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Personnes disparues du fait de conflits armés ou de violences intérieures dans les Balkans

Résolution 1414 (2004)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
voir Doc. 10251, rapport de la commission des migrations, des réfugiés et de la population, rapporteur: M. M. Çavusoglu). Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de l’Assemblée, le 23 novembre 2004
Thesaurus
1. La question non résolue des personnes disparues du fait des conflits dans les Balkans constitue un énorme problème humanitaire directement lié aux autres préoccupations humanitaires et politiques que sont le retour des réfugiés dans leurs foyers, l’instauration d’une confiance mutuelle entre les membres de différentes nationalités et la construction d’une paix durable.
2. Conséquemment aux conflits armés dans les Balkans, 32 542 personnes ont été déclarées disparues auprès du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et 22 322 d’entre elles sont toujours portées disparues, ce qui signifie que les familles n’ont reçu aucune nouvelle concernant leur sort.
3. L’Assemblée parlementaire rappelle que le droit de connaître le sort de parents disparus est un droit fondamental des familles concernées et que ce droit doit être respecté et mis en œuvre.
4. Les familles de personnes disparues se heurtent à toute une série de problèmes découlant de la vulnérabilité de leur situation. Déplacées de leur foyer et souvent privées de la présence de la personne qui était la principale source de revenu de la famille, elles sont confrontées à d’énormes difficultés financières, car des obstacles administratifs et juridiques les empêchent d’accéder aux pensions ou de bénéficier de droits à prestations.
5. L’Assemblée regrette la forte politisation du problème des personnes disparues et le manque de coopération au niveau régional entre les autorités des différents pays et entités dans les Balkans.
6. L’Assemblée note avec satisfaction la préparation d’un projet de loi relatif aux personnes disparues sous la responsabilité du ministère des Droits de l’homme et des réfugiés de Bosnie-Herzégovine en coopération avec le CICR et la Commission internationale pour les personnes disparues (CIPD). Elle encourage le Parlement de Bosnie-Herzégovine à adopter cette loi le plus rapidement possible.
7. L’Assemblée se félicite des efforts déployés par le CICR pour réunir les différentes autorités afin qu’elles discutent de ce problème et qu’elles échangent des informations, pour collecter des données ante mortem sur les personnes disparues et établir des listes de personnes disparues, pour fournir une assistance juridique aux familles de personnes disparues et sensibiliser les collectivités locales et le public aux problèmes que rencontrent ces familles, mais aussi pour apporter un soutien psychosocial à ces familles et un soutien aux associations de familles. Elle se félicite également de l’assistance technique apportée aux gouvernements par la CIPD dans le domaine des exhumations, des examens et de l’identification des personnes disparues.
8. La campagne de la CIPD, financée par l’Union européenne, pour la collecte des échantillons sanguins auprès des membres des familles des personnes disparues à la suite des conflits de l’ex-Yougoslavie vivant aujourd’hui dans les pays de l’Union européenne mérite tout le soutien de l’Assemblée. L’Assemblée souhaiterait que la collecte de données ante mortem en Europe et en Amérique du Nord, actuellement envisagée par les sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, soit mise en œuvre.
9. Le problème des personnes disparues en relation avec les événements au Kosovo est particulièrement complexe. L’Assemblée se déclare préoccupée de l’absence de stratégie claire de la part de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (Minuk) en vue de régler ce problème. Tant que la communauté internationale est responsable de l’administration du Kosovo et reste compétente pour régler la question des personnes disparues, elle doit faire en sorte que la situation évolue et que les ressources humaines et financières nécessaires soient suffisantes pour accélérer les processus d’identification et de restitution des restes humains, et pour aider les familles des personnes disparues.
10. L’Assemblée appelle donc les autorités de Bosnie-Herzégovine, de Croatie et de Serbie-Monténégro, ainsi que l’administration provisoire du Kosovo:
10.1 à dépolitiser la question des personnes disparues et à la considérer comme un problème humanitaire auquel toutes les autorités doivent accorder la priorité, sans marquer de différences fondées sur l’origine ethnique des personnes disparues et de leurs familles;
10.2 à intensifier les processus de réconciliation interethnique;
10.3 remplir les obligations qui découlent de la Convention européenne des Droits de l’Homme concernant les disparitions forcées, et plus particulièrement les personnes disparues ainsi que leurs familles, conformément à l’interprétation de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme, y compris le droit à ne pas subir de torture ni de peine ou traitement inhumain ou dégradant, le droit à la liberté et le droit à la vie;
10.4 à reconnaître le caractère persistant de la violation des droits des familles des personnes disparues et à fournir à ces familles des informations sur le sort de ces personnes et le lieu où elles se trouvent, conformément aux normes internationales, dont la Convention européenne des Droits de l’Homme et la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme;
10.5 à effectuer sans délai des enquêtes policières et judiciaires indépendantes, impartiales et efficaces sur tous les cas de disparition, grâce à une coopération inconditionnelle et bien organisée entre les pays et les entités;
10.6 à accorder aux familles des personnes disparues le droit à un recours effectif, y compris à réparation;
10.7 à veiller à ce que les autorités compétentes divulguent toutes les informations pertinentes concernant les personnes disparues et coopèrent sans réserve avec les enquêteurs, y compris en fournissant des informations sur le lieu où se trouvent les militaires soupçonnés d’avoir participé à des actes de disparition et en communiquant toute information officielle sur les activités de leurs forces armées qui pourrait s’avérer utile pour les enquêtes;
