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Discrimination à l’encontre des Roms et des Gens du voyage dans le domaine du logement

Résolution 2413 (2021)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de l’Assemblée, le 26 novembre 2021 (voir Doc. 15393, rapport de la commission sur l'égalité et la non-discrimination, rapporteur: M. František Kopřiva).
1. Le droit à un logement décent constitue une norme internationalement reconnue en matière de droits humains, applicable dans tous les États membres du Conseil de l’Europe. Or, pour un trop grand nombre des quelque 10 à 12 millions de Roms et de Gens du voyage vivant aujourd’hui en Europe, l’accès à ce droit demeure illusoire, et ce, qu’ils cherchent un logement offrant une résidence permanente (fixe) ou une habitation mobile adaptée à un mode de vie itinérant.
2. L’Assemblée parlementaire condamne le fait que de nombreux Roms vivent toujours séparés du reste de la société, souvent dans des campements isolés à la périphérie des centres urbains, sans aucun choix de leur part. Cette ségrégation géographique aggrave l’isolement social et contribue également à la ségrégation des enfants roms dans les écoles. L’absence de transports publics vers les campements isolés et marginalisés exacerbe en outre les difficultés d’accès au marché du travail et à des soins de santé adéquats.
3. L’Assemblée déplore le fait que le défaut d’accès au marché immobilier privé et aux logements sociaux contraigne de nombreux Roms à vivre dans des campements informels dépourvus d’électricité, de gaz ou d’eau courante, dans des bâtiments dangereux et insalubres. Bien trop souvent, les Roms sont contraints de vivre sur des terrains eux-mêmes insalubres et dangereux. Ces conditions de vie sont préjudiciables pour leur santé et leur espérance de vie, et entravent l’accès à l’éducation et à l’emploi.
4. Lorsque les Roms ne disposent pas de titre de propriété sur leurs logements ou sur les terrains sur lesquels ils sont construits, ils sont fortement exposés aux expulsions forcées – sans préavis officiel, sans assistance juridique et sans qu’une solution de relogement ne leur soit proposée, en violation du droit international des droits humains – et à la démolition et la destruction de leurs biens. Ces expulsions ont un effet dramatique sur d’autres droits, privant les enfants de l’accès à la scolarité et les parents de l’accès aux sources d’emploi. Si aucun relogement alternatif pérenne n’est proposé, les personnes concernées risquent en outre de se retrouver sans abri ou d’entrer dans un cycle d’expulsions forcées de plus en plus préjudiciables. De plus, celles-ci s’accompagnent souvent d’une forte médiatisation qui présente les personnes expulsées sous un jour négatif, ce qui attise les stéréotypes et l’hostilité antitsiganistes.
5. Dans de nombreux pays, les aires d’accueil sont en nombre insuffisant pour les Gens du voyage qui souhaitent garder un mode de vie itinérant, ce qui les oblige à faire halte dans des lieux non autorisés, que ce soit sur des propriétés publiques ou privées, et les expose à en être violemment expulsés et déplacés, sans qu’ils aient nulle part où aller. Les aires d’accueil mises à disposition sont souvent dépourvues des équipements adéquats ou ne sont pas correctement entretenues. Ainsi les Gens du voyage sont-ils fréquemment exposés, eux aussi, à des conditions de vie insalubres, avec toutes les violations de droits humains que cette situation implique.
6. L’Assemblée déplore le fait que l’antitsiganisme et l’antinomadisme soient fréquemment à l’origine de ces atteintes graves aux droits humains. Au lieu de chercher à instaurer la confiance mutuelle et à lutter contre ces phénomènes, les autorités locales se servent souvent de leur ampleur parmi les habitants comme d’un prétexte pour ne prendre aucune mesure pour remédier à ces violations ou pour procéder à des expulsions forcées. De plus, les responsables politiques et les médias exploitent souvent les images de Roms et de Gens du voyage vivant dans des conditions précaires pour attiser encore ces sentiments racistes. Dans les deux cas, l’absence de solutions à long terme non seulement fait perdurer les violations des droits humains dont sont victimes les Roms et les Gens du voyage, mais accroît aussi les tensions et les sources de conflit au sein des communautés.
7. L’Assemblée condamne fermement les nombreuses attaques racistes violentes qui ont été perpétrées ces dernières années dans de nombreux États membres contre des villages, des campements, des aires d’accueil, des maisons, des logements, des caravanes et d’autres lieux où vivent des Roms et des Gens du voyage. Elle souligne que les conditions de vie marginalisées aggravent les risques de tels actes criminels en faisant de ces zones des cibles faciles à attaquer.
