L'Observatoire de l'enseignement de l'histoire en Europe
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 27 janvier 2022 (8e séance)
(voir Doc. 15423, rapport de la commission de la culture, de la science,
de l'éducation et des médias, rapporteur: M. Bertrand Bouyx). Texte adopté par l’Assemblée le
27 janvier 2022 (8e séance).Voir
également la Recommandation
2224 (2022).
1. L’Assemblée parlementaire insiste
sur l’importance capitale de l’enseignement de l’histoire pour renforcer
les valeurs communes et favoriser une réflexion sur l’histoire qui
rapproche les peuples au lieu de les diviser. Le fait d’encourager
l’analyse et le débat historiques aide les jeunes à développer une
lecture critique du passé dans toute sa complexité et peut leur
fournir des réponses pour appréhender le présent avec un esprit
critique.
2. Le 12 novembre 2020, le Comité des Ministres a institué l’Accord
partiel élargi sur l’Observatoire de l’enseignement de l’histoire
en Europe, et 17 États membres y ont adhéré à ce jour. Les activités
de l’observatoire consistent à élaborer des rapports réguliers sur
l’état de l’enseignement de l’histoire dans les États membres participants,
à publier des rapports thématiques sur des sujets spécifiques et
à organiser des conférences et des événements annuels, offrant ainsi
aux experts, aux responsables politiques et aux professionnels de
l’enseignement de l’histoire une plateforme d’échange des connaissances.
3. L’Assemblée salue la décision du Comité des Ministres de créer
ce nouvel instrument de coopération, qui vient à point nommé pour
donner un élan au programme intergouvernemental du Conseil de l’Europe
mené depuis de nombreuses années sur l’enseignement de l’histoire.
Grâce aux synergies, leurs activités combinées peuvent aider les États
membres à relever les défis de l’enseignement de l’histoire au XXIe siècle.
4. Ces dernières années, le Conseil de l'Europe a développé le
«Cadre de référence des compétences pour une culture de la démocratie»
ainsi que les «Principes et lignes directrices pour un enseignement
de l’histoire de qualité au XXIe siècle»,
assortis de modèles et de méthodes pour aider les enseignants à
adapter ces outils en classe. Ensemble, ces outils peuvent inspirer
les jeunes et les pousser à cultiver un esprit d’ouverture à la
différence culturelle, de respect et de responsabilité, ainsi qu’à
développer des aptitudes particulières comme l’apprentissage en
autonomie, la réflexion analytique, le dialogue et l’argumentation, notamment
la capacité à résoudre les conflits, ce qui recoupe manifestement
les compétences nécessaires à l’exercice d’une citoyenneté démocratique
dans la société.
5. L’Assemblée estime que, dans nos sociétés de plus en plus
diverses, il est indispensable de connaître la diversité et les
interactions culturelles, religieuses et ethniques afin d’éviter
un programme d’études monoculturel. La multiplicité des perspectives
est essentielle pour comprendre les différents points de vue qui émanent
souvent d’un contexte historique particulier. Lorsqu’ils sont analysés
en classe et pris dans leur ensemble, ils créent une compréhension
nuancée et plus profonde de la dimension historique de tout événement.
6. Par conséquent, l’Assemblée appelle les États membres du Conseil
de l’Europe:
6.1 à adhérer à l’Accord
partiel élargi sur l’Observatoire de l’enseignement de l’histoire
en Europe afin de profiter pleinement de cette plateforme d’échange
des connaissances pour experts, responsables politiques et professionnels
de l’enseignement de l’histoire;
6.2 à participer activement aux travaux du secteur intergouvernemental
sur l’enseignement de l’histoire dans le cadre de la Direction générale
de la démocratie du Conseil de l’Europe;
6.3 à mener une analyse stratégique des politiques afin d’intégrer
les «Principes et lignes directrices pour un enseignement de l’histoire
de qualité au XXIe siècle» et le «Cadre
de référence des compétences pour une culture de la démocratie»
du Conseil de l’Europe dans leur politique de l’éducation en veillant
notamment:
6.3.1 concernant les programmes d’enseignement
et les méthodologies:
6.3.1.1 à assouplir les programmes
d’enseignement de l’histoire afin que les enseignants disposent
de plus de temps et d’autonomie, et qu’ils passent progressivement
d’un enseignement fondé sur les connaissances à une éducation fondée
sur les compétences et orientée vers l’apprenant;
6.3.1.2 à introduire l’enseignement de l’histoire complexe de
la démocratie et à développer des pratiques, des attitudes et des
valeurs démocratiques en classe;
6.3.1.3 à développer des méthodologies visant à stimuler l’esprit
critique en apprenant à analyser les sources historiques et à se
forger une opinion éclairée;
6.3.1.4 à développer la multiplicité des perspectives dans l’enseignement
de l’histoire afin d’analyser les divers points de vue qui, ensemble,
génèrent la dimension historique d’un événement;
6.3.1.5 à introduire l’étude de la diversité et des interactions
culturelles, religieuses et ethniques, afin d’éviter un programme
d’études monoculturel et partial;
6.3.1.6 à introduire l’apprentissage coopératif par petits groupes
et à développer des approches pédagogiques interactives, qui font
ressortir les différences culturelles et les identités multiples
parmi les apprenants d’une classe;
6.3.1.7 à envisager l’introduction de sujets sensibles et controversés
afin de surmonter les préjugés et les partis pris;
6.3.1.8 à ouvrir une perspective européenne dans l’enseignement
de l’histoire en identifiant des thèmes historiques communs en Europe
qui pourraient être envisagés sous des angles similaires ou différents;
6.3.2 concernant les mesures visant à créer un environnement
favorable et stimulant pour les enseignants et les apprenants:
6.3.2.1 à multiplier les possibilités d’échanges professionnels
et de développement entre les enseignants, et à exploiter les différentes
ressources et orientations pédagogiques – dont les principes et
lignes directrices du Conseil de l'Europe – disponibles dans les
langues locales;
6.3.2.2 à intégrer les compétences pour une culture de la démocratie
dans la formation et le développement professionnel des enseignants;
6.3.2.3 à combler l’écart entre l’éducation formelle et l’éducation
non formelle en encourageant les partenariats avec les institutions
culturelles et d’autres partenaires pertinents extérieurs aux écoles
(musées, archives, bibliothèques, etc.);
6.3.2.4 à encourager le recours aux technologies numériques dans
l’enseignement de l’histoire afin de favoriser l’apprentissage collaboratif
et la coopération internationale avec d’autres écoles;
6.3.2.5 à garantir l’accès gratuit aux espaces d’apprentissage
virtuels qui offrent des ressources pédagogiques ouvertes.
7. Tout en reconnaissant le principe de subsidiarité et l’indépendance
des États membres de l’Union européenne en ce qui concerne les décisions
relatives aux politiques applicables dans le domaine de l’éducation
et de l’enseignement de l’histoire, l’Assemblée accueillerait favorablement
la participation de l’Union européenne aux activités de l’observatoire
et son soutien aux programmes de coopération et aux projets pilotes
innovants pour un enseignement de l’histoire de qualité, conformément
aux textes statutaires de l'observatoire.