Défaillance de l’Etat de droit en Moldova, où l’on a laissé une foule en colère empêcher la manifestation légale de personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transsexuelles (LGBT)
Réponse à Question écrite
| Doc. 12129
| 23 janvier 2010
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1075e réunion des Délégués des Ministres (20 janvier 2010) 2010 - Première partie de session
- Réponse à Question écrite
- : Question écrite n° 548 (Doc. 11643)
- Thesaurus
Question écrite no 548
de M. Hancock (Doc. 12129)
Le 11 mai 2008, une manifestation de « fierté homosexuelle »
prévue à Chisinau n’a pu avoir lieu, parce qu’une foule hostile
et potentiellement violente de deux cents à quatre cents personnes
assiégeait soixante manifestants dans leur bus en criant des slogans
tels que « Tabassez-les à mort ! » ou « Ne les laissez pas s’échapper ! »
Au bout de quarante-cinq minutes, les manifestants ont été obligés
de céder leurs drapeaux et leurs bannières et de renoncer à manifester.
Les forces de l’ordre n’ont pas réagi, malgré la présence de six véhicules
de police à cent mètres de là. Neuf demandes d’aide lancées à la
police par téléphone sont restées sans réponse.
Conformément à la nouvelle loi moldave sur les réunions, l’organisation
pour les droits de l'homme des LGBT GenderDoc M. – organisatrice
de cette réunion – avait prévenu les autorités locales de son intention
de tenir une manifestation. Elle avait aussi demandé la protection
de la police. Or, bien que la nouvelle loi n’habilite par les pouvoirs
locaux à interdire une manifestation, Dorin Chirtoaca, maire de
Chisinau, a publié le 8 mai une interdiction de la manifestation
« afin d’éviter toute tension dans le corps social », en invoquant
« le désaccord des organisations religieuses, des lettres d’écoliers
et d’habitants de la ville de Chisinau, ainsi que le point de vue
d’associations publiques et de citoyens […] qui accusent les minorités
sexuelles d’agressivité et de violation des valeurs spirituelles
et morales. »
En comprenant les quatre manifestations annuelles de « fierté
homosexuelle », la manifestation de 2008 a été la huitième à laquelle
prenait part la communauté LGBT qui ait été interdite ou, du moins,
empêchée depuis 2005. Aucune n’a pu avoir lieu.
Dans leurs remarques sur l’interdiction de la manifestation
de « fierté » de 2007, les Rapporteurs pour la Commission de suivi
de l’Assemblée notent que la Cour suprême de Moldova avait interdit
la marche de la « fierté » en 2006 comme étant illégale dans la
mesure où elle était injustifiée et disproportionnée en vertu de l’Article
11 de la Convention européenne des droits de l'homme. Ils poursuivent
dans ces termes : « Néanmoins, les autorités de Chisinau ont interdit
à nouveau l’organisation de certaines manifestations prévues dans
le cadre du festival 2007 de « fierté LGBT » […] Nous déplorons
qu’après l’arrêt définitif de la Cour suprême de la Moldova, les
autorités de Chisinau continuent à violer le droit et à priver les
représentants de la communauté LGBT de leur droit à la liberté de
réunion […] Nous comptons que les autorités moldaves prendront les
mesures nécessaires pour mettre fin à cette pratique. »
Dans les informations qu’elles ont fournies au Comité des
Ministres aux fins de réponse à la Question écrite n° 524 sur l’interdiction
de la manifestation de « fierté homosexuelle » prévue à Chisinau
en 2007, les autorités moldaves ignorent à la fois l’arrêt susmentionné
de la Cour suprême et les commentaires des Rapporteurs de l'Assemblée,
dans la mesure où elles se bornent à indiquer que le conseil municipal
de Chisinau a « décidé de ne pas autoriser » la marche « pour des
raisons de sécurité publique et afin de prévenir des troubles ».
Elles passent également sous silence l’interdiction d’une autre
manifestation en décembre 2007.
Il est clair que l’État de droit a connu de graves défaillances
en Moldova. Les autorités ont ignoré l’arrêt de la Cour suprême
et ont agi comme si la nouvelle loi sur les réunions n’existait
pas. De plus, il existe des preuves circonstanciées que la police
et les pouvoirs publics ont trempé dans des actions illégales relevant
de la « loi de la foule ».
Les événements décrits ci-dessus et l’insuffisance des informations
fournies au Comité des Ministres par les autorités moldaves aux
fins de réponse à la Question écrite n° 524 donnent à penser, en
outre, qu’à tous les niveaux administratifs de Moldova, il existe
une répugnance à respecter les droits fondamentaux des personnes
lesbiennes, gays, bisexuelles et transsexuelles.
