant la campagne ne permettent
pas une distinction claire entre le parti au pouvoir et l'État.
43. Il a été signalé des cas de pression exercée sur des employés
des secteurs public et privé par des employeurs soutenant des candidats
pour qu'ils participent à des activités de campagne. Des allégations d'achat
de voix ont été également formulées, notamment à l'encontre des
grands partis, et des enquêtes ont été ouvertes contre trois candidats
accusés d'achat de voix pendant la campagne.
44. Le 8 juin, un candidat d’Arménie prospère a été arrêté pour
achat de voix dans la région de Gegharkunik. Le 11 juin, l’ancien
maire d’Armavir, candidat sur la liste «J’ai l’honneur», a été également
arrêté dans la région d’Armavir. Le 18 juin, un candidat du parti
«J’ai l’honneur» a été arrêté pour achat de voix dans le district
de Zeytun à Erevan. Outre les trois candidats arrêtés, des enquêtes
ont été ouvertes dans 14 affaires en rapport avec des achats de
voix.
45. Des allégations d’utilisation abusive des ressources administratives
ont été également présentes pendant toute la campagne et n’ont pas
été réglées de manière uniforme.
46. Le silence électoral a été généralement respecté, mais à la
suite d’une plainte du parti «J’ai l’honneur», la CEC a adressé
un avertissement au candidat du «Contrat civil», M. Pachinian, pour
des activités de campagne la veille des élections.
47. Le financement de la campagne est principalement réglementé
par le Code électoral et la loi sur les partis politiques. Les partis
ou alliances politiques qui ont obtenu au moins 3 % des voix aux
élections précédentes ont droit à un financement public annuel,
mais il n'y a pas de financement public direct des dépenses de campagne.
Les partis et alliances en lice doivent ouvrir un compte en banque
dédié aux transactions liées à la campagne. Les campagnes peuvent
être financées par des dons des électeurs, ainsi que par les contributions
propres des candidats et des transferts de fonds des partis politiques.
Les contributions d’entités commerciales et non commerciales ainsi
que les financements de sources étrangères et anonymes ne sont pas
autorisés. La loi fixe le plafond des dépenses de campagne à 500
millions AMD (environ 788 000 euros) par parti ou alliance en lice.
48. Même si les règles de financement des campagnes électorales
sont décrites en détail, il subsiste des lacunes permettant de contourner
les dispositions légales. Ainsi, malgré une recommandation de longue
date du BIDDH, la définition légale des dépenses de campagne n’englobe
pas les frais de logistique, tels que les bureaux, les transports,
les communications et le personnel ; les candidats ont ainsi la
possibilité d’utiliser ces dépenses pour contourner les plafonds
imposés. Certains partis ont eu recours à des organisations caritatives et
à la publicité personnelle pour contourner les plafonds de dépenses
de campagne. Alors que la loi modifiée sur les partis politiques
a interdit les contributions des entités commerciales au financement
des partis et mis en place les sanctions correspondantes, il semble
possible de contourner cette interdiction en faisant transiter les
dons de grandes entreprises par des citoyens individuels sous la
forme de contributions plus modestes au financement de la campagne.
Si les récents amendements du cadre juridique prévoient de nouvelles sanctions,
certains amendements primordiaux relatifs à la responsabilité pénale
et administrative en cas de violation des règles de financement
des campagnes ne seront applicables qu’en 2022.
49. Le Service de contrôle et d’audit (SCA) de la CEC est chargé
de contrôler le respect par les partis et alliances en lice de la
législation sur les fonds de campagne. Le SCA a publié des données
récapitulatives sur les montants totaux des contributions et des
dépenses par parti/alliance en lice et a publié en ligne leurs rapports
financiers préélectoraux, contribuant ainsi à la transparence financière.
Le second rapport financier doit être présenté au plus tard trois
jours avant la compilation des résultats électoraux par la CEC.
50. Le paysage médiatique est diversifié et comprend 50 radiodiffuseurs,
dont 6 chaînes de télévision et 4 stations de radio ayant une couverture
nationale, plus de 35 publications périodiques dans la presse écrite et
plus de 200 sites d'information en ligne. Les sources d’information
en ligne et les réseaux sociaux, en particulier Facebook, gagnent
rapidement du terrain et sont devenus d’importantes plateformes
d’échange d'informations relatives aux élections. La télévision
reste cependant la principale source d'informations politiques,
surtout en dehors de la capitale. La télévision publique, qui est
financée par le budget de l'État, continue d'être perçue comme ayant
une politique éditoriale favorable au gouvernement. Les affinités politiques
de certains organismes de radiodiffusion privés suscitent depuis
longtemps des inquiétudes.
