Faire face aux risques que les mercenaires et les entreprises militaires et de sécurité privées font peser sur les droits humains et l’État de droit: un appel en faveur d'une réglementation globale
Recommandation 2289
(2025)
| Version provisoire
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 28 janvier 2025 (4e séance)
(voir Doc. 16092,
rapport de la commission des questions juridiques et des droits
de l'homme, rapporteur: M. Andrea Orlando). Texte adopté
par l’Assemblée le 28 janvier 2025 (4e séance).
1. Se référant
à sa
Résolution 2583
(2015) «Faire face aux risques que les mercenaires et
les entreprises militaires et de sécurité privées font peser sur
les droits humains et l'État de droit: un appel en faveur d'une réglementation
globale», l’Assemblée parlementaire exprime de nouveau sa préoccupation
face à l’érosion de l’autorité des États, au recul du contrôle démocratique
et à la dilution des responsabilités ainsi qu’à l’impunité des auteurs
de violations des droits humains qui résultent du recours croissant
à des entreprises militaires et de sécurité privées (EMSP), y compris
celles qui sont enregistrées ou opèrent sur le territoire des États membres
du Conseil de l’Europe.
2. L’Assemblée estime que les nombreux rapports qui font état
de graves violations des droits humains commises par des EMSP appellent
à une réglementation plus stricte de ce secteur. Bien que le déploiement de
telles entreprises puisse poursuivre des objectifs légitimes, comme
le fait de fournir une expertise aux organisations internationales
et au personnel humanitaire et assurer leur sécurité, certains États
pourraient vouloir utiliser leurs services simplement pour dissimuler
leur implication dans des opérations militaires en invoquant le
déni plausible et empêcher les victimes d’abus d’obtenir une indemnisation
et de demander justice.
3. Nonobstant le fait que les questions relatives à la défense
nationale ne relèvent pas du champ d’action du Conseil de l’Europe,
l’Assemblée note que les activités peu réglementées des EMSP font
peser de graves risques sur l’État de droit et la protection des
droits humains. Par conséquent, en attendant les résultats des travaux
du Groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée
des Nations Unies chargé d’élaborer le contenu d’un cadre réglementaire
international relatif à la réglementation, à la supervision et au contrôle
des activités des entreprises de services de sécurité et de défense,
l'Assemblée invite le Comité des Ministres à examiner la faisabilité
de l'élaboration d'une convention du Conseil de l'Europe qui régisse
le recours aux EMSP, garantissant l'obligation de rendre des comptes,
la réparation des préjudices subis par les victimes et le respect
des normes internationales en matière de droits humains.
4. L'Assemblée estime qu’un tel cadre régional juridiquement
contraignant devrait traiter, au minimum, des questions liées à
l'autorisation, à l'enregistrement et au contrôle des EMSP, exiger
la mise en place de recours effectifs pour les victimes d'éventuelles
violations des droits humains et le développement de programmes
de formation visant à prévenir de tels abus. L'initiative en faveur
de la création d'un cadre régional juridiquement contraignant compléterait
les actions en cours au sein des Nations Unies en fournissant un
cadre régional solide, adapté aux difficultés particulières que
rencontrent les États membres. Les EMSP sont en effet susceptibles
d’agir dans un cadre flou où les droits humains resteraient lettre
morte, en raison du déni plausible de l'État. Comme les EMSP causent
déjà des ravages sur le continent européen, le Conseil de l'Europe
devrait renforcer la confiance dans sa fonction de défenseur des
valeurs démocratiques et des droits humains, tout en donnant l'exemple
d'un rôle moteur qui inspire confiance dans les mécanismes multilatéraux
et l'État de droit.
5. Enfin, l’Assemblée recommande au Comité des Ministres:
5.1 d’approuver, au nom du Conseil
de l’Europe, le Document de Montreux sur les obligations juridiques
pertinentes et les bonnes pratiques pour les États en ce qui concerne
les opérations des entreprises militaires et de sécurité privées
pendant les conflits armés;
5.2 dans l'attente de l'adoption d'une convention, d'élaborer
un projet de recommandation aux États membres, axé sur l’atténuation
des risques que les EMSP font peser sur les droits humains, la démocratie
et l'État de droit;
5.3 d’intensifier le dialogue politique avec les Nations Unies,
conformément à la Déclaration de Reykjavík, en veillant à ce que
le Conseil de l’Europe contribue au Groupe de travail intergouvernemental
à composition non limitée chargé d’élaborer le contenu d’un cadre
réglementaire international relatif à la réglementation, à la supervision
et au contrôle des activités des entreprises de services de sécurité
et de défense.