Observation des élections législatives en Pologne (15 octobre 2023)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 15861
| 16 novembre 2023
1 Introduction
1. Le 8 août 2023, le Président
de la République de Pologne a convoqué les élections du Sejm et
du Sénat pour le dimanche 15 octobre 2023. Une semaine plus tard,
le Sejm a ordonné la tenue à la même date d'un référendum national
sur des questions revêtant une importance particulière pour l’État.
Le 24 août 2023, le Président du Sejm a invité l'Assemblée parlementaire
à observer les élections législatives.
2. Anticipant l'observation de ces élections régulières, le Bureau
de l'Assemblée, lors de sa réunion du 19 juin 2023, décidait d'observer
ce scrutin
Note, sous réserve de recevoir une invitation,
de constituer une commission ad hoc composée de 30 membres et des
deux corapporteurs de la Commission pour le respect des obligations
et engagements des Etats membres du Conseil de l'Europe (commission
de suivi) et de mener une mission préélectorale. Lors de sa réunion
du 23 juin, le Bureau approuvait la composition de la commission ad
hoc (révisée par le Bureau le 14 septembre, voir Annexe 1), et en
nommait Mme Mireille Clapot (France, ADLE)
présidente.
3. Conformément à l'accord de coopération signé par l'Assemblée
et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission
de Venise) le 4 octobre 2004, un représentant de la Commission de Venise
a été invité à se joindre à la commission ad hoc en qualité de conseiller
juridique.
4. Une délégation préélectorale s'est rendue à Varsovie les 26
et 27 septembre 2023 pour évaluer le climat préélectoral. Le programme
de la mission préélectorale figure à l'Annexe 2. La délégation a
constaté que la campagne électorale se déroulait dans un climat
particulièrement tendu et marqué par des antagonismes à l'approche
des élections législatives et qu’il y avait des inquiétudes générales
quant aux règles du jeu inégales, sapant la confiance du public
dans l'équité du processus électoral (voir déclaration à l'Annexe 3).
5. La commission ad hoc de l'Assemblée (délégation de l'APCE)
a travaillé du 13 au 16 octobre 2023 dans le cadre d'une mission
internationale d'observation des élections (MIOE) avec une délégation
de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE (AP OSCE) et la mission restreinte
d'observation des élections du Bureau des institutions démocratiques
et des droits de l'homme de l'Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe (MOE restreinte du BIDDH/OSCE). Le programme
des réunions de la délégation figure à l'Annexe 4.
6. La MIOE a conclu que les élections législatives en Pologne
ont été compétitives, mais marquées par l'utilisation abusive de
ressources publiques et par la partialité des médias publics. Les
élections se sont caractérisées par un taux record de participation;
il y avait un large choix d'options politiques et les candidats ont
pu faire campagne librement. La campagne a toutefois été ternie
par d’importants chevauchements entre les messages du parti au pouvoir
et les campagnes d’information du gouvernement. Associé à une couverture faussée
et ouvertement partisane du radiodiffuseur public, cet état de fait
a donné un net avantage au parti au pouvoir, mettant à mal la séparation
démocratique entre l’État et le parti. Le communiqué de presse conjoint figure
à l'Annexe 5.
2 Contexte politique
7. Depuis 2005, le paysage politique
polonais est marqué par la rivalité entre deux grands partis, Droit
et Justice (PiS) et la Plateforme civique. Ces deux partis ont régulièrement
remporté les élections législatives et formé des gouvernements,
soit de manière indépendante, soit en coalition. De 2005 à 2015,
les gouvernements ont alterné entre le PiS et la Plateforme civique,
puis une victoire écrasante aux élections de 2015 a permis au PiS,
avec ses partenaires de la «Droite Unifiée», de gouverner avec une
majorité.
8. La victoire d'Andrzej Duda à la présidentielle en 2015 a encore
renforcé la domination du PiS. Le Premier ministre Mateusz Morawiecki
dirige le pays depuis 2017. L'ascension du PiS peut être attribuée
à son engagement à soutenir les groupes sociaux exclus de la transformation
politique et économique des années 1990, en particulier dans les
zones rurales. Toutefois, cette époque a également été marquée par
une consolidation du pouvoir national, par une diminution de l'autonomie
des autorités locales, par des menaces contre l'indépendance du
pouvoir judiciaire, par une restriction des libertés démocratiques
et par une baisse de la transparence parlementaire.
9. Les relations de la Pologne avec l’Union européenne et le
Conseil de l’Europe se sont tendues en raison de préoccupations
concernant des violations de l'État de droit, ce qui a conduit à
l'activation de l’article 7 du Traité sur l’Union européenne à la
suite de réformes juridiques menées par le gouvernement qui ont
mis en péril l’indépendance du pouvoir judiciaire. La Commission
européenne a engagé plusieurs procédures d'infraction contre la
Pologne, questionnant son engagement à respecter le droit communautaire.
10. En 2019, le PiS a obtenu 43,59 % des voix aux élections législatives,
soit 235 sièges au Sejm. L'année suivante, Andrzej Duda a été réélu
président, battant de justesse Rafał Trzaskowski, candidat de la
Plateforme civique. Il est intéressant de noter que les élections
législatives de 2019 ont donné lieu à une répartition du pouvoir
inédite en Pologne, avec différents groupes politiques contrôlant
les deux chambres du parlement
Note. Cette
dynamique a créé des défis législatifs et a eu un impact sur l'élection
des principaux représentants de l'État.
11. La période postérieure à 2019 a été marquée par de nouvelles
réformes judiciaires, qui ont affecté l'indépendance des juges et
renforcé le contrôle du gouvernement sur les tribunaux. Ces réformes
ont provoqué de vives réactions au niveau international – des institutions
telles que la Cour européenne des droits de l'homme et la Cour de
justice de l’Union européenne (CJUE) remettant en cause la légitimité
de certains tribunaux polonais. En décembre 2019, le Sejm a adopté
une réforme judiciaire, connue sous le nom de «loi muselière», dont
l’objectif principal était d'empêcher les juges légitimes de Pologne
d’examiner les nominations judiciaires irrégulières effectuées par
l’organe inconstitutionnel qu’est le Conseil national de la magistrature réformé,
empêchant ainsi les juges polonais de refuser de statuer avec des
«juges» nommés de manière irrégulière ou de renverser leurs décisions.
La nomination de personnes par le Conseil national de la magistrature
réformé, notamment à la Chambre de contrôle extraordinaire et des
affaires publiques, dont l'une des tâches est la validation finale
des résultats des élections, a encore politisé le système judiciaire.
12. En 2020, la décision du Tribunal constitutionnel sur l'avortement
a déclenché des manifestations publiques massives qui ont mis en
lumière les inquiétudes concernant les brutalités policières et
nourri les divisions au sein de la société.
13. L'Assemblée parlementaire, préoccupée par l'état des institutions
démocratiques en Pologne, a ouvert une procédure de suivi en 2020.
La situation dans le pays ne s'est pas améliorée, comme en témoigne l’analyse
approfondie figurant dans une note d’information des corapporteurs
sur la Pologne suite à leur visite d’information à Varsovie
Note.
14. En juin 2023, le Sejm a adopté la «Loi sur la Commission d'État
chargée d'enquêter sur l'influence russe sur la sécurité intérieure
de la République de Pologne au cours de la période 2007-2022», également
connue sous le nom de loi anti-Tusk. Un avis urgent
Note de la Commission de Venise a vivement
critiqué la loi, notamment parce qu’elle manquait de garanties contre
les abus politiques et l’instrumentalisation visant à éliminer les opposants
politiques. En septembre, bien qu’elle ait été constituée, la Commission
d’État n'avait pas encore entamé ses travaux.
15. En 2019, des informations ont fait état d'activités de surveillance
en Pologne au moyen du programme Pegasus, qui se sont intensifiées
jusqu’en 2021. Le Sénat a réagi en instituant en 2022 une commission chargée
d'enquêter sur la surveillance illégale. Les conclusions de cette
dernière ont révélé que le programme Pegasus avait été utilisé contre
des personnes qui critiquaient ouvertement les politiques du PiS.
L’Assemblée, dans sa
Résolution
2513 (2023) «Le logiciel espion Pegasus et autres types de logiciels
similaires et la surveillance secrète opérée par l’État», a conclu
que «les élections législatives polonaises de 2019 n’ont pas été
équitables car Pegasus a été utilisé contre des opposants politiques
pendant la campagne électorale»
Note.
16. Avant les élections législatives du 15 octobre, trois autres
éléments litigieux ont eu une incidence sur le processus électoral:
- les élections locales ont été
reportées de l'automne 2023 au printemps 2024, prolongeant ainsi
le mandat des autorités locales;
- le Code électoral a été modifié moins de six mois avant
les élections (voir chapitre 3.2);
- un référendum devait avoir lieu en même temps que les
élections législatives (voir chapitre 3.3).
17. Les élections locales en Pologne étaient prévues à l'automne
2023. Cependant, une réforme gouvernementale de 2018 a fait passer
le mandat des autorités locales de 4 à 5 ans. Pour éviter toute concurrence
avec les élections législatives, le Sejm a prolongé le mandat des
autorités locales actuelles jusqu'au 30 avril 2024. Avec cet ajustement,
les élections locales prévues entre le 31 mars et le 23 avril 2024 pourraient
se chevaucher avec les élections au Parlement européen.
3 Système
électoral et cadre juridique
3.1 Cadre
juridique électoral
18. Les élections en Pologne sont
réglementées pour l’essentiel par les articles pertinents de la
Constitution de 1997 concernant les élections législatives, par
le Code électoral (de 2011, dont la dernière modification date de
mars 2023), par la loi sur les partis politiques (de 1997, dont
la dernière modification date de 2016) et par la loi sur le Conseil
national des médias (2016), que viennent compléter les règlements
de la Commission électorale nationale (CEN). La Pologne est partie
aux principaux instruments internationaux et régionaux relatifs
à la tenue d'élections démocratiques
Note.
19. Les 460 sièges du Sejm (chambre basse) sont pourvus dans 41 circonscriptions
plurinominales, selon un système de représentation proportionnelle
dans lequel les électeurs peuvent exprimer leur préférence pour l'un
des candidats de la liste. C'est pourquoi on parle de «système proportionnel
à liste ouverte», même si, techniquement, il ne s'agit pas d'une
liste entièrement ouverte. La petite taille (en termes de nombre
de sièges attribués) des circonscriptions atténue l’effet de proportionnalité
du système. En fait, la taille des circonscriptions combinée aux
seuils électoraux donne des résultats majoritaires, renforçant la
représentation des deux grands partis.
20. Pour participer à la répartition des sièges dans les circonscriptions,
une liste de parti ou de groupe de citoyens doit obtenir au moins
5 % de l’ensemble des suffrages valablement exprimés au niveau national, tandis
que les listes de coalition doivent obtenir au moins 8 % des voix.
Toutefois, les listes représentant des minorités nationales, comme
la minorité allemande, ne sont pas assujetties au seuil électoral.
21. Les élections au Sénat, composé de 100 sénateurs, se déroulent
selon le scrutin majoritaire à un tour dans un nombre égal de circonscriptions
uninominales. La plupart des partis d'opposition ont signé le «Pacte sénatorial»,
en vertu duquel ils sont convenus de présenter un candidat accepté
par tous dans chaque circonscription. Cette stratégie leur a permis
d'obtenir la majorité au Sénat aux élections de 2019, alors qu'ils sont
minoritaires au Sejm.
22. Les circonscriptions électorales sont créées dans les limites
des divisions administratives préexistantes. Les mandats au Sejm
sont répartis proportionnellement entre les circonscriptions en
fonction de la taille de la population. Malgré les obligations légales
et une proposition présentée par la CEN en 2022
Note,
le parlement n’a, pas modifé la répartition des sièges entre les
circonscriptions du Sejm depuis 2015, ni les limites des circonscriptions
du Sénat depuis 2011.
