Annexe 1 – Commentaires du Comité directeur
pour les droits de l’homme (CDDH) sur la Recommandation 1791 (2007) de l’Assemblée parlementaire
1. Le Comité directeur
pour les droits de l’homme (CDDH) se félicite de la
Recommandation 1791 (2007) de l’Assemblée par- lementaire − «Situation des droits
de l’homme et de la démocratie en Europe», laquelle, avec la
Résolution 1547 (2007), est encore une illustration du rôle important d’initiative
et de pro- motion que joue l’Assemblée dans la dynamique des travaux
du Conseil de l’Europe dans le domaine des droits de l’homme. Ces
textes politiques fournissent un bilan clair des acquis en matière
de droits de l’homme, mais aussi des défis auxquels l’Europe est
confrontée dans ce domaine. Ils montrent la voie à suivre pour parvenir au
respect effectif des droits de l’homme et de la démocratie sur notre
continent. En particulier, en exigeant de l’Europe une tolérance
zéro à l’égard des violations des droits de l’homme, la recommandation
et la résolution apportent un bon éclairage quant aux priorités
à fixer à la coopération intergouvernementale en la matière dans les
années à venir. Dans ce sens, les présents commentaires sur la
Recommandation 1791 (2007), qui ne portent que sur les aspects relevant du mandat
du CDDH, doivent être perçus seulement comme une première réponse
aux nombreuses idées et propositions de l’Assemblée.
La situation des droits de l’homme en
Europe
2. D’une manière générale, le CDDH
fait siennes les analyses et les orientations proposées par l’Assemblée
dans la recommandation et la résolution et est d’avis qu’un suivi
devrait le cas échéant être donné aux questions de droits de l’homme
qui y sont soulevées (voir paragraphe 2.1).
3. Le CDDH souscrit pleinement à la nécessité de mettre entièrement
et rapidement en œuvre la Déclaration et le Plan d’action du Sommet
de Varsovie adoptés en 2005 (voir para- graphe 2.2).
4. Le CDDH considère très important que les travaux de sensibilisation
du Conseil de l’Europe et ses programmes de coopération et d’assistance
soient renforcés, ainsi que le préconise l’Assemblée parlementaire.
Il rappelle à cet égard la pertinence de la Recommandation Rec(2004)4
du Comité des Ministres concernant la Convention européenne des
droits de l’homme dans l’enseignement universitaire et la formation
professionnelle, élaborée au sein du CDDH et dont la mise en œuvre
fait l’objet d’un suivi. Le CDDH souligne également sa contribution
dans l’élaboration de l’étude de faisabilité d’un document politique-cadre sur
l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits de l’homme
Note (voir
paragraphe 2.3).
5. Le CDDH rappelle qu’il a déjà élaboré une étude sur les questions
juridiques et techniques concernant l’adhésion de l’Union européenne/Communauté
européenne à la Convention européenne des droits de l’homme
Note. Le traité de réforme
de l’Union européenne qui a été proposé peut également avoir des
implications pertinentes. Le CDDH réitère sa disponibilité pour
effectuer des travaux supplémentaires en rapport avec cette question
(voir paragraphe 2.5).
6. Le CDDH marque son accord avec l’Assemblée sur le besoin de
renforcer le soutien politique de la Cour européenne des droits
de l’homme ainsi que sur les mesures que l’Assemblée recommande
à cette fin. A cet égard, le CDDH rappelle que, comme cela lui a
été demandé par les Délégués des Ministres, il est en train d’élaborer
pour avril 2008 un rapport circonstancié sur le suivi de la Déclaration
du Comité des Ministres pour une action soutenue afin d’assurer
l’efficacité de la Convention européenne des droits de l’homme aux
niveaux national et européen. En outre, en juillet 2007, les Délégués
ont demandé au CDDH d’examiner d’une manière approfondie les suites
concrètes qui pourraient être données aux recommandations contenues
dans le rapport du Groupe de sages au Comité des Ministres (novembre
2006) et d’examiner toute autre proposition pertinente susceptible
de contribuer à la consolidation du système de protection des droits
de l’homme institué par la Convention. Le CDDH présentera un rapport
intérimaire en avril 2008 mettant l’accent sur les mesures proposées
qui pourraient être mises en œuvre sans amender la Convention. Un
rapport ultérieur portant sur les propositions qui exigeraient des
amendements à la Convention sera présenté en avril 2009. Enfin,
le CDDH est appelé à procéder à une évaluation des premiers effets
produits par le Protocole no 14 au cours de la première année qui
suivra son entrée en vigueur et à la soumettre aux Délégués (voir
para- graphe 2.6).
