L'Assemblée,
Considérant que les peuples des Communautés à six ont maintenant décidé de s'unir en une communauté économique étroitement intégrée;
Considérant que d'autres pays européens cherchent à s'associer au marché commun par la création d'une zone de libre-échange;
Considérant que l'intégration politique de l'Europe sera facilitée par l'évolution économique dans les douze ou quinze années à venir, mais qu'il y a lieu de prendre d'autres mesures préparatoires pour renforcer la position de l'Europe dans le monde;
Considérant que la politique extérieure devrait faire l'objet de consultations complètes et effectives, si possible dans un large cadre européen;
Rappelant sa Recommendation 133, du 11 janvier 1957, par laquelle elle invitait le Comité des Ministres à « arrêter... une procédure concrète et apte à réaliser une coordination des politiques étrangères nationales comme préparation à l'établissement d'une politique commune », recommendation que le Comité des Ministres a laissée sans réponse;
Rappelant également sa Recommandation 139, du 4 mai 1957, par laquelle elle invitait les gouvernements membres à « tout faire... pour développer l'habitude et la pratique de consultations préalables effectives sur toutes les questions d'importance majeure qui sont de nature à affecter les relations entre partenaires européens », et proposait en outre « d'organiser des réunions périodiques des Premiers Ministres des Etats membres, en vue... de chercher à définir une politique commune »,
Recommande au Comité des Ministres :
L'Assemblée,
Considérant que le Comité des Ministres a jusqu'ici négligé, dans une large mesure, de donner suite à nombre de ses recommandations, surtout celles qui revêtaient un caractère politique, et n'a tenu aucun compte de certaines d'entre elles, notamment la Recommandation 133;
Considérant qu'il importe essentiellement que les gouvernements membres procèdent à des consultations complètes en matière d'affaires étrangères, en vue de coordonner leurs politiques et, finalement, d'élaborer une politique commune,
Invite la commission politique à désigner en son sein un groupe spécial chargé d'étudier le système ou la procédure qui permettrait d'établir des consultations ^plus complètes et plus effectives entre les Etats membres en matière de politique extérieure, de rencontrer des parlementaires, des membres du gouvernement et des hauts fonctionnaires des Etats membres, et de soumettre un rapport.
23. On estime dans certains milieux qu'il conviendrait d'accepter l'offre soviétique de nouvelles « conversations au sommet ». Mais une étude de l'évolution de la situation en Union Soviétique depuis notre réunion de mai n'est guère encourageante. La déposition de Molotov, Malenkov, Kaganovitch et Chepilov peut être considérée comme le plus important des événements survenus récemment en Union Soviétique. Il paraît hors de doute qu'elle constitue une victoire du Secrétaire du parti, Khrouchtchev, sur un groupe rival. Il est plus difficile de déterminer si cette victoire a été celle d'une tendance idéologique sur une autre, car, jusqu'alors, les dirigeants ainsi tombés en disgrâce ne formaient pas un groupe idéologique commun. On peut affirmer cependant que quelques-uns appartenaient à la vieille garde des éléments staliniens, condamnés lors du vingtième Congrès.
24. Il est très difficile d'apprécier la force de l'opposition contre la politique officielle et de connaître l'attitude de l'armée rouge. De toute évidence, les nouveaux maîtres du Kremlin, emploient, en politique intérieure comme en politique extérieure, des méthodes différentes de celles de Staline. Toutefois, il serait prématuré de parler d'une véritable libéralisation à propos d'un régime où le parti dirigeant conserve le monopole du pouvoir et où le travail forcé totalitaire demeure en vigueur. En fait, il semble qu'une certaine liberté de discussion ait été autorisée, mais seulement dans les limites idéologiques de l'interprétation officielle du communisme qui a cours à l'heure actuelle. Dans trois discours adressés dernièrement aux travailleurs et aux intellectuels, Khrouchtchev a bien précisé que toute critique qui dépasserait ces limites serait impitoyablement réprimée. Ces discours ont été récemment reproduits dans toutes les diverses républiques soviétiques et ont reçu une large publicité. Des manifestations massives d'approbation ont été organisées.
25. En août 1957, un grand nombre des républiques soviétiques qui composent l'U. R. S. S. ont promulgué des lois sur « l'intensification de la lutte contre les éléments antisociaux et parasites », qui prévoient « des mesures de contrainte sociale sous forme d'une déportation de deux à cinq ans, avec travail obligatoire au lieu de déportation ».
