Logo Assembly Logo Hemicycle

VIH/SIDA en Europe

Résolution 1536 (2007)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
Discussion par l’Assemblée le 25 janvier 2007 (8e séance) (voir Doc. 11033, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteuse: Mme McCafferty). Texte adopté par l’Assemblée le 25 janvier 2007 (8e séance).
Thesaurus
1. L’Assemblée parlementaire rappelle sa Résolution 812 (1983) relative au syndrome immuno-déficitaire acquis (sida), sa Recommandation 1080 (1988) relative à une politique européenne coordonnée de la santé pour prévenir la propagation du sida dans les prisons, sa Recommandation 1116 (1989) sur le sida et les droits de l’homme, ainsi que ses Résolution 1399 (2004) et Recommandation 1675 (2004) relatives à une stratégie européenne pour la promotion de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation, eu égard à l’impact dévastateur du VIH/sida sur le développement humain, social et économique.
2. Elle rappelle également les Directives internationales concernant le VIH/sida et les droits de l’homme, publiées par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies (HCDH) en 1998, ainsi que la Déclaration d’engagement sur le VIH/sida adoptée par la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/sida en 2001, le projet de déclaration politique adopté par la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/sida en 2006 et la Déclaration de l’Union européenne sur la prévention du VIH pour une génération sans sida, datant de décembre 2005.
3. Tout en réaffirmant les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) énoncés dans la Déclaration du Millénaire des Nations Unies, l’Assemblée reconnaît que ces objectifs ne pourront pas être atteints tant que des progrès ne seront pas réalisés dans le domaine de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida, ainsi que dans celui de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation.
4. L’Assemblée constate avec préoccupation que:
4.1 chaque année, le nombre de personnes infectées par le VIH ne cesse de croître;
4.2 physiologiquement et du fait de la discrimination, les femmes sont particulièrement vulnérables au VIH/sida;
4.3 l’ignorance et l’intolérance – parce qu’elles se traduisent par des actes discriminatoires dans le domaine de l’assistance médicale, de l’emploi, de l’éducation, du logement et, plus généralement, dans tout aspect lié au bien-être social des personnes touchées par le VIH/sida – restent des causes de marginalisation de ces personnes atteintes ou supposées être atteintes par ce virus;.
4.4 certains gouvernements se refusent encore à reconnaître l’existence et la gravité de la pandémie de VIH/sida, et à admettre que les préjugés et la discrimination auxquels se heurtent les personnes vivant avec le VIH/sida, en particulier les femmes, compromettent l’efficacité des réponses à cette pandémie.
5. L’Assemblée reconnaît que la pandémie mondiale de VIH/sida constitue une menace redoutable pour la vie et la dignité humaines, et pour la pleine jouissance des droits de l’homme, et que le plein exercice, par les personnes atteintes, des droits de l’homme et des libertés fondamentales est un élément essentiel de la réponse globale à la pandémie.
6. Elle affirme également que le respect, la protection et l’exercice des droits fondamentaux des femmes et des filles sont des composantes nécessaires et fondamentales de la lutte contre le VIH/sida. En outre, cette lutte ne saurait être dissociée du combat contre la pauvreté, laquelle touche principalement les femmes et les enfants, fragilisant ainsi la population active et entravant le développement social et économique.
7. L’Assemblée considère que, même si le recours aux médicaments antirétroviraux (ARV) associés à des traitements appropriés peut retarder la progression du VIH/sida, des millions de personnes infectées n’ont pas les moyens de s’offrir ces traitements. Dans ce contexte, l’Assemblée souligne que, aux termes de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (Accord ADPIC) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les membres de l’OMC peuvent autoriser la production de médicaments brevetés en cas d’urgence sanitaire; elle encourage les Etats membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à user pleinement de la souplesse qu’autorise l’Accord ADPIC pour promouvoir l’accès aux ARV et aux autres produits pharmaceutiques essentiels.