23. Le Code de bonne conduite en matière électorale de la Commission
de Venise parle de «géométrie électorale passive» lorsqu'une répartition
des sièges initialement correcte finit par créer des inégalités,
faute d’adaptation aux changements démographiques. Afin d'éviter
la géométrie électorale passive, le Code préconise une nouvelle
répartition des sièges au moins tous les dix ans, et de préférence
hors période électorale, de manière à limiter les risques de manipulations
politiques.
24. Dans le cas de la Pologne, bien que cet intervalle de 10 ans
n’ait pas été dépassé, l'absence de révision a clairement conduit
à ce que les circonscriptions des zones rurales, qui ont perdu des
habitants, sont désormais sur-représentées et que les circonscriptions
des zones urbaines, qui en ont gagné, sont sous-représentées. Il
y a là une atteinte, particulièrement grave, au principe d'égalité
des voix car cette inégalité politiquement biaisée favorise l'un
des concurrents, qui est traditionnellement majoritaire dans les
zones sur-représentées.
25. En outre, le système actuel d'affectation de l’ensemble des
électeurs établis à l’étranger aux circonscriptions existantes du
Sejm et du Sénat à Varsovie, sans augmentation du nombre de sièges,
pèse également sur l'égalité du vote
Note.
Dans l’actuel processus électoral, 606 265 électeurs étaient inscrits
pour voter dans 416 bureaux de vote à l'étranger. Tous ces votes
ont été intégrés dans la circonscription de Varsovie I, qui était
déjà sous-représentée en l'absence de révision, de sorte que l'effet
de sous-représentation a été démultiplié.
3.2 Modifications
récentes
26. Le Code de bonne conduite en
matière électorale précise que la stabilité du droit est un élément important
de la crédibilité du processus électoral. Selon la Commission de
Venise, les éléments fondamentaux du système électoral ne devraient
pas pouvoir être modifiés moins d’un an avant une élection
Note.
Le Tribunal constitutionnel polonais a statué en 2019 qu’aucune
modification importante du droit électoral ne devait être apportée
à moins de six mois d’un scrutin.
27. Le 26 janvier 2023, le Sejm a adopté une loi modifiant le
Code électoral et d’autres lois. Publié au Journal
officiel le 16 mars 2023, ce texte est, à quelques exceptions
près, entré en vigueur le 31 mars – pendant la période de silence
législatif ayant débuté le 14 février.
28. À cette occasion, des changements notables ont été introduits,
notamment:
- la mise en place
du registre central des électeurs, qui a centralisé la base de données
des électeurs, rationalisant ainsi le processus électoral;
- la réduction (de 500 à 200) du nombre minimum d'habitants
couverts par les limites d'un district électoral, sans réduction
du nombre maximum (4 000 habitants), ce qui a entraîné la création
de 3 664 nouveaux bureaux de vote dans le pays, le plus souvent
en zone rurale;
- la mise à disposition d'un transport gratuit, organisé
par la municipalité, depuis le lieu de résidence/séjour jusqu’au
bureau de vote, ou depuis un lieu convenu pour les personnes remplissant
certaines conditions de handicap ou les personnes âgées de plus
de 60 ansNote;
- l’extension du droit des mandataires et des observateurs
citoyens d'enregistrer les activités des bureaux de vote au moment
du scrutin, tout en exigeant que les enregistrements soient remis
aux autorités de l'État, qu'il s'agisse de la commission électorale
ou du ministère de la Digitalisation;
- l’instauration de l’obligation, avant que la commission
électorale locale (CEL) tranche la question de la validité d'un
bulletin de vote, de la validité d'un vote ou de l'expression d'un
suffrage en faveur d'une liste particulière ou d'un candidat particulier,
de présenter chaque bulletin de vote à tous les membres de la CEL
présents. Cette disposition, dont le but est d’accroître la transparence
des résultats du scrutin, a été critiquée au motif qu’elle prolonge
inconsidérément le processus de dépouillement.
29. Certaines modifications introduites dans le Code électoral
affectent la procédure et risquent de devenir très problématiques
pour le dépouillement et la transmission des résultats. Par exemple,
le libellé de l'article 230(2) du Code électoral contraint les CEL
établies à l'étranger et sur les navires maritimes polonais à communiquer
les résultats du vote à la circonscription de Varsovie I dans les
24 heures suivant la fin du scrutin. Si ce délai n'est pas respecté,
le vote dans la CEL concernée sera considéré comme nul; par conséquent,
les suffrages exprimés ne seront pas pris en compte dans l’élection.
30. Bien que les dispositions susmentionnées soient en vigueur
au moins depuis la promulgation du Code électoral et que la CEN
ait indiqué qu'il n'y avait jamais eu de cas où un vote dans une
circonscription à l’étranger avait été déclaré nul, la situation
était différente par rapport aux précédentes élections sur trois
points au moins: les élections du 15 octobre étaient combinées avec
un référendum national; une nouvelle disposition prévoyait la présentation
de chaque bulletin de vote à tous les membres de la commission,
ce qui augmentait le temps nécessaire au dépouillement, et la communauté
polonaise à l'étranger a manifesté un regain d'intérêt considérable
pour le scrutin
Note.
31. En réaction à plusieurs plaintes, le ministère des Affaires
étrangères a augmenté le nombre de PEC à l'étranger de 320 (en 2019)
à 416. Néanmoins, outre les délais excessivement rigides imposés
aux PEC à l'étranger, d'autres problèmes subsistent en ce qui concerne
le vote à l'étranger, comme l'annulation du vote par correspondance
pour les électeurs de l'étranger, le nombre excessif d'électeurs
inscrits dans certains de ces bureaux de vote et le rattachement
de tous les votes de l’étranger (608 000 électeurs inscrits) à une
seule circonscription électorale de Varsovie qui, selon plusieurs
organisations de la société civile, pourraient encourager ce qu'on
appelle le «tourisme électoral» le jour du scrutin.
3.3 Référendum
controversé
32. Les élections législatives
du 15 octobre se sont déroulées en même temps qu'un référendum national. Bien
que la délégation de l'Assemblée n'ait pas été invitée à observer
le référendum en tant que tel, il est impossible d'en ignorer l’impact
sur ces élections.
33. Le 17 août 2023, le Sejm a mis aux voix une proposition du
Conseil des ministres d’organiser un référendum national sur des
questions revêtant une importance particulière pour l’État et a
adopté une résolution à cet effet. Il a été décidé que les citoyens
répondraient à quatre questions:
«Êtes-vous
favorable à la vente d’actifs de l’État à des entités étrangères,
ce qui entraînerait la perte du contrôle des Polonais sur des secteurs
stratégiques de l’économie?»
«Êtes-vous favorable à un relèvement de l’âge de la retraite,
notamment au rétablissement de l’âge de départ à la retraite à 67
ans pour les hommes comme pour les femmes?»
«Êtes-vous favorable à la suppression de la barrière à
la frontière entre la République de Pologne et la République du
Bélarus?»
«Êtes-vous favorable à l’admission de milliers d’immigrants
illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique, conformément au mécanisme
de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne?»
34. De nombreux experts électoraux ont immédiatement critiqué
ce qu'ils considèrent comme une utilisation explicitement partisane
de l'un des mécanismes de consultation les plus importants dans
une démocratie. La délégation préélectorale de l'APCE s'est également
fait l'écho des préoccupations de divers interlocuteurs suggérant
que le référendum visait à mobiliser les électeurs favorables au
parti au pouvoir, à polariser le discours électoral sur des questions
qui ne sont pas de véritables enjeux de société et à contourner
les règles de financement applicables à la campagne électorale et
d’autres mesures restrictives appliquées aux élections législatives.
35. Pour que le référendum soit contraignant, il faut qu'au moins
la moitié des personnes ayant le droit de vote y participent. Lors
de la campagne référendaire, l'opposition a appelé à boycotter la
consultation en refusant activement de prendre le bulletin référendaire.
Cela faisait toutefois sérieusement craindre une violation du secret
du scrutin pour les personnes qui voulaient participer aux élections
mais pas au référendum. Un électeur souhaitant uniquement participer
au vote électoral et non au référendum se voyait contraint de révéler
indirectement ses préférences électorales à la commission électorale
dans le bureau de vote en refusant activement de prendre le bulletin
référendaire, ce refus étant ensuite enregistré dans le registre
des électeurs. Les membres de la délégation de l'APCE ont été informés
de quelques cas où des électeurs âgés, dans des villages, préféraient
ne pas aller voter de peur de faire l’objet d’une stigmatisation
sociale en refusant de prendre le bulletin référendaire.
4 Administration
électorale, listes électorales et enregistrement des candidats
36. Les élections législatives
et le référendum national ont été organisés par la CEN et son organe administratif,
le Bureau électoral national (BEN), avec ses 49 bureaux délégués,
ses 41 commissions électorales de circonscription (CEC) et ses 31 073 commissions
électorales locales (CEL). En outre, le ministère des Affaires étrangères
a établi 416 CEL dans les représentations diplomatiques de 91 pays.
37. La CEN est un organe permanent de décision et de supervision
qui est chargé de la conduite générale des élections et des référendums.
Le scrutin du 15 octobre constituait ses premières élections législatives depuis
sa restructuration. Elle est désormais composée de deux juges du
Tribunal constitutionnel et de la Haute cour administrative, ainsi
que de sept membres nommés par le Sejm et issus de différents partis politiques.
La sélection de ces membres, qui sont censés posséder les qualifications
attendues d’un juge, est basée sur la représentation des partis.
Auparavant, la CEN comptait neuf juges issus de différentes juridictions.
38. Le BEN, organe exécutif, est crucial pour les aspects administratifs
et logistiques des élections, alors que la mission de la CEN consiste
à exercer un contrôle, à veiller au respect des lois électorales,
à tenir à jour les listes électorales et à annoncer les résultats
définitifs des élections. Les décisions de la CEN sont prises à la
majorité des voix, avec au moins 2/3 des membres présents.
39. Les femmes sont sous-représentées aux échelons supérieurs
de l'administration électorale. La CEN ne compte actuellement aucune
femme parmi ses membres mais la présidente du BEN est une femme,
et 37 % des membres des CEC sont des femmes. Il n'existe aucune
exigence en matière de représentation des sexes au sein de l'administration
électorale.
40. Les CEC, instances temporaires mises en place 48 jours avant
les élections, veillent à la bonne application des règles électorales.
Elles sont également chargées d'enregistrer les listes de candidats
et de superviser les procédures le jour du scrutin. De récentes
modifications ont supprimé la règle qui voulait que les membres
des CEC soient des juges en exercice ou à la retraite et prévoient
désormais que les candidats à la fonction de membre de CEC doivent
être titulaires d’un «diplôme universitaire en droit» et présenter
«une garantie de bonne exécution de cette fonction». Ces changements
ont pour effet d’accroître potentiellement le nombre de candidats
et peuvent contribuer à ce que des personnes moins expérimentées
soient nommées.
41. Les CEL, constituées au moins 21 jours avant une élection,
jouent un rôle crucial dans le processus de vote effectif. Elles
sont composées de 9 à 13 membres nommés par les comités électoraux,
le président étant désigné par la CEL concernée parmi ses membres.
La formation des membres des CEL est basée sur un programme normalisé;
elle est dispensée par le personnel électoral et par d'autres représentants
du BEN et de l'administration locale.
