Charte pénitentiaire européenne
Recommandation 1747
(2006)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Texte adopté
par la Commission permanente, agissant au nom de l'Assemblée, le
29 mai 2006 (voir Doc.
10922, rapport de la commission des questions juridiques
et des droits de l'homme, rapporteur: M. Michel Hunault; et Doc. 10936, avis
de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille,
rapporteur: M. Ali Riza Gülçiçek).
- Thesaurus
1. Le 27 avril 2004, l’Assemblée parlementaire
adoptait une
Recommandation
1656 (2004) sur la situation des prisons et des maisons
d’arrêt en Europe, dans laquelle elle recommandait au Comité des
Ministres d’élaborer, en liaison avec l’Union européenne, une charte
pénitentiaire européenne.
2. L’Assemblée regrette que sa proposition de charte pénitentiaire
européenne ait reçu un accueil mitigé au niveau du Comité des Ministres.
Elle prend note de la réponse à la
Recommandation 1656 (2004), que
le Comité des Ministres a adoptée en juin 2004, et par laquelle
il déclare entendre s’en tenir aux instruments existants et poursuivre
la mise à jour des Règles pénitentiaires européennes.
3. L’Assemblée se félicite de la décision prise par le Comité
des Ministres de mettre à jour la Recommandation no R (87) 3 du
Comité des Ministres sur les Règles pénitentiaires européennes et
salue le travail remarquable d’actualisation des règles pénitentiaires
effectué sous l’égide du Comité européen pour les problèmes criminels
(CDPC).
4. Pour autant, il est fondamental que l’Assemblée assure activement
le suivi des propositions qu’elle a faites dans le cadre de la Recommandation
1656 (2004). Dans les prisons de plusieurs pays d’Europe, la situation
demeure préoccupante, voire critique. La surpopulation, la maladie,
la malnutrition et les conditions sanitaires déplorables sont le
lot commun de centaines de milliers de détenus. L’existence de structures pénitentiaires
inadéquates, l’absence de réelle politique pénale, dans certains
Etats membres, et d’harmonisation véritable des politiques pénales
et pénitentiaires entre les Etats justifient, aux yeux de l’Assemblée,
que l’Europe se dote impérativement d’un instrument solide, efficace
et ambitieux au service de la promotion d’une véritable politique
pénitentiaire européenne, qui fixerait des normes réellement contraignantes
et des critères communs aux Etats membres, et qui permettrait d’harmoniser
les peines, les conditions de détention et le contrôle de leur application.
5. La charte pénitentiaire européenne vise à assurer le respect
des droits et de la dignité des personnes privées de liberté. Elle
a pour finalité d’établir des règles précises et obligatoires s’imposant
à tous les acteurs de la chaîne pénale quant au respect des droits
de l’homme pour toute personne privée de liberté dès le moment de
son arrestation, pendant la période de garde à vue, au cours de
l’emprisonnement avant et après jugement, et, au-delà, traitant
également de la réinsertion sociale des prisonniers.
6. Instrument solide, la charte pénitentiaire européenne le sera
dès lors que les principes et règles qu’elle contient donneront
lieu à un suivi attentif. Si l’on veut établir un cadre normatif
réellement contraignant pour les Etats parties, et garantir que
ses dispositions seront mises en œuvre de manière effective, la
charte doit se doter d’un mécanisme de contrôle approprié et efficace.
7. Instrument ambitieux, la charte pénitentiaire européenne le
sera également dès lors qu’elle s’adressera non seulement aux 46
Etats membres du Conseil de l’Europe, mais également aux Etats non
membres et à d’autres organisations, telle l’Union européenne.
8. A cet égard, l’Assemblée regrette qu’aucun Etat non membre
n’ait adhéré à ce jour à la Convention européenne pour la prévention
de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants
(STE no 126), en application de son Protocole no 1 (STE no 151).
9. En conséquence, et afin de promouvoir la mise en œuvre effective
de la Recommandation Rec(2006)2 sur les Règles pénitentiaires européennes
dans les Etats membres, l’Assemblée recommande au Comité des Ministres:
9.1 d’élaborer dans les meilleurs
délais une nouvelle convention qui contiendra des règles précises et
contraignantes pour les Etats parties concernant le traitement des
détenus, sur la base de la charte pénitentiaire européenne annexée
au rapport qui est à l’origine de la présente recommandation (
Doc. 10922);
9.2 d’associer aux travaux d’élaboration du projet de convention,
au niveau intergouvernemental, l’Union européenne, à travers le
Parlement européen et la Commission européenne;
9.3 de renforcer le rôle du Comité européen pour la prévention
de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants
(CPT), notamment en le chargeant d’une mission générale de contrôle
de la situation des lieux de détention et du respect des droits
des détenus;
9.4 d’examiner sa proposition de créer, en liaison avec l’Union
européenne, un observatoire européen des prisons chargé du contrôle
de la situation des lieux de détention en Europe, en s’appuyant sur
la structure existant au sein du Conseil de l’Europe – le CPT –
et en renforçant les missions de ce dernier.
10. L’Assemblée invite, en outre, le Comité des Ministres à promouvoir
de manière active la ratification de la Convention pour la prévention
de la torture et des peines ou traitement inhumains ou dégradants
auprès des Etats non membres.
11. Parallèlement, l’Assemblée appelle les Etats membres du Conseil
de l’Europe:
11.1 à mettre en œuvre
de manière active et sans délai la Recommandation Rec(2006)2 du
Comité des Ministres sur les Règles pénitentiaires européennes;
11.2 à adopter et à mettre en œuvre dans les meilleurs délais
des programmes nationaux destinés à améliorer les conditions pénitentiaires
et s’inspirant des principes figurant dans les Règles pénitentiaires européennes;
11.3 à renforcer, au niveau national, le rôle des ombudsmans/médiateurs
ainsi que les missions des parlementaires en matière de contrôle
des lieux de détention, afin de garantir la mise en œuvre effective des
Règles pénitentiaires européennes et de la future charte pénitentiaire.