8. Consciente que, pour pouvoir exercer leurs droits, les personnes vivant avec le VIH/sida doivent avoir accès sans discrimination à certains services, notamment aux soins de santé et aux traitements ainsi qu’aux services sociaux et juridiques, dans un environnement social favorable, l’Assemblée est convaincue que:
8.1 la reconnaissance du degré atteint par la pandémie de VIH/sida dans chaque pays permettra aux gouvernements respectifs d’adapter leurs programmes de prévention, de traitement, de soins et d’assistance pour répondre à leurs besoins propres;
8.2 le renforcement des capacités dans le domaine de la santé publique est essentiel pour une prévention et un traitement efficaces du VIH/sida;
8.3 toute réponse à l’épidémie ne sera efficace que si elle s’attaque aux causes de sa propagation, notamment à la traite des êtres humains, en particulier la traite des femmes et des filles, à la toxicomanie et au trafic illicite de drogue, ainsi qu’à la violence sexiste; à ce propos, il faut souligner le rôle central de la famille, de la religion et des valeurs et principes éthiques fondamentaux traditionnels.
9. Soulignant que la pandémie du VIH/sida est une urgence à la fois médicale, sociale et économique, l’Assemblée appelle les parlements et les gouvernements des Etats membres du Conseil de l’Europe:
9.1 à faire en sorte que leurs lois, leurs politiques et leurs pratiques respectent les droits de l’homme dans le contexte du VIH/sida, en particulier les droits à l’éducation, au travail, au respect de la vie privée, à la protection et à l’accès à la prévention, aux traitements, aux soins et à l’assistance;
9.2 à protéger les personnes vivant avec le VIH/sida contre toute forme de discrimination tant dans le secteur public que dans le secteur privé, à promouvoir l’égalité entre les sexes, à assurer le respect de la vie privée et la confidentialité dans la recherche sur des sujets humains, et à prévoir des recours judiciaires, administratifs et civils rapides et efficaces en cas de violation des droits des personnes vivant avec le VIH/sida;
9.3 à assurer l’élaboration et la mise en œuvre accélérée de stratégies nationales d’émancipation des femmes, notamment par l’accès aux droits de propriété, par la promotion et la protection de la pleine jouissance par les femmes de tous leurs droits fondamentaux, et par la réduction de leur vulnérabilité au VIH/sida en éliminant toute forme de discrimination et de violence à l’égard des femmes et des filles, dont les pratiques traditionnelles ou coutumières nocives, les sévices, le viol et les autres formes de violence sexuelle; à protéger le droit qu’ont les femmes vivant avec le VIH/sida de prendre librement les décisions relatives à leur sexualité et à leur santé reproductive, en particulier en leur assurant l’accès aux services qui préviennent la transmission du VIH de la mère à l’enfant et en permettant aux femmes enceintes de recevoir un traitement ARV à long terme;
9.4 à adopter et à financer les mesures nécessaires pour garantir, de manière durable et pour toutes les personnes atteintes (quels que soient leur statut social, leur situation juridique, leur sexe, leur âge ou leur orientation sexuelle), la disponibilité et l’accessibilité de services et d’informations de qualité sur le VIH/sida en matière de prévention, de gestion, de traitement, de soins et d’assistance; cela englobe la mise à disposition de tous, en portant une attention particulière aux personnes et aux groupes vulnérables tels que les femmes et les enfants, de moyens de prévention du VIH/sida tels que les préservatifs masculins et féminins, les seringues stériles et les trousses de soins préventifs, la mise à disposition de médicaments ARV peu onéreux et d’autres médicaments sûrs et efficaces, d’un soutien psychologique, de moyens de dépistage et d’autres technologies de diagnostic;
9.5 à mettre en place des mesures pour renforcer la capacité des femmes et des adolescentes à se protéger du risque d’infection par le VIH, principalement par l’éducation, y compris l’éducation par les pairs, et par la mise à disposition de services de santé, notamment en matière de sexualité et de procréation;
