Les conséquences de la migration des travailleurs sur leurs enfants restés dans leur pays d’origine
Réponse à Recommandation
| Doc. 15409
| 19 novembre 2021
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1417e réunion des Délégués des Ministres
(10 novembre 2021). 2022 - Première partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2196
(2021)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation 2196
(2021) de l’Assemblée parlementaire intitulée «Les conséquences
de la migration des travailleurs sur les enfants restés dans leur pays
d’origine». Il a transmis le texte au Comité européen des Droits
sociaux (CEDS), au Comité des Parties à la Convention du Conseil
de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard
des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul), au
Groupe d'experts sur la lutte contre la traite des êtres humains
(GRETA) et au Comité directeur pour les droits de l’enfant (CDENF),
pour information et commentaires éventuels, ainsi qu’à la Commissaire
aux droits de l'homme, pour information.
2. Le Comité des Ministres reconnaît l’importance de l’impact
de la migration de travailleurs liée à la pauvreté sur les enfants
restés dans leur pays d’origine. Il partage le point de vue de l’Assemblée
concernant la nécessité de veiller à ce que ces enfants et leurs
droits soient pleinement protégés, ainsi que cela est prévu dans
la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant,
mais aussi dans des instruments du Conseil de l'Europe, tels que
la Convention européenne des droits de l’homme, la Charte sociale
européenne, la Convention sur la prévention et la lutte contre la
violence à l’égard des femmes et la violence domestique, et la Convention
sur la lutte contre la traite des êtres humains.
3. Conformément au paragraphe 2 de la recommandation de l’Assemblée,
le Comité des Ministres encourage les organes du Conseil de l’Europe
concernés, qui sont énumérés au paragraphe 1 ci-dessus, à systématiquement
prendre en compte dans leurs travaux – lorsque cela se justifie –
la question des enfants restés dans le pays d’origine. À cet égard,
il rappelle que, en vertu de son mandat, le CDENF est déjà tenu d’examiner
les situations de vulnérabilité des enfants dans tous les domaines
prioritaires de la Stratégie pour les droits de l’enfant.
4. Concernant la Charte sociale européenne, le Comité des Ministres
rappelle que la Charte contient un large éventail de droits protégeant
les enfants, notamment l'article 17 (droit des enfants et des adolescents
à une protection sociale, juridique et économique) et l'article 7
(droit des enfants et des adolescents à la protection – protection
spéciale contre les dangers physiques et moraux auxquels ils sont
exposés). Le Comité des Ministres note que, conformément à l'annexe
à la Charte, les personnes visées par ces articles ne comprennent
les étrangers que dans la mesure où ils sont des ressortissants
d'autres Parties contractantes résidant légalement ou travaillant
régulièrement sur le territoire de la Partie contractante concernée.
Lors du contrôle de la mise en œuvre des articles 7 et 17, le CEDS
accorde une attention particulière à la situation des enfants vulnérables,
tels que les enfants dont les familles ne sont pas en mesure de
s'occuper d'eux et les enfants migrants non accompagnés ou séparés
de leur famille. Les États parties doivent en particulier fournir des
services de prise en charge appropriés dans des cadres de type familial
et communautaire, et prendre toutes les mesures nécessaires pour
protéger ces enfants contre la négligence, la violence, l'exploitation
ou le travail des enfants, ainsi que contre une nouvelle victimisation.
La situation spécifique des filles «restées dans leurs pays d’origine»
doit être prise en considération. Il convient d'accorder une attention
particulière à leur protection contre la violence, à leur accès
à l'éducation et à leur part des travaux ménagers non rémunérés
à leur domicile. Le CEDS rappelle aussi que, dans de nombreux cas,
le regroupement familial peut être dans l'intérêt supérieur des
enfants restés dans leur pays d’origine (sous réserve que certaines
conditions soient remplies).
5. Concernant l’appel réitéré de l’Assemblée (paragraphe 3 de
la recommandation) à la «création éventuelle d’organes ou de comités
chargés de soutenir la coopération entre les États membres dans
le domaine des migrations», le Comité des Ministres continuera à
garder la recommandation de l’Assemblée à l’esprit.
6. En réponse au paragraphe 4 de la recommandation, le Comité
des Ministres prend note de la suggestion de l’Assemblée concernant
la Convention européenne relative au statut juridique du travailleur migrant
(STE n° 93), en vue de l’examiner éventuellement dans l’avenir.
7. Enfin, et compte tenu des considérations figurant au paragraphe 5
ci-dessus, le Comité des Ministres tient à rappeler que, le 5 mai
2021, il a adopté un nouveau Plan d’action sur la protection des
personnes vulnérables dans le contexte des migrations et de l’asile
en Europe (2021-2025). Le Plan d’action vise: (i) à aider les États
à mettre en place des systèmes d’asile et de migration plus robustes
sur la base des instruments de droits de l’homme en la matière (telles
que les conventions pertinentes du Conseil de l’Europe, et les recommandations
du Comité des Ministres), tout en gardant à l’esprit les recommandations
des organes de suivi, ainsi que les recommandations et résolutions
de l’Assemblée parlementaire et du Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux du Conseil de l’Europe; (ii) à placer la migration au
cœur de l’action transversale du Conseil de l’Europe et de ses partenaires;
(iii) à entreprendre de nouvelles actions avec les États membres dans
les domaines prioritaires; et (iv) à développer davantage les synergies
avec les principaux partenaires internationaux, le cas échéant.
La coordination de la mise en œuvre effective du Plan d’action,
qui englobe les actions prioritaires de l’Organisation dans le domaine,
relève actuellement de la compétence du Représentant spécial de
la Secrétaire Générale sur les migrations et les réfugiés. De plus,
le Comité des Ministres rappelle qu’en 2019 a été créé un Réseau
de correspondants sur les migrations, qui réunit actuellement des correspondants
désignés par 43 États membres. Le Réseau vise à faciliter le partage
d’informations et de bonnes pratiques sur les défis en matière de
droits de l’homme dans le domaine des migrations, ainsi qu’à renforcer
la coordination sur les questions migratoires dans les États membres
et à assurer la liaison avec d’autres organes intergouvernementaux
et spécialisés du Conseil de l’Europe.