42. Les citoyens de plus de 18 ans ont le droit de vote. L'inscription
des électeurs est passive et centralisée. Les modifications de 2023
ont fourni une base juridique pour mettre en place un registre central
des électeurs, afin de remplacer les 2 477 registres précédemment
tenus par les communes. Ces dernières sont désormais chargées de
recueillir les informations sur les résidents, tandis que le ministère
de la Transformation numérique tient le registre des électeurs.
L'exactitude et la tenue des listes électorales inspirent globalement confiance,
mais l’introduction de modifications de grande ampleur à l’approche
des élections a pu avoir des répercussions négatives sur le processus
d’inscription et d’identification des électeurs. Les citoyens peuvent vérifier
leur inscription sur les listes et demander à voter dans un lieu
de résidence temporaire.
43. Par défaut, les électeurs ont été affectés dans le registre
central des électeurs à une CEL spécifique en fonction de leur adresse
officielle enregistrée, quelle que soit leur adresse de vote. Des
changements ponctuels pouvaient être effectués jusqu'à trois jours
avant le scrutin. Plus de 900 000 électeurs ont ainsi demandé à
voter dans un lieu de résidence temporaire et 450 540 ont obtenu
un certificat d’absence leur permettant de voter dans n'importe
quel bureau de vote en Pologne. Le jour du scrutin, ce système a
permis un «tourisme électoral»: les partis d'opposition ont ouvertement
encouragé leurs partisans à aller voter dans les zones rurales où
le parti au pouvoir avait une position traditionnellement forte.
44. En vertu de la Constitution, les personnes privées de leur
capacité juridique, notamment en raison d’un handicap mental ou
psychosocial, perdent automatiquement le droit de vote et, par conséquent,
le droit d’être élues. En outre, la loi sur les associations interdit
aux personnes frappées d'incapacité juridique de constituer des
associations publiques ou d'organiser des réunions publiques. La
privation du droit de vote et les autres restrictions aux libertés
de réunion et d'association sont contraires aux normes internationales.
45. L’information du public sur les élections a été largement
diffusée. La CEN et le BEN ont utilisé les médias traditionnels
et les plateformes de réseaux sociaux pour faire en sorte que les
citoyens soient informés. Des dispositions ont été prises pour répondre
aux différents besoins, tels que l'interprétation en langue des
signes et les textes en gros caractères pour les déficients visuels.
46. Les électeurs expatriés votent en personne dans les consulats
et les ambassades et doivent s'inscrire à chaque élection. Ils peuvent
s’inscrire en personne, par courrier électronique ou en utilisant
un portail en ligne, et le ministère des Affaires étrangères est
chargé de la mise en place de bureaux de vote à l’étranger. Les
votes exprimés à l'étranger sont attribués au premier district électoral
de la commune de Varsovie. Compte tenu des clarifications récemment
apportées aux procédures de dépouillement et de leur effet sur un
certain nombre de très grands bureaux de vote situés à l’étranger,
les dispositions juridiques invalidant l’ensemble du vote dans une
circonscription à l’étranger dont les résultats n’ont pas été reçus
par la CEC concernée dans les 24 heures suivant la clôture du scrutin
ont suscité quelques inquiétudes. En outre, à l’occasion des élections du
15 octobre, les bureaux de vote à l'étranger devaient également
compter les bulletins référendaires, ce qui risquait d’affecter
leur capacité à terminer le dépouillement dans les 24 heures imparties.
47. Le décompte des voix est exhaustif. Les CEC vérifient les
décomptes des CEL, qui sont ensuite envoyés à la CEN pour validation
finale. Celle-ci répartit les sièges entre les listes de candidats
éligibles selon la méthode D'Hondt et attribue les mandats aux membres
de chaque liste en tenant compte du nombre de votes de préférence.
Après avoir vérifié l'équité du processus électoral, elle annonce
les résultats des élections, qui sont publiés au Journal officiel
de la République de Pologne.
48. Les critères d'éligibilité et les règles applicables aux candidats
sont explicites. Les listes de candidats sont soumises à la CEC
compétente au moins 40 jours avant le scrutin; il faut avoir recueilli
5 000 signatures de soutien pour les listes de candidats au Sejm
et 2 000 signatures pour chaque candidat au Sénat. Les comités électoraux
qui présentent des listes de candidats au Sejm dans plus de la moitié
des circonscriptions sont automatiquement enregistrés à l’échelle
nationale, sans qu’il soit nécessaire d’obtenir des signatures de soutien
dans les autres circonscriptions. La loi ne prévoit pas de normes
ni de procédures spécifiques pour la vérification des signatures,
les signatures devant toutefois provenir d’électeurs de la circonscription,
selon le registre.
49. Les citoyens ayant le droit de vote et âgés d'au moins 21
ou 30 ans ont le droit d'être candidats au Sejm et au Sénat respectivement.
La Constitution interdit aux personnes reconnues coupables d'un
crime intentionnel poursuivies proprio
motu, ainsi que celles qui ont été frappées d'incapacité
par une décision de justice, notamment en raison d'un handicap mental
ou psychosocial, de se présenter aux élections.
50. Le Code électoral prévoit au moins 35 % de femmes et d’hommes
sur chaque liste de candidats, mais n’exige pas de classement spécifique
en fonction du sexe sur les listes. Le système de vote permet aux électeurs
d'indiquer sur la liste leur préférence pour un candidat donné.
Certains partis ont indiqué avoir des exigences internes concernant
l’ordre des candidats afin d'augmenter leur représentation.
51. Au total, 44 % des candidats au Sejm étaient des femmes, et
des femmes menaient 83 des 320 listes. La part de candidates occupant
le premier cinquième des places sur les listes de candidats allait
de 52 % à 11 %. Seuls 19 % des candidats au Sénat étaient des femmes.
52. Le processus d'enregistrement des candidats était ouvert et
inclusif. Les candidats ne peuvent être désignés que par les comités
électoraux formés par les partis politiques, les coalitions ou les
groupes de plus de 15 électeurs, ces derniers devant présenter au
moins 1 000 signatures de soutien. À la date limite du 28 août,
85 comités électoraux étaient enregistrés auprès de la CEN. Ils
pouvaient alors proposer des candidats ou des listes de candidats
aux CEC concernées, après avoir obtenu le nombre requis de signatures de
soutien. Dans le cadre d'un processus inclusif, les CEC ont enregistré
6 655 candidats sur 320 listes pour le Sejm, présentées par 13 comités
électoraux, et 359 candidats pour le Sénat, émanant de 49 comités.
Au total, 56 listes pour le Sejm et 27 candidats au Sénat ont été
rejetés, ce qui a été imputé à une vérification plus approfondie
des données des sympathisants.
53. La plupart des organisations de la société civile ont évalué
positivement le travail de la CEN et du BEN, qui se sont acquittés
des obligations que leur imposait le calendrier électoral. La CEN
a publié les lignes directrices nécessaires dans les délais légaux,
et les commissions de bureau de vote ont été formées à temps et
en respectant les règles relatives à leur composition.
5 Campagne
électorale et financement de la campagne
5.1 Campagne
électorale
54. La campagne officielle a débuté
le 8 août 2023. La loi prévoit que la campagne officielle commence
dès l’annonce des élections et que les candidats peuvent faire campagne
dès qu’ils sont enregistrés. Une période de silence, pendant laquelle
il est interdit notamment de publier des sondages d’opinion, entre
en vigueur 24 heures avant le scrutin. La réglementation de l’utilisation
de l’espace public par les candidats pendant la campagne relève
de la compétence des communes.
55. Le Code électoral ne réglemente pas expressément les activités
de campagne menées par les agents publics – alors qu’il s’agit d’une
recommandation formulée de longue date par le BIDDH. Cependant,
ces agents sont tenus de rester impartiaux dans l'exercice de leurs
fonctions officielles et de séparer strictement les actes officiels
des activités de campagne. La période avant les élections a été
marquée par une campagne préélectorale intense, durant laquelle
certains événements financés par des fonds publics ont incontestablement
relayé des messages de campagne du parti sortant. Si la campagne
a été pluraliste, les règles du jeu étaient extrêmement inégales,
dans la mesure où le parti sortant a bénéficié à bien des égards de
l'utilisation des ressources de l'État.
56. La loi sur le référendum prévoit que la campagne est menée
par des citoyens, des partis politiques, des associations, des fondations
et d'autres organismes. La CEN a publié des lignes directrices pour
indiquer que les participants aux deux campagnes devaient séparer
strictement ces activités. Le gouvernement a été autorisé à faire
campagne pour le référendum et n'était pas soumis à une obligation
de neutralité lors de cette campagne référendaire. Plusieurs interlocuteurs
de l'APCE ont laissé entendre que le référendum visait à mobiliser
les électeurs favorables au parti au pouvoir. Le fait que le référendum
ait eu lieu en même temps que la campagne électorale a entraîné
un chevauchement des messages entre les deux campagnes.
57. Un certain nombre de fondations d'État se sont enregistrées
afin de faire campagne pour le référendum, en utilisant du temps
d'antenne gratuit à la télévision et à la radio publiques, et la
campagne référendaire d'une entreprise publique du secteur de l'énergie
a renforcé les messages du parti au pouvoir, comme l'ont fait certains
agents publics. Pour citer quelques exemples particulièrement frappants,
les fondations de grandes banques publiques, des entreprises du
secteur de l’énergie, la société des chemins de fer, la principale compagnie
d'assurance publique et le groupe agroalimentaire soutenu par le
ministère de l'Agriculture étaient enregistrés et ont pris part
à la campagne. Certains candidats auraient utilisé la campagne référendaire
pour assurer leur propre promotion.
58. Les libertés fondamentales ont été généralement respectées
pendant la période de campagne. Tous les candidats ont fait activement
campagne dans tout le pays, en se concentrant sur des activités
et événements locaux à petite échelle. En outre, la Coalition civique
(KO) a organisé un rassemblement à Varsovie qui a attiré des centaines
de milliers de personnes, et le PiS a tenu de grands congrès dans
tout le pays.
59. La campagne s’est déroulée dans un environnement extrêmement
polarisé, très conflictuel et souvent négatif. Les candidats ont
souvent tenu des propos incendiaires et discriminatoires. Malgré
cela, la période de campagne a été largement pacifique, avec seulement
quelques menaces et incidents isolés. Les meetings de campagne étaient
centrés sur les questions d'économie, de sécurité nationale, de
migration, ainsi que sur l'état de la démocratie, les relations
avec l'Union européenne et l'Ukraine, et les libertés individuelles.
60. Le parti au pouvoir a axé sa campagne sur ses réalisations
et sur ses récentes promesses de prestations sociales, mais aussi
sur des messages de souveraineté et sécurité nationales, qui ont
souvent recoupé les questions soumises au référendum. Le PiS et
Confédération ont tenu des discours anti-migrants, dont certains
étaient très négatifs et parfois xénophobes et misogynes. Les attaques
verbales personnelles contre les dirigeants des principaux partis
ont été nombreuses.
61. La critique de la politique étrangère du gouvernement, sa
gestion de la covid-19 et les controverses sur la corruption présumée,
notamment en matière de délivrance de visas par le ministère des
Affaires étrangères, ont été des thèmes importants dans la campagne
menée par les groupes d'opposition. Dans sa campagne, KO a aussi
promis de revenir sur les changements apportés au système judiciaire
et d'améliorer les relations avec l'Union européenne, de mettre
en œuvre des réformes de la santé et de l'éducation, et de garantir
les droits des femmes y compris un droit à l'avortement jusqu'à
12 semaines de grossesse.
62. Les principaux messages de Confédération tournaient autour
de l’idée de limiter le système social du pays et de restreindre
l'aide à l'Ukraine et aux réfugiés, tandis que Troisième Voie se
concentrait sur le rétablissement de l'unité nationale et la rupture
du double spectre politique PiS-KO, et la Nouvelle Gauche sur les
questions sociales et les droits des femmes. Certains membres du
clergé catholique romain ont fait campagne pour le parti au pouvoir,
ce qui, tout en étant légal, a été considéré par beaucoup comme
un avantage indéniable.