51. La liberté d’expression est garantie par la Constitution et
les organisations internationales ont constaté des améliorations
globales dans ce domaine depuis 2018. La diffamation a été dépénalisée
en 2010, mais un amendement du Code civil d'avril 2021 a triplé
le montant maximal des dommages et intérêts pouvant être réclamés
dans les cas d’injures et de diffamation. La scène politique reste
toutefois dominée par des propos de plus en plus hostiles, intolérants
et incendiaires. L’environnement politique au sein duquel les divergences d’opinions
sont régulièrement la cible de réprimandes ou propos hostiles, en
particulier sur les réseaux sociaux, a un effet négatif sur le débat
public. En outre, le nombre de cas récents de harcèlement physique
de journalistes dans l'exercice de leurs fonctions professionnelles
permet de s’interroger sur le respect de la liberté des médias.
52. Conformément à la loi, le 1er juin,
la CEC a alloué, par tirage au sort, 30 minutes de temps d’antenne gratuit
à la télévision publique et 60 minutes à la radio publique, à une
heure de grande écoute, à chaque parti ou alliance en lice. Par
ailleurs, chacun d’entre eux a fait usage de son droit d’acheter
jusqu’à 60 minutes de temps à la télévision publique et jusqu’à
90 minutes à la radio publique. Trente-deux radiodiffuseurs privés, dont
26 radiodiffuseurs régionaux, ont offert aux candidats la possibilité
d'acheter des publicités payantes.
53. En vertu de la loi, la Commission nationale pour la télévision
et la radio (CNTR) supervise tous les radiodiffuseurs pendant la
campagne officielle, y compris dans le cadre de son propre contrôle
des médias. Fait positif, la CNTR a interprété l’obligation prévue
par le Code électoral d’assurer une couverture «impartiale et non
critique» des actualités de campagne des candidats de manière à
permettre une couverture plus complète des différents partis et
alliances plutôt que d’insister de manière formaliste sur une couverture identique
des candidats en lice en termes de volume. Le 16 juin, le régulateur
a publié son premier rapport de suivi ne faisant état d’aucune violation
importante de la loi.
54. Des différences notables dans la couverture médiatique des
développements politiques avant et après le lancement de la campagne
officielle ont été mises en évidence. Les radiodiffuseurs suivis,
notamment la télévision publique, ont accordé une attention moindre
à l’action du gouvernement actuel et du Premier ministre par intérim
et ont principalement couvert les partis et alliances en lice. Une
part significative du contenu télévisé relatif aux élections était
consacrée aux annonces de campagnes, y compris à des campagnes de dénigrement,
principalement de la part de l’Alliance arménienne.
55. La part des informations consacrées au gouvernement sur la
chaîne publique H1 est passée de 66 % à 4 %, tout en gardant un
ton principalement positif ou neutre. La chaîne publique H1 a réservé
à tous les candidats un temps d’antenne comparable, le Contrat civil
ayant bénéficié du temps d’antenne le plus important avec 12 %,
suivi par le Congrès national arménien avec 11 %, l'Alliance arménienne
avec 8 % et l'Alliance «J’ai l’honneur» avec 7 %. Le temps d’antenne
a été le plus souvent positif ou neutre et a généralement évité
les propos hostiles. La télévision publique a respecté ses obligations
de temps d’antenne gratuit et payant. Elle a également diffusé de
nombreux débats et entretiens électoraux, dont deux débats en direct
avec les dirigeants des partis et alliances en lice. Néanmoins,
plus de la moitié des chefs des partis et alliances en lice ont
refusé de participer aux deux derniers débats à la télévision publique,
ce qui a nui à la qualité de l’information. Plusieurs partis d'opposition
se sont plaints de divers aspects liés à la couverture des élections
par la chaîne H1, notamment de la mise en forme et du refus de matériels
publicitaires payants qui critiquaient le parti au pouvoir et ses
partisans, ainsi que des moyens employés pour déterminer l'ordre
des débats.
56. Au cours de la campagne officielle, certains radiodiffuseurs
privés, notamment Shant TV, se sont visiblement efforcées de rendre
compte avec impartialité de la campagne de tous les partis en lice,
contribuant ainsi à la diversité des informations mises à la disposition
des électeurs pour leur permettre de faire un choix éclairé. Shant
TV a consacré 11 % de sa couverture politique à l’Alliance arménienne
et 10 % au Contrat civil. Le ton des informations diffusées était
positif ou neutre. En revanche, la couverture de la chaîne d'information Armnews
a été souvent partiale et critique à l'égard des autorités au pouvoir
et de Contrat civil, y compris des déclarations injurieuses de la
part de ses journalistes.
