Guerre d’agression contre l’Ukraine – Participation des athlètes russes et bélarussiens aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024?
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 22 juin 2023 (18e séance)
(voir Doc. 15795, rapport de la commission de la culture, de la science,
de l'éducation et des médias, rapporteure: Mme Linda Hofstad Helleland). Texte adopté par l’Assemblée le 22 juin
2023 (18e séance).
1. L’Assemblée parlementaire condamne
une fois de plus, avec la plus grande fermeté, la guerre d’agression
totale engagée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine, avec
la complicité du régime bélarussien. Les conséquences de ce mépris
délibéré du droit international se répercutent bien au-delà des frontières
de l’Ukraine ou même de l’Europe: toutes les régions du monde sont
affectées.
2. Il ne faut lésiner sur aucun moyen pour montrer notre rejet
total des dirigeants et régimes russes et bélarussiens. Les responsables
politiques et les pouvoirs publics doivent montrer la voie à suivre,
mais les organisations et institutions majeures agissant dans les
sphères publique et privée devraient également réagir en apportant
le poids de leur autorité morale et de leur renommée à la prise
de conscience publique.
3. Le monde du sport est un acteur sociétal influent qui, aux
niveaux national, régional et mondial, exerce une influence économique,
sociale, voire politique considérable, et dont les décisions ont
une immense résonance et de profondes répercussions à l’échelle
mondiale. Le sport, dans ce qu’il a de meilleur, rassemble les pays,
les sociétés, les peuples et les cultures sur un terrain de jeu
où les différences peuvent être mises de côté et où les échanges
se fondent sur des valeurs telles que le respect mutuel, la diversité,
l’égalité et l'inclusion. Pour ces mêmes raisons, l’Assemblée considère
que le monde du sport doit aujourd’hui jouer son rôle en faisant
face à une situation où une grande puissance mondiale a balayé ses
obligations en vertu du droit international, avec des conséquences
particulièrement dévastatrices.
4. En avril 2022, la commission de la culture, de la science,
de l’éducation et des médias de l’Assemblée s’est félicitée des
appels lancés par le Comité international olympique (CIO), qui a
exhorté toutes les fédérations internationales de sports à déplacer
ou à annuler leurs manifestations sportives prévues en Fédération
de Russie ou au Bélarus et a recommandé aux fédérations internationales
de sports et aux organisateurs d'événements sportifs de ne pas inviter
ni autoriser la participation d’athlètes et d’officiels russes ou
bélarussiens aux compétitions internationales. En outre, la 17e Conférence
du Conseil de l'Europe des ministres responsables du sport (Antalya,
Türkiye) a adopté le 26 octobre 2022 une résolution dans laquelle les
ministres condamnent l'agression de la Fédération de Russie contre
l'Ukraine et considèrent que la Fédération de Russie et le Bélarus
ne devraient pas être représentés dans le sport international tant
que cette agression se poursuivra.
5. Préoccupée par le débat qui a actuellement lieu au sein du
CIO sur la possibilité pour les athlètes munis d’un passeport russe
ou bélarussien de participer aux Jeux olympiques et paralympiques
de Paris 2024 en tant qu’athlètes «neutres», cette même commission
a organisé une audition en avril 2023 avec la participation d’invités
actifs dans les discussions en cours sur cette question. Lors de
cette audition, les membres de l’Assemblée ont entendu différents
points de vue, y compris des positions sur la nécessité de garantir
la non-discrimination dans le sport, le souhait que le sport demeure
distinct et indépendant de la politique et de toute intervention
de l’État, ainsi que d'autres informations sur les critères d'une
participation neutre actuellement en cours d'examen par le CIO et
sur la manière dont différents organismes sportifs peuvent en fin
de compte adopter des positions différentes sur cette question.
La Commission permanente de l’Assemblée, réunie à Riga le 26 mai
2023, a tenu un débat d’actualité sur cette question.
