La situation des enfants d’Ukraine
Réponse à Recommandation
| Doc. 16070
| 07 novembre 2024
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1510e réunion des Délégués des Ministres
(23 octobre 2024). 2024 - Commission permanente de novembre (Luxembourg)
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2265
(2024)
1. Le Comité des Ministres
a examiné avec attention la
Recommandation 2265 (2024) de l’Assemblée parlementaire «La situation des enfants
d’Ukraine» et l’a communiquée aux diverses instances concernées pour
information et commentaires éventuels
Note. Il a parfaitement
conscience des terribles conséquences de la guerre d’agression russe
contre l’Ukraine pour des millions d’enfants. La guerre qui fait
rage prive ces enfants d’éducation, de soins de santé ainsi que
de la satisfaction de besoins matériels élémentaires, et a également un
impact considérable sur leur santé mentale.
2. D’une manière générale, le Comité des Ministres a régulièrement
évoqué la situation des enfants ukrainiens, partageant les profondes
inquiétudes de l’Assemblée. Lors de sa 133e Session
le 17 mai 2024, le Comité des Ministres, dans une série de décisions
concernant la réponse du Conseil de l'Europe à l'agression à grande
échelle de la Fédération de Russie contre l'Ukraine, s’est félicité
des efforts du Groupe de consultation sur les enfants d'Ukraine
(CGU) pour coordonner les politiques relatives aux enfants ukrainiens dans
les États membres du Conseil de l’Europe et formuler des recommandations
aux autorités ukrainiennes sur les réformes en matière de protection
de l’enfance.
3. Il a également fermement condamné la déportation et le transfert
forcé d'enfants ukrainiens ainsi que leur placement forcé et leur
adoption illégale par des citoyens russes. En outre, il a condamné
la rééducation militaire et la violation du droit de ces enfants
à leur nationalité ukrainienne, à leur identité, à leur nom et à
leurs relations familiales par la Russie et le Bélarus. Il a appelé
à la coopération internationale pour leur retour en toute sécurité
et a exprimé son soutien à la Coalition internationale pour le retour
des enfants ukrainiens. Il a invité ses Délégués à veiller à ce
que le Conseil de l'Europe coopère avec la Coalition, y compris
par le biais de toute structure pertinente existante ou future axée
sur la situation et le retour des enfants ukrainiens déportés et
transférés de force par la Fédération de Russie.
4. Plus récemment, lors de sa réunion des 5 et 10 juin 2024,
durant laquelle il a examiné le rapport de la Secrétaire Générale
sur la situation des droits de l’homme dans les territoires de l’Ukraine
temporairement contrôlés ou occupés par la Fédération de Russie,
le Comité des Ministres a adopté de nouvelles décisions. Ces décisions
mentionnent expressément la situation des enfants ukrainiens, s’agissant
notamment de promouvoir le soutien aux travaux du Groupe de consultation
sur les enfants d’Ukraine (GCU) et de la Coalition internationale
pour le retour des enfants ukrainiens, ainsi que de la nécessité
d’étudier les possibilités d’exercer des pressions supplémentaires
sur la Fédération de Russie pour qu'elle libère et assure le retour
en toute sécurité en Ukraine des civils détenus illégalement et
de ceux qui ont été transférés de force ou déportés illégalement,
en particulier les enfants, dans les territoires ukrainiens temporairement
contrôlés ou occupés par la Fédération de Russie, ainsi que dans
la Fédération de Russie et au Bélarus
5. À la suite de ces décisions, l’ancienne Secrétaire Générale
a fait part aux autorités ukrainiennes de l’intention du Conseil
de l’Europe de rejoindre la Coalition internationale pour le retour
des enfants ukrainiens, coprésidée par le Canada et l’Ukraine, avec
laquelle l’Organisation coopère déjà étroitement. L'actuel Secrétaire
Général a récemment réitéré la demande d'adhésion du Conseil de
l'Europe à la Coalition en tant que membre. L’ancienne Secrétaire
Générale avait également nommé un point focal sur la situation et
le retour des enfants ukrainiens. Le Comité des Ministres sait qu’il
peut compter sur le soutien et la coopération sans faille de l’Assemblée
parlementaire dans ce domaine important. À cet égard, le Comité
des Ministres se félicite du lancement et de la première réunion
du Réseau parlementaire sur la situation des enfants d’Ukraine,
dont la mission est de permettre à l'Assemblée parlementaire de
poursuivre son rôle de facilitateur en soutenant les autorités ukrainiennes
et les différentes organisations internationales afin de déterminer
les moyens les plus rapides pour identifier et faciliter une recherche
efficace des enfants déportés. Le réseau, en tant que plateforme
d'échange, devrait notamment faciliter la mise en œuvre rapide et
efficace des mécanismes existants et contribuer à la recherche de
nouveaux mécanismes, le cas échéant, pour l'identification, la recherche
et le rapatriement des enfants ukrainiens déportés.
