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Prévention et lutte contre les violences et discriminations à l’encontre des femmes lesbiennes, bisexuelles et queers en Europe

Résolution 2576 (2024)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
Discussion par l’Assemblée le 3 octobre 2024 (31e séance) (voir Doc. 16043, rapport de la commission sur l'égalité et la non-discrimination, rapporteure: Mme Béatrice Fresko-Rolfo). Texte adopté par l’Assemblée le 3 octobre 2024 (31e séance).
1. En dépit des avancées majeures en matière de protection des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI) ces dernières années, les attaques visant à nier ces droits ou à les retirer se sont accrues en Europe. Longtemps mises à l’écart, les femmes lesbiennes, bisexuelles et queers (LBQ) sont aujourd’hui particulièrement ciblées par des mouvements anti-genre, qui s’attaquent aux droits des femmes et aux droits des personnes LGBTI, et cherchent à réduire ces personnes au silence ou à nier la légitimité de leur place dans l’espace public.
2. Les femmes LBQ font face à la stigmatisation et aux discriminations fondées sur le genre, l’orientation sexuelle et leur identité spécifique en tant que femmes qui ne se conforment pas aux attentes sociétales, aux rôles stéréotypés liés au genre et à des prétendues «normes de féminité». Elles peuvent être victimes de violences physiques, verbales et psychologiques, dont des crimes dits d’«honneur» visant à nier leur orientation sexuelle, à les punir de l’assumer ou à contrôler leur corps. D’autres préjugés peuvent également interagir, en fonction par exemple de l’origine raciale ou ethnique, de l’identité de genre, de l’expression de genre et des caractéristiques sexuelles, du handicap, de l’âge et de la classe sociale. Les préjugés et la stigmatisation peuvent nuire à l’accès à l’emploi, au logement, aux soins de santé, aux droits et à la santé sexuels et reproductifs ainsi qu’à la vie privée et familiale des femmes LBQ. Ainsi, la prévention et la lutte contre les violences et les discriminations à l’encontre des femmes LBQ sont une question de droits humains.
3. L’Assemblée parlementaire dénonce l’instrumentalisation des droits des personnes LGBTI à des fins politiques et les discours de haine visant les personnes LGBTI. Elle déplore les actions menées par des structures étatiques en vue de nuire aux personnes LGBTI, dont les femmes LBQ, telles que le soutien à des manifestations anti-égalité et l’adoption de décrets ou de lois visant à restreindre les droits des personnes LGBTI ou à empêcher la diffusion d’informations. L’Assemblée reconnaît que les femmes transgenres lesbiennes et les femmes LBQ racisées font l’objet d’attaques particulièrement violentes, et que le sexisme, le racisme, la biphobie, la transphobie et la lesbophobie peuvent mener à des formes de discriminations croisées. L’Assemblée affirme que chaque personne a sa place dans la société et que les injonctions à l’hétéronormativité et à l’effacement doivent cesser. L’affirmation et la protection des droits des personnes LGBTI, dont les femmes LBQ, n’enlèvent pas de droits à d’autres personnes.
4. Les politiques visant à protéger les droits des personnes LGBTI ne prennent pas toujours en compte les difficultés spécifiques rencontrées par les femmes LBQ. L’Assemblée apporte son soutien à la protection et à la promotion des droits des femmes LBQ, dans toute leur diversité, à la lutte contre le discours de haine, quel qu’en soit le motif, et appelle au respect de toutes les identités. Les parlementaires ont un rôle fondamental à jouer dans la lutte contre le discours de haine à l’encontre des personnes LGBTI et peuvent s’engager à participer à la Plateforme parlementaire pour les droits des personnes LGBTI en Europe. L’Assemblée rappelle à cet égard sa Résolution 2543 (2024) «Liberté d’expression et de réunion des personnes LGBTI en Europe», sa Résolution 2417 (2022) «Lutte contre la recrudescence de la haine à l’encontre des personnes LGBTI en Europe», sa Résolution 2465 (2022) «Pour des règles du jeu équitables – Mettre fin à la discrimination à l’égard des femmes dans le monde du sport» et sa Résolution 2395 (2021) «Renforcer la lutte contre les crimes dits d’“honneur”».
5. La promotion du respect de toutes et de tous, dans toute leur diversité, se fait notamment par le système éducatif, qui devrait être un moteur de progrès, où chacun·e pourrait être soi. Des campagnes d’information et l’affirmation d’un soutien politique fort à la lutte contre toutes les formes de discrimination, prenant en compte leur dimension intersectionnelle, sont nécessaires. L’Assemblée souligne l’importance d’assurer l’accès à des programmes scolaires inclusifs intégrant des diversités.
6. Les organes nationaux chargés des questions d’égalité jouent un rôle primordial dans la lutte contre les violences et les discriminations à l’encontre des femmes LBQ. L’Assemblée appelle à la reconnaissance de leur rôle et à leur soutien politique et financier.
7. Le Conseil de l’Europe a joué un rôle de pionnier dans la protection des droits des personnes LGBTI, dont les femmes LBQ. L’Assemblée souligne l’importance de la mise en œuvre de la Recommandation CM/Rec(2010)5 du Comité des Ministres aux États membres sur des mesures visant à combattre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Elle salue les avancées effectuées ces dix dernières années, dont la création du Comité d’experts sur l'orientation sexuelle, l'identité et l'expression de genre et les caractéristiques sexuelles (ADI-SOGIESC). Elle appelle les États membres à soutenir les travaux du comité dont la préparation d’une première stratégie du Conseil de l’Europe sur la protection des droits des personnes LGBTI.