57. Les chaînes qui sont perçues comme liées à des partis spécifiques
ont toutefois fait preuve d’un traitement préférentiel à l’égard
de leurs candidats. À titre d’exemple, Yerkir Media a consacré 36 %
du temps d’antenne à l’Alliance arménienne, sur un ton positif ou
neutre.
7 Jour du scrutin
58. Le jour du scrutin, la délégation
de l’APCE s’est scindée en onze équipes qui ont observé le processus électoral
dans un certain nombre de bureaux de vote à Erevan et dans ses environs
ainsi que dans les régions et communes suivantes: Hrazdan, Gavar,
Artashat, Hrazdan, Ararat, Masis, Vanadzor, Azatan, Artik, Maralik et
Dzorakap.
59. Le jour du scrutin s’est généralement déroulé dans le calme,
avec une participation de 49,4 % annoncée par la CEC. La CEC a commencé
à publier sur son site internet les résultats préliminaires détaillés
des élections par bureau de vote, dès les premières heures du 21
juin.
60. Le dépouillement a été évalué favorablement dans les 123 bureaux
de vote où il a été observé. Les procédures de vote ont été généralement
respectées, mais 12 bureaux de vote observés ont dépouillé les bulletins
avec un léger retard.
61. Le vote a été évalué favorablement dans 98 % des bureaux de
vote observés. Si les observateurs de la MIOE ont estimé que le
vote s’est déroulé sans heurts, de manière transparente et bien
organisée, ils ont relevé des problèmes tels que l’ingérence des
représentants des partis ou alliances et une affluence excessive fréquente
dans les bureaux ainsi que le non-respect général des mesures de
protection contre la covid-19.
62. Des matériels et activités de campagne ont été relevés aux
abords de 7 % bureaux de vote observés. Les observateurs ont constaté
23 cas de tension ou d’agitation à proximité des bureaux de vote
(2 %) ainsi que des cas isolés d’achat de voix et de pressions sur
les électeurs. Dans 14 % des bureaux de vote observés, l’affluence
était excessive, en particulier à Erevan et dans d’autres villes.
Environ 67 % des bureaux de vote n’étaient pas accessibles aux personnes
handicapées et l’agencement de 32 % d’entre eux n’était pas adapté à
ces électeurs.
63. Des représentants des partis et alliances étaient présents
dans 97 % des bureaux de vote observés et des observateurs citoyens
dans 77 %. Les équipes de l’APCE ont cependant noté que certains
observateurs ne savaient pas quelle entité ils représentaient. La
présence de personnes non autorisées a été relevée dans 8 % des
bureaux de vote observés ; il s’agissait généralement de la police
qui n’avait pas été conviée dans la salle de vote par le président
de la CEL. Dans 73 bureaux de vote observés (6 %), des personnes n’appartenant
pas à la CEL sont intervenues dans le processus ou l’ont dirigé ;
dans 55 cas, il s’agissait de représentants de partis. Des plaintes
officielles ont été déposées dans 7 % des bureaux de vote observés. Près
de 43 % des CEL observées étaient présidées par une femme et globalement
65 % des membres des CEL dans les bureaux de vote observés étaient
des femmes.
64. Aucun problème de dispositif d’authentification des électeurs
n’a été signalé et les procédures d’identification ont été presque
toujours respectées. Dans 7 % des bureaux de vote observés, un ou
plusieurs électeurs ont été refoulés, le plus souvent parce qu’ils
s’étaient trompés de bureau de vote, ne figuraient pas sur la liste
électorale ou bien n’étaient pas en mesure de présenter une pièce
d’identité valide. Dans 8 bureaux de vote, les observateurs ont
constaté que des électeurs sans pièce d’identité valide ont été
autorisés à voter. Les procédures de vote ont été respectées, à
quelques exceptions près dans lesquelles les coupons de confirmation
délivrés aux électeurs n'ont pas tous été tamponnés par la CEL ou
conservés après le vote des électeurs. Quelques problèmes ont été
relevés au regard du secret du vote ; en effet, tous les électeurs
n’ont pas fait leur choix secrètement (4 % des bureaux de vote observés)
ou bien des électeurs sont sortis de l’isoloir en emportant les
bulletins inutilisés (2 %). Les observateurs ont relevé quelques
rares cas de violations, dont des cas de vote collectif (3 %), de
vote par procuration (1 %) et de tentative d’influer sur le vote
d’autres électeurs (moins de 1 %). Ils ont signalé des exemples
isolés d’électeurs auxquels un jeu complet de bulletins n’a pas
été remis, notamment le cas d’un membre de la CEL qui a remis à
un électeur une enveloppe contenant déjà un bulletin. Dans 3 % des
bureaux de vote observés, les urnes n’étaient pas scellées correctement.
