La gouvernance du football: les affaires et les valeurs
Recommandation 2221
(2022)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 26 janvier 2022 (5e séance)
(voir Doc. 15430, rapport de la commission de la culture, de la science,
de l'éducation et des médias, rapporteur: Lord George Foulkes). Texte adopté par l’Assemblée le
26 janvier 2022 (5e séance).
1. L’Assemblée parlementaire, rappelant
sa
Résolution 2420 (2022) «La
gouvernance du football: les affaires et les valeurs», considère
que le sport en général et le football en particulier sont des outils
puissants pour faire respecter les droits de l'homme, et se félicite
de l'attention accordée par l'Accord partiel élargi sur le sport
(APES) et par les organes intergouvernementaux du Conseil de l'Europe
à la dimension «droits humains» de la gouvernance du sport.
2. Malheureusement, les droits humains sont eux aussi menacés
dans le monde du sport. L'Assemblée est particulièrement préoccupée
par les nombreux cas très médiatisés de maltraitance d'enfants dans
le sport (y compris le football) dans le monde entier, qui ont été
mis au jour ces dernières années. Grâce à ses réseaux intergouvernementaux,
le Conseil de l'Europe a mobilisé les efforts nécessaires pour s'attaquer
au problème, et l'Assemblée salue chaleureusement l'initiative «Start to talk (Donnons de la voix)»
3. Les ministres responsables du sport, réunis sous la présidence
grecque, à l'occasion de leur 16e conférence
du Conseil de l'Europe, ont exprimé, dans la Résolution no 2
«Les droits de l'homme dans le sport», leur préoccupation face aux
violations des droits humains dans le sport, en particulier (mais
pas uniquement) à l'encontre des enfants et des femmes. Les ministres
ont invité l'APES, le cas échéant en coopération avec le mouvement
sportif et d'autres organismes, à s'engager auprès des États membres
du Conseil de l'Europe et du mouvement sportif pour promouvoir les
droits de l'enfant et mettre en œuvre des politiques de protection de
l'enfance; ils ont également invité les États membres du Conseil
de l'Europe à intégrer la protection des droits humains dans la
conception des politiques sportives et à utiliser les normes et
outils du Conseil de l'Europe pour renforcer la protection des droits
de l'enfant dans le sport.
4. L’Assemblée estime que, dans le même ordre d'idées, le Conseil
de l'Europe et tous ses États membres devraient soutenir fermement
le projet lancé par la FIFA (Fédération internationale de football
association) visant à créer une entité pour un sport sûr (safe sport entity), c'est-à-dire
une entité internationale indépendante, multisports et multi-agences,
chargée d'enquêter sur les cas d'abus dans le sport, de fournir
des lignes de signalement fiables et accessibles aux victimes d'abus
dans le sport, et de prendre rapidement des mesures pour les protéger
et les soigner.
5. Les ministres responsables du sport ont aussi reconnu que
les intérêts économiques considérables liés au sport professionnel
pouvaient inciter différents acteurs, dont les agents et les intermédiaires,
à adopter des pratiques négligentes ou frauduleuses entraînant des
risques et des abus en matière de droits humains; les ministres
ont également dénoncé, à cet égard, les pratiques abusives observées
dans le cadre de la migration des athlètes.
6. À cet égard, l'Assemblée considère qu'il est fondamental de
réglementer au niveau mondial le système des transferts dans le
milieu du football, dont l'adoption de règles visant à assurer la
protection des mineurs, la transparence des flux financiers liés
aux transferts de joueurs et de joueuses, et un cadre solide pour
l'accès à la profession d'agent ou d'intermédiaire et pour son exercice,
en vue également d'éviter les conflits d'intérêts et les honoraires
exorbitants. Pour l'Assemblée, la FIFA est en droit d'édicter de
tels règlements à condition que, dans la mise en œuvre de son pouvoir
réglementaire, elle respecte strictement le principe de proportionnalité
et ne fixe pas de contraintes ou de limitations excédant celles
requises pour protéger les intérêts légitimes que les règlements
visent à sauvegarder.
7. L’Assemblée se félicite du cadre de coopération que le Conseil
de l'Europe a établi avec la FIFA et l'UEFA (Union of European Football
Associations-Union des associations européennes de football) en
signant des protocoles d'accord avec ces partenaires. Elle estime
qu'il pourrait être utile d’instaurer des cadres de coopération
similaires avec d'autres organisations sportives qui sont prêtes
à défendre les valeurs du Conseil de l'Europe et à s'engager dans
le développement de projets en collaboration avec les organes du
Conseil de l'Europe.
8. Par conséquent, l'Assemblée recommande au Comité des Ministres:
8.1 de prévoir que le secteur intergouvernemental
du Conseil de l'Europe apporte son aide en fournissant son expertise
pour la création et le fonctionnement d'une entité pour un sport
sûr (safe sport entity), et
d’inviter instamment tous les États membres à s'engager dans ce
projet et à soutenir la création et le fonctionnement de cette entité;
8.2 d’encourager les États membres à soutenir les efforts
de la FIFA pour réglementer au niveau mondial le système des transferts
dans le milieu du football, dont l'adoption de règles visant à assurer la
protection des mineurs, la transparence des flux financiers liés
aux transferts de joueurs et de joueuses, et un cadre solide pour
l'accès à la profession d'agent ou d'intermédiaire et pour son exercice, à
condition que les contraintes et les limitations établies par ces
règles soient raisonnables et n'aillent pas au-delà de ce qui est
nécessaire pour protéger les intérêts légitimes en jeu;
8.3 de chercher à renforcer et éventuellement à formaliser
la coopération entre le Conseil de l'Europe et les organisations
sportives désireuses de collaborer pour renforcer la protection
des droits humains et promouvoir la mise en œuvre effective des
conventions pertinentes du Conseil de l'Europe.