Promouvoir la participation des femmes issues de groupes sous-représentés dans la prise de décision politique et publique
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 23 juin 2021 (20e séance)
(voir Doc. 15301, rapport de la commission sur l'égalité et la non-discrimination,
rapporteure: Mme Eglantina Gjermeni). Texte adopté par l’Assemblée le
23 juin 2021 (20e séance).
1. Au cours des dernières décennies,
la participation des femmes à la prise de décision politique et publique
a progressé de manière significative en Europe. Les femmes ont accédé
à des postes à hautes responsabilités et la parité est quasiment
atteinte dans les parlements de plusieurs pays européens.
2. Ces progrès sont cependant trop lents et inégaux. En outre,
les femmes en situation de handicap, les jeunes femmes, les femmes
lesbiennes, bisexuelles, transgenres ou intersexes (LBTI), les femmes
roms, les femmes de couleur, les femmes issues de l’immigration,
les femmes appartenant aux minorités et les femmes autochtones,
les femmes vivant en zones rurales et issues de milieux socio-économiques
défavorisés ont encore une participation et une représentation insuffisantes
dans la prise de décision publique et politique.
3. L’Assemblée parlementaire est préoccupée par les multiples
obstacles que rencontrent encore les femmes et qui les empêchent
de participer activement à la prise de décision politique et publique.
La pandémie de covid-19 n’a fait que renforcer ces obstacles, notamment
pour les femmes issues de groupes sous-représentés. Leur participation
est limitée par le poids des préjugés et des stéréotypes, les risques
de violence, l’absence de reconnaissance de leurs compétences et
de leur expertise, le partage inégal des responsabilités de soins,
les normes sociales, une discrimination élevée, les obstacles au
sein des partis politiques, le manque de mesures ciblées et le manque
d’accessibilité en général. De profonds changements structurels
sont nécessaires pour relever ces défis et améliorer la participation
des femmes de groupes sous-représentés à la prise de décision politique
et publique à tous les niveaux.
4. L’étude intitulée «Sexisme, harcèlement et violence à l’égard
des femmes dans les parlements d’Europe», menée en 2018 par l’Union
interparlementaire (UIP) et l’Assemblée, a démontré que la violence
à l’égard des femmes était très répandue dans la sphère politique.
Les discours de haine et le harcèlement en ligne à l’encontre des
femmes dans la vie politique ou publique entravent l'engagement
des femmes en politique, en particulier des femmes issues de groupes
sous-représentés, qui sont confrontées à des niveaux de violence
disproportionnellement plus élevés et peuvent choisir de ne pas
participer par crainte d'être spécifiquement ciblées. L’Assemblée
réaffirme sa détermination à combattre la violence à l’égard des
femmes dans la politique et renvoie à sa
Résolution 2274 (2019) «Pour des
parlements sans sexisme ni harcèlement sexuel» et à l’initiative
«#PasDansMonParlement» lancée par l’ancienne Présidente de l’Assemblée parlementaire,
Liliane Maury Pasquier. Le renforcement de la participation à la
vie politique est étroitement lié à la prévention et à la lutte
contre la violence à l’égard des femmes, et tout doit être mis en
œuvre pour y parvenir.
5. L’Assemblée rappelle sa
Résolution 2222
(2018) «Promouvoir la diversité et l’égalité dans la
vie politique». Des recommandations concrètes pour renforcer la
participation des personnes en situation de handicap ont été formulées
dans la
Résolution 2155
(2017) «Les droits politiques des personnes handicapées: un
enjeu démocratique». Les systèmes et structures politiques devraient
être plus ouverts, inclusifs et attrayants pour les personnes issues
de différents milieux. Une approche intersectionnelle de la prise
de décision ainsi que des mesures ciblées peuvent contribuer à l’objectif
de ne laisser personne de côté. La participation des femmes et des
filles dans toute leur diversité à la prise de décision politique
et publique transmettra un puissant message de reconnaissance de
l’importance de sociétés inclusives, augmentera la représentativité
et renforcera la légitimité et la pertinence des décisions.