65. Les équipes de l’APCE ont souligné que le nombre élevé de
bulletins de vote (25 au total) a été à l’origine d’une certaine
confusion, ce qui a provoqué des goulots d’étranglement dans la
file d’attente pour obtenir les bulletins. L’utilisation des enveloppes
et la mise au rebut des bulletins non utilisés ont également provoqué
une certaine confusion.
66. Une équipe de l'APCE observant le district d'Erebuni a constaté
de nombreux tracts dans les rues qui contenaient un message négatif
à caractère violent contre l'un des principaux candidats (Robert Kotcharian). Elle
a également signalé que dans une région rurale, bon nombre d’électeurs
présents sur les listes électorales ne résidaient pas sur place.
67. Le dépouillement a été évalué favorablement dans 91 bureaux
sur les 97 observés et il a été caractérisé par un degré élevé de
transparence et le respect global des procédures établies. Des représentants
des partis et alliances et des observateurs citoyens étaient présents
lors de presque tous les dépouillements observés. Les observateurs
de la MIOE ont signalé 10 cas d’ingérence inappropriée dans le décompte,
dont 9 par des représentants de partis. Ils n’ont rapporté que quelques
cas de CEL qui n’ont pas respecté les procédures de comparaison
des chiffres avant l’ouverture des urnes. Toutefois, dans 20 dépouillements,
le nombre de signatures sur les listes électorales ne correspondait
pas au nombre de coupons de confirmation délivrés par le dispositif
d’authentification. Les procédures de dépouillement ont été respectées
dans l’ensemble, avec un nombre minime d’erreurs de procédure ou
de violations graves comme des manœuvres d’intimidation à l’égard des
membres de la CEL (2 cas rapportés) ou des preuves de falsification
du matériel électoral officiel (3 cas rapportés). La détermination
de la validité des bulletins a été raisonnable sauf dans 4 cas et
cohérente à une exception près. Des individus autres que les membres
des CEL ont participé à 14 dépouillements et, dans 4 bureaux de
vote, les membres de la CEL avaient signé à l’avance les procès-verbaux
des résultats. Dans 21 % des bureaux, les CEL observées ont eu des
difficultés à remplir les procès-verbaux des résultats. Dans 4 bureaux
de vote observés, les CEL n’ont pas affiché de copie du procès-verbal.
68. Le processus de compilation des résultats a été évalué négativement
dans 6 CET sur les 32 où il a été observé. Si les procédures de
compilation ont été généralement respectées, les omissions ou violations
des procédures ayant été très rares, le processus de transmission
des procès-verbaux a été mal organisé dans de nombreuses CET et
un manque d’espace et une affluence excessive nuisant au processus
et à la transparence ont été rapportés. Il n’a pas été signalé de
cas d’ingérence dans le processus de compilation. Contrairement
aux CEL, des représentants des partis n’étaient présents que dans
13 CET observées.
69. Le jour du scrutin, la CEC a enregistré 27 plaintes de violation,
dont plusieurs ont été confirmés. Il s’agissait de tentatives pour
orienter le vote des électeurs et de cas d’ingérence de la part
de représentants des partis. Le Bureau du procureur a indiqué avoir
été informé de 319 cas de violations pendant le scrutin. Sur ce
nombre, 79 concernaient des obstructions au droit de vote, 89 des
cas de vote multiple ou d’usurpation d'identité, 49 des violations
du secret du vote et 69 des achats de voix. Six procédures pénales
ont été engagées. En outre, la police a affirmé avoir reçu 87 rapports.
Le jour du scrutin, le Service spécial d’enquête a arrêté trois
personnes, notamment un candidat, pour suspicion d’achat de voix
dans la région de Vayots Dzor.
70. La délégation de l’APCE a estimé que le jour du scrutin s’est
déroulé de manière pacifique dans l’ensemble, seuls quelques irrégularités
et incidents mineurs sans incidence sur la validité du vote et la légitimité
des résultats ayant été rapportés.
