Biodiversité et changement climatique
Recommandation 1918
(2010)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 30 avril 2010 (18eséance)
(voir Doc. 12198, rapport de la commission de l’environnement, de l’agriculture
et des questions territoriales, rapporteur: Mme John-Calame). Texte adopté par l’Assemblée le
30 avril 2010 (18e séance).
- Thesaurus
1. Le rythme d’appauvrissement de
la diversité biologique est devenu largement supérieur à celui de l’extinction
naturelle.
2. Les activités humaines sont les principales responsables de
cet appauvrissement, que ce soit directement (pollution des sols,
des mers et des océans, introduction d’espèces invasives, etc.)
ou indirectement (accélération exponentielle du changement climatique
par diverses activités).
3. Le bon fonctionnement des écosystèmes est vital pour le bien-être
de l’humanité, car les ressources en eau, la fertilité des sols,
le bois de chauffage et de construction, l’alimentation, les médicaments,
les énergies fossile, solaire, éolienne ou géothermique, la régulation
du climat dépendent d’eux.
4. Le réchauffement climatique, réalité indéniable, qui se traduit,
à l’échelle mondiale, par une hausse des températures moyennes de
l’atmosphère et des océans, une fonte massive de la neige et de
la glace, et une élévation du niveau moyen des mers, représente
un défi sans précédent pour la biodiversité.
5. Selon certains experts, la température moyenne à la surface
de la Terre pourrait augmenter de 1,4 à 5,8 °C d’ici à la fin du
XXIe siècle, avec un réchauffement plus
important pour les zones terrestres et les latitudes élevées que
pour les océans et les régions tropicales. L’élévation du niveau
des mers serait de l’ordre de 0,09 à 0,88 m et même, selon certains
experts, beaucoup plus importante. On prévoit également une augmentation
des précipitations dans les latitudes élevées et les régions équatoriales,
et une diminution dans les régions subtropicales, avec une augmentation
des fortes précipitations. C’est ainsi que, d’ici à 2080, environ
20 % des zones humides côtières pourraient disparaître à la suite
de l’élévation du niveau des mers.
6. Il est difficile de réaliser une modélisation des évolutions
de la biodiversité. Cependant, il est évident que le changement
climatique a des répercussions importantes sur les populations animales,
sur la répartition des espèces et sur les écosystèmes, ce qui a
aussi des conséquences sur la durée des saisons, les périodes de reproduction,
la croissance des animaux et des plantes, les migrations animales,
la répartition géographique des espèces et la densité des populations,
la fréquence des infestations parasitaires et des maladies, etc.
7. Les changements de la diversité biologique à l’échelle des
écosystèmes et des paysages, qui proviennent du changement climatique
ou d’autres phénomènes (tels que les déboisements et les feux de forêts),
influent à leur tour sur le climat en modifiant notamment l’absorption
et l’émission des gaz à effet de serre. En outre, les changements
de la structure des communautés biologiques des couches océaniques supérieures
pourraient modifier leur absorption de CO2 ou influer sur les conditions
météorologiques et sur le changement climatique. Il s’agit donc
d’un processus en spirale dont le résultat risque d’être catastrophique
à l’échelle planétaire.
8. L’Assemblée parlementaire constate qu’il existe de nombreuses
preuves de l’impact du changement climatique sur les espèces et
les habitats, ce qui accentue leur vulnérabilité. Elle souligne
que les incertitudes autour des effets précis du changement climatique
sur la biodiversité ne doivent pas constituer une raison pour reporter
les actions concrètes destinées à préserver les écosystèmes et que
le principe de précaution doit être appliqué.
9. L’Assemblée souligne la nécessité de la mise en œuvre intégrale
et immédiate des objectifs de la Convention sur la diversité biologique,
adoptée en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro.
10. Elle rappelle que, en avril 2002, lors de la sixième réunion
de la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique,
qui est administrée sous l’égide du Programme des Nations Unies
pour l’environnement (PNUE), les gouvernements se sont engagés à
assurer, pour 2010, «une forte réduction du rythme actuel de perte
de diversité biologique aux niveaux mondial, régional et national,
à titre de contribution à l’atténuation de la pauvreté et au profit
de toutes les formes de vie sur la planète» (Objectif 2010 pour
la biodiversité).
12. L’Assemblée rappelle aussi deux recommandations du Comité
permanent de la Convention relative à la conservation de la vie
sauvage et du milieu naturel de l’Europe (Convention de Berne, STE
no 104): la Recommandation no 135
(2008) sur la lutte contre les impacts du changement climatique
sur la biodiversité, par laquelle les Parties contractantes à la
convention et les Etats observateurs sont appelés, entre autres,
à traiter et signaler de toute urgence les impacts du changement
climatique sur la diversité biologique et sa sauvegarde, ainsi que
la Recommandation no 143 (2009) énonçant
à l’intention des Parties de nouvelles orientations sur la diversité
biologique et le changement climatique, qui appelle, entre autres,
à l’intensification des efforts visant à améliorer la compréhension
des liens entre la diversité biologique et le changement climatique.