26. D'après tout ce que l'expérience nous a appris de l'Union Soviétique — comme d'ailleurs de tous les régimes totalitaires — il y a lieu de s'attendre que les difficultés et les dissensions internes aboutissent à un raidissement de son attitude en politique extérieure. Car, pour défendre leur position-, les dirigeants totalitaires du parti et de l'Etat ne manqueront pas, comme d'habitude, de recourir à des manoeuvres de diversion dirigées contre des puissances étrangères soi-disant hostiles, ou s'efforceront de remporter des succès sur le plan extérieur pour masquer leurs difficultés intérieures. Le comportement récent du Gouvernement soviétique — sa soudaine intransigeance aux négociations de Londres sur le désarmement, sa politique agressive au Moyen-Orient et ses nombreuses accusations contre les nations occidentales — s'inscrit dans ce contexte général.
27. De même, l'attitude qu'adopte l'U. R. S. S. à la présente session des Nations Unies à New-York, si peu de temps après sa condamnation écrasante sur le problème hongrois, illustre la maîtrise qu'elle a acquise dans l'art d'exploiter les dissensions dans les affaires internationales. Votre rapporteur veut parler de la proposition soviétique tendant à inscrire à l'ordre du jour la question de la coexistence pacifique, fondée sur la non-agression et la non-intervention dans les affaires intérieures. La même technique est utilisée à propos de questions comme celle de la suspension des expériences nucléaires, qui est présentée aux pays du groupe afro-asiatique comme un problème tout simple, tandis que la thèse occidentale est plus complexe. Sur tous les problèmes « coloniaux », également, l'U. R. S. S. se pose en championne du nationalisme, tandis que les peuples assujettis de l'Union Soviétique et de l'Europe orientale se voient, bien entendu, refuser l'indépendance.
28. Les détails du plan de désarmement des puissances occidentales ayant participé au Sous-Comité des Nations Unies réuni à Londres ont été rendus publics le 29 août 1957. Voici ce qu'il propose : si l'Union Soviétique acceptait un degré satisfaisant d'inspection aérienne et au sol, consentait à certaines réductions des armements classiques, et établissait, au cours de l'année prochaine, un système de contrôle nucléaire permettant d'interdire la production de matières fissiles à des fins militaires, les puissances occidentales seraient disposées à accepter dès maintenant la suspension pendant deux ans des expériences atomiques; s'il n'était pas possible de parvenir à un accord sur les mesures de contrôle qui permette de metrent fin à la production d'armes nucléaires, la suspension des expériences serait annulée au bout de deux ans.
29. On a reproché à ces propositions de lier la suspension des expériences nucléaires à l'arrêt de la production d'armes atomiques. Nous ne devons pas oublier que la suspension des expériences nucléaires n'a guère de rapport avec le désarmement. Seul l'arrêt de la production d'armes atomiques peut aboutir à un ralentissement de la course aux armements. En raison du danger que peuvent présenter les retombées radioactives provenant des explosions nucléaires et thermonucléaires, sujet de graves préoccupations pour l'AssembléeNote , on peut dire qu'un accord sur la suspension des expériences serait un accord de caractère sanitaire. Toutefois, il laisserait les puissances atomiques libres d'accumuler des stocks d'armes nucléaires existantes et conférerait un avantage permanent aux pays qui sont le plus avancés dans leur programme. Ce ne serait pas un accord de désarmement.
30. Il faut que l'on comprenne la position occidentale sur le désarmement. Nous devons nous assurer que le désarmement ne comporte pas de risques et qu'il ne donne pas encore plus de facilités à l'Union Soviétique pour accroître la tension dans diverses parties du monde, plaçant ainsi l'Occident dans une position de plus en plus désavantageuse. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les indices sont pour le moment incertains : tandis que la campagne de propagande soviétique en faveur du désarmement, tel qu'elle le conçoit, bat son plein, les navires de guerre russes font leur apparition en Méditerranée, et une Syrie complaisante est prête à tomber dans les bras des Soviets.