6. Promouvoir la participation des femmes issues de groupes sous-représentés
à la prise de décision politique et publique implique une action
à plusieurs niveaux. La société dans son ensemble et les partis politiques
doivent faire de l’espace pour la participation et l’engagement
actifs des femmes. L’Assemblée souligne que les hommes ont également
un rôle important à jouer à cet égard, en luttant contre la violence
et la discrimination à l’encontre des femmes dans la vie politique,
et en s’élevant contre les stéréotypes fondés sur le genre et le
sexisme. Les hommes peuvent être des alliés et s’engager activement
à promouvoir l’égalité et la participation des femmes aux postes
à responsabilité. Un changement profond des mentalités et de la culture
politique est indispensable pour garantir que la prise de décision
politique et publique soit plus inclusive et accessible aux personnes
issues de divers milieux.
7. L'Assemblée se félicite de la visibilité accordée dans le
monde en 2021 à l'importance de la participation accrue des femmes
issues de groupes sous-représentés à la prise de décision, y compris
à des postes à responsabilité – la participation des femmes à la
politique était notamment le thème retenu par la 65e session de
la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (15-26
mars 2021). Elle se réjouit également de l’organisation du Forum
Génération Égalité des Nations Unies en 2021. Soutenir la participation
des femmes issues de groupes sous-représentés à la prise de décision
politique et publique favorise le développement durable et la paix,
et contribue au Programme de développement durable à l’horizon 2030
des Nations Unies. Il est important de remédier à la surreprésentation
des hommes et à la sous-représentation des femmes pour rendre les
démocraties plus légitimes et plus responsables.
8. Compte tenu de ces considérations, l’Assemblée appelle les
États membres du Conseil de l’Europe, les observateurs et les partenaires
pour la démocratie:
8.1 s'agissant
de prévenir et de lutter contre les stéréotypes fondés sur le genre,
le sexisme, la discrimination et la violence à l’égard des femmes:
8.1.1 à signer et à ratifier, si ce n’est pas encore le cas,
la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte
contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (STCE
no 210), et, pour les États qui sont
déjà parties à la convention, à en accélérer la mise en œuvre;
8.1.2 à adopter des mesures pour mettre en œuvre la
Résolution 2274 (2019) de l’Assemblée,
«Pour des parlements sans sexisme ni harcèlement sexuel» et la
Résolution 2290 (2019) «Vers
un agenda politique ambitieux du Conseil de l'Europe pour l'égalité
de genre»;
8.1.3 à œuvrer à la mise en œuvre de la Stratégie pour l’égalité
entre les femmes et les hommes 2018-2023 du Conseil de l’Europe
et à sensibiliser le public à la valeur ajoutée d’un environnement
politique inclusif;
8.1.4 à mettre en œuvre, sans plus attendre, la Recommandation
CM/Rec(2019)1 du Comité des Ministres sur la prévention et la lutte
contre le sexisme;
8.1.5 à veiller à ce que toutes les institutions publiques appliquent
des politiques de tolérance zéro pour la violence, la discrimination
et les abus, notamment en ratifiant la Convention de l'Organisation
internationale du travail (OIT) sur la violence et le harcèlement
(no 190);
8.1.6 à promouvoir une éducation inclusive afin de prévenir
et de lutter, dès le plus jeune âge, contre les stéréotypes fondés
sur le genre et le sexisme;
8.1.7 à abroger les législations discriminatoires à l’égard
de tous les groupes sous-représentés, qui entravent leur participation
à la prise de décision politique et publique;
8.1.8 à créer des environnements sûrs et propices à la participation
en adoptant des mesures pour prévenir et combattre toutes les formes
de discrimination, les discours de haine racistes et sexistes et
la violence à l’égard des femmes dans la politique, et à allouer
des ressources suffisantes à cet effet;
8.1.9 à encourager la participation des femmes dans la sphère
politique et sur le marché du travail en garantissant l’accès à
des gardes d’enfants abordables et l'adoption de mesures en faveur
d'un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle;
8.2 s’agissant de l’accès à la prise de décision publique