63. Les candidats du parti au pouvoir auraient participé à des
événements financés par des fonds publics, à des inaugurations et
à des cérémonies d'ouverture dans leurs propres circonscriptions,
en violation des normes internationales et des engagements de l'OSCE.
Plusieurs représentants du gouvernement, y compris des ministres,
ont fait campagne lors de ces événements. Certaines autorités locales
ont fait écho aux messages de KO. La campagne du parti au pouvoir
transparaissait dans les messages d'information diffusés par le
gouvernement et dans les campagnes de publicité et d'information
menées par des entreprises sous contrôle de l'État.
64. Tous les partis ont mené de vastes campagnes sur les réseaux
sociaux et eu recours à la publicité en ligne. La MOE restreinte
du BIDDH, qui a suivi les activités de campagne de 40 comptes appartenant
à des partis ou coalitions politiques et à des responsables et acteurs
politiques de premier plan sur X et Facebook, a indiqué que la plupart
des responsables politiques s'appuyaient sur X, mais que la promotion
d'événements passait également beaucoup par Facebook. Les partis
politiques et leurs dirigeants, à l'exception notable de Jarosław
Kaczyński, ont été actifs sur ces plateformes, où ils ont diffusé
des messages vidéo et des conférences vidéo en direct, partagé des
contenus issus des événements de campagne, relayé des développements
politiques et évoqué des promesses de campagne. Dans l'ensemble,
le ton des messages était souvent négatif, avec des accusations
mutuelles, à l'image de la campagne hors ligne.
5.2 Financement
de la campagne
65. Le Code électoral
Note et la loi sur les
partis politiques servent de cadre juridique à la réglementation
du financement politique et du financement des campagnes, définissant
le financement public et fixant les sources autorisées de financement
privé. Un financement public annuel est accordé aux partis qui ont
obtenu plus de 3 % des voix lors des précédentes élections au Sejm,
et aux coalitions qui ont obtenu plus de 6 % des voix. En outre,
une subvention unique de l’État est accordée aux partis politiques,
aux coalitions ou aux comités électoraux créés par des groupes d’électeurs
qui obtiennent au moins un siège au Sejm, au Sénat ou au Parlement
européen.
66. La législation a évolué afin que les partis dépendent moins
de sources de financement privées et comptent davantage sur des
subventions publiques. Ce système a favorisé une péréquation conséquente
des ressources dont dispose chaque parti, établissant un lien direct
entre les subventions et les résultats électoraux. La question du
financement politique est toutefois au centre du débat politique
ces dernières années. Lors d’un référendum en 2015, il a été demandé
aux électeurs si le système de financement public devait être maintenu.
67. Les règles de financement des campagnes autorisent les sources
de financement privées et limitent les dons et les dépenses. Les
dons privés sont autorisés s’ils sont effectués par des citoyens
qui résident en permanence dans le pays. Les dons anonymes et les
contributions de sources étrangères et de personnes morales sont
interdits. Les dépenses de campagne de chaque comité électoral sont
plafonnées en fonction du nombre de candidats enregistrés (pour
le Sejm) ou de circonscriptions électorales disputées (pour le Sénat). Les
comités électoraux ne peuvent pas consacrer plus de 80 % du plafond
des dépenses à la publicité électorale.
68. Les campagnes menées par des tiers sont interdites par la
loi, mais aucune sanction n’est prévue. Certaines formes de contributions
en nature aux comités électoraux sont autorisées, ce qui inquiétait
de nombreux interlocuteurs de la MIOE, dont l’administration électorale.
En mars 2023, la CEN a diffusé une note explicative sur les activités
des tiers faisant campagne au nom de partis politiques sur internet,
soulignant que ces activités obéissent aux mêmes règles que la prestation
de services aux partis politiques par des entités commerciales.
69. Le contrôle est effectué par la CEN sur la base d’audits post-électoraux
des rapports financiers des candidats portant sur les recettes et
les dépenses de campagne. Conformément aux modifications apportées au
Code électoral en 2023, les comités sont tenus de soumettre ces
rapports par voie électronique avec un audit externe dans les trois
mois suivant les élections. Aucun rapport sur le financement de
la campagne n’est requis avant les élections. Toute infraction à
la réglementation sur le financement des campagnes électorales entraîne
une diminution des subventions de l’État, et les partis dont les
rapports financiers annuels sont rejetés sont privés de financement
public pendant trois ans, quelle que soit la gravité de l’infraction.
Bien que la réglementation relative au financement des campagnes
soit stricte, le système de contrôle actuel ne prévoit pas de mécanisme
permettant de surveiller d’éventuelles violations pendant la campagne
ni d’enquêter à leur sujet.
70. La tenue simultanée d’un référendum et d’élections législatives
a donné au parti au pouvoir la possibilité de contourner les règles
de financement des campagnes en utilisant les dépenses liées au
référendum pour promouvoir ses principaux thèmes électoraux. En
outre, les fondations ayant des liens avec des entreprises publiques,
qui ont fait des dons importants au PiS, ont pu participer à la
campagne référendaire. Les plafonds de dépenses de campagne prévus
par le Code électoral ne s’appliquent qu’aux élections, et non aux référendums;
les dépenses, les dons et les contributions ne sont pas plafonnés
et toute personne peut faire un don pour une campagne référendaire.
6 Paysage
médiatique
71. La liberté d'expression et
le droit de recevoir des informations sont consacrés par la Constitution,
mais certaines dispositions juridiques en vigueur en limitent le
plein exercice. En effet, contrairement aux recommandations émises
par des organismes internationaux, certains actes, tels que la diffamation,
restent considérés comme des infractions pénales et sont souvent
invoqués comme motifs dans les actions stratégiques contre la participation
aux affaires publiques (SLAPP) visant les médias et les militants. L'attribution
sélective de créneaux publicitaires par le gouvernement et les entités
gérées par l'État tend à favoriser les médias ayant des politiques
éditoriales qui leur sont favorables, ce qui nuit à l'indépendance
des médias.
72. Le paysage médiatique du pays est à la fois diversifié et
pluraliste, mais il est fortement divisé le long des lignes politiques.
Bien que les plateformes de médias en ligne et les réseaux sociaux
gagnent du terrain, la télévision reste la principale source d'informations
politiques. La chaîne la plus regardée est la chaîne publique Telewizja
Polska (TVP), suivie par des chaînes privées telles que TVN et Polsat.
En 2022, il a été décidé que TVP serait la seule chaîne autorisée
à continuer d’émettre dans un ancien format numérique, ce qui a
ainsi limité l'accès de nombreux ménages à d'autres médias. Le registre
du Conseil national de la radiodiffusion (CNR) répertorie plus de
200 chaînes de télévision et stations de radio privées.
73. Si la diffusion physique de la presse écrite a diminué, les
journaux régionaux restent la principale source d'information au
niveau local. En 2021, PKN Orlen, une société pétrolière contrôlée
par l'État, a acquis le géant des médias Polska Press. Ce rachat,
qui s'est accompagné d'un remaniement à la tête des rédactions du groupe,
a été largement perçu comme une tentative du parti au pouvoir de
renforcer son influence sur les médias régionaux. Les difficultés
rencontrées par la suite par les partis d'opposition pour diffuser
des messages dans les publications de Polska Press ont encore renforcé
ces inquiétudes. La même année, une loi controversée visant à limiter
la participation étrangère dans les médias a été vivement critiquée
et a finalement été rejetée, non sans avoir posé des problèmes de
renouvellement de licence à des chaînes telles que TVN24.
74. Le CNR est l'organe constitutionnel chargé de protéger la
liberté d'expression et l'intérêt public. Il est composé de cinq
membres, nommés pour un mandat de six ans (deux sont nommés par
le Sejm, deux par le Président et un par le Sénat). Les membres
actuels du CNR ont tous été désignés en octobre 2022.
75. Un autre organe a été créé parallèlement au CNR. Il s’agit
du Conseil national des médias (CNM), qui se compose de cinq membres
nommés pour six ans (trois par le parlement et deux nommés par le
président parmi les représentants des membres des partis d'opposition).
Le CNM nomme et remplace les dirigeants de la télévision et de la
radio publiques aux niveaux national et local. De nombreux interlocuteurs
de la MIOE considèrent que cet organe, grâce aux pouvoirs qui lui
ont été conférés, est un moyen d’exercer une influence politique
sur les radiodiffuseurs de service public. Nombre d'entre eux ont
signalé qu'à l'approche des élections, le CNR avait commencé à exercer
un contrôle sur les équipes de direction des médias de service public.
76. Les comités de campagne qui se disputent au moins la moitié
des sièges disponibles au Sejm ont droit à un total de 15 heures
d’antenne gratuites à la télévision publique nationale et de 30
heures à la radio publique nationale, et les candidats au Sénat,
à un temps d’antenne gratuit de 5 heures à la télévision et de 10
heures à la radio. Les candidats au Sejm et au Sénat ont également
droit, en vertu de la loi, à du temps d’antenne gratuit sur les
médias de service public régionaux. Les médias privés sont tenus
d’offrir à tous les candidats les mêmes conditions d’achat de temps
d’antenne pour de la publicité politique payante. Les radiodiffuseurs doivent
rendre compte au CNR de la répartition du temps d’antenne entre
les candidats.
77. Le CNR n’a pas fait preuve de proactivité dans son suivi du
paysage médiatique: il a essentiellement traité les plaintes reçues,
et les mesures qu’il a prises ont été jugées insuffisantes pour
lutter contre la partialité évidente des médias. Le CNR s’est réuni
à quatre reprises pendant la période de campagne, à huis clos, pour discuter
de l'attribution des fréquences et des questions liées aux licences.
Malgré son mandat, il n'a guère réagi à la partialité et aux préjugés
évidents dans les émissions de la télévision publique. Au total,
il a examiné 44 plaintes, dont 40 concernaient le radiodiffuseur
public. Dans l'ensemble, le CNR n'a pas remédié au caractère manifestement
partiel et partial de la couverture assurée par la télévision publique,
malgré son obligation constitutionnelle de protéger l'intérêt public
dans les médias. De nombreux interlocuteurs de la MIOE ont indiqué
que ce parti pris n'affectait pas seulement les élections, mais
qu'il faussait le jeu politique en général.
7 Plaintes
et recours
78. Le cadre juridique offre aux
électeurs et aux candidats aux élections des voies de recours judiciaires
et administratives. Cependant, certaines décisions de la CEN ne
peuvent être contestées que par les candidats. Les recours contre
le refus de la CEN d'enregistrer les comités électoraux sont portés
devant la Cour suprême, tandis que les candidats dont l'enregistrement
est refusé par la CEC peuvent faire appel devant la CEN, puis devant
la Cour suprême. Des questions telles que la répartition du temps
d’antenne public gratuit et le financement des campagnes électorales
sont supervisées par la CEN. Les litiges relatifs à la diffusion
de fausses informations sont traités par les tribunaux de district,
tandis que les contestations des résultats des élections doivent
être adressées à la Chambre du contrôle extraordinaire et des affaires
publiques de la Cour suprême dans un délai de 7 jours.
79. La CEN a dû traiter 42 recours contre la décision de la CEC
de refuser l'enregistrement de candidats. L'une des principales
raisons de ces refus était que les candidats ne satisfaisaient pas
aux exigences en matière de signatures. Parmi ces recours, un seul
a été retenu, 19 n'ont pas été examinés pour des raisons de procédure
et 22 ont été purement et simplement rejetés.
