Mettre fin à la violence et à la discrimination motivées par l’orientation et l’identité sexuelles en Turquie
Réponse à Question écrite
| Doc. 11986
| 08 juillet 2009
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1062e réunion des Délégués des Ministres (1er juillet 2009) 2009 - Quatrième partie de session
- Réponse à Question écrite
- : Question écrite n° 557 (Doc. 11796)
- Thesaurus
Nous saluons la décision annoncée le 27 novembre 2008, par
laquelle la Cour suprême d’appel de Turquie a annulé celle d’une
instance inférieure ordonnant la fermeture de Lambda Istanbul, un
groupe de défense des droits de l’homme des lesbiennes, gays, bisexuels
et transsexuels (LGBT).
Toutefois, un récent rapport de Human
Rights Watch intitulé «We
Need a Law for Liberation: Gender, Sexuality, and Human Rights in
a Changing Turkey» (Nous avons besoin d’une loi de libération:
genre, sexualité et droits de l’homme dans une Turquie en mutation)
démontre clairement que les défis du domaine des droits de l’homme
auxquels font face les LGBT en Turquie ne se limitent pas à la liberté
d’association. Le rapport fait notamment état:
- de preuves troublantes d’une
violence homophobe endémique;
- de récits détaillés d’irrégularités et de violences policières;
- d’exemples de lois formulées en termes trop vagues, comme
les «atteintes à la morale publique», exploitées pour harceler les
LGBT;
- de violences et de harcèlement à l’encontre de certaines
femmes lesbiennes et bisexuelles, notamment dans le cadre de «l’honneur»
de la famille;
- de préjugés extrêmes et d’une exclusion sociale à l’encontre
de nombreux transsexuels;
- du traitement des hommes homosexuels et des transsexuels
dans les forces armées, qui viole des arrêts de la Cour européenne
des droits de l’homme.
Rappelant la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales que la Turquie a signée,
M. Hancock demande au Comité des Ministres,
Quelles mesures le Comité des Ministres entend-il prendre
pour demander à un de ses Etats membres, la Turquie, de décrire
le programme par lequel il entend mettre en oeuvre les recommandations
du rapport de Human Rights Watch visant
à faire cesser les violences et la discrimination motivées par l’orientation
et l’identité sexuelles, et notamment:
- l’adoption d’une loi exhaustive de lutte contre la discrimination
énonçant des protections spécifiques contre toute inégalité de traitement
motivée par l’orientation et l’identité sexuelles dans tous les domaines
de la vie;
- la suppression des lois formulées en termes vagues, invoquées
pour harceler les LGBT;
- la modification des politiques militaires afin d’éliminer
des forces armées l’exclusion fondée sur l’orientation et l’identité
sexuelles;
- des mesures visant à garantir pleinement le respect et
la reconnaissance juridique du profond amour propre de chacun;
- la formation de tous les agents de la justice pénale aux
principes des droits de l’homme et de la non-discrimination à l’égard
des LGBT;
- la mise en oeuvre d’enquêtes et de poursuites adéquates
dans les affaires de violences et de viols à l’encontre de LGBT;
- la mise en place de garanties pour que les mesures de
lutte contre les violences domestiques soient appliquées sans discrimination
et en tenant compte des spécificités des problèmes d’orientation
et d’identité sexuelles;
- l’instauration de garanties afin que les organisations
des LGBT puissent jouir sans entraves de la liberté d’association.
Réponse du Comité des Ministres
1. En réponse à la question de
l’Honorable Parlementaire, le Comité des Ministres rappelle qu’il
est fortement attaché au principe de l’égalité des droits de tous
les êtres humains. Le message de tolérance et de non‑discrimination
du Conseil de l’Europe s’applique à toutes les sociétés européennes,
et la discrimination motivée par l’orientation sexuelle ou l’identité
de genre n’est pas compatible avec ce message.
2. Dans une série d’arrêts, la Cour européenne des droits de
l’homme (la Cour) a souligné que toute discrimination motivée par
l’orientation sexuelle est contraire à la Convention
Note. Elle a aussi reconnu que les Etats parties
ont l’obligation positive de mener des enquêtes effectives sur tout
cas suspect de décès ou allégation grave de mauvais traitements
pouvant déboucher sur l’identification et la sanction des responsables
Note.
Cette obligation positive est indépendante des caractéristiques
personnelles de la victime et s’applique non seulement aux cas d’agents
de l’Etat considérés comme responsables, mais aussi aux cas graves
portés à l’attention des autorités. Le Comité des Ministres rappelle
que tous les Etats membres doivent observer la Convention lors de
l’élaboration et de l’application de leur droit national, notamment
au vu de la jurisprudence de la Cour.
3. Le Comité des Ministres attire aussi l’attention sur les décisions
qu’il a prises à la 1031e réunion des Délégués
des Ministres (2 juillet 2008) pour renforcer l’action du Conseil
de l’Europe en matière de protection des droits des LGBT. Tous les
comités prenant part à la coopération intergouvernementale ont été
invités, dans le cadre de leur mandat, à proposer des activités
particulières pour renforcer, dans le droit et la pratique, l’égalité
des droits et de dignité des LGBT et combattre la discrimination
dont ces personnes sont victimes. Le Comité directeur pour les droits
de l’homme (CDDH) a aussi été chargé d’élaborer une recommandation
sur les mesures visant à lutter contre la discrimination motivée
par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, garantir le respect
des droits fondamentaux des LGBT et promouvoir la tolérance envers
ces personnes. Le Comité des Ministres souligne aussi qu’une recommandation
sur les droits de l’homme des membres des forces armées est en cours
d’élaboration dans le cadre du CDDH; elle tiendra compte, entre
autres, de la jurisprudence établie de la Cour qui proscrit l’interdiction
faite aux homosexuels d’entrer dans l’armée
Note.
4. Comme tous les Etats membres, la Turquie a ratifié la Convention
européenne des droits de l’homme (la Convention) et s’est engagée
à garantir le respect de tous les droits conventionnels, dont la
liberté d’association, à toutes les personnes de son ressort, sans
aucune discrimination.