13. Elle rappelle que les ministres de l’Environnement du G8 et
des pays émergents réunis à Syracuse (Italie) en avril 2009 ont
adopté la Charte de Syracuse sur la biodiversité, faisant de la
biodiversité une grande cause mondiale au même titre que la lutte
contre le réchauffement climatique, ce qui souligne la relation
étroite entre les deux.
14. L’Assemblée recommande en conséquence au Comité des Ministres
d’appeler les gouvernements des Etats membres et observateurs du
Conseil de l’Europe à tenir compte des opportunités offertes par
la célébration de l’Année internationale de la biodiversité en 2010:
14.1 pour améliorer l’interface entre
science et politique, notamment en ce qui concerne la biodiversité,
dont l’importance semble être encore sous-estimée par certains décideurs
politiques ainsi que par une large partie du public;
14.2 pour élaborer des politiques appropriées et prendre des
mesures concrètes visant à promouvoir la conservation de la diversité
biologique et à diminuer les incidences du changement climatique
sur la biodiversité;
14.3 pour développer des systèmes d’évaluation afin d’améliorer
les connaissances sur l’interaction entre la diversité biologique,
la structure et le fonctionnement des écosystèmes, et d’approfondir
la compréhension de la réponse de la biodiversité aux facteurs de
changements climatiques et autres pressions exogènes;
14.4 pour encourager des synergies et des interactions entre
les projets et les politiques environnementales nationales, régionales
ou locales concernant le changement climatique et les objectifs
des traités internationaux tels que la Convention sur la diversité
biologique;
14.5 pour promouvoir un transfert plus efficace des meilleures
pratiques concernant la lutte contre le recul de la biodiversité,
ce transfert étant essentiel pour qu’une réponse coordonnée puisse
être élaborée et mise en place au niveau européen;
14.6 pour développer des programmes d’éducation, d’information
et de participation du public et des décideurs sur la valeur de
la biodiversité et sur l’importance des comportements des particuliers,
des entreprises et des pouvoirs publics pour sa préservation et
pour atténuer l’impact du changement climatique;
14.7 pour intensifier le combat contre le commerce illégal
de la faune et de la flore;
14.8 pour respecter scrupuleusement le statut des zones protégées,
étendre autant que possible leur surface et créer des corridors
écologiques les reliant, tout en mettant un accent particulier sur
les zones transfrontalières, fragilisées par leur statut lié à la
souveraineté territoriale;
14.9 pour veiller à ce que les réseaux d’aires protégées et
les corridors écologiques qui les relient améliorent les possibilités
pour la faune et la flore de s’adapter au changement climatique
grâce aux migrations;
14.10 pour interdire la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure
qui entraîneraient la fragmentation des corridors écologiques précités
et, par voie de conséquence, leur destruction;
14.11 pour protéger toutes les forêts anciennes, les zones humides
vivantes et les herbages/pâturages permanents qui constituent à
la fois des réservoirs et des puits de carbone, et des habitats
de grande valeur;
14.12 pour adapter les techniques de sylviculture dans les forêts
exploitées à des fins économiques de manière à réduire les incidences
sur le climat et la biodiversité;
14.13 pour faciliter la transition vers une agriculture durable
permettant de produire des denrées de qualité, de conserver les
habitats et les paysages qui présentent un grand intérêt écologique,
et n’ayant que peu de conséquences sur le climat;
14.14 pour favoriser le développement des énergies renouvelables
qui ont une incidence réelle sur la réduction des émissions de gaz
à effet de serre et ne mettent pas en péril la biodiversité, et
n’accorder, en revanche, aucun soutien aux projets de «blanchiment
écologique»;
14.15 pour coordonner les mesures prises par différents secteurs
pour faire face au changement climatique et à la perte de biodiversité,
de manière à créer des synergies et à éviter de mener des activités
antagonistes ou qui feraient double emploi;
14.16 pour mettre en œuvre la Recommandation no 135
(2008) du Comité permanent de la Convention de Berne sur la lutte
contre les impacts du changement climatique sur la biodiversité,
qui contient des lignes directrices détaillées pour des actions
concrètes à tous les niveaux;
14.17 pour définir, sur la base de l’expérience acquise dans
le cadre des activités déployées en vue de réaliser l’«Objectif
2010 pour la biodiversité», une stratégie commune visant à instaurer
un cadre d’action commun pour «l’après-2010».