80. La Cour suprême a traité plus de 60 affaires liées aux élections.
Un grand nombre d'entre elles concernaient des recours contre les
décisions de la CEN relatives à l'enregistrement des candidats,
certaines remettant également en cause les processus décisionnels
de la CEN et de la CEC. Dans ses décisions sur plusieurs questions
fondamentales, la Cour suprême a confirmé, annulé ou révisé diverses
décisions de la CEN. Le 6 octobre 2023, elle a rejeté un recours
qui contestait les aspects procéduraux du traitement simultané des
bulletins de vote pour les élections et pour le référendum, notamment
par rapport au caractère secret du scrutin pour les électeurs qui
choisissaient de ne pas participer au référendum.
81. Il est important de souligner que la procédure judiciaire
a été véritablement transparente et efficace car la CEN et la Cour
suprême ont toutes deux rendu des décisions motivées et en temps
opportun, qui ont été rapidement publiées sur leurs sites web, améliorant
ainsi la transparence. Toutefois, malgré ces efforts, des inquiétudes
subsistent quant à l'indépendance et à l'impartialité du pouvoir
judiciaire, en particulier à la suite des réformes récentes. Des
voix se sont également élevées contre les décisions de la Cour suprême,
perçues comme politisées, en particulier à l'approche des élections.
82. Les décisions des commissions électorales peuvent être contestées
auprès de chaque commission de niveau supérieur, jusqu’à la CEN.
La décision de la CEN de radier un électeur de la liste électorale
peut faire l’objet d’un recours devant le tribunal régional, dont
les décisions sont définitives. La décision de rejeter des listes
de candidats peut faire l’objet d’un recours devant la CEN dans
un premier temps, puis devant la Cour suprême. Les modifications
apportées au Code électoral en 2023 ont réduit de trois à deux jours
le délai imparti à la Cour suprême pour statuer sur les recours
concernant le rejet d’un comité électoral, ce qui risque de nuire à
l’efficacité de ce recours judiciaire. Les comités électoraux peuvent
saisir la CEN au sujet de la répartition du temps d’antenne public
gratuit. Certaines infractions en matière électorale, telles que
l’ingérence, la violation de la liberté de vote et la corruption
électorale, qui sont toutes passibles d’une peine d’emprisonnement,
sont détaillées dans le Code pénal.
83. Les plaintes relatives à la validité des élections peuvent
être portées devant la Cour suprême par tout électeur inscrit, par
le président d’une commission électorale ou par un représentant
de comité électoral, dans un délai de sept jours à compter de l’annonce
des résultats. La Cour se prononce sur la violation du Code et détermine
si celle-ci a pesé sur le résultat des élections. La Chambre du
contrôle extraordinaire et des affaires publiques est chargée de
valider les élections dans les 90 jours suivant le scrutin.
84. Bien que les parties prenantes n’aient pas soulevé de préoccupations
particulières concernant les procédures de règlement des litiges
électoraux avant les élections de 2023, une inquiétude générale
persiste quant à l’indépendance de la Chambre de la Cour suprême
chargée de valider les résultats des élections. De fait, même la
Cour européenne des droits de l’homme, dans l’affaire
Dolińska-Ficek et Ozimek c. PologneNote, a déclaré expressément
que cette Chambre suprême «n’[était] pas un tribunal établi par
la loi» au sens de la Convention européenne.
8 Observateurs
citoyens et internationaux
85. Le Code électoral prévoit la
présence d’observateurs locaux et internationaux et autorise les
comités électoraux à nommer des représentants dans toutes les commissions
électorales, y compris dans les bureaux de vote le jour du scrutin.
Les mandataires des candidats peuvent faire office d’observateurs
dans les bureaux de vote et suivre les activités des commissions
électorales auxquelles ils sont rattachés.
86. Les amendements de 2023 prévoient que les mandataires des
candidats reçoivent une indemnité lorsqu’ils observent les procédures
électorales, ce qui risque de compromettre leur indépendance en
créant une relation transactionnelle entre eux et les CEL qu’ils
observent.
87. Les observateurs citoyens n'ont pas besoin d'accréditation
formelle mais doivent être en possession d’un certificat de l’organe
qui les a nommés. En août, la CEN a indiqué dans ses lignes directrices
que les observateurs publics n'étaient pas autorisés à participer
au référendum, qu'elle limitait le champ d'activité des observateurs
citoyens au seul jour du scrutin et qu'elle leur interdisait de
commenter ou de suivre le transport des procès-verbaux vers les
CEL. Bien que la Cour suprême ait annulé cette règle, la CEN l’a
laissée en ligne, ce qui a engendré une certaine confusion. La dernière
révision des lignes directrices n'a eu lieu que le 12 octobre 2023,
soit trois jours avant le scrutin, ce qui a suscité des hésitations
dans les bureaux de vote.
88. La délégation de l'APCE estime que le fait de devoir défendre
les droits des observateurs au niveau de la Cour suprême ne favorise
pas la coopération entre les observateurs et les organes chargés
de la gestion des élections.
89. De récents amendements autorisent les mandataires et les observateurs
citoyens à enregistrer le processus de vote dans les bureaux de
vote, mais ces enregistrements doivent être transmis aux CEL ou versés
dans une base de données du ministère de la Numérisation. Cela risque
de compromettre le secret du scrutin, d’avoir un effet intimidant
sur les observateurs et de limiter la collecte et la conservation
d’éléments de preuve importants qui pourraient être utilisés devant
la justice.
90. Même si les observateurs internationaux sont accrédités par
la CEN, des retards et un manque de transparence ont entravé leur
travail. La délégation de l'APCE déplore et juge inacceptable le
fait que la veille des élections, pas moins de 6 membres de la MIOE
et 120 observateurs d'organisations internationales non gouvernementales
n'avaient toujours pas reçu leur accréditation. De plus, aucune
explication n'a été donnée sur les raisons pour lesquelles, trois
jours avant les élections, 29 accréditations d’observateurs de la
MIOE ont été retirées dans un premier temps; ensuite, six d’entre
elles sont restées bloquées, avant d’être finalement accordées aux
intéressés, sous la pression internationale. Il n’était encore jamais
arrivé que des observateurs apprennent leur non-accréditation après
leur arrivée dans le pays.
91. Dans l’ensemble, les élections et le référendum ont suscité
un grand intérêt, non seulement de la part des observateurs, mais
aussi des électeurs. Le jour du scrutin, les observateurs ont pu
observer le processus en toute liberté, la plupart des bureaux de
vote fournissant les informations nécessaires. Les hésitations concernant
les droits des observateurs citoyens étaient principalement dues
au fait que les membres du comité n'avaient pas connaissance des
modifications apportées aux lignes directrices.
9 Le
jour du scrutin
92. Le jour du scrutin, la participation
a atteint 74,4 %, soit le taux le plus élevé depuis 1989, ce qui
témoigne d'un engagement exceptionnel de la part des électeurs.
Le processus lui-même s'est déroulé dans le calme, sans incident
notable.
93. La délégation de l'APCE, divisée en 14 équipes, a observé
les procédures mises en œuvre le jour du scrutin dans 144 bureaux
de vote à Varsovie et ses environs (11 équipes), Gdansk (2 équipes)
et Cracovie (1 équipe), ainsi que la clôture du vote et le décompte
des voix dans 11 bureaux de vote à Varsovie. Le BIDDH/OSCE n'ayant
pas envoyé d'observateurs à court terme, aucune statistique générale
n'a été fournie sur les observations de la MIOE. Presque toutes
les observations de l'APCE ont été positives sur les différentes étapes
des procédures mises en œuvre le jour du scrutin.
94. Les équipes de l’APCE ont observé les procédures d’ouverture
dans 14 bureaux de vote, qui ont toutes été jugées très bonnes ou
bonnes. Le matériel électoral était disponible et le scrutin a commencé
à l’heure. Cependant, certains problèmes procéduraux ont été constatés,
comme le fait que l'urne n'était pas correctement scellée, en ceci
qu'elle était seulement fermée à l’aide de ruban adhésif, et non
par un cadenas ou par le sceau en plastique prévu à cet effet.
95. La délégation a noté la forte motivation des citoyens à exercer
leur droit de vote, et ce, dès les premières heures d’ouverture
des bureaux, ce qui a engendré des files d'attente parfois longues,
certains bureaux à Varsovie et à Cracovie ayant même fini par manquer
de bulletins de vote
Note. Cette
forte participation, combinée à la mauvaise gestion des files d'attente
et à l’aménagement parfois inadéquat des bureaux de vote, a souvent entraîné
une concentration trop forte de personnes dans les bureaux.
96. Si la campagne électorale a été marquée par une rhétorique
enflammée, des tensions fabriquées de toutes pièces concernant les
relations avec l'Allemagne et l'Ukraine voisines et la décision
du gouvernement d'ajouter aux deux scrutins du Sejm et du Sénat
un référendum reposant sur des questions à la formulation controversée,
le scrutin, dans les bureaux de vote observés, s’est déroulé dans
une ambiance très différente: les électeurs ont fait la queue en
grand nombre, patiemment et dans un bon état d'esprit, et la plupart
des bureaux de vote ont été gérés avec calme et politesse, bien
que parfois de manière quelque peu chaotique ou désordonnée.
97. Le principal problème constaté dans tous les bureaux de vote
est la violation générale du caractère secret du scrutin, qui s'est
manifestée de plusieurs manières, souvent combinées, telles que
le manque d’isoloirs adéquats, la taille inadaptée de certains bureaux
de vote et la pratique massive et généralisée du vote familial,
ou du vote de groupe, qui a été observée presque partout. Même lorsque
les conditions nécessaires au vote secret étaient réunies, les électeurs
semblaient ne pas y attacher d’importance. Bon nombre d’entre eux
n’ont pas plié leurs bulletins de vote correctement; leurs choix
étaient donc facilement visibles pour quiconque se trouvait à côté
d’eux. Par ailleurs, à plusieurs reprises, les observateurs ont remarqué
des personnes qui essayaient d'aider plusieurs de leurs concitoyens,
peut-être dans l’intention d'influencer leur vote.
98. Rares sont les fois où les commissions électorales ont réagi
aux atteintes au principe du scrutin secret. Dans un certain nombre
de cas, les présidents des bureaux de vote observés ont expliqué
que le vote familial était une pratique acceptée, voire traditionnelle,
en Pologne. Il semble qu'il y ait un manque généralisé de conscience
de l'importance du scrutin secret. Toutefois, les atteintes à ce
principe étaient en partie dues à des problèmes d'organisation,
tels que la présence d’un trop grand nombre de personnes dans les
bureaux de vote, le traitement simultané des bulletins de vote pour
les élections et le référendum, la grande taille du bulletin de
vote du Sejm et l'absence d'instructions générales ou de campagne
de sensibilisation destinées aux électeurs sur la manière de plier
les différents bulletins de vote.
99. Pour la délégation de l’APCE, les atteintes au principe du
scrutin secret ont concerné, en très grande majorité, le vote référendaire.
En effet, étant donné que le caractère contraignant du référendum
dépend du nombre de bulletins valides tirés des urnes, dans la pratique,
le seul moyen de ne pas participer au référendum était de refuser
de prendre le bulletin de vote référendaire. Cependant, il y avait
là une violation flagrante du principe du scrutin secret, puisque
le fait de prendre ou de ne pas prendre le bulletin révélait les
préférences des électeurs aux membres de la commission et aux personnes
présentes dans le bureau de vote. Là encore, bien que les observateurs
de l'APCE n'aient pas observé d'intimidation des électeurs par cette
procédure au sein des bureaux de vote, ils ont été informés de cas
de personnes qui n’étaient pas venues voter parce qu'elles ne voulaient
pas être stigmatisées par leurs connaissances au sein des commissions
électorales après le vote.