71. La CEC a annoncé les résultats suivants le 27 juin:
|
Nombre d’électeurs inscrits
sur les listes électorales
|
2 591 316
|
|
Nombre total d’électeurs
inscrits sur les listes supplémentaires établies par les CEL
|
1 245
|
|
Nombre total d’électeurs
inscrits sur les listes supplémentaires ayant voté via une urne
mobile
|
2 451
|
|
Nombre total d’électeurs
participant au vote électronique
|
500
|
|
Nombre total d’électeurs
|
2 595 512
|
|
Nombre total de votants
|
1 281 997
|
72. Résultats:
|
##
|
Nom
de l’alliance/du parti
|
Nombre
de suffrages
|
Pourcentage
|
|
# 1
|
Arménie intègre
|
3 914
|
0,31 %
|
|
# 2
|
Congrès national arménien
|
19 691
|
1,54 %
|
|
# 3
|
Contrat civil
|
688 761
|
53,91 %
|
|
# 4
|
Parti chrétien national
(Zartong)
|
4 619
|
0,36 %
|
|
# 5
|
Liberté (Azatutyun)
|
1 844
|
0,14 %
|
|
# 6
|
Alliance «J’ai l’honneur»
|
66 650
|
5,22 %
|
|
# 7
|
Parti de la patrie unifiée
|
964
|
0,08 %
|
|
# 8
|
Parti pour un État national
pan-arménien
|
803
|
0,06 %
|
|
# 9
|
Arménie lumineuse
|
15 591
|
1,22 %
|
|
# 10
|
L’Arménie est notre maison
|
12 149
|
0,95 %
|
|
# 11
|
République
|
38 758
|
3,03 %
|
|
# 12
|
Hayots Hayreniq (Patrie
des Arméniens)
|
13 130
|
1,3 %
|
|
# 13
|
Alliance de la patrie
libre
|
4 119
|
0,32 %
|
|
# 14
|
Arménie prospère
|
50 444
|
3,95 %
|
|
# 15
|
Parti démocratique d’Arménie
|
5 020
|
0,39 %
|
|
# 16
|
Mouvement conservateur
national
|
15 549
|
1,22 %
|
|
# 17
|
Parti social-démocrate
«Décision du citoyen»
|
3 775
|
0,3 %
|
|
# 18
|
Alliance des démocrates
Shirinyan-Babajanyan
|
19 212
|
1,5 %
|
|
# 19
|
Parti du programme national
|
719
|
0,06 %
|
|
# 20
|
Parti Verelk
|
1 233
|
0,1 %
|
|
# 21
|
Parti libéral
|
14 936
|
1,17 %
|
|
# 23
|
Parti européen d’Arménie
|
2 440
|
0,19 %
|
|
# 24
|
Alliance arménienne
|
269 481
|
21,09 %
|
|
# 25
|
Pôle démocratique national
|
18 976
|
1,49 %
|
|
# 26
|
Arménie intègre
|
3 915
|
0,31 %
|
8 Conclusions et recommandations
73. Les élections législatives
anticipées en Arménie ont été concurrentielles et bien organisées
dans des délais serrés. Elles ont été cependant caractérisées par
de profonds clivages et ont été marquées par des propos de plus
en plus incendiaires des principaux candidats.
74. La délégation de l’APCE a pris note que la profonde transformation
du paysage politique de l’Arménie – sous la domination du Parti
républicain durant les deux dernières décennies – entamée lors des
élections législatives de 2018 s’est confirmée en 2021.
75. La délégation de l’APCE a conclu que le cadre juridique électoral
est globalement complet, mais que certaines lacunes subsistent.
Les observateurs ont noté que, si les modifications récentes du
système électoral ont été largement débattues et soutenues par la
majorité des partis politiques et des groupes de la société civile,
l’adoption des amendements si peu de temps avant les élections a
toutefois suscité une incertitude juridique et n’a laissé que peu
de marge pour appliquer les nouvelles règles ou informer les électeurs
des changements effectués.
76. Les questions de sécurité nationale ont dominé le discours
politique avant et pendant la campagne électorale. La délégation
de l’APCE a exprimé ses inquiétudes sur le fait que les débats ont
été dominés par des propos et des accusations de plus en plus hostiles,
ajoutant encore aux clivages et réduisant davantage l’attention
portée aux programmes et aux questions de fond.
77. La délégation de l’APCE a noté que le jour du scrutin s’est
déroulé de manière pacifique dans l’ensemble et que l’évaluation
des procédures de vote réalisée par les observateurs dans les bureaux
de vote visités a été très largement positive. En revanche, l’accès
des personnes handicapées n’était pas possible dans de nombreux
bureaux de vote et l’affluence était souvent excessive. Des cas
d’ingérence dans le processus de vote de la part de représentants
des partis ou alliances ont été également relevés. Par contre, les
observateurs ont constaté que le processus de dépouillement des
votes s’est bien passé et a été parfaitement transparent.
