S’agissant des obligations et engagements de l’Arménie en
matière de respect du principe de la prééminence du droit:
5.1 la mise en œuvre de la réforme
constitutionnelle et des réformes législatives qui devraient l’accompagner
nécessite l’accélération du processus législatif. Néanmoins, des
projets de loi importants à la fois pour la démocratie arménienne
et pour le respect de ses engagements vis-à-vis du Conseil de l’Europe
doivent être véritablement débattus au sein et en dehors du parlement
avec la participation de toutes les forces politiques ainsi que
de la société civile, et avec l’aide des experts internationaux.
De plus, l’adoption de lois ne suffit pas à elle seule pour mettre
en œuvre les réformes démocratiques. L’Assemblée demande aux autorités
arméniennes de prendre les mesures nécessaires pour que les lois soient
effectivement mises en œuvre, ce qui ne semble pas être toujours
le cas actuellement;
5.2 l’Assemblée se félicite du fait que la Constitution révisée
a octroyé le droit de saisir la Cour constitutionnelle aux citoyens
ordinaires, au défenseur des droits de l’homme (ombudsperson), aux membres
de l’Assemblée nationale à condition qu’un cinquième du nombre total
des députés soutiennent la requête, aux autorités locales et aux
tribunaux. L’Arménie a ainsi pu honorer son engagement en la matière.
Des centaines de personnes ainsi que le défenseur des droits de
l’homme et l’opposition parlementaire ont rapidement fait usage
de cette possibilité, et la Cour constitutionnelle a commencé à
jouer un rôle décisif en tant que garante des institutions du pays
et des droits de l’homme. L’Assemblée espère qu’elle jouera également
un rôle important dans le cadre du contentieux électoral lors des
prochaines élections en tant que garante d’un processus respectueux
des normes démocratiques;
5.3 à la suite de la réforme constitutionnelle, la composition
du Conseil de la magistrature est désormais conforme aux normes
européennes. Plusieurs lois ont déjà été modifiées afin de mettre
en œuvre les nouvelles dispositions constitutionnelles en matière
d’indépendance du pouvoir judiciaire. D’autres, comme celles liées
à l’éthique et à la formation des juges, font partie d’un projet
de code judiciaire sur lequel le Conseil de l’Europe a rendu un
avis d’experts et qui a été adopté en première lecture par l’Assemblée
nationale à la fin décembre 2006. L’Assemblée parlementaire demande
aux autorités arméniennes de mettre en œuvre le plus rapidement
possible la réforme du système judiciaire, y compris du parquet,
en prenant en compte les recommandations des experts du Conseil
de l’Europe. Pour renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire
dans les faits et éradiquer notamment la corruption, il faudra,
au-delà de la révision des lois, résoudre aussi les problèmes liés
au financement du judiciaire et à la rémunération des juges, et
assurer une formation accrue;
5.4 l’Assemblée regrette que les allégations de mauvais traitements,
notamment pendant la garde à vue, et d’extorsion de la part de la
police et du service de la sécurité nationale persistent. Le nombre limité
des condamnations d’agents de police pour abus ou excès de pouvoir,
par rapport aux plaintes déposées et au nombre plus élevé d’allégations
n’ayant pas abouti au dépôt de plaintes par crainte de mesures de
rétorsion, continue d’alimenter le sentiment d’impunité. L’Assemblée
prend acte des réformes législatives récentes ou en cours réalisées
avec l’assistance du Conseil de l’Europe, et espère qu’elles permettront
une amélioration de l’image de la police arménienne et un renforcement
des garanties de contrôle démocratique de son action. Elle rappelle
que, dans un Etat de droit, il ne suffit pas d’imposer des sanctions
disciplinaires contre les agents de la force publique qui ont commis
des infractions pénales; il faut aussi les poursuivre et les juger
au pénal;
5.5 l’Assemblée se félicite de la ratification des deux conventions
du Conseil de l’Europe en matière de lutte contre la corruption,
la Convention civile sur la corruption (STE no 174),
entrée en vigueur le 1er mai 2005, et la Convention pénale sur la
corruption (STE no 173), entrée en vigueur
un an plus tard, le 1er mai 2006. L’Assemblée
constate que, malgré la mise en place de plusieurs outils institutionnels visant
à accroître l’efficacité de la lutte contre la corruption, cette
dernière, partiellement alimentée par une économie souterraine,
une forte évasion fiscale et une criminalité organisée, reste un
problème grave en Arménie, affectant de nombreux secteurs du service
public, notamment la justice, la police, les douanes, le fisc, l’éducation,
la santé, le service des permis et les privatisations. L’Assemblée
demande aux autorités arméniennes de mettre en œuvre les recommandations
du Groupe d’Etats contre la corruption (GRECO) ainsi que celles
du MONEYVAL concernant la lutte contre le blanchiment des capitaux.
Une nouvelle stratégie anticorruption pour la période 2007-2009
doit être finalisée le plus tôt possible avec l’assistance du Conseil
de l’Europe.