31. Le 26 août, l'Agence Tass a annoncé que l'Union Soviétique avait procédé, quelques jours auparavant, au lancement d'un engin balistique intercontinental. Toujours selon l'Agence Tass, les essais ont démontré qu'il était possible de diriger cet engin sur n'importe quel point du globe. Cette déclaration visait sans doute à exercer une pression sur les puissances occidentales participant aux négociations sur le désarmement. Quelques jours plus tard, M. Zorine rejetait les nouvelles propositions occidentales, et les travaux du Sous-Comité du Désarmement étaient interrompus. Les propositions plus récentes présentées par M. Gromyko devant l'Assemblée Générale des Nations Unies — interdiction de l'usage des armes nucléaires pendant cinq ans et interdiction des expériences atomiques pendant deux à trois ans — ne marquent pas un réel progrès par rapport à la position antérieure des Soviets, car elles ne font aucune offre sur la question de la production d'armes atomiques.
32. Il est vrai que M. Zorine a accepté, à propos des expériences nucléaires, que des postes de contrôle soient installés aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en U. R. S. S. et dans la « zone du Pacifique » pour contrôler l'arrêt des expériences, et qu'une commission internationale contrôle cette interdiction et fasse rapport au Conseil de Sécurité et à l'Assemblée Générale des Nations Unies. Si ces propositions sont un pas dans la bonne voie, en ce sens qu'elles reconnaissent la nécessité de contrôler l'interdiction des expériences atomiques, elles ne tiennent pas compte du point de vue occidental selon lequel la cessation des expériences, si elle ne s'accompagne pas d'une interdiction de la fabrication des matières fissiles, ne contribuerait guère à arrêter la course aux armements nucléaires.
33. Votre commission propose d'appuyer la thèse selon laquelle il est impossible d'envisager une suspension des expériences nucléaires sans prendre en considération une réduction de la production d'armes atomiques. Comme M. Harold Macmillan l'écrivait récemment à M. Boulganine : « Vous n'avez qu'un mot à dire pour qu'un véritable progrès soit assuré. » L'arrêt de la course aux armements est le problème le plus important qui soit actuellement débattu dans le monde. Il faut donc espérer que, maintenant que l'on dispose d'un plan général et concret, les négociations seront reprises et poursuivies avec vigueur de part et d'autre.
34. Le 29 juillet 1957, la France, la République Fédérale d'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis ont publié à Berlin une déclaration conjointe réaffirmant leur politique commune à l'égard de la réunification de l'Allemagne et de la sécurité européenne. Cette déclaration rappelle la responsabilité assumée en 1945 — et confirmée en 1955 à Genève — par les États- Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Union Soviétique en ce qui concerne la réunification de l'Allemagne, qui « n'est pas seulement une exigence élémentaire de justice pour le peuple allemand, mais la seule base solide d'un règlement durable en Europe ». La déclaration ajoute qu'un Gouvernement de l'ensemble de l'Allemagne ne peut être constitué que par de libres élections à une assemblée nationale de toute l'Allemagne. La liberté pour une Allemagne réunifiée de décider de ses alliances politiques et militaires est nettement proclamée. Cela signifie qu'une Allemagne réunifiée sera libre, si elle le désire, de se retirer de l'O. T. A. N. Ce point avait été précisé antérieurement, mais il n'avait pas fait l'objet d'une déclaration des quatre puissances. La Déclaration de Berlin a, de nouveau, fait comprendre clairement à l'Union Soviétique que les puissances occidentales sont disposées à prendre des mesures pratiques afin de tenir dûment compte, en cas de réunification de l'Allemagne, du légitime souci de sécurité de tous les pays intéressés. Elles se sont déclarées prêtes à aborder les négociations « dans un esprit souple et accommodant », en vue de parvenir à une entente.
35. L'Union Soviétique prétend, elle aussi, vouloir la réunification de l'Allemagne. Dans un mémorandum publié juste avant la déclaration des quatre puissances, le Gouvernement de la zone d'occupation soviétique en Allemagne a proposé la création d'une fédération de toute l'Allemagne à laquelle l'Allemagne de l'Est avec son régime qui ne représente rien, devrait, participer. Le même point de vue a été exprimé dans la note du Gouvernement soviétique en date du 7 septembre 1957. Le communiqué publié le 13 août 1957, à l'issue de la visite de M. Khrouchtchev en Allemagne de l'Est, déclarait également : « Il ne peut être question de réunifier l'Allemagne aux dépens de la République Démocratique Allemande et des conquêtes sociales des travailleurs de cette République. » Il y a lieu de craindre que la seule solution que l'Union Soviétique soit actuellement disposée à envisager est celle d'une réunification qui garantirait le maintien du régime communiste en Allemagne orientale et marquerait le début d'une influence communiste dans la République Fédérale.