100. Le fait que les électeurs devaient déclarer leur souhait de
ne pas participer au référendum au moment de recevoir leur bulletin
de vote a compliqué le processus de remise des bulletins. Les observateurs
ont eu connaissance de cas où des membres de la commission présents
dans le bureau de vote ont demandé aux électeurs s'ils voulaient
un bulletin de vote référendaire, et où des commissions ont remis
des bulletins référendaires à des électeurs qui avaient déclaré
qu'ils n'en voulaient pas. La CEN a publié un communiqué à l'intention
de tous les bureaux de vote, soulignant que leurs membres ne devaient
pas demander aux électeurs s'ils voulaient un bulletin de vote pour
le référendum. La CNE a souligné que les électeurs avaient le droit
de refuser le bulletin de vote, mais que les membres des bureaux
de vote étaient tenus de distribuer les trois bulletins.
101. Des affiches et du matériel de campagne étaient présents directement
devant un certain nombre de bureaux de vote observés, et, dans la
plupart d’entre eux, au moins un représentant de la société civile
était présent pour observer le processus; les observateurs de l'APCE
n'ont cependant rencontré aucun mandataire de parti.
102. La majorité des bureaux de vote observés disposaient d'un
accès adéquat pour les électeurs handicapés, ou affichaient clairement
à l'extérieur du bâtiment les endroits où les personnes à mobilité
réduite pouvaient voter. Des bulletins de vote en braille étaient
également disponibles.
103. Les membres de la délégation de l'APCE ont observé le dépouillement
des votes dans 11 bureaux, et, malgré l’extrême longueur des procédures,
ont estimé que le processus était très bon ou bon dans 10 bureaux. Les
observateurs de la société civile ont signalé quelques cas où, dans
le souci d'accélérer ou de simplifier le processus, le personnel
électoral n’avait pas respecté les procédures prévues par les lignes
directrices. En outre, dans certains des bureaux observés, la commission
n'a pas compté les bulletins valides avant de comptabiliser les
votes exprimés pour les différents candidats et le référendum.
104. Il apparait que la commission électorale de district de Varsovie
I a reçu tous les protocoles des PEC à l'étranger dans le délai
de 24 heures
Note. Néanmoins, les problèmes soulevés
au paragraphe 31 restent pertinents.
105. La CEN a annoncé les résultats définitifs le 17 octobre 2023:
Sejm (460 sièges):
- Droit
et Justice (PiS): 35,4 % (194 sièges)
- Coalition civique (KO): 30,7 % (157 sièges)
- Troisième Voie: 14,4 % (65 sièges)
- La Gauche: 8,6 % (26 sièges)
- Confédération: 6,8 % (18 sièges)
Sénat (100 sièges)
- Coalition
civique (KO): 28,91 % (41 sièges)
- Droit et Justice (PiS): 34,81 % (34 sièges)
- Troisième Voie: 11,5 % (11 sièges)
- La Gauche: 5,29 % (9 sièges)
- Indépendants du «pacte sénatorial»: 2,68 % (4 sièges)
- Indépendants: 2,98 % (1 siège)
106. Le PiS reste le parti le plus
représenté au sein du Sejm, mais, étant donné qu’il n’a obtenu qu’environ 35 %
des suffrages, il a perdu sa majorité et ne parviendra probablement
pas à former un gouvernement. Les trois principaux groupes d'opposition,
la Coalition civique, Troisième Voie et la Gauche, ont obtenu 54 %
des voix et suffisamment de sièges (248) pour leur permettre de
prendre le pouvoir. Pour la première fois en 32 ans, le comité électoral
de la minorité allemande n'a obtenu aucun siège au parlement.
107. Les partis d'opposition doivent leur score élevé à la mobilisation
extraordinaire des jeunes et des femmes. En outre, les diverses
campagnes ciblant les femmes et la proportion de candidates sur
les listes électorales permettent d'espérer que le futur parlement
sera marqué par le pourcentage le plus élevé de femmes parlementaires
dans l'histoire de la Pologne. Au total, 74,7 % des femmes se sont
exprimées lors du scrutin (contre 73,1 % des hommes). Et, tandis
que plus de 80 % des électeurs âgés de 40 à 59 ans se sont déplacés
aux urnes, plus de 70 % des 18-29 ans sont allés voter, soit un
taux de participation exceptionnellement élevé, surtout si l'on
tient compte du fait qu'il n'existe pas de système de vote électronique en
Pologne.
108. Le Sejm, dans sa nouvelle composition, comptera 135 députées,
et le nouveau Sénat, 20 sénatrices (20 %). La composition précédente
du Sejm comprenait 132 femmes, ces élections n'ont donc ajouté que
trois femmes parlementaires supplémentaires au Sejm. Compte tenu
du niveau élevé de participation des électrices à ces élections,
on peut espérer que les prochaines élections en Pologne verront
davantage de femmes entrer en politique et que les partis politiques
eux-mêmes introduiront des quotas pour assurer la parité entre les femmes
et les hommes aux postes les plus élevés.
109. En ce qui concerne les autres aspects de la démographie électorale
Note, il est intéressant de noter
que le soutien au parti au pouvoir augmente de manière linéaire
avec l'âge (de 14,4 % chez les 18-29 ans à 52,8 % chez les 60 ans
et plus), alors que le soutien à la KO est très homogène dans toutes
les tranches d'âge (entre 27,6 % et 34,5 %). Par ailleurs, le PiS
a été soutenu par 47,6 % de la population rurale, tandis que chez
la population urbaine, ce soutien est inversement proportionnel
à la taille des villes (de 33,7 % dans les villes de moins de 50 000 habitants
à 21 % dans les villes de plus de 500 000 habitants, les chiffres
correspondants pour la KO étant de 33,4 % et 42,9 %, respectivement).
Quant aux catégories socio-professionnelles, les chefs d’entreprise,
les cadres, les experts, les agents administratifs et les étudiants
ont majoritairement voté pour les candidats de la KO, tandis que
les agriculteurs, les ouvriers, les retraités et les chômeurs ont
voté en masse pour le PiS.
110. Par ailleurs, 29 532 595 personnes, soit 40,91 % des électeurs
inscrits, se sont exprimées dans le cadre du référendum, ce qui
est inférieur au seuil minimum de validité de 50 %.
111. Le 6 novembre 2023, le Président Duda a demandé à Mateusz
Morawiecki de former un gouvernement. Cette décision a été critiquée
par l'opposition, car aucun parti qui permettrait au PiS d'atteindre
une majorité n'a accepté de se joindre à eux pour les négociations
de coalition. En signe de protestation, le 10 novembre, la Coalition
Civique, Pologne 2050, le Parti populaire polonais et la Gauche
ont signé un accord de coalition. Le Sejm a été convoqué le 13 novembre.
Si Mateusz Morawiecki n'obtient pas le vote de confiance du Sejm avant
le 27 novembre, le Sejm élira alors un nouveau Premier ministre,
qui est alors censé être officiellement nommé par le Président Duda
avant le 11 décembre 2023.
10 Conclusions
et recommandations
112. Les élections législatives
polonaises de 2023 ont été très disputées, les électeurs s’étant
vu proposer un large éventail d'options politiques. Cependant, le
contrôle disproportionné exercé par le parti au pouvoir sur les
ressources de l'État et les médias de service public lui a conféré
un avantage indu. Le taux de participation historique a démontré
l'inquiétude profonde des Polonais quant à l'avenir démocratique
de leur pays.
113. La délégation de l’APCE rappelle qu’une élection et son observation
ne se limitent pas au jour du scrutin mais constituent un processus
comportant plusieurs phases qui doivent toutes être analysées et
évaluées afin d’avoir une appréciation globale de l’ensemble du
processus électoral.
114. La période préélectorale s’est déroulée dans un climat extrêmement
polarisé. Ces élections étaient perçues par la population comme
déterminantes pour l'avenir de la Pologne car elles concernaient
des questions fondamentales, notamment la résilience des institutions
démocratiques, les libertés individuelles et l'approche de la politique
étrangère.
115. Les candidats, qui ont fait campagne librement, ont tenu des
discours marqués par l'intolérance, la xénophobie et la misogynie,
en particulier envers leurs adversaires et les migrants.
116. L'administration électorale a fonctionné efficacement et,
malgré des doutes quant à son impartialité, a bénéficié de la confiance
générale du public. Cependant, son processus décisionnel a manqué
de transparence. Si des questions subsistent concernant l’indépendance
du pouvoir judiciaire, le Cour suprême a traité les affaires liées
aux élections en toute transparence et encouragé une plus grande
participation des observateurs.
117. Toutefois, la légitimité des juridictions clés reste un problème.
Comme le souligne la Cour européenne des droits de l'homme au sujet
de la Chambre du contrôle extraordinaire et des affaires publiques,
il est urgent que les nouvelles autorités prennent des mesures pour
rétablir l'État de droit et le respect des droits humains dans le
pays.
118. Le cadre électoral est adéquat pour la conduite d'élections
démocratiques. Cependant, l’introduction de changements majeurs
à la dernière minute et sans véritable débat public n’est pas conforme
aux bonnes pratiques internationales. Pour protéger le processus
électoral des changements législatifs abrupts, des mécanismes visant
à empêcher toute modification des procédures électorales et référendaires
à moins de six mois d’un scrutin devraient être mis en place, comme
l'a demandé le Tribunal constitutionnel. Cela laisserait suffisamment
de temps à toutes les parties prenantes pour s'adapter et éviterait
tout avantage indu.
119. La nouvelle législation axée sur l'augmentation de la participation
électorale a favorisé les zones rurales pro-gouvernementales, sans
ajuster le nombre de sièges sur la base des chiffres actuels de
la population. Les recommandations formulées lors des élections
précédentes concernant les droits de vote, l'utilisation abusive des
ressources administratives et l'amélioration de la transparence
du financement des campagnes électorales n'ont pas encore été prises
en compte.
120. Le fait que le Sejm n’ait pas ajusté la répartition des sièges
électoraux est préoccupant et appelle à l'introduction d'un mécanisme
de réajustement démographique automatique entre les circonscriptions électorales; ce
réajustement devrait avoir lieu avant chaque élection législative
et se fonder sur les données les plus récentes de la CEN (sans nécessiter
l’intervention du parlement). Dans un souci d'efficacité, il est également
proposé de réduire le nombre d'électeurs par circonscription de
4 000 à 3 000.
121. Malgré sa récente mise en place, le registre central des électeurs
a fonctionné de manière satisfaisante. Selon la délégation de l’APCE,
un système numérique de vérification des électeurs tel qu’en ont
instauré un bon nombre de pays européens pourrait présenter des
avantages.
122. Le jour du scrutin s’est déroulé sans heurts. Toutefois, le
principe du secret du scrutin n’a pas été respecté en raison de
la présence simultanée d’un trop grand nombre de personnes dans
les bureaux de vote, de la mauvaise préparation des isoloirs et
du manque de sensibilisation des électeurs à l’importance de ce principe.
Aussi la CEN devrait-elle mieux informer les électeurs à ce sujet
et veiller à ce que le secret du scrutin soit respecté. La taille
du bulletin de vote et la manière dont les préférences y sont indiquées
devraient également être revues avant les prochaines élections.
123. Compte tenu des contraintes (de temps) supplémentaires exercées
sur les bureaux de vote à l'étranger, les autorités polonaises devraient
revoir sans plus tarder, et en temps voulu avant les élections suivantes,
les règles régissant le vote à l'étranger, et examiner les méthodes
de vote (telles que la réintroduction du vote par correspondance
ou l'introduction du vote électronique) ainsi que la répartition
des suffrages (qui sont concentrés dans une seule circonscription,
ce qui déclenche un «tourisme électoral»).