et politique et à la promotion de la participation des femmes de
groupes sous-représentés:
8.2.1 à mettre en œuvre la
Résolution 2111 (2016) «Évaluation
de l’impact des mesures destinées à améliorer la représentation
politique des femmes» et la
Résolution 2222
(2018) «Promouvoir la diversité et l’égalité dans la
vie politique»;
8.2.2 à mettre en œuvre la Recommandation Rec(2003)3 du Comité
des Ministres sur la participation équilibrée des femmes et des
hommes à la prise de décision politique et publique;
8.2.3 à collecter des données ventilées et à soutenir la recherche
sur la participation des femmes issues de groupes sous-représentés
à la prise de décision publique et politique, et à analyser la composition
des parlements aux niveaux national et régional en adoptant une approche
intersectionnelle;
8.2.4 à adopter une législation et des politiques pour mettre
en œuvre la
Résolution 2155 (2017) de
l’Assemblée «Les droits politiques des personnes handicapées: un
enjeu démocratique» et à faire de l’accessibilité des procédures,
informations et processus électoraux une priorité;
8.2.5 à signer et à ratifier la Convention-cadre pour la protection
des minorités nationales (STE no 157)
et la Convention sur la participation des étrangers à la vie publique
au niveau local (STE no 144), s’ils ne
l’ont pas encore fait;
8.2.6 à œuvrer à la mise en œuvre du Plan d'action stratégique
du Conseil de l'Europe pour l'intégration des Roms et des Gens du
voyage (2020-2025);
8.2.7 à plafonner le financement des campagnes électorales afin
de permettre une plus ample participation et à assurer l’égalité
d’accès aux fonds;
8.2.8 à évaluer les besoins des femmes issues de groupes sous-représentés
qui souhaitent participer à la vie politique et publique afin d’apporter
un soutien adéquat, y compris pour les femmes victimes de discrimination
multiple et intersectionnelle;
8.2.9 à mettre en place et à financer des programmes de leadership
et de mentorat destinés aux femmes issues de groupes sous-représentés;
8.2.10 à encourager la création de réseaux ou de groupes de femmes
au sein des parlements nationaux, ainsi que des parlements de jeunes;
8.2.11 à apporter un soutien financier aux organisations non
gouvernementales qui œuvrent en faveur de l’égalité de genre, de
l’inclusion et de la participation des femmes issues de groupes sous-représentés
à la prise de décision publique et politique;
8.2.12 à encourager et à soutenir l'espace civique et l'engagement
des organisations de défense des droits des femmes afin de demander
des comptes aux responsables politiques sur les questions d'égalité
de genre;
8.2.13 à coopérer avec les médias pour promouvoir des modèles
issus des groupes sous-représentés et à lutter contre les stéréotypes
de genre et le sexisme;
8.2.14 à assurer une couverture médiatique équitable, non stéréotypée
et égale des candidat·e·s et des responsables politiques, quel que
soit leur genre.
9. L’Assemblée invite les partis politiques:
9.1 à promouvoir activement la participation
des femmes issues de groupes sous-représentés à leurs structures
internes, y compris au niveau de la direction, et à envisager l’introduction
de quotas volontaires;
9.2 à fixer des règles pour la sélection des candidat·e·s
aux élections locales, régionales ou nationales qui garantissent
une promotion active de l’égalité de genre et de la diversité;
9.3 à analyser leur composition interne et à discuter des
manières d’augmenter la participation de femmes et d’hommes issus
de divers milieux, et leur représentation;
9.4 à adopter une approche sensible au genre et intersectionnelle
dans le soutien aux candidat·e·s à une élection;
9.5 à signer l'«Engagement sur la représentation politique
des femmes roms et des gens du voyage» du Conseil de l’Europe, et
à prendre des mesures concrètes pour le mettre en œuvre;
9.6 à organiser des formations sur l’inclusion, l’intersectionnalité
et l’égalité de genre pour tous leurs membres, quel que soit leur
genre, et à garantir leur accessibilité;
9.7 à organiser une formation spécifique de renforcement des
capacités et de la confiance sous une forme accessible aux personnes
issues de groupes sous-représentés, afin d’améliorer leurs compétences
politiques;
9.8 à s’employer à accroître la visibilité de modèles issus
de la vie politique et publique, y compris dans les médias.