7. Le CDDH marque également son accord avec l’Assemblée sur le
fait que les autres mécanismes de contrôle et de suivi du Conseil
de l’Europe, ainsi que l’institution du Commissaire aux droits de
l’homme devraient avoir un soutien politique renforcé. Dans son
rapport sur la protection des droits de l’homme pendant les conflits
armés et dans les cas de troubles et de tensions internes
Note, tout comme dans ses discussions
sur les défenseurs des droits de l’homme, le CDDH a rappelé le rôle
particulier qui incombe au commissaire (voir paragraphes 2.6-2.7).
8. Le CDDH convient avec l’Assemblée qu’il est nécessaire que
le Comité des Ministres apporte une réponse politique adéquate aux
violations les plus graves des droits de l’homme et souligne que
la Cour et les autres mécanismes de contrôle ne peuvent pas faire
face seuls à de telles violations, le Comité des Ministres devant
renforcer son soutien politique. A cet égard, le CDDH estime que
le Comité des Ministres devrait appeler les Etats membres à examiner
l’opportunité de signer et ratifier la nouvelle Convention des Nations Unies
pour la protection de toute personne contre les disparitions forcées.
Il estime également que les Etats membres devraient être appelés
à coopérer pleinement avec le Comité européen pour la prévention
de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants
et à publier systématiquement ses rapports (voir paragraphes 3-3.2).
9. Concernant les allégations de détentions secrètes et les transferts
interétatiques illégaux, le CDDH estime avec l’Assemblée qu’il faut
examiner les divers problèmes éventuels au regard des droits de
l’homme soulevés dans ce domaine. Faisant suite à la demande du
Comité des Ministres, il compte aborder ces questions dans des commentaires
séparés concernant les Recommandations de l’Assemblée parlementaire 1754
(2006) et 1801 (2007) (voir paragraphe 3.3).
10. Le CDDH partage l’avis de l’Assemblée quant à l’utilité de
lignes directrices pour les Etats membres concernant la question
de l’impunité dont jouissent, dans certains Etats membres, les auteurs
de violations graves des droits de l’homme. Un tel instrument, élaboré
notamment sur la base de la jurisprudence pertinente de la Cour
européenne des droits de l’homme, enverrait un signal clair de la
volonté de l’Europe de mettre fin à l’impunité des violations des
droits de l’homme et aurait une valeur ajoutée réelle, non seulement
à l’égard des Etats membres, mais aussi au-delà de notre continent.
Le CDDH exprime sa disponibilité pour contribuer à l’élaboration
d’un tel instrument, en coopération notamment avec le Comité européen
pour les problèmes criminels (CDPC) (voir paragraphe 4).
11. S’agissant du besoin de soutenir les défenseurs des droits
de l’homme en Europe et de garantir l’existence de mécanismes efficaces
de protection dans des cas urgents, le CDDH rappelle que le Conseil
de l’Europe a organisé un colloque spécifique à ce sujet en 2006.
Cet événement a permis d’identifier les obstacles que les défenseurs
des droits de l’homme rencontrent au niveau national, et de définir
plusieurs mesures à prendre pour encourager et promouvoir leur action
et pour assurer l’existence de mécanismes efficaces de protection
dans des cas urgents. En avril 2007, le CDDH a pris note du rapport
d’activité «L’action du Conseil de l’Europe pour améliorer la protection
des défenseurs des droits de l’homme et promouvoir leurs activités»,
élaboré par un groupe de travail spécifique. Le rapport final contient
des propositions concrètes pour l’action du Conseil de l’Europe
dans ce domaine, et une déclaration (voir para- graphe 5).
12. En gardant à l’esprit les mécanismes existants (par exemple
celui de l’article 52, le Commissaire aux droits de l’homme, etc.),
le CDDH estime qu’il faudrait examiner de manière approfondie les
voies et les moyens disponibles pour réagir rapide- ment et efficacement
aux allégations d’abus systématiques relatifs aux droits de l’homme
et déclare au Comité des Ministres sa disponibilité pour examiner,
en étroite coopération avec l’Assemblée, l’opportunité de créer
un mécanisme doté de pouvoirs d’investigation appropriés (voir paragraphe
7).