10.8 à établir des mécanismes efficaces de protection des témoins au niveau national;
10.9 à incorporer dans leur législation le droit des familles à savoir ce qu’il est advenu de leurs parents disparus dans le cadre de conflits armés et de violences intérieures, conformément aux dispositions pertinentes du droit international humanitaire;
10.10 à renforcer les mesures juridiques concernant le problème des personnes disparues par l’adoption d’une loi sur les personnes disparues qui introduira dans leur droit interne le statut de «personne disparue», ce qui permettra aux familles de ces personnes de bénéficier d’une assistance financière et juridique;
10.11 à améliorer leur coopération en matière de recherche des personnes disparues et de restitution des corps identifiés;
10.12 à accélérer le processus d’identification des corps exhumés à l’aide de tous les moyens disponibles: concordance d’ADN, concordance des données ante mortem et post mortem, identification visuelle, déterminés par les experts médico-légaux;
10.13 à mettre en place et/ou à développer au niveau national des capacités dans le domaine de l’expertise médico-légale et de la recherche de personnes disparues, et à les encourager à assimiler l’expérience du CICR et de la CIPD;
10.14 à améliorer l’échange d’informations sur les personnes disparues et à créer une liste récapitulative des personnes disparues selon des critères unifiés pour l’ensemble de la région;
10.15 à accorder la protection administrative et juridique nécessaire aux familles de personnes disparues;
10.16 à accorder aux civils portés disparus le statut de victimes de guerre et à inclure leurs familles dans le système de prestations sociales, comme pour les familles de militaires disparus;
10.17 à adopter des accords bilatéraux ou multilatéraux afin de mettre en place des procédures et/ou de faciliter celles en vigueur pour obtenir et/ou reconnaître les documents et décisions juridiques concernant les familles de personnes disparues ayant le statut de réfugiés ou de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays;
10.18 à répondre par un soutien approprié aux besoins matériels, financiers, psychologiques, juridiques et administratifs des familles de personnes disparues;
10.19 à prendre en considération les besoins des chefs de familles isolés, en tenant compte des besoins spécifiques des femmes se trouvant dans cette situation;
10.20 à former toutes les autorités concernées à l’application des dispositions juridiques et des procédures administratives relatives aux droits des familles des personnes disparues;
10.21 à encourager les réseaux familiaux et les associations de familles, qui peuvent servir de lieu de rencontre et de soutien mutuel.
11. En outre, l’Assemblée:
11.1 appelle les autorités des différentes entités de Bosnie-Herzégovine à renforcer leur coopération pour l’exhumation, l’identification et la restitution des restes des personnes disparues;
11.2 appelle les autorités de Serbie-Monténégro à accélérer le processus d’identification et le rapatriement des restes humains au Kosovo;
11.3 appelle les autorités de la Minuk au Kosovo:
a à élaborer une stratégie claire en ce qui concerne le problème des personnes disparues en associant des mécanismes de résolution judiciaires et non judiciaires;
b à accroître la capacité et la responsabilité au niveau local en ce qui concerne le problème des personnes disparues, tout en assurant un contrôle international des opérations afin de garantir la mise en œuvre la plus impartiale et la plus professionnelle possible de ces opérations;
11.4 encourage le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) à élaborer un programme spécial d’assistance pour les parents d’enfants disparus.
12. L’Assemblée invite également les gouvernements des Etats membres:
12.1 à aider les pays concernés à atteindre les objectifs énoncés aux paragraphes 10 et 11;
12.2 à soutenir l’initiative du groupe de travail des Nations Unies qui élabore un instrument international juridiquement contraignant pour protéger les personnes contre les disparitions forcées;
12.3 à sensibiliser le public au problème des personnes disparues en tant que préoccupation fondamentale relevant du droit international humanitaire et des droits de l’homme, et à encourager les médias à attirer l’attention du public sur ce problème et sur les besoins des familles de personnes disparues;
12.4 à fournir une assistance financière et technique aux pays et/ou aux organes officiels concernés dans le domaine des processus d’exhumation et d’identification;
12.5 à soutenir les activités du CICR visant à aider les autorités des pays concernés à renforcer leurs capacités en vue de résoudre le problème des personnes disparues;
12.6 à encourager la CIPD et le CICR à transférer leur expertise aux institutions nationales et à former des spécialistes nationaux aux techniques de police scientifique et d’expertise médico-légale;
12.7 à faciliter la collecte de données ante mortem en prélevant des échantillons sanguins auprès des familles de personnes disparues vivant en Europe;
12.8 à encourager la CIPD à améliorer l’échange d’informations avec les autorités croates, afin d’accélérer le processus d’identification des corps exhumés;
12.9 à fournir une assistance financière aux associations de familles de personnes disparues et aux organisations non gouvernementales effectuant la recherche des personnes disparues.
13. L’Assemblée demande que le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe continue à suivre de près la question des personnes disparues dans les Balkans, et en particulier en Serbie-Monténégro et au Kosovo, afin d’examiner sous l’angle des droits de l’homme la situation des familles de personnes ayant disparu sur le territoire du Kosovo.
14. L’Assemblée invite en outre la Banque de développement du Conseil de l’Europe à envisager favorablement le financement d’éventuelles demandes de projets, en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et en Serbie-Monténégro, en faveur des familles de personnes disparues, en particulier des projets portant sur le logement et la création d’une base de données centrale sur les personnes disparues dans la région.