La solution de la question allemande qui, dans la situation mondiale actuelle, est liée à tant d'autres problèmes, ne paraît possible que dans le cadre d'un vaste règlement entre l'Ouest et l'Est. L'Assemblée a constamment affirmé qu'une Europe unie, de par son existence même, contribuerait puissamment à la réalisation d'un tel règlement. En fait, il n'y a guère d'espoir de résoudre le problème allemand si les pays d'Europe occidentale continuent à suivre des politiques nationales indépendantes et parfois même contradictoires. C'est pourquoi la définition d'une politique extérieure commune aux pays européens est particulièrement importante et urgente pour la solution de ce problème spécifique, dont l'Assemblée a toujours considéré qu'il ne concernait pas la seule Allemagne, mais constituait l'un des problèmes européens les plus vitaux.
37. La vie en Hongrie au cours de ces derniers mois a été essentiellement marquée par la série de procès organisés contre les personnes qui avaient participé au soulèvement. Les concessions et les promesses soutirées en octobre dernier sont définitivement répudiées. Une session de l'Assemblée Nationale (la première depuis août 1956), qui s'est tenue en mai, a ajourné pour deux ans les élections qui auraient dû avoir lieu à cette date.
38. Le 20 juin 1957, le Comité spécial des Nations Unies a publié son rapport, qui non seulement confirme que l'insurrection hongroise d'octobre a été un mouvement national et spontané, mais dénonce en outre les violations des droits de l'homme dont se rend coupable le régime de Kadar imposé par les Soviets. Ce rapport, adopté à l'unanimité par les délégués de l'Australie, de Ceylan, du Danemark, de la Tunisie et de l'Uruguay, qui composaient le Comité, déclare :
« Ce qui s'est produit en Hongrie a été une insurrection nationale spontanée provoquée par des griefs de longue date, dont l'un était la situation d'infériorité de la Hongrie par rapport à l'U. R. S. S. L'insurrection a été dirigée par des étudiants, des ouvriers, des soldats et des intellectuels parmi lesquels il y avait de nombreux communistes ou anciens communistes. Les insurgés ont souligné que le socialisme démocratique devait être la base de la structure politique hongroise, et que la réforme agraire et d'autres réalisations sociales devaient rester acquises. Il est faux de dire que l'insurrection ait été fomentée par des milieux réactionnaires en Hongrie ou qu'elle ait tiré ses moyens de milieux « impérialistes occidentaux ».
Affirmant qu'« il est établi que des troupes soviétiques venues d'autres pays ont été employées en Hongrie dès la première intervention », le Comité rappelle qu'« il n'existe dans le Traité de Varsovie aucune clause qui prévoit une intervention des forces armées de l'Union Soviétique aux fins de diriger les événements politiques sur le territoire de l'un quelconque des signataires »
A propos des déportations, le Comité affirme : « Depuis le 4 novembre 1956, un nombre considérable de citoyens hongrois ont été déportés en Union Soviétique; leur nombre ne peut être évalué avec précision, mais on l'estime à plusieurs milliers. Rien ne permet au Comité de penser que l'on ait renvoyé en Hongrie plus qu'une partie des déportés. » Le Comité aboutit à cette conclusion : « L'intervention armée massive d'une puissance sur le territoire d'une autre puissance, clans l'intention avouée de s'ingérer dans les affaires intérieures de cette dernière doit, aux termes de la définition que l'Union Soviétique elle-même a donnée de l'agression, être considérée comme une question dont la communauté internationale a lieu de se préoccuper. »
39. Le rapport du Comité spécial a été débattu et approuvé le 14 septembre 1957 par l'Assemblée Générale des Nations Unies. Celle-ci a en même temps condamné à une écrasante majorité l'intervention soviétique en Hongrie. Votre commission se félicite que les délégations des États membres du Conseil de l'Europe aient adopté une attitude commune sur cette question. On ne peut guère espérer que l'Union Soviétique cessera de bafouer l'autorité des Nations Unies, retirera ses troupes et renoncera à s'ingérer dans les affaires intérieures de la Hongrie, comme elle y a été formellement invitée l'an dernier; mais ce n'est pas parce que l'on n'a pu trouver de solution propre à rétablir la liberté en Hongrie que nous ne devons pas poursuivre sans relâche nos efforts en ce sens. Devant la campagne soviétique qui vise à duper les puissances afro-asiatiques en travestissant délibérément les faits, nous devons veiller à ce que la vérité sur l'insurrection d'octobre soit proclamée aux quatre coins du monde.
