Pour une longévité positive: valoriser l’emploi et le travail des seniors
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l’Assemblée
le 28 janvier 2011 (9e séance) (voir Doc. 12431, rapport de la commission
des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteur:
M. Jacquat). Texte adopté par l’Assemblée le 28 janvier 2011 (9e séance).
- Thesaurus
1. La discrimination fondée sur l’âge
est souvent inconsciente, mais elle sape la dignité, les droits
humains et l’amour-propre des seniors, et constitue un gigantesque
gaspillage de talents. L’Assemblée parlementaire estime que même
si «l’âgisme» est moins reconnu que le racisme ou le sexisme, c’est
un préjugé qui porte atteinte à la personne et qui se traduit par
un non-respect généralisé, que ce soit dans les médias, qui véhiculent
des images stéréotypées et dégradantes, au sein de la société, où
les seniors sont victimes de violences physiques et d’abus financiers,
sur le lieu de travail, où ils sont traités de manière inégale,
ou dans le milieu médical, où ils ne reçoivent pas toujours les
soins et les services appropriés.
2. L’Assemblée a rappelé à diverses reprises qu’il faut d’urgence
modifier l’approche du vieillissement de la population et adapter
les politiques en conséquence. C’est pourquoi elle salue la position
adoptée par le Comité des Ministres, et notamment sa réponse à la
Recommandation 1796 (2007) sur
la situation des personnes âgées en Europe.
3. L’Assemblée note que nombre de personnes en âge de travailler
et d’apporter une contribution active à la société sont soit au
chômage soit «inactives», en particulier les plus de 50 ans, et
que la mondialisation et l’intensification de la concurrence affectent
l’environnement professionnel et la qualité du travail confié aux travailleurs
seniors. Ces derniers font face également à un certain nombre d’obstacles
pour demeurer en poste ou réintégrer le marché du travail, notamment
des pressions pour concilier leur vie professionnelle et leurs responsabilités
à l’égard de membres de leur famille ou de proches dépendants, ce
qui pose particulièrement problème pour les femmes seniors.
4. L’Assemblée estime que, en augmentant le nombre de seniors
actifs et en bonne santé, les gouvernements pourront aider plus
généreusement les personnes nécessitant des soins de santé et une
prise en charge à long terme, tout en dégageant des fonds pour l’éducation,
la formation et les services sociaux. Elle souligne, toutefois,
que le fait d’encourager chacun à s’engager plus activement et à
adopter des modes de vie plus sains ne remplacera pas les systèmes
de sécurité sociale fondés sur la solidarité, avec un filet de protection
suffisant pour ceux pour qui la perspective d’un emploi est irréaliste.
5. L’Assemblée reconnaît également que, après la retraite, les
seniors continuent à contribuer à la société de manière bénévole,
en tant que citoyens, aidants et consommateurs. L’absence d’informations
précises sur leur contribution à la société au niveau économique
renforce les stéréotypes sur l’improductivité et la dépendance des
seniors.