13. Concernant le terrorisme il importe de rappeler que, outre
les Lignes directrices sur la protection des droits de l’homme dans
la lutte contre le terrorisme adoptées par le Comité des Ministres
en juillet 2002, le CDDH a élaboré une série de Lignes directrices
sur la protection des victimes d’actes terroristes (mars 2005). Ces
instruments sont devenus des références en la matière. Le Séminaire
sur la protection des droits de l’homme dans la lutte contre le
terrorisme que le CDDH a organisé en juin 2005 a permis d’approfondir
ces aspects pour aider les Etats membres à mettre pleinement en
œuvre les lignes directrices. Le CDDH signale par ailleurs que,
en raison des autres travaux qu’il mène actuellement, il n’est pas
en mesure d’entreprendre le suivi régulier de la législation et
de la pratique des Etats membres dans ce domaine, comme l’Assemblée
l’a préconisé. Toutefois, il envisage de reconsidérer cette invitation
d’ici à un an, une fois qu’il aura parachevé plusieurs activités
aujourd’hui prioritaires (voir paragraphe 8).
14. Comme l’Assemblée, le CDDH convient que les activités du Conseil
de l’Europe de lutte contre la discrimination devraient être consolidées.
Il rappelle qu’il y a contribué par le biais de l’élaboration du
Protocole no 12 à la Convention européenne des droits de l’homme
et qu’il se réjouit de l’appel du Comité des Ministres aux Etats
membres d’examiner l’opportunité de signer et ratifier cet instrument.
S’agissant du respect et de l’acceptation de la diversité, le CDDH
mène actuellement des travaux pour assurer que le droit et la politique au
sein des sociétés multiculturelles se fondent sur les normes du
Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme. Ces travaux
Note ont déjà contribué à la préparation du futur
livre blanc du Conseil de l’Europe sur le dialogue interculturel
(voir paragraphe 9).
15. Le CDDH est également actif dans le domaine de la protection
des minorités nationales par le biais de son Comité d’experts DH-MIN
Note,
qui constitue un forum approprié d’échange d’informations et d’expériences sur
les politiques et les bonnes pratiques concernant la protection
de ces minorités. Le comité est en train d’examiner des thèmes d’actualité
tels que l’accès des minorités nationales aux nouveaux médias ou
la promotion de l’usage des langues maternelles dans les communautés
minoritaires. Il est également en train d’étudier une proposition
visant à aborder la question de la pertinence, pour les nouvelles
communautés, des instruments existants en matière de protection
des minorités nationales et de non-discrimination, qu’ils soient juridiquement
contraignants ou non (voir paragraphe 9).
16. Comme l’Assemblée, le CDDH estime que, pour améliorer davantage
la protection des droits sociaux et économiques fondamentaux, tous
les Etats membres devraient examiner l’opportunité de signer et/ou
ratifier la Charte sociale européenne révisée (STE no 163) et de
s’y conformer totalement, ainsi que d’accepter la procédure de réclamation
collective de la Charte. Ils devraient également étudier la question
de l’adhésion de l’Union européenne à cette Charte. Pour sa part,
le CDDH a élaboré la Recommandation no R (2000) 3 sur le droit à
la satisfaction des besoins matériels élémentaires des personnes
en situation d’extrême précarité, adoptée par le Comité des Ministres
en janvier 2000. Depuis son adoption, il a procédé à des échanges
de vues réguliers sur la question de la protection éventuelle de
certains droits sociaux dans le cadre de la Convention européenne
des droits de l’homme. Il se tient régulièrement informé des développements
en matière de droits sociaux au sein des diverses instances du Conseil
de l’Europe, ainsi que de l’Union européenne et des Nations Unies
(voir para- graphe 10).
17. Parmi les personnes se trouvant dans des situations particulièrement
vulnérables auxquelles l’Assemblée fait allusion, le CDDH signale
qu’il examine actuellement la protection des droits de l’homme des personnes
faisant l’objet de procédures d’asile accélérées. Il envisage l’élaboration
de lignes directrices dans ce domaine, principalement sur la base
des informations très abondantes qu’il est en train de recueillir
sur la situation juridique et les pratiques des Etats membres. Le
CDDH estime avec l’Assemblée que la question des droits des migrants
irréguliers mérite davantage de considération et se déclare prêt
à contribuer aux travaux dans ce domaine (voir paragraphes 11-12).