M. Hancock demande au Comité
des Ministres:
Le Comité des Ministres demandera-t-il aux autorités moldaves:
- de prendre d’urgence toutes
mesures nécessaires pour que de telles défaillances de l’État de
droit ne se reproduisent plus à l’avenir ;
- d’enquêter sur le fait que la police n’a pas assuré la
protection des manifestants, en poursuivant les responsables ou
en leur infligeant des sanctions disciplinaires, le cas échéant ;
- de confirmer sans équivoque qu’elles reconnaissent le
droit de la communauté LGBT d’exercer sa liberté de réunion ;
- d’exposer les mesures qu’elles prendront pour mettre fin
à la pratique consistant à dénier la liberté de réunion aux personnes
LGBT, comme le préconisent les Rapporteurs de l’Assemblée parlementaire ;
- de s’engager sur un ordre du jour spécifique pour l’introduction
d’une législation assurant la protection contre toute discrimination
fondée sur l’orientation et l’identité sexuelles, ainsi que pour
la mise en œuvre de programmes de formation et de sensibilisation
à tous les niveaux administratifs, mais particulièrement auprès
des collectivités locales et de la police ?
En outre, le Comité des Ministres présentera-t-il un rapport
sur l’état d’avancement de son étude (annoncée initialement en réponse
à la Question écrite n° 524) relative à la manière dont on pourrait
intensifier l’action du Conseil de l'Europe visant à soutenir les
droits de l'homme des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transsexuelles ?
Réponse du Comité des Ministres
1. Le Comité des Ministres rappelle
que dans sa réponse à la Question écrite n° 524 sur « L’interdiction d’une
manifestation d’homosexuels à Chisinau », adoptée le 7 novembre
2007 lors de sa 1010e réunion, il avait estimé que « à l’instar
de tous les autres Etats membres, la Moldova a ratifié la Convention
européenne des droits de l’homme et s’est engagée à garantir le
respect de tous les droits de la Convention, y compris les droits
à la liberté d’expression et à la liberté de réunion pour toute
personne relevant de sa juridiction, sans aucune discrimination.
Bien que la Convention permette des restrictions à l’exercice des
droits à la liberté d’expression et à la liberté de réunion, celles-ci
doivent être prévues par la loi et constituer des mesures nécessaires
dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à la sûreté
publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à
la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des
droits et libertés d’autrui. Selon la jurisprudence établie de la
Cour européenne des droits de l’homme (la Cour), une manifestation
pacifique, qu’elle soit en faveur des droits des personnes lesbiennes,
gays, bisexuelles et transsexuelles (LGBT) ou d’autres personnes,
ne peut pas être interdite uniquement en raison de l’existence de
comportements hostiles envers les manifestants ou les causes qu’ils
défendent. Au contraire, il incombe à l’Etat d’adopter des mesures
raisonnables et appropriées afin d’assurer le déroulement pacifique
des manifestations licites. » La Cour a d’ailleurs souligné à plusieurs
occasions que toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle
– y compris en relation avec la liberté de réunion – était contraire
à la Convention
Note.
2. Le Comité des Ministres attire aussi l’attention sur les décisions
qu’il a prises à sa 1031eréunion (2 juillet 2008)
pour renforcer l’action du Conseil de l’Europe en matière de protection
des droits des LGBT. Tous les comités prenant part à la coopération
intergouvernementale ont été invités, dans le cadre de leur mandat,
à proposer des activités particulières pour renforcer, dans le droit
et la pratique, l’égalité des droits et de dignité des LGBT et combattre
la discrimination dont ces personnes sont victimes. Le Comité directeur
pour les droits de l’homme (CDDH) a aussi été chargé d’élaborer
une recommandation sur les mesures visant à lutter contre la discrimination
motivée par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, garantir
le respect des droits fondamentaux des LGBT et promouvoir la tolérance
envers ces personnes. Le CDDH a récemment finalisé un projet de
recommandation, lequel aborde la question de la liberté d’expression
et de réunion.
3. Le Comité des Ministres a été informé du fait qu’un « projet
de loi sur la prévention et la lutte contre la discrimination »
est en cours de préparation en Moldova et que le gouvernement a
proposé des amendements au Code pénal en vue de lutter contre et
de prévenir toute nouvelle discrimination fondée sur l’orientation
et l’identité sexuelles. Il estime que l’adoption et l’application
d’une telle législation constituera une étape importante dans la
résolution des problèmes soulevés par l’Honorable parlementaire.
4. Les autorités moldaves ont assuré le Comité des Ministres
de l’importance qu’elles accordent au principe de l’Etat de droit,
y compris le respect, par l’ensemble des autorités publiques, des
décisions des tribunaux nationaux et de la législation moldave.