Situation culturelle au Kosovo
Recommandation 1511
(2001)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 25 avril 2001 (12e séance)
(voir Doc. 9053,
rapport de la commission de la culture, de la science et de l’éducation,
rapporteur: Mme Poptodorova). Texte adopté par l’Assemblée le
25 avril 2001 (12e séance).
- Thesaurus
1. La culture et l’éducation figurent
parmi les premières victimes de tout conflit: celui du Kosovo n’a
pas fait exception à cette règle. Pourtant, elles représentent,
à long terme, un moyen des plus efficaces pour prévenir ce genre
de conflit, car elles contribuent à éradiquer les stéréotypes et
les préjugés, de même que l’intolérance qui les suscite.
2. Le système éducatif au Kosovo nécessite un soutien urgent
et massif, en raison non seulement de la destruction des installations
et du manque d’enseignants, mais aussi et surtout de la ségrégation
qui demeure entre les élèves et les étudiants d’origines ethniques
différentes et du risque potentiel que se développent des politiques
d’enseignement fondées sur une rhétorique nationaliste et un discours
de haine.
3. Parmi les autres grands problèmes en ce domaine figurent le
taux élevé d'abandon de la scolarité après le cycle primaire, en
particulier parmi les filles et en milieu rural, l’absence de formation
des enseignants et l’inadéquation des méthodes d’enseignement, le
très faible niveau de fréquentation des écoles maternelles, l’absence
de participation des parents depuis la fin du conflit, la non-scolarisation
des enfants handicapés et la corruption qui règne au sein de l’université.
4. Un autre domaine très préoccupant, dans lequel il est urgent
d’intervenir, est la protection du riche patrimoine culturel. Les
bâtiments historiques - ottomans, serbes et albanais - après avoir
souffert d’années d’abandon et de guerre, subissent maintenant les
conséquences d’une reconstruction menée à grande échelle, sans contrôle
ni réglementation.
5. On se trouve face à une situation chaotique, causée par des
difficultés financières, administratives et logistiques, par l’absence
de coordination entre les organisations internationales et non gouvernementales,
et par l’ampleur des activités non autorisées, voire illégales.
Un grand nombre de professionnels dévoués et compétents travaillent
dans des institutions locales isolées, contrariées dans leur action
et financièrement démunies depuis des années.
6. Le Conseil de l'Europe devrait aussi contribuer à ranimer
le paysage culturel, ainsi qu’à faire adopter une législation efficace
et une autorégulation dans le domaine des médias. Des programmes
concernant la jeunesse et le sport sont également nécessaires et
pourraient sensiblement aider à alléger le climat de tension.
7. Les récents conflits qu’ont connus les Balkans ont clairement
montré que les problèmes actuels ne peuvent être réglés qu’au seul
niveau local. L’Assemblée estime donc que le Conseil de l'Europe
devrait s’engager en faveur de la restauration et de la démocratisation
des systèmes éducatifs et culturels au Kosovo, parallèlement à ses
efforts dans le même sens menés en Serbie et au Monténégro, même
s’il n’est pas encore possible ou souhaitable de relier ces actions.
8. L’ampleur des défis auxquels la communauté internationale
doit faire face est sans précédent. La longue expérience du Conseil
de l'Europe en matière de coordination et d’aide en expertise, tant
en termes d’assistance technique que de médiation dans les questions
complexes de droit à l’éducation et à la culture, le met en mesure
d’apporter une contribution particulièrement importante.
9. A cet égard, l’Assemblée se félicite de deux accords signés
avec la Mission des Nations Unies au Kosovo (Minuk) et avec la Banque
mondiale concernant une aide à la réforme du système éducatif, depuis l’enseignement
primaire jusqu’à l’enseignement supérieur.
10. L’Assemblée se félicite également de la publication, en coopération
avec la Commission européenne, d’une étude sur l’état du patrimoine
culturel du Kosovo, menée dans le cadre du Programme de coopération et
d’assistance techniques et du Plan d’action pour le patrimoine culturel
au Kosovo.
11. En conséquence, l’Assemblée recommande au Comité des Ministres
d’assurer au Conseil de l'Europe les moyens de continuer à jouer
un rôle décisif en matière d’assistance et de promotion de la coopération
dans les domaines éducatif et culturel au Kosovo.
12. Elle recommande également au Comité des Ministres de poursuivre,
en collaboration avec la Minuk, ainsi qu’avec les organisations
internationales et non gouvernementales concernées, une évaluation approfondie
des besoins d’aide en matière de culture, d’éducation, de médias,
de patrimoine culturel, de jeunesse et sport, et, notamment:
12.1 de concourir dans ses domaines
de compétence à la rédaction d’un cadre juridique à l’intention du
gouvernement autonome provisoire du Kosovo;
12.2 de veiller à une décentralisation efficace des responsabilités
dans le domaine de l’éducation et de la culture, garantissant autant
que possible leur indépendance vis-à-vis des pressions politiques locales;
12.3 de soutenir le projet de formation de 26 000 enseignants
qui est en cours au Kosovo et qui constitue une mesure particulièrement
urgente dans le but d’améliorer la qualité de l’enseignement;
12.4 d’achever la révision des programmes d’étude et des manuels;
12.5 de favoriser les programmes d’échange et la mobilité générale
des professeurs et des étudiants, notamment en adoptant une approche
constructive des restrictions en matière de visas;
12.6 de continuer à encourager la réforme de l’enseignement
supérieur en vue d’élever le niveau de celui-ci, de garantir l’autonomie
de l’université, d’éradiquer la corruption et d’intégrer l’université
de Pristina dans le Processus de Bologne;
12.7 de promouvoir une politique d’équité dans la scolarité
des enfants kosovars en vue de combler le fossé qui sépare les groupes
ethniques et de tenir compte des besoins particuliers de l’enseignement des
enfants handicapés;
12.8 d’encourager le développement d’initiatives locales en
matière d’éducation, notamment de celles qui visent à s’opposer
à la pensée ségrégationniste, grâce à un soutien moral et matériel,
de sorte que les projets, jusqu’ici isolés, perdent leur caractère
exceptionnel;
12.9 de soutenir les organisations de jeunesse et de favoriser,
chaque fois que possible, le recours à l’éducation non formelle
afin de surmonter les divisions et d’abolir la discrimination.