78. La délégation de l’APCE a estimé que le jour du scrutin s’est
déroulé de manière pacifique dans l’ensemble, seuls quelques irrégularités
et incidents mineurs sans incidence sur la validité du vote et la légitimité
des résultats ayant été rapportés.
79. Elle a été informée que pendant la courte période électorale,
les candidats ont pu faire campagne librement et que les libertés
fondamentales essentielles pour des élections démocratiques ont,
de manière générale, été respectées. Les observateurs ont noté que
dans certains cas, des pressions ont été exercées sur des employés
des secteurs public et privé afin qu’ils prennent part à certains
événements liés à la campagne, les allégations d’achat de voix et
d’utilisation abusive de ressources publiques ayant été présentes durant
toute la campagne. Même si des candidates figuraient sur les listes
des partis, leur visibilité était particulièrement faible au cours
de la campagne.
80. La délégation de l’APCE a noté que la liberté d'expression
est garantie par la Constitution. Des cas de journalistes harcelés
dans l’exercice de leurs fonctions soulèvent toutefois des questions
quant au respect de la liberté des médias. Plusieurs médias se sont
visiblement efforcés de faire des reportages sur un large éventail
de candidats, en organisant des débats qui ont permis de garantir
que les électeurs disposaient d’informations suffisantes pour faire
un choix éclairé le jour du scrutin. Néanmoins, les affinités politiques
de certains radiodiffuseurs privés suscitent depuis longtemps des
inquiétudes.
81. L’Assemblée et la Commission de Venise sont prêtes à poursuivre
leur collaboration avec les autorités arméniennes afin d’améliorer
encore le cadre juridique et les pratiques électorales dans le pays
et de contribuer à les mettre en œuvre.
Annexe 1 – Composition de la commission
ad hoc
Président: M. George
Katrougalos, Grèce
Groupe des socialistes, démocrates et
verts (SOC)
- M. Gerardo GIOVAGNOLI,
Saint Marin
- Mme Bela BACH, Allemagne
- M. Paulo PISCO, Portugal
- Mme Sibel ARSLAN, Suisse
- M. Christian PETRY, Allemagne
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- M. Arin KARAPET, Suède
- Mme Catia POLIDORI, Italie
- M. Luís LEITE RAMOS, Portugal
- M. Francesco SCOMA, Italie
- M. Franck HEINRICH, Allemagne
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l’Europe (ADLE)
- M. Olivier FRANÇAIS,
Suisse
- M. Arminas LYDEKA, Lituanie
- Mme Alexandra LOUIS, France
- M. Georges-Louis BOUCHEZ, Belgique
Groupe des conservateurs européens et
Alliance démocratique (CE/AD)
- M. Arkadiusz MULARCZYK,
Pologne
- M. Alberto RIBOLLA, Italie
- M. Ulrich OEHME, Allemagne
Groupe pour la gauche unitaire européenne
(GUE)
- M. George KATROUGALOS,
Grèce
Co-rapporteurs AS/MON (ex officio)
Commission de Venise
- M. Richard BARRETT,
expert, Irlande
Secrétariat
- M. Bogdan TORCĂTORIU,
Administrateur, secrétaire de la commission ad hoc, Division de l’observation
des élections et de la coopération interparlementaire
- Mme Ivi-Triin ODRATS, Division
de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
- Mme Danièle GASTL, Assistante,
Division de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
- M. Gaël MARTIN-MICALLEF, Conseiller juridique, Commission
de Venise
Annexe 2 – Programme de la commission
ad hoc (18 au 21 juin 2021)
Vendredi 18 juin 2021
09:45-10:45 Réunion interne de la délégation de
l’APCE
10:00 Enregistrement des observateurs de l’AP de l’OSCE et
distribution des kits d’observation
11:15-11:30 Accueil et remarques introductives
- Mme Margareta
Cederfelt, coordinatrice spéciale et cheffe de la mission d’observation
à court terme de l’OSCE
- M. George Katrougalos, chef de la délégation d’observateurs
de l’APCE
- Mme Kari Henriksen, cheffe
de la délégation d’observateurs de l’AP de l’OSCE
11:30-13:00 Briefing de la MLOE du BIDDH:
- Accueil et vue d’ensemble des
travaux de la MLOE du BIDDH, M. Eoghan Murphy, chef de la mission
d’observation des élections du BIDDH
- Cadre juridique électoral, Mme Svetlana