40. Votre commission saisit cette occasion pour réaffirmer que l'on ne saurait enregistrer d'amélioration durable dans les relations entre l'Union Soviétique et l'Occident tant que les pays satellites, dont les peuples aspirent ardemment à la liberté, seront maintenus en esclavage. Cela ne veut pas dire que l'Occident désire encourager ces peuples à se montrer hostiles et agressifs envers l'Union Soviétique. Au contraire l'Occident est convaincu qu'une solution durable ne sera possible que si des relations de bon voisinage peuvent être établies entre les pays en question et l'Union Soviétique. Dans une série de déclarations, les hommes d'État occidentaux ont affirmé qu'ils étaient prêts à contribuer à l'établissement de telles relations.
41. Comme nous l'avons indiqué plus haut, l'Union Soviétique a déposé devant les Nations Unies une résolution sur la coexistence pacifique d'une teneur assez surprenante. Elle est libellée en ces termes :
« L'Assemblée Générale,
Considérant que le renforcement de la paix universelle et le développement de relations amicales entre les Etats, indépendamment de leurs systèmes sociaux, est un des objectifs les plus importants des Nations Unies;
Notant avec satisfaction que plusieurs États ont récemment commencé à fonder leurs relations sur les principes suivants :
Reconnaissant que l'application de ces principes aux relations entre Etats contribuerait d'une manière très importante à diminuer la tension internationale et à étendre la coopération internationale,
Invite les Etats à se laisser guider dans leurs relations réciproques par les principes ci-dessus, et à régler tout différend surgissant entre eux par des moyens pacifiques. »
Votre rapporteur a déjà exposé les mobiles qui inspirent cette résolution. Mais si elle pouvait être prise au sérieux, si elle ne constituait pas un geste de propagande, elle voudrait dire que l'Union Soviétique reconnaît aux pays satellites le droit de décider librement de leur propre avenir. En tout état de cause, les puissances occidentales devraient prendre au mot l'Union Soviétique.
42. En Pologne, M. Gomulka a déclaré devant le 9e Plénum du parti unifié des travailleurs qu'il s'en tiendrait à la politique de la voie nationale polonaise vers le socialisme, proclamée lors du 8° Plénum, sans céder ni à la pression des staliniens ni à celle des partisans d'une politique plus libérale. Il a refusé d'admettre que la voie soviétique doive obligatoirement être suivie par les autres pays communistes. En même temps, il a défini les limites de la libéralisation polonaise.
43. M. Gomulka semble s'être acquis l'appui du maréchal Tito lors de sa visite à Belgrade, ce qui contribuera peut-être à consolider la position de son Gouvernement. Mais il paraît prudent de mettre en garde contre des espoirs excessifs quant à l'évolution future des événements. Les régimes polonais et yougoslave sont, l'un et l'autre, des régimes communistes, quelle que puisse être l'opinion réelle des deux peuples. Leur sort est donc indissolublement lié à celui du communisme mondial, et, malgré l'attitude individualiste des Gouvernements polonais et yougoslave pour ce qui touche à l'application pratique du communisme, il y a lieu de penser qu'ils ont tous deux intérêt à consolider et à fortifier le communisme mondial.
44. En Yougoslavie, M. Djilas, ancien Vice-Président de Yougoslavie, a été condamné le 4 octobre, après un procès à huis-clos, à sept ans d'emprisonnement; il était inculpé de « propagande hostile » au régime à la suite de la publication à l'étranger de son livre intitulé La nouvelle classe. En Pologne, l'hebdomadaire Po Prostu, qui, depuis plus d'un an, était l'organe des étudiants et intellectuels mécontents du parti communiste polonais et de l'administration, a été interdit.