124. Le référendum organisé par le gouvernement en même temps que
les élections a été un moyen de renforcer la campagne du parti au
pouvoir car il a clairement aidé ce dernier à contourner les règles
plus strictes applicables aux campagnes et au financement des campagnes.
Le fait que les messages de campagne du parti au pouvoir faisaient
écho aux campagnes d'information menées par le gouvernement, et que
les entreprises sous contrôle de l'État et leurs fondations aient
fait campagne en faveur du référendum a donné à ce parti un autre
avantage significatif. L'absence de rapports détaillés sur le financement
de la campagne avant le jour du scrutin et l'inefficacité de la
réglementation relative au référendum ont eu un impact négatif en
termes de responsabilité des partis et de transparence du financement
de la campagne. Compte tenu des difficultés que pose l’organisation
simultanée d’élections législatives et d’un référendum national,
il est fondamental de concevoir des stratégies qui garantissent
la compatibilité des procédures et le secret du scrutin dans les
deux cas.
125. La liberté d’expression est consacrée par la Constitution
de la Pologne, mais la diffamation et les insultes publiques restent
considérées comme des infractions pénales, malgré les recommandations
émises au niveau international à ce sujet. Par ailleurs, le paysage
médiatique est soumis à une influence politique croissante – une
situation à laquelle il faut remédier. Le radiodiffuseur public
a fait preuve d’un parti pris évident en faveur du parti au pouvoir,
ce qui n’a pas fait réagir le Conseil national de radiodiffusion.
126. L’égalité entre les femmes et les hommes, bien que garantie
par la Constitution, ne se reflète pas dans la représentation politique.
Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour renforcer la participation
des femmes à la vie politique.
127. Alors que le Code électoral autorise la présence d’observateurs
nationaux et internationaux, le processus d'accréditation de nombreux
observateurs internationaux a été marqué par des retards et un manque
de transparence. La CEN, en coopération avec le ministère des Affaires
étrangères, devrait établir une procédure standardisée pour l'accréditation
de ces observateurs, en prévoyant un délai précis pour la soumission
des demandes et la délivrance des accréditations.
128. Les droits des citoyens observateurs doivent également être
harmonisés et inscrits dans la loi, y compris dans le cadre de l’observation
d’un référendum national. La mise en place d’un certificat électronique
universel pour les mandataires et les observateurs pourrait contribuer
à simplifier les procédures. Il serait également juste que les organisations
qui envoient des observateurs citoyens aient le droit de déposer
des recours contre les lignes directrices ou les déclarations émises
par la CEN.
129. Dans l’ensemble, les observateurs de l’APCE ont estimé qu’à
travers leur vote, les électeurs polonais, indépendamment du parti
soutenu, ont exprimé leur espoir d’un avenir politique plus calme
et moins divisé.
130. L'Assemblée est prête à travailler avec les autorités polonaises
pour traiter les questions abordées, en s’appuyant sur les Principes
de Reykjavik pour la démocratie, adoptés lors du Sommet des chefs
d’État et de gouvernement de Reykjavik. Cette collaboration devrait
se dérouler dans le cadre de la procédure de suivi de l’Assemblée,
et en étroite coopération avec la Commission de Venise.
Annexe 1 – Composition
de la commission ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme
suit (* membres de la délégation pré-électorale):
Présidente: Mme Mireille CLAPOT
Groupe des socialistes,
démocrates et verts (SOC)
- M. Constantinos EFSTATHIOU,
Chypre
- M. Yunus EMRE, Türkiye
- Mme Aurora FLORIDIA, Italie
- Mme Blerina GJYLAMETI, Albanie
- M. Didier MARIE, France
- M. Givi MIKANADZE, Géorgie
- M. Stefan SCHENNACH, Autriche*
Groupe du Parti populaire
européen (PPE/DC)
- M. Corneliu-Mugurel
COZMANCIUC, Roumanie*
- Mme Marie-Christine DALLOZ,
France
- M. Reinhold LOPATKA, Autriche
- M. Chris SAID, Malte
- M. Andrius VYŠNIAUSKAS, Lituanie
Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
- Mme Mireille
CLAPOT, France*
- M. Jean-Pierre GRIN, Suisse
- Mme Valentina GRIPPO, Italie
- M. Robert TROY, Irlande
- Mme Lesia ZABURANNA, Ukraine
Groupe des Conservateurs
européens et Alliance démocratique (CE-AD)
- M. Thibaut FRANCOIS,
France
- M. Oleksii GONCHARENKO, Ukraine
- Lord Simon RUSSELL, Royaume-Uni*
- M. Jose Maria SÁNCHEZ GARCIA, Espagne
Groupe pour la gauche
unitaire européenne (GUE)
- M. Andrej HUNKO, Allemagne*
Co-rapporteure AS/MON
(ex officio)
Commission de Venise
- M. Óscar SÁNCHEZ MUÑOZ,
membre suppléant, Espagne
- M. Michael JANSSEN, administrateur, Commission de Venise
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
ODRATS, Secrétaire de la commission ad hoc, Division de l’observation
des élections et de soutien
- Mme Anne GODFREY, Assistante,
Division de l’observation des élections et de soutien
- Mme Carine ROLLER-KAUFMAN,
Assistante, Division de l’observation des élections et de soutien
Annexe 2 – Programme
de la délégation pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Mardi 26
septembre 2023
8h45-9h25 Réunion de la délégation avec mots de bienvenue
de
- Mireille Clapot, Cheffe
de Délégation
- Pawel Wierdak, Chef du Bureau du Conseil de l'Europe à
Varsovie
- Informations pratiques du secrétariat
9h30-11h00 Réunion avec M. Douglas Wake, chef de la mission
limitée d'observation électorale de l'OSCE/BIDDH, Mme Tamara
Otiashvili, cheffe de mission adjointe, et les membres de l'équipe
principale
11h30-12h45 Rencontre avec le président et les juges de la
Chambre du contrôle extraordinaire et des affaires publiques de
la Cour suprême
- Joanna Lemańska,
Présidente de la Cour suprême, dirigeant les travaux de la Chambre
de contrôle extraordinaire et affaires publiques,
- Aleksander Stępkowski, juge à la Cour suprême, porte-parole
de la Cour suprême
- Marcin Stębelski (Ph.D.), membre du Bureau d'études et
d'analyses de la Cour suprême,
- Przemysław Szuty, assistant judiciaire de la Cour suprême
12h50-14h15 Déjeuner de travail avec M. Radosław Fogiel (député),
président de la commission des affaires étrangères
14h30-16h00 Rencontre avec des représentants de la société
civile:
- Patryk Wachowiec –
Forum sur le développement civil
- Maciej Nowicki – Fondation d'Helsinki pour les droits
de l'homme
- Professeur Adam Gendźwiłł – Université de Varsovie, Fondation
Batory
- Zofia Lutkiewicz – Fondation pour une politique responsable
16h15-17h45 Rencontre avec des représentants d'organismes
de surveillance des médias
- Sylwester
Oracz – Fondation pour une politique responsable
- Konrad Siemaszko – Fondation d'Helsinki pour les droits
de l'homme
- Krzysztof Bobiński, Andrzej Krajewski – Towarzystwo Dziennikarskie/Société journalistique
- Dominika Bychawska-Siniarska – Fondation Batory et Centre
de la Société Civile de Prague
18h15-19h00 Rencontre avec Tomasz Grodzki, Président du Sénat
19h30 Rencontre avec des membres du corps diplomatique (Autriche,
Royaume-Uni, Allemagne, Roumanie), accueillie par Etienne de Poncins,
Ambassadeur de France en Pologne
Mercredi 27 septembre 2023
08h00-08h45 Rencontre avec M. Marek Suski (député) et M. Daniel
Milewski (député) – Droit et Justice (PiS)
08h45-09h45 Réunion avec le président et les membres de la
Commission électorale nationale (NEC)
- Sylwester Marciniak, Président de la Commission électorale
nationale
- Magdalena Pietrzak, Secrétaire de la Commission électorale
nationale
- Lech Gajzler, Directeur de l’équipe juridique d’organisation
électorale
- Krzysztof Lorentz, Directeur de l’équipe de contrôle du
financement des partis politiques et des compagnes électorales
10h00-10h45 Rencontre avec Małgorzata Paprocka, Secrétaire
d’Etat
11h00-12h15 Réunion avec Kamila Gasiuk-Pihowicz (députée)
et Aleksander Pociej (député) – Coalition Civique
12h30-13h45 Déjeuner de travail avec Tomasz Giziński, conseiller
du Conseil national des médias (CNM)
14h00-14h40 Meeting with Anna Maria Żukowska (députée) – Lewica
14h40-15h20 Réunion avec Krzysztof Paszyk (député) et Marek
Sawicki (député) – Koalicja Polska
15h20-16h00 Réunion avec Paweł Zalewski (député) et Stanisław
Zakroczymski, directeur du bureau – Polska 2050
16h00-16h20 Réunion avec Paweł Kukiz (MP) – Kukiz’15
17h00-18h00 Réunion de débriefing de la délégation préélectorale
et préparation de la déclaration
Annexe 3 – Déclaration
de la délégation pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Pologne: la délégation
pré-électorale à Varsovie constate un climat de campagne tendu et
marqué par des antagonismes
Lors de sa visite en Pologne (26-27 septembre 2023), la délégation
pré-électorale de l'APCE a constaté que la campagne électorale se
déroulait dans un climat tendu et marqué par des antagonismes à
l'approche des élections législatives du 15 octobre. La délégation
a écouté les inquiétudes largement répandues quant à un possible
recul démocratique, qui risque de saper la confiance du public dans
l'équité du processus électoral.
La délégation multipartite de cinq membresNote, conduite par Mireille Clapot (France,
ADLE), s’est rendue à Varsovie, où elle a rencontré de hauts fonctionnaires,
des représentant·e·s des autorités judiciaires, des autorités électorales
et des partis politiques, des organisations de la société civile
et des observateurs des médias indépendants, ainsi que des représentants
du corps diplomatique.
La délégation a fait part de ses préoccupations concernant
le référendum qui doit se tenir le même jour que les élections législatives;
divers interlocuteurs ont suggéré qu'il viserait à permettre de
contourner les règles de financement applicables à la campagne électorale.
La délégation a également déclaré craindre que la formulation des
questions du référendum ne préjuge des réponses, et a estimé que
l'obligation, pour les électeurs et électrices, de refuser activement
de prendre le bulletin de vote du référendum risquait de compromettre
le secret du scrutin pour celles et ceux qui voulaient participer
aux élections mais pas au référendum.
En outre, la délégation a exprimé des préoccupations quant
à des juridictions clés dont la légitimité est mise en cause au
niveau national et international. Par exemple, la Cour européenne
des droits de l'homme a décidé de ne plus considérer comme un tribunal
«établi par la loi» la chambre du contrôle extraordinaire et des
affaires publiques de la Cour suprême polonaise. Ces facteurs pourraient
créer de l'incertitude si les résultats des élections étaient contestés.
Les membres de la mission pré-électorale ont été informés
de plusieurs modifications apportées au Code électoral au cours
d’une période de silence législatif, notamment le passage à un registre
électoral central, qui n’aura pas été expérimenté à grande échelle
avant les élections. En outre, ils se sont déclarés déçus que le Parlement
n’ait pas ajusté le nombre de sièges dans les circonscriptions pour
tenir compte de l’évolution démographique, comme l’exige la loi
et comme l’a proposé la Commission électorale nationale. Toutefois,
la délégation a salué le niveau élevé de confiance dans la capacité
du personnel électoral local à remplir ses missions.