8. L’Assemblée souligne en outre que les situations décrites ci-dessus violent de nombreux instruments et normes internationaux de défense des droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, la Convention européenne des droits de l’homme (STE no 5), la Charte sociale européenne (révisée) (STE no 163) et la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (STE no 157), ainsi que la Recommandation de politique générale no 13 sur la lutte contre l'antitsiganisme et les discriminations envers les Roms, adoptée par la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI). Ces situations sont en outre régulièrement dénoncées dans les travaux de suivi par pays de l’ECRI et du Comité consultatif de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales.
9. L’Assemblée observe que les situations de logement inadéquat, y compris l’insuffisance des aires d’accueil pour les Gens du voyage, peuvent dans certains cas résulter d’une absence d’analyse des besoins des Roms et des Gens du voyage dans ce domaine et de dispositions en conséquence. Elles peuvent également être en partie imputables aux lacunes des législations nationales, à leur mauvaise application par les autorités locales, voire aux deux. Souvent, peu de sanctions sont prises, voire aucune sanction n’est prise, contre les autorités locales qui ne respectent pas leurs obligations en vertu de la législation nationale en matière de logement, ce qui favorise la persistance de ces violations pendant de nombreuses années.
10. L’Assemblée se félicite de l’adoption par de nombreux États européens, ces dernières années, de stratégies d’intégration des Roms qui comportent des éléments visant à améliorer l’accès des Roms et des Gens du voyage à un logement décent. Elle regrette toutefois que ces stratégies ne soient pas systématiquement accompagnées de l’allocation de fonds suffisants et que, bien souvent, les autorités locales, régionales et nationales n’utilisent pas les fonds mis à disposition aux niveaux européen et international qui pourraient contribuer à mettre fin aux violations des droits humains dans ce domaine. Il y a manifestement encore un long chemin à parcourir pour faire du droit des Roms et des Gens du voyage à un logement et à un habitat décents une réalité en Europe.
11. À la lumière des considérations ci-dessus, l’Assemblée invite instamment les États membres du Conseil de l’Europe, en coopération avec les autorités locales et régionales compétentes en matière de logement, y compris de mise à disposition d’aires d’accueil pour les Gens du voyage, et toujours en étroite consultation avec les représentants des Roms et des Gens du voyage:
11.1 à recenser les besoins en matière de logement et d’hébergement des Roms et des Gens du voyage qui vivent ou circulent dans les zones dont ils sont responsables, et à coopérer avec les autorités voisines afin d’assurer qu’une perspective globale est prise, garantissant que ces besoins seront pleinement satisfaits;
11.2 à explorer toutes les mesures qui pourraient répondre aux besoins identifiés dans leur État et qui permettraient aux Roms et aux Gens du voyage en quête d’un logement permanent d’y accéder, dont des mesures telles que la légalisation des habitations existantes, y compris les caravanes; à veiller à ce que les personnes dépourvues de titre légal de propriété puissent bénéficier du droit de maintien dans les lieux; à autoriser ou faciliter l’accès aux microcrédits permettant l’acquisition de biens immobiliers; à augmenter l’offre de logements sociaux et à revoir les critères d’accès à ceux-ci afin de s’assurer que les Roms et les Gens du voyage n’en sont pas arbitrairement exclus;
11.3 à s’assurer que les mesures mises en œuvre apportent des solutions pérennes et globales, notamment en fournissant les infrastructures nécessaires telles que l’accès à l’eau courante, les systèmes d’assainissement, l’électricité et le gaz, ainsi que des routes adéquates, garantissant l’accès aux services publics indispensables tels que la scolarité, les soins de santé et les transports publics;
11.4 à veiller à ce que les mesures mises en œuvre ne contribuent pas elles-mêmes à créer ou à maintenir la ségrégation des Roms et des Gens du voyage, mais encouragent au contraire leur pleine inclusion dans les communautés locales;
11.5 à affecter des fonds suffisants à ces mesures et à utiliser dans toute la mesure du possible les sources de financement européennes et internationales;
11.6 à mettre immédiatement fin aux expulsions forcées de Roms et de Gens du voyage, et notamment:
11.6.1 à ne procéder à des expulsions qu’en dernier ressort et dans des situations tout à fait exceptionnelles, lorsqu’il n’existe aucune autre solution, à l’issue d’un processus de consultation et de négociation approfondies mené avec les personnes concernées;
11.6.2 à prévoir un préavis suffisant en cas d’expulsion; à veiller à ce que tous les Roms et les Gens du voyage faisant l’objet d’une expulsion se voient pleinement informés de leurs droits et à mettre à leur disposition des recours juridiques effectifs et financièrement accessibles, y compris l’accès à une assistance juridique;
11.6.3 à proposer une solution de relogement adaptée à l’ensemble des personnes concernées avant toute expulsion, en veillant à ce que cette solution ne conduise pas à la ségrégation ou ne la perpétue pas;
11.6.4 à assurer en toutes circonstances le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant et à tenir pleinement compte, à cet égard, de la nécessité de veiller à ce que les familles ne soient pas séparées et de garantir l’égalité d’accès à l’éducation et aux soins de santé;
11.6.5 à veiller à ce que les expulsions soient effectuées sans violence, harcèlement ou discrimination et sans mettre en danger la santé, la vie ou le bien-être des personnes expulsées, et à s’abstenir de procéder à des expulsions en hiver ou pendant les périodes de froid;
11.6.6 à veiller à ce que les Roms et les Gens du voyage faisant l’objet d’une mesure d’expulsion puissent conserver leurs biens et qu’ils ne soient pas contraints de détruire leur logement.