45. Votre commission a déjà exprimé l'opinion qu'il ne serait peut-être pas indiqué de tenir à l'écart les Polonais, qui désirent renouer des relations avec l'Occident après plus de dix ans d'isolement, sous prétexte que leur régime n'est pas conforme à nos principes démocratiques. Le tout est de savoir si nous pouvons aider la Pologne à renforcer son autonomie et à réduire sa dépendance à l'égard du monde soviétique. Nous avons déjà dit que les puissances occidentales, tout en mesurant les difficultés de la chose, devraient apporter à la Pologne toute l'aide économique en leur pouvoir. Les Etats-Unis l'ont déjà fait.
46. La question de savoir si nous pourrions aller plus loin et établir, par exemple, des liens culturels plus étroits, dépend de l'évolution de la situation en Pologne.
47. Des liens plus étroits se sont maintenant forgés entre la Syrie et l'Union Soviétique. Les Syriens ont accepté une aide militaire ainsi qu'une assistance technique. Malgré la présence de communistes notoires parmi les dirigeants syriens, la politique actuelle de la Syrie est dictée par son désir d'indépendance et son hostilité envers Israël. Il se trouve qu'en suivant cette voie la Syrie est en passe de devenir une sphère d'influence soviétique, sa politique cadrant avec le programme d'exploitation des dissensions que se sont fixé les Soviets.
48. Les récents événements démontrent que l'Union Soviétique est déterminée à exploiter les régimes nationalistes à ses propres fins. A l'aide économique, aux échanges commerciaux et aux livraisons d'armements succèdent l'envoi de conseillers techniques et la pénétration politique. La plus grande menace pour la stabilité de cette région réside dans le fait que la Syrie servira probablement de tremplin pour des opérations subversives, d'inspiration communiste, dirigées contre ses voisins.
49. Face à ce nouveau défi, que peuvent faire les puissances occidentales? On a lancé l'idée d'une déclaration de renonciation à l'usage de la force, conformément à la Charte des Nations Unies. Mais là n'est pas le remède. La doctrine Eisenhower prévoit une aide militaire en cas d'agression non provoquée. Ce que les puissances occidentales doivent affronter au Moyen-Orient — non seulement en Syrie, mais aussi dans une moindre mesure en Egypte et au Yémen — c'est une campagne de grande envergure de l'Union Soviétique qui cherche à se faire des amis en prétendant favoriser l'indépendance et en fournissant des prêts avantageux, une aide technique et des armes démodées, comme prélude à la pénétration politique. La réponse de l'Occident doit être une riposte à cette expansion de la puissance, de l'influence et peut-être de l'idéologie communistes.
50. Votre commission est convaincue qu'à longue échéance, c'est sur le progrès économique et social que devra être fondée la stabilité du Moyen-Orient. Dès lors, les puissances occidentales doivent s'efforcer, conjointement, d'encourager et de développer la coopération économique clans cette région. Ainsi pourra peut-être se créer, en définitive, un climat de paix entre Israël et les Arabes. Dans le domaine social également, il y a place pour un vaste programme. Il existe actuellement en Irak un plan de développement d'une portée considérable. Le Pacte de Bagdad, outre qu'il joue un rôle militaire important dans la défense du monde libre, est doté d'une commission économique qui fait du travail utile. Il faut maintenant aider les autres pays arabes à coopérer entre eux et, avec l'aide et les conseils amicaux de l'Occident, s'ils les sollicitent, à développer leurs ressources à leur propre profit.
51. L'assistance économique généreusement accordée par les Etats-Unis aide les pays arabes à se transformer en Etats plus modernes, économiquement et politiquement sains. Quelle que soit l'importance de la doctrine Eisenhower, l'évolution de la situation au Moyen-Orient dépendra dans une large mesure du point de savoir si ce sont les Russes ou les Occidentaux que les Arabes considéreront comme leurs véritables amis.
52. Pour le moment, il importe essentiellement de s'employer à relâcher la tension provoquée par le différend entre les Etats arabes et Israël, le sort des réfugiés arabes et les problèmes en suspens relatifs au Canal de Suez.
53. Votre commission considère que la recherche d'une solution à tous ces problèmes urgents du Moyen-Orient doit être poursuivie par tous les moyens possibles et par un effort commun.