Chetaikina, analyste juridique
- Administration électorale, Mme Caroline
Gonthier, analyste électorale
- Vue d’ensemble politique, enregistrement des candidats
et campagne, M. Martin Kunze, analyste politique
- Paysage médiatique et couverture des élections, M. Ivan
Godarsky, analyste des médias
- Questions de sécurité, M. Laszlo Belagyi, expert en sécurité
14:00-15:30 Contexte de la campagne électorale
- Armnews, directeur général,
M. Narek Nikoghosyan
- Azatutyun (RFE/RL), directeur du service arménien, M. Hrayr
Tamrazyan
- Conseil du radiodiffuseur public d'Arménie, président,
M. Ara Shirinyan
- Assemblée des citoyens d'Helsinki – Vanadzor, coordinatrice de la surveillance
et des rapports sur les institutions démocratiques, Mme Vardine
Grigoryan
- Centre d'études régionales, directeur,
M. Richard Giragosyan
- Transparency International, directrice
exécutive, Mme Sona Ayvazyan
- ONG "WomenNet", correspondante,
Mme Tamara Hovnatanyan
15:45-18:45 Représentants des partis politiques et des coalitions
15:45-16:15 Alliance arménienne (Fédération révolutionnaire
arménienne + Arménie renaissante), président, M. Robert Kocharyan
16:15-16:45 Congrès national arménien (ANC), M. Levon Zurabyan, vice-président
16:45-17:15 Parti de l'Arménie lumineuse (LHK), Secrétaire
de presse, M. Aren Petunts
17:15-17:45 Parti du contrat civil (QP), Président du Comité
permanent de l'intégration européenne du Parlement, M. Arman
Yeghoyan
17:45-18:15 With Honor Alliance (Parti républicain d'Arménie
+ Parti de la patrie), représentant
du QG de campagne, M. Davit Harutyunyan, directeur de campagne,
M. Armen Ashotyan
18:15-18:45 Parti de l'Arménie prospère (BHK), Secrétaire
du parti, M. Arman Abovyan
Samedi 19 juin 2021
09:00-10:30 Panel sur la législation électorale:
- Comité arménien d’Helsinki, président, M. Avetik Ishkhanyan
- Groupe de travail de l'Assemblée nationale sur la réforme
électorale, coordinateur, M. Hamazasp Danielyan
- Transparency International, consultant en systèmes électoraux,
M. Harout Manougian
- Union of Informed Citizens, coordinateur de programme,
M. Daniel Ioannisyan.
10:45-12:15 Panel sur l’administration électorale:
- Commission électorale centrale, président, M. Tigran Mukuchyan
- Service de surveillance et d'audit de la Commission électorale
centrale, spécialiste principal,
M. Tigran Babikyan
- Commission nationale de la télévision et de la radio, président, M. Tigran Hakobyan
12:15-13:15 Suite du briefing de la MLEO du BIDDH:
Procédures le jour des élections: M. Stefan
Krause, chef adjoint de la mission d’observation électorale du BIDDH,
Mme Caroline Gonthier, analyste électorale, Max Bader,
expert en statistiques
13:15-13:45 Briefing par les observateurs à long terme du
BIDDH déployés à Erevan
13:45-14:00 Remarques finales
14:00-15:00 Réunion avec les chauffeurs et interprètes pour
les observateurs de l’APCE
15:00-16:00 Test PCR covid pour les observateurs de l’APCE
à l’hôtel Marriott d’Erevan
Dimanche 20 juin 2021
08:00 Test PCR covid pour les observateurs de l’APCE
à l’hôtel Marriott d’Erevan
Toute la journée Jour des élections – observation dans les
bureaux de vote
Lundi 21 juin 2021
08:00-09:00 Debriefing de la commission ad hoc
de l’APCE
14:30 Conférence de presse
Toute la journée Départ des membres
Annexe 3 – Déclaration de la Mission internationale
d’observation des élections
Les élections législatives anticipées
en Arménie ont été concurrentielles et bien organisées, mais caractérisées
par de profonds clivages et entachées de propos hostiles, constatent
les observateurs internationaux
EREVAN, 21 juin 2021 – Les élections législatives arméniennes
anticipées ont été concurrentielles et bien gérées dans des délais
serrés. Elles se sont cependant caractérisées par de profonds clivages
et ont été marquées par les propos de plus en plus incendiaires
des principaux candidats ainsi que par la mise à l’écart des femmes
pendant toute la durée de la campagne, ont affirmé les observateurs
internationaux dans une déclaration publiée aujourd’hui.