12. L’Assemblée, estimant que la mise en œuvre du droit des Roms et des Gens du voyage à un logement décent requiert des mesures de soutien plus larges, invite les États membres:
12.1 à veiller à ce que la législation nationale intègre pleinement les normes internationales des droits humains en ce qui concerne le droit à un logement décent, notamment la prévention des expulsions forcées, et à ce que cette législation prévoie aussi le droit de vivre dans une habitation mobile;
12.2 à adopter et à appliquer strictement une législation visant à prévenir l’exécution d’expulsions contraires aux garanties énoncées ci-dessus;
12.3 à veiller à ce que la législation nationale en matière de lutte contre la discrimination s’applique au droit au logement et à faire en sorte que les actes de discrimination envers les Roms et les Gens du voyage dans ce domaine soient dûment sanctionnés;
12.4 à soutenir les organisations de la société civile qui luttent contre la discrimination à l’égard des Roms et des Gens du voyage, et à veiller à ce que les Roms et les Gens du voyage ne soient pas arbitrairement exclus de l’accès à l’aide et à l’assistance juridiques dans les affaires concernant le droit à un logement décent, et à ce qu’ils ne subissent pas de discrimination dans ce domaine;
12.5 à collaborer avec les autorités et les communautés locales, notamment avec les représentants de la société civile et les autres parties prenantes concernées, afin d’améliorer la communication, la compréhension mutuelle et la confiance qui constituent le moyen le plus efficace d’identifier et de mettre en œuvre des solutions pérennes pour prévenir les violations des droits humains dans ce domaine.
13. L’Assemblée se félicite de l’attention constante portée par le Comité des Ministres à la réalisation des droits des Roms et des Gens du voyage à travers l’adoption du Plan d’action stratégique du Conseil de l’Europe sur l’intégration des Roms et des Gens du voyage (2020-2025). Elle se félicite que ce dernier reconnaisse que l’antitsiganisme et la discrimination dans le domaine du logement perpétuent la marginalisation des communautés roms et des Gens du voyage et de leurs membres, et entravent les initiatives politiques visant à améliorer leur situation, et considère qu’il est crucial que ces questions soient prises en compte dans le suivi de la mise en œuvre du plan d’action.
14. Elle se félicite également de la poursuite de la coopération entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne dans ce domaine, notamment par la mise en œuvre de leurs programmes communs ROMACT et ROMACTED, qui visent à aider les maires et les autorités municipales à travailler de concert avec les communautés roms locales pour élaborer des politiques et concevoir des services publics propices à l’inclusion de toutes et tous, y compris les Roms, et à renforcer la réactivité et l’obligation de rendre compte des autorités locales vis-à-vis des communautés roms marginalisées.
15. Compte tenu du mandat unique de la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB) de promouvoir la cohésion sociale en Europe, l’Assemblée invite les décideurs politiques locaux, régionaux et nationaux à prendre en considération les opportunités de collaboration avec la banque pour répondre à ces besoins en matière de logement, en particulier par le biais de prêts destinés à financer des logements durables et abordables pour les populations vulnérables.
16. L’Assemblée invite instamment tous les États membres à lutter efficacement contre l’antitsiganisme et l’antinomadisme, en reconnaissant ces phénomènes comme des formes de racisme qui doivent être couvertes par des dispositions de droit pénal et civil interdisant le racisme et la discrimination raciale, et en travaillant ensemble avec les Roms et les Gens du voyage pour surmonter les stéréotypes et les préjugés au sein de la communauté au sens large, ainsi que pour surmonter la méfiance mutuelle.
17. L’Assemblée invite en outre les parlements nationaux à soutenir l’Alliance parlementaire contre la haine, son mandat et son fonctionnement.