9.6 à adopter les mesures nécessaires pour poursuivre, intensifier, conjuguer, rendre mutuellement bénéfiques et harmoniser les efforts nationaux et multinationaux de recherche-développement visant à mettre au point de nouveaux traitements contre le VIH/sida – y compris des médicaments spéciaux pour les enfants qui vivent avec le VIH/sida –, de nouveaux moyens de prévention et de nouveaux outils et tests de diagnostic, notamment des vaccins et des méthodes de prévention dont les femmes aient la maîtrise, telles que les microbicides;
9.7 à reconnaître les effets sanitaires, socio-économiques et autres du VIH/sida sur les individus, les familles, les sociétés et les nations, et à adopter les mesures législatives, administratives et sociales appropriées pour en enrayer la propagation;
9.8 à adopter et à mettre en œuvre des politiques respectueuses des droits fondamentaux des personnes vivant avec le VIH/sida, et, par l’intermédiaire de tous les médias disponibles, à défendre et à faire connaître leurs droits;
9.9 à élaborer et à mettre en œuvre une législation et des politiques nationales axées sur les besoins et les droits fondamentaux du nombre croissant d’enfants rendus orphelins et vulnérables par la pandémie de VIH/sida;
9.10 à interdire le dépistage obligatoire du VIH/sida pour les demandeurs de visas de tourisme, les demandeurs d’asile, les demandeurs d’emploi ou les personnes souhaitant s’inscrire à l’université, et à lui préférer le dépistage volontaire;
9.11 à établir des politiques et programmes nationaux coordonnés, participatifs, transparents et responsables pour lutter contre le VIH/sida, et à concrétiser ces politiques nationales par des mesures au niveau des collectivités locales et des quartiers en associant à leur élaboration et à leur mise en œuvre, chaque fois que cela est possible, les organisations non gouvernementales et locales, les organisations religieuses, le secteur privé et, surtout, les personnes vivant avec le VIH/sida, en particulier les plus vulnérables d’entre elles, y compris les femmes et les enfants.
10. En outre, l’Assemblée invite les Etats membres du Conseil de l’Europe:
10.1 à préparer des stratégies nationales afin de juguler, d’ici à 2015, la propagation du VIH/sida et de commencer à inverser la tendance de cette pandémie;
10.2 à parrainer le lancement officiel de stratégies nationales contre le VIH/sida et l’établissement de bilans périodiques nationaux et régionaux sur les progrès de la lutte contre le VIH/sida et de la réalisation des OMD, en particulier dans le domaine de la lutte contre le VIH/sida;
10.3 à veiller à ce que les membres de l’armée et de la police ainsi que le personnel des opérations de maintien de la paix reçoivent une formation adéquate concernant le problème du VIH/sida, conformément à la Résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité;
10.4 à coordonner leur action et à apporter leur soutien à celles de l’Organisation des Nations Unies, des organisations non gouvernementales et des autres entités ou institutions participant à la prévention du VIH/sida, et à soutenir les travaux de ces dernières afin de défendre et de protéger les droits fondamentaux des personnes vivant avec le VIH/sida;
10.5 à traiter les problèmes de pauvreté intrinsèquement liés au VIH/sida, et à mettre en place des approches multisectorielles pour combattre ses effets négatifs sur le développement social et économique;
10.6 à affecter des ressources suffisantes à leur système de santé, y compris des ressources humaines et des ressources consacrées au VIH/sida (prévention, traitement, soins et assistance), en tenant compte des trois grands principes directeurs de l’ONUSIDA («Three Ones») à l’intention des autorités nationales et de leurs partenaires;
10.7 à appliquer les mesures recommandées dans le document de l’ONUSIDA/OMS intitulé «Guidance on ethics and equitable access to HIV treatment and care», afin d’encourager une répartition équitable des soins en matière de VIH lorsque les ressources sont limitées.