18. Les problèmes très graves mentionnés par l’Assemblée concernant
la violence à l’égard des femmes, y compris la violence domestique,
sont traités en particulier par le Comité directeur pour l’égalité
entre les femmes et les hommes (CDEG). S’agissant de l’invitation
lancée par l’Assemblée pour développer une stratégie efficace d’élimination
des mariages forcés et des mariages d’enfants, il convient de noter
que la Recommandation Rec(2002)5 du Comité des Ministres aux Etats
membres sur la protection des femmes contre la violence définit
les mariages forcés comme une forme de violence contre les femmes,
et appelle les Etats membres à prohiber de telles unions, y compris
les mariages précoces. Par ailleurs, le CDEG a examiné attentivement
cette question dans 28 Etats membres, y compris celle des mariages
précoces et des mariages d’enfants, dans son étude «Les mariages
forcés dans les Etats membres du Conseil de l’Europe − Législation comparée
et actions poli- tiques»
Note. L’étude débouche sur une liste
de recommandations dans des domaines divers, constituant ainsi une
stratégie visant à éliminer efficacement ces pratiques. Il convient
en outre de noter qu’une
task force a
été mise en place pour superviser la mise en œuvre de la Campagne
du Conseil de l’Europe pour combattre la violence à l’égard des
femmes, y compris la violence domestique
Note.
A l’issue de la campagne, en juin 2008, le groupe soumettra au Comité
des Ministres un rapport final d’activités, qui comprendra des conclusions
et des évaluations des mesures et des actions entreprises au niveau
national dans le cadre de la campagne, ainsi que des recommandations
adressées au Conseil de l’Europe pour des actions futures dans ce
domaine. Ces recommandations fourniront au Comité des Ministres
une base permettant de définir d’autres mesures nécessaires pour
combattre la violence à l’égard des femmes. Le CDDH exprime sa disponibilité
pour contribuer, dans la perspective des droits de l’homme qui est
la sienne, à des travaux intergouvernementaux qui pourraient être
menés dans ce domaine (voir paragraphe 13).
19. Quant à la recommandation de l’Assemblée relative aux mesures
destinées à garantir le droit à un environnement sain, viable et
décent
Note, le CDDH
rappelle les travaux qu’il a menés et qui ont abouti à la publication
en 2006 du manuel
Droits de l’homme et
environnement – Principes tirés de la jurisprudence de la Cour européenne
des droits de l’homme, destiné à apporter des éclairages
sur les liens existant entre les droits de l’homme et l’environnement,
et à contribuer ainsi au renforce- ment de la protection de l’environnement
au niveau national. Le manuel montre que la Convention offre déjà
indirectement, à travers les droits de la Convention, un certain
degré de protection en matière d’environnement. Le CDDH se féliciterait
si le Comité des Ministres encourageait les Etats membres à traduire
et à diffuser le manuel auprès des diverses autorités compétentes
(voir paragraphe 14).
20. Le CDDH partage entièrement l’approche de l’Assemblée selon
laquelle l’efficacité des conventions du Conseil de l’Europe dans
le domaine des droits de l’homme est considérablement réduite du
fait des réserves ou des déclarations interprétatives restrictives.
Il envisage de procéder en 2008, lors de ses tours de table réguliers
sur l’état des signatures et ratifications des Protocoles nos 12,
13 et 14 à la Convention, à des échanges d’informations sur les
réserves ou déclarations interprétatives restrictives formulées
par les Etats membres au moment de la signature ou de la ratification
de ces protocoles. Dans ce contexte, le CDDH est obligé d’exprimer
sa très forte inquiétude du fait que le Protocole no 14 n’est pas
entré en vigueur parce qu’il n’a pas encore été ratifié par un Etat
membre, la Fédération de Russie. Cette situation affecte de façon défavorable
l’efficacité de la Convention.
L’état de la démocratie en Europe
21. Sans entrer dans des commentaires
détaillés sur cette section qui n’entre pas directement dans son mandat,
le CDDH souhaite néanmoins souligner que les droits de l’homme et
la démocratie sont liés de façon intrinsèque, comme c’est le cas
aussi pour le respect de l’Etat de droit. Le CDDH souhaite informer
le Comité des Ministres que les travaux sur un projet de convention
du Conseil de l’Europe sur l’accès aux documents publics sont sur
le point d’être parachevés. Il est attendu de cet instrument qu’il
apporte une contribution majeure au renforce- ment de la démocratie
participative dans les Etats membres.