8. À la lumière de ces considérations, l’Assemblée appelle les États membres et observateurs du Conseil de l’Europe, ainsi que les États dont les parlements bénéficient du statut d’observateur ou de partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée:
8.1 à adopter, à financer et à mettre en œuvre des stratégies nationales de protection des droits des personnes LGBTI, préparées en coopération avec les organisations représentant les personnes LGBTI, avec des mesures spécifiques s’adressant aux femmes LBQ;
8.2 à reconnaître les spécificités liées à l’accès des femmes LBQ à leurs droits et à s’assurer que les lois sur les droits des femmes en tiennent compte;
8.3 à mettre en œuvre une législation solide contre les discriminations, et à s’assurer que celle-ci contient des dispositions spécifiques concernant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre, l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles, et tient compte de la dimension intersectionnelle;
8.4 à mettre en œuvre les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme relatifs aux droits des personnes LGBTI, dont les femmes LBQ;
8.5 à pratiquer une politique de tolérance zéro au sujet des crimes et discours de haine à l’encontre des personnes LGBTI, dont les femmes LBQ, à poursuivre et, le cas échéant, à punir les auteur·es de violences motivées par des préjugés à leur encontre, à intensifier la lutte contre la haine anti-LGBTI en ligne et à en poursuivre les auteur·es;
8.6 à abroger les amendements législatifs et constitutionnels visant à restreindre les droits et libertés des personnes LGBTI, dont les femmes LBQ, et à interdire les pratiques de conversion et les stérilisations forcées;
8.7 à garantir l’accès à l’information à toutes et à tous sur les différentes orientations sexuelles, identités de genre, expressions de genre et caractéristiques sexuelles, à lutter contre les campagnes de désinformation sur les femmes LBQ et à abroger les lois «anti-propagande LGBTI»;
8.8 à reconnaître les droits parentaux du second parent dans les couples de personnes de même sexe, dans l’intérêt supérieur de l’enfant;
8.9 à reconnaître aux couples de personnes de même sexe le droit au mariage ou, a minima, à une union civile donnant accès aux mêmes droits que le mariage, et à reconnaître le mariage de couples de même sexe célébré dans un autre pays afin de pouvoir transférer les droits à la sécurité sociale et à garantir le versement de la pension de réversion;
8.10 à reconnaître les craintes de persécutions en raison de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre, de l’expression de genre ou des caractéristiques sexuelles en tant que motifs d’octroi du droit d’asile, et à soutenir les demandes d’asile des personnes LGBTI forcées de fuir leur pays pour ces raisons.
9. En ce qui concerne l’assistance aux femmes LBQ victimes de violences et de discriminations, l’Assemblée appelle les États membres et observateurs du Conseil de l’Europe, ainsi que les États dont les parlements bénéficient du statut d’observateur ou de partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée:
9.1 à ratifier, si tel n’est pas encore le cas, la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (STCE no 210, «Convention d’Istanbul») et à la mettre en œuvre;
9.2 à mettre en œuvre la Recommandation CM/Rec(2022)16 du Comité des Ministres aux États membres sur la lutte contre le discours de haine, la Recommandation CM/Rec(2024)4 du Comité des Ministres aux États membres sur la lutte contre les crimes de haine et la Recommandation de politique générale no 17 de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) sur la prévention et la lutte contre l’intolérance et la discrimination envers les personnes LGBTI;
9.3 à former les forces de police, les travailleuses et travailleurs sociaux, et les autorités judiciaires à l’accueil des femmes LBQ victimes de violences ou de discriminations;
9.4 à financer des programmes spécifiques d’aide aux femmes LBQ, notamment ceux consistant à fournir des hébergements d’urgence.
10. En ce qui concerne la lutte contre les préjugés, l’Assemblée appelle les États membres et observateurs du Conseil de l’Europe, ainsi que les États dont les parlements bénéficient du statut d’observateur ou de partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée:
10.1 à protéger la liberté d’expression et la visibilité des femmes LBQ dans l’espace public et à soutenir les marches des fiertés;
10.2 à soutenir des programmes d’éducation affective et sexuelle inclusive intégrant des diversités dans les établissements scolaires;
10.3 à financer des programmes culturels et éducatifs soutenant le respect des diversités et la lutte contre les stéréotypes sexistes et le discours de haine à l’encontre des personnes LGBTI, dont les femmes LBQ;
10.4 à encourager la mise en place de politiques inclusives dans les secteurs privé et public;
10.5 à soutenir la recherche et la collecte de données sur les violences et les discriminations à l’encontre des femmes LBQ;
10.6 à organiser des campagnes de sensibilisation sur la lutte contre les préjugés, les discriminations et les violences à l’encontre des personnes LGBTI, dont les femmes LBQ;
10.7 à soutenir les organisations non gouvernementales de protection des droits des femmes LBQ dans toute leur diversité et à les consulter dans la création de politiques qui concernent les femmes LBQ.
11. En ce qui concerne l’accès aux soins, l’Assemblée appelle les États membres et observateurs du Conseil de l’Europe, ainsi que les États dont les parlements bénéficient du statut d’observateur ou de partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée:
11.1 à former les professionnel·les de santé à l’accueil des patientes LBQ et à leur demander de prendre en compte la diversité des profils et des parcours des patientes;
11.2 à garantir un accès aux soins équitable et sans discrimination à toutes les patientes LBQ, y compris dans les services de procréation médicalement assistée, et à reconnaître l’importance des soins de santé mentale pour toutes et tous.
12. L’Assemblée encourage les parlements nationaux à célébrer la Journée internationale de la visibilité lesbienne le 26 avril et à coopérer avec les organisations de protection des droits des femmes LBQ.