La délégation a constaté avec satisfaction que la liberté
des candidat·e·s de faire campagne n'est pas entravée en Pologne,
mais elle s'est fait l'écho des préoccupations de certains interlocuteurs
concernant le déséquilibre de la couverture médiatique assurée par
les organes de presse publics.
La délégation a aussi pris note des préoccupations exprimées
au sujet de la distinction floue entre les activités de l'État et
celles des partis politiques et au sujet du manque de transparence
du financement de la campagne.
La question du processus de vote applicable aux citoyen·ne·s
polonais·e·s résidant à l'étranger a également été soulevée par
certains interlocuteurs de la délégation; ceux-ci ont évoqué en
particulier des modifications législatives qui pourraient avoir
pour effet d’invalider les suffrages des circonscriptions situées
à l'étranger si les bulletins ne parviennent pas à la Commission
électorale nationale dans les 24 heures suivant la clôture du scrutin.
La délégation reconnaît qu'il peut être difficile de résoudre
certains de ces problèmes avant le jour des élections, mais elle
demande instamment que des mesures soient prises pour traiter les
points qui peuvent encore être corrigés.
Une délégation complète de l’APCE, qui comptera 30 membres
et sera accompagnée de juristes de la Commission de Venise, se rendra
en Pologne pour observer le scrutin le 15 octobre.
L'APCE – qui représente les parlementaires de 46 pays européens
– observe les élections en Pologne avec une délégation complète
pour la première fois depuis qu’elle a décidé d'ouvrir une procédure
en janvier 2020 pour contrôler le respect, par la Pologne, de ses
obligations statutaires vis-à-vis du Conseil de l'Europe.
Annexe 4 – Programme
des réunions de la mission internationale d'observation des élections
Vendredi
13 octobre 2023
9h00-10h15 Réunion de la délégation de l’APCE
- Mots de bienvenue de la Cheffe
de la délégation, Mireille Clapot
- Présentation de la mission pré-éléctorale par ses membres
- Intervention de la corapporteure, Azadeh Rojhan
- Présentation de Óscar Sánchez Muñoz, membre de la Commission
de Venise
- Information pratique par le secrétariat
10h30-10h45 Bienvenue et remarques introductives
- Pia Kauma, coordinatrice spéciale
- Mireille Clapot, Cheffe de la délégation de l'APCE
- Pere Joan Pons, chef de la délégation de l'AP de l'OSCE
10h45-12h45 Briefing de la mission d'observation électorale
limitée du BIDDH
- Bienvenue
et présentation du travail de la MOE – Douglas Wake, chef de mission
- Aperçu politique, les candidats et la campagne électorale
– Julia Manchin, analyste politique
- Financement de la campagne – Jeffrey Carlson, analyste
du financement de la campagne
- Médias – Ivan Godarsky, analyste des médias
- Cadre juridique, résolution des litiges électoraux – Eirini
Skouzou, analyste juridique
- Administration des élections et jour du scrutin – Peter
Michalik, analyste électoral
- Sécurité – Michal Galkowski, expert en sécurité
Questions et réponses
14h00-15h30 Contexte politique et social
- Piotr Buras, directeur, ECFR
Varsovie
- Kinga Łozińska, vice-président du Comité pour la défense
de la démocratie
- Zosia Lutkiewicz, présidente du conseil d'administration,
Fondation pour une politique responsable
- Maciej Nowicki, président du conseil d'administration
de la Fondation d’Helsinki pour les droits de l'homme
- Monika Wiszyńska-Rakowska, Commissaire aux droits de l'homme
16h00-18h00 Représentants des partis et candidats
- Jakub Banaś, Confédération pour la liberté
et l'indépendance
- Wlodzimierz Czarzasty, coprésident, La Gauche (SLD, Wiosna
& Razem)
- Miloslawa Zagłoba, Conseillère juridique principale, Third
Way (Polska 2050 & Koalicja Polska)
- Aleksander Pociej, Sénateur de la coalition civique (KO)
Samedi 14 octobre 2023
08h30-10h30 Campagne électorale et couverture médiatique
- Marcin Duma, Président, IBRIS
- Piotr Kierzkowski, président de TVP3, Télévision Publique
- Bartosz Wieliński, rédacteur en chef adjoint, Gazeta Wyborcza
- Michal Samul, rédacteur en chef, TVN24
- Maciej Swirski, président du Conseil national de la radiodiffusion
- Bartosz Weglarczyk, rédacteur en chef, Onet.pl
11h00-12h00 Administration électorale
- Dariusz Lasocki, membre de la Commission électorale nationale
- Krzyszstof Lorentz, Chef du Département du contrôle financier
des partis politiques et des campagnes électorales, Bureau électoral
national
- Aleksander Stępkowski, Chambre de contrôle extraordinaire
et des affaires publiques de la Cour suprême / porte-parole
- Janusz Cieszynski, Ministre des affaires numériques
12h00-12h30 Suite du briefing de la MOE du BIDDH
- Briefing des observateurs à long terme déployés
à Varsovie
Dimanche 15 octobre 2023
Toute la journée Jour du scrutin
– Observation dans les bureaux de vote
(Les bureaux de vote ouvrent à 07h00 et ferment à 21h00)
Lundi 16 octobre 2023
08h00-09h00 Débriefing de la délégation
de l’APCE
15h00 Conférence de presse jointe
Annexe 5 – Communiqué
de presse de la mission internationale d’observation des élections
Selon les observateurs
internationaux, les élections législatives polonaises ont été compétitives,
mais marquées par l’utilisation abusive de ressources publiques
et par la partialité des médias publics
VARSOVIE, 16 octobre 2023 – Les élections législatives polonaises
se sont caractérisées par un taux record de participation, un large
choix d’options politiques et des candidat·e·s qui ont pu faire
campagne librement; la campagne a toutefois été ternie par d’importants
chevauchements entre les messages du parti au pouvoir et les campagnes
d’information du gouvernement. Associé à une couverture faussée
et ouvertement partisane du radiodiffuseur public, cet état de fait
a donné un net avantage au parti au pouvoir, mettant à mal la séparation
démocratique entre l’État et le parti, ont déclaré aujourd’hui les
observateurs internationaux dans un communiqué.
Les élections d’hier se sont déroulées dans une ambiance de
division profonde et ont été considérées par beaucoup comme cruciales
pour l’avenir démocratique de la Pologne. La mission d’observation
conjointe du Bureau des institutions démocratiques et des droits
de l’homme de l’OSCE (BIDDH), de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE
(AP de l’OSCE) et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
(APCE) a estimé que le cadre juridique constituait une base suffisante
pour la tenue d’élections démocratiques. Bien qu’ayant intégré certaines
recommandations formulées par le BIDDH, les récentes modifications
législatives ont été adoptées peu avant les élections et sans véritable
consultation publique.
«Tout en offrant aux électeurs et électrices polonais différentes
options politiques, les élections législatives de dimanche se sont
déroulées dans un environnement politique complexe et polarisé»,
a déclaré Pia Kauma, coordinatrice spéciale, «d’où une campagne
caractérisée par un ton très conflictuel, régulièrement émaillée
de propos incendiaires et d’attaques personnelles contre les principaux
dirigeants des partis».
Plus de 29 millions d’électeurs et électrices étaient inscrits
sur les listes électorales, dont plus de 600 000 ont demandé à voter
à l’étranger. La commission électorale nationale s’est préparée
efficacement et, malgré quelques questions concernant son impartialité,
a généralement bénéficié de la confiance du public. Toutes ses séances
se sont tenues à huis clos, ce qui a abouti à un manque de transparence
dans la prise de décision. Le scrutin s’est déroulé dans le calme,
et le processus a été efficace et bien organisé dans les bureaux
de vote dans lesquels les observateurs et observatrices se sont
rendus. Cela étant, le secret du vote a été fréquemment compromis
dans des bureaux de vote surpeuplés, les isoloirs n’étant pas assez
spacieux pour dissimuler les bulletins de vote volumineux, les électeurs
et électrices remplissant leurs bulletins à l’extérieur des isoloirs.
Si l’indépendance du pouvoir judiciaire demeure préoccupante, le
traitement des affaires liées aux élections par la Cour suprême
a été transparent et a favorisé la participation d’un plus grand
nombre d’observateurs.
«Nous avons assisté à une campagne polarisée où la rhétorique
enflammée, les modifications récentes du cadre électoral légal et
les graves préoccupations concernant le système judiciaire ont érodé
la confiance des citoyen·e·s dans les institutions», a déclaré Azadeh
Rojhan, cheffe suppléante de la délégation de l’APCE. «Le taux de
participation historique témoigne néanmoins de la volonté des citoyen·e·s
de défendre la démocratie en Pologne».
Si les libertés d’association et de réunion ont été respectées
dans le cadre d’une campagne pluraliste, celle-ci a été entachée
par l’utilisation abusive des ressources de l’État. Le chevauchement
entre les messages de campagne du parti au pouvoir et les campagnes
d’information du gouvernement ainsi que des entreprises contrôlées
par l’État et leurs fondations, y compris sur le référendum, a donné
un avantage significatif supplémentaire au parti au pouvoir. En
outre, l’absence de rapports détaillés sur le financement de la campagne
avant le scrutin et l’inefficacité de la réglementation relative
au référendum ont eu des répercussions négatives sur l’obligation
de rendre compte du financement des partis politiques et de la campagne.
La période préélectorale a été globalement pacifique. La campagne
a cependant été très conflictuelle et souvent négative, les candidats
proférant très souvent des propos intolérants, misogynes et discriminatoires et
certains partis tenant des discours anti-migrants parfois xénophobes.
Les attaques verbales personnelles contre les dirigeants des principaux
partis ont été nombreuses.
«Si les élections en Pologne ont été compétitives, nous avons
constaté une érosion de l’équilibre des pouvoirs pour renforcer
le contrôle des institutions de l’État, y compris des tribunaux
et des médias publics, par le parti au pouvoir», a déclaré le chef
de la délégation de l’AP de l’OSCE, Pere Joan Pons. «Cela a faussé
les règles du jeu; en d’autres termes l'opposition n'a pas bénéficié
d'une égalité totale des chances».
Bien que le paysage médiatique polonais soit diversifié, l’achat
de la plupart des quotidiens régionaux et de nombreux autres médias
régionaux par une entreprise énergétique contrôlée par l’État, les
tentatives de limitation des prises de contrôle de médias étrangers
et la durée des procédures de renouvellement des licences témoignent
d’un contrôle politique croissant du gouvernement. La mission d’observation
a constaté que la télévision publique accordait du temps d’antenne
gratuit à tous les candidats, mais que sa couverture politique favorisait
clairement le parti au pouvoir et ses politiques, tout en faisant
preuve dans le même temps d’une hostilité manifeste envers l’opposition.
La plupart des médias privés monitorés ont adopté une ligne éditoriale
critique à l’égard du parti au pouvoir, alors que certains étaient
de toute évidence en faveur de l’opposition.
«L’égalité, l’inclusivité et la transparence sont les clés
d’une bonne administration des élections et sont essentielles pour
qu’une élection respecte pleinement les normes démocratiques», a
déclaré Douglas Wake, chef de la mission d’observation des élections
de courte durée du BIDDH. «Or, si l’administration électorale polonaise
a fonctionné efficacement, la transparence a malheureusement été
limitée. Plus inquiétant encore, nous avons observé que le parti
au pouvoir et ses candidat·e·s avaient tiré un avantage évident
de l’utilisation abusive des ressources de l’État, ce qui a compromis
la séparation entre l’État et le parti».
La mission internationale d’observation des élections législatives
polonaises était composée de 154 observateurs et observatrices de
44 pays, dont 33 expert·e·s et observateurs de longue durée déployés par
le BIDDH, 94 parlementaires et agent·e·s de l’AP de l’OSCE et 27
de l’APCE.