6. Tout en reconnaissant la complexité des enjeux et le fait
que les opinions sur la meilleure approche peuvent varier, l’Assemblée
maintient que la participation des athlètes russes et bélarussiens
aux Jeux olympiques et paralympiques est inconcevable dans le contexte
actuel, qu’elle serait certainement utilisée comme outil de propagande
et qu’elle empêcherait dans les faits d’autres athlètes, en particulier
les athlètes ukrainiens, d’y participer.
7. Après avoir pris en compte tous les points de vue et arguments
soulevés, l’Assemblée est convaincue que les efforts du CIO pour
définir un ensemble de critères acceptables permettant la participation
des athlètes russes et bélarussiens en tant que concurrents neutres
et individuels aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024
ne peuvent pas fournir les garanties nécessaires et ne constitueront
pas une réponse à la hauteur des valeurs de dignité humaine et de
paix consacrées par la Charte olympique.
8. L’expérience passée des Jeux olympiques de Beijing et de Sotchi
a montré que le régime russe est plus que prêt à abuser de la trêve
olympique. Sachant que les athlètes d'élite russes et bélarussiens
reçoivent des salaires de l’État et font souvent partie d’équipes
sportives militaires, il semble impossible qu’ils puissent prouver
leur neutralité et leur distance par rapport à ces régimes, et encore
moins faire une déclaration quelconque contre la guerre. En effet,
les athlètes qui souhaiteraient le faire se mettraient certainement
dans une situation dangereuse. En outre, les décisions individuelles
de chaque organisme sportif d’autoriser ou non les athlètes russes
et bélarussiens à participer aux compétitions concernées en tant
qu’athlètes neutres ne pourraient que conduire à la confusion et
à l'inégalité de traitement, et ces dernières semaines ont montré
que les régimes russe et bélarussien utiliseront tout de même les
victoires de ces athlètes neutres dans leur propagande, créant ainsi
un récit d'acceptation et de normalisation qui minimiserait la gravité
des actes commis par les Gouvernements russe et bélarussien.
9. Surtout, les arguments en faveur de la participation des athlètes
russes et bélarussiens, fondés sur la neutralité, l’indépendance
du mouvement sportif et la non-discrimination, ne résistent pas
face à l'impératif de condamner et de rejeter les atrocités commises,
et de démontrer le soutien total et indéfectible de la communauté
internationale à l’Ukraine tandis que l'offensive se poursuit. En
imposant l'interdiction en réaction à l'agression militaire contre
l'Ukraine, le CIO démontrerait sa détermination à défendre les valeurs
des Jeux olympiques, encouragerait la recherche de solutions pacifiques
aux conflits et enverrait un message clair aux Gouvernements russe
et bélarussien, à savoir que leurs actes ont des conséquences et
que la communauté internationale est solidaire de l'Ukraine. Le
combat ukrainien pour la liberté est notre combat; cela ne devrait pas
être oublié ou négligé, et devrait continuer à guider nos réponses
à la guerre d’agression russe.
10. L’Assemblée, en conséquence:
10.1 invite instamment les représentants nationaux du CIO et
les fédérations sportives nationales et internationales à exprimer
leur opposition à la proposition du CIO d'autoriser les athlètes
russes et bélarussiens à participer, même en tant qu'athlètes neutres,
aux prochains Jeux olympiques et paralympiques de Paris;
10.2 appelle le CIO et ses organismes sportifs constitutifs
à maintenir la position exprimée en 2022 et à interdire la participation
des athlètes russes et bélarussiens aux Jeux olympiques et paralympiques
de Paris et à toutes les autres grandes manifestations sportives
aussi longtemps que la guerre d'agression se poursuivra. Une telle
interdiction ne peut que renforcer et promouvoir davantage les objectifs
louables de paix et d'égalité incarnés par le Mouvement olympique
et par le sport en général. Elle ne représente ni un affaiblissement
ni un relâchement de l'indépendance et des valeurs du sport.