6. L’Assemblée considère que les politiques en faveur d’un vieillissement
actif appellent des mesures dans divers domaines, outre celui du
marché du travail. A cette fin, l’Assemblée encourage les Etats
membres du Conseil de l’Europe à examiner les orientations suivantes
qui leur sembleraient appropriées:
6.1 s’agissant de la discrimination fondée sur l’âge:
6.1.1 adopter des lois interdisant la discrimination fondée
sur l’âge et supprimer les barrières du marché de l’emploi, et doter
les seniors des capacités d’entrer, de rester ou de retourner dans le
monde du travail, en fonction de leurs capacités et de leur volonté
de travailler;
6.1.2 mettre en œuvre des programmes qui incitent les employés
comme les employeurs à envisager le vieillissement actif sous un
angle positif et faciliter la mise en place d’un processus efficace
d’information et de coordination entre les organisations patronales
et les syndicats, dans le cadre d’initiatives en faveur de l’emploi
d’une main-d’œuvre vieillissante;
6.2 s’agissant des mesures de protection sociale:
6.2.1 analyser
l’impact de la mondialisation et des récessions économiques, et
proposer des mesures ad hoc pour empêcher que les travailleurs seniors
qui perdent leur travail ne deviennent des chômeurs de longue durée;
6.2.2 encourager la mise en place d’un régime de protection
sociale pour les seniors qui ne reçoivent aucune pension ou une
maigre retraite, ayant travaillé à la maison ou dans un secteur informel
la majeure partie de leur vie ou leur vie durant;
6.3 s’agissant de l’assouplissement des conditions de travail:
6.3.1 promouvoir les mesures visant à améliorer la qualité du
travail flexible pour les seniors, en leur permettant d’occuper
des postes moins éprouvants et d’opter pour des temps partiels,
le travail d’équipe, le partage des emplois ainsi que la rotation
et la redéfinition des tâches entre les différents membres d’une
équipe;
6.3.2 faciliter un passage progressif vers la retraite et encourager
l’engagement dans le bénévolat ou dans des activités associatives
afin de faciliter cette transition;
6.3.3 élaborer de nouvelles approches des soins aux seniors
pour soutenir les aidants informels, en aménageant par exemple les
dispositions relatives au congé parental afin de permettre à tous
les aidants non rémunérés responsables de proches dépendants de
bénéficier d’une protection adéquate de leurs droits sociaux, notamment
de droits à une pension de retraite;
6.4 s’agissant de la formation, de la reconversion et de l’apprentissage
tout au long de la vie:
6.4.1 adopter une vision globale
du parcours de vie et prendre des mesures préventives afin de renforcer
l’employabilité de la main-d’œuvre à mesure qu’elle vieillit, par
exemple en faveur de la santé au travail, des programmes de reconversion
professionnelle à mi-parcours ou des initiatives visant à réduire
au minimum le risque de mise en invalidité;
6.4.2 sensibiliser la jeunesse à l’importance de l’apprentissage
tout au long de la vie et encourager les jeunes adultes à se préparer
au troisième âge sur les plans de leur santé, de leur formation
et de leurs habitudes sociales et financières;
6.4.3 puiser dans le potentiel des technologies de l’information
et de la communication pour élargir les possibilités d’emploi et
de formation des seniors, notamment ceux qui sont handicapés;
6.5 s’agissant de la promotion de la santé:
6.5.1 élaborer
des politiques de santé proactives qui mettent l’accent sur la promotion
de la santé, la prévention des maladies et le traitement des affections
chroniques, et promouvoir les programmes de formation sanitaire
organisés sur les lieux de travail à l’intention des travailleurs seniors;
6.5.2 étudier les transformations nécessaires pour encourager
les travailleurs seniors à rester actifs, afin d’apporter des éclaircissements
sur les meilleurs moyens de promouvoir l’apprentissage tout au long
de la vie chez les travailleurs seniors et sur les aménagements
du travail ou les incitations financières les plus adaptés;
6.6 s’agissant du volontariat: encourager le développement
des activités bénévoles pour tous les groupes d’âge en renforçant
la solidarité entre les générations et lever les obstacles juridiques
et administratifs qui empêchent la participation active et l’engagement
des seniors;
6.7 s’agissant des engagements institutionnels:
6.7.1 encourager
la ratification et la pleine mise en œuvre de la Charte sociale
européenne (STE no 35) et de la Charte sociale européenne révisée
(STE no 163), dont les dispositions renforcent la protection des
personnes plus âgées et des travailleurs seniors;
6.7.2 encourager la ratification du Code européen de sécurité
sociale (STE no 48) et de son Protocole (STE no 48A), ainsi que
du Code européen de sécurité sociale révisée (STE no 139), qui fixent
des normes en matière de sécurité sociale en définissant un niveau
minimal de prestations.