11. L’Assemblée appelle les parlements:
11.1 à légiférer ou à modifier la législation existante pour définir des normes nationales de protection des personnes atteintes par le VIH/sida, notamment celles appartenant à des groupes vulnérables, comme les femmes et les enfants, en portant une attention particulière à la situation de toutes les personnes ayant perdu un membre de leur famille proche du fait du VIH/sida;
11.2 à réviser et à adapter la législation pour qu’elle soit conforme aux Directives internationales concernant le VIH/sida et les droits de l’homme;
11.3 à légiférer pour punir quiconque transmet volontairement le VIH/sida.
12. Afin d’atteindre ces objectifs, l’Assemblée appelle les parlementaires:
12.1 à se tenir informés sur la question du VIH/sida et à se faire les avocats des personnes vivant avec le VIH/sida, en faisant preuve d’ouverture d’esprit face au VIH;
12.2 à dénoncer la stigmatisation et la discrimination sociale, à briser les tabous sociaux et à venir à bout des mythes;
12.3 à démontrer de manière visible la volonté et l’engagement politiques en faveur de la lutte contre le VIH/sida, à participer aux organismes nationaux de lutte contre le VIH et à soutenir les ONG, notamment les ONG à vocation religieuse et les organisations locales œuvrant dans le domaine de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation, des infections sexuellement transmissibles, du VIH/sida et de la toxicomanie, ainsi que les entreprises privées travaillant dans le domaine du VIH/sida;
12.4 à créer des commissions parlementaires et/ou d’autres structures officiellement liées aux parlements, ayant pour mission spécifique de juguler et d’inverser la tendance à la propagation du VIH/sida, de partager des expériences, des informations et des bonnes pratiques, et d’associer tous les secteurs de la société aux décisions importantes dans le cadre de programmes de partenariat;
12.5 à utiliser efficacement les processus parlementaires pour une responsabilisation accrue et à renforcer les mécanismes nationaux tels que les commissions, les tribunaux, la législation et les stratégies coordonnées afin de protéger, de faire appliquer et de superviser, dans leurs pays respectifs, les droits fondamentaux des personnes infectées ou affectées par le VIH/sida, et afin d’éliminer toute forme de préjugés et de discrimination, notamment à l’égard des groupes vulnérables.
13. Enfin, l’Assemblée demande d’accorder une attention particulière à la prévention du VIH/sida en diffusant des informations adéquates et ciblées, en faisant appel à tous les médias et relais disponibles, en sensibilisant et en éduquant les hommes et les femmes, en particulier les adolescents, garçons et filles; elle demande que l’éducation sexuelle soit inscrite dans les programmes scolaires, pour les filles comme pour les garçons, en tant que moyen de prévention; elle encourage vivement les organismes nationaux et locaux compétents à donner une priorité élevée à l’assistance aux femmes enceintes et aux mères allaitantes atteintes du VIH pour protéger leur bébé contre l’infection, ainsi qu’à administrer aux mères un traitement ARV pour ralentir la progression de l’infection du VIH/sida, leur permettant ainsi de vivre plus longtemps et en meilleure santé.
14. L’Assemblée estime qu’il serait utile d’étudier la possibilité et les modalités d’une application, à l’extérieur du contexte européen, des principes énoncés dans la présente résolution, ainsi que dans la Résolution 1537 (2007) intitulée «Un avenir pour les enfants atteints par le VIH/sida et les orphelins du sida», et la Recommandation 1785 (2007) sur la propagation du VIH/sida chez les femmes et les jeunes filles en Europe, et décide par conséquent de poursuivre ses études sur le VIH/sida dans la perspective des pays en développement et, tout particulièrement, de l’Afrique subsaharienne, si possible en étroite collaboration avec le Parlement panafricain (PPA), l’Association des parlementaires européens pour l’Afrique (AWEPA) et les organisations professionnelles compétentes.