La mission d’observation conjointe du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, de l’Assemblée
parlementaire de l’OSCE (AP OSCE) et de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe (APCE) conclut que le cadre juridique électoral
est complet de manière générale, mais que certaines lacunes subsistent.
Les observateurs ont noté que, si les modifications récentes du
système électoral ont été largement débattues et soutenues par la
majorité des partis politiques et des groupes de la société civile,
l’adoption des amendements si peu de temps avant les élections a
toutefois suscité une incertitude juridique et n’a laissé que peu
de marge pour appliquer les nouvelles règles ou informer les électeurs
des changements effectués.
«Malgré
le délai restreint pour la mise en œuvre des récents amendements
au Code électoral, l’administration des élections a été jugée positivement par
la majorité de nos observateurs», a déclaré Margareta Cederfelt,
coordinatrice spéciale et cheffe de la mission d’observation à court
terme de l’OSCE. «La plupart d’entre eux ont également évalué le
jour du scrutin favorablement, dépouillement des votes compris.»
Les questions de sécurité nationale ont dominé le discours
politique avant et pendant la campagne électorale, mais ce sont
des propos et des accusations de plus en plus hostiles qui ont orienté
les débats, ajoutant encore aux clivages et réduisant davantage
l’attention portée aux programmes et aux questions de fond.
Le jour du scrutin en lui-même s’est déroulé de manière pacifique
dans l’ensemble et l’évaluation des procédures de vote réalisée
par les observateurs dans les bureaux de vote visités a été très
largement positive. En revanche, l’accès des personnes handicapées
n’était pas possible dans de nombreux bureaux de vote et la circulation
des électeurs était souvent difficile. Il y a également eu des interférences
dans le processus de vote de la part de représentants de partis
ou d’alliances. Par contre, les observateurs ont constaté que le processus
de dépouillement des votes s’est bien passé et était hautement transparent.
George Katrougalos, chef
de la délégation de l’APCE, a estimé que l’élection restait bien
organisée malgré d’important clivages. «Il faut espérer que les
résultats seront acceptés par les partis de toutes les tendances
politiques, et que les propos agressifs tenus pendant la campagne
appartiendront au passé», a-t-il ajouté.
Pendant la courte période électorale, les candidats ont pu
faire campagne librement et les libertés fondamentales essentielles
pour des élections démocratiques ont, de manière générale, été respectées.
Les observateurs ont noté que dans certains cas, des employés des
secteurs public et privé ont subi des pressions pour prendre part
à des événements spécifiques dans le cadre de la campagne, tandis
que les allégations d’achat de voix et l’utilisation abusive de
ressources publiques ont continué tout au long de cette période. Même
si des candidates figuraient sur les listes des partis, les observateurs
ont constaté que leur visibilité était particulièrement faible au
cours de la campagne.
«Bien que
les changements électoraux introduits récemment aient permis une
plus grande représentation des femmes, les candidates sont restées
largement absentes du discours public pendant la campagne», a indiqué
Kari Henriksen, cheffe de la délégation de l’Assemblée parlementaire
de l’OSCE. «Il est important que les femmes bénéficient d’une égale
représentation, mais aussi qu’elles aient la possibilité de participer
activement à la vie publique et politique.»
La liberté d'expression est garantie par la Constitution.
Des cas de journalistes harcelés dans l’exercice de leurs fonctions
soulèvent toutefois des questions quant au respect de la liberté
des médias. Les observateurs ont noté que plusieurs médias se sont
visiblement efforcés de faire des reportages sur un large éventail
de candidats, en organisant des débats qui ont permis de garantir
que les électeurs disposaient d’informations suffisantes pour faire
un choix éclairé le jour du scrutin. Cependant, l’affiliation politique
de certains organismes de radiodiffusion privés suscite depuis longtemps
des inquiétudes.
«Tous les candidats
ont pu faire campagne librement tout au long du processus et il
est encourageant de constater que les autorités électorales remplissent
leur mandat avec professionnalisme», a déclaré Eoghan Murphy, chef
de la mission d’observation électorale du BIDDH. «En revanche, les
propos hostiles entendus pendant la campagne n’étaient en aucun
cas constructifs pour un débat public éclairé.»
La mission d’observation internationale des élections législatives
arméniennes a réuni au total 341 observateurs de 37 pays, dont 249 experts
et observateurs à long terme ou à court terme déployés par le BIDDH,
71 parlementaires et membres du personnel de l’Assemblée parlementaire
de l’OSCE et 21 de l’APCE.