6. En ce qui concerne plus particulièrement le paragraphe 1 de
la recommandation de l’Assemblée, le Comité des Ministres salue
le soutien de l’Assemblée en faveur du GCU, qui a été mis en place
pour donner suite à la Déclaration sur la situation des enfants
d’Ukraine, adoptée par les chefs d’État et de gouvernement du Conseil
de l’Europe lors de leur 4e Sommet, tenu
à Reykjavík en mai 2023. Le Groupe de consultation sur les enfants
d’Ukraine fait office de plateforme de coopération multilatérale
entre les États membres du Conseil de l’Europe, l’Union européenne,
les organisations internationales et les organisations de la société
civile concernées, afin d’examiner les questions juridiques et politiques
ayant un impact sur les enfants d'Ukraine dans les États membres
du Conseil de l’Europe. Les trois thématiques prioritaires définies
pour le début de son mandat sont: 1) les procédures et la coopération
transnationales, 2) une tutelle efficace, et 3) un soutien psychologique
et une prise en charge des enfants ukrainiens tenant compte des
traumatismes subis. L’accès des enfants ukrainiens à l’éducation,
les risques de traite auxquels ils sont exposés et les conditions
préalables à leur retour en toute sécurité en Ukraine sont d’autres
sujets thématiques en cours d’examen.
7. Le Comité des Ministres a également pris note de la suggestion
faite par l’Assemblée au paragraphe 3 de sa recommandation. Étant
donné la complexité de la situation et les nombreuses organisations
déjà en place et initiatives menées au sein et hors du Conseil de
l’Europe, il est difficile, à ce stade, de l’avis du Comité, de
déterminer la valeur ajoutée pratique que l’action proposée apporterait.
8. Le Comité des Ministres approuve la recommandation formulée
par l’Assemblée au paragraphe 4 «de prendre dûment en considération
les besoins éducatifs, médicaux et sociaux spécifiques des enfants ukrainiens»
et en particulier de soutenir les autorités ukrainiennes dans le
respect de leur engagement à passer d’un système fondé sur la prise
en charge institutionnelle à un système qui vise à garantir le droit
de chaque enfant d’être élevé dans un environnement familial. Cette
demande s’inscrit pleinement dans le cadre de la
Stratégie
du Conseil de l’Europe pour les droits de l’enfant (2022-2027), qui, au titre de son Objectif stratégique n° 2 «L’égalité
des chances et l’inclusion sociale pour tous les enfants», appelle
à «protéger les enfants privés de protection parentale et/ou faisant
l’objet d’une protection de remplacement, en continuant à promouvoir
la désinstitutionalisation […]». Dans ce contexte, le GCU suit attentivement
l’initiative «Better Care» mise en œuvre par l’Ukraine, avec le
soutien de la Commission européenne et de l’UNICEF, qui participent
tous les deux étroitement aux travaux du GCU.
9. Enfin, le Comité des Ministres tient également à souligner
le travail remarquable réalisé par le Groupe d’experts sur la lutte
contre la traite des êtres humains (GRETA). Dans une déclaration
faite le 17 mars 2022, le GRETA appelait déjà les États parties
à la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite
des êtres humains (ci-après «la Convention») à agir de toute urgence
pour protéger les personnes fuyant l’Ukraine pour échapper à la
traite des êtres humains. De plus, le 4 mai 2022, le GRETA a publié
une Note d’orientation qui donne aux États parties à la Convention
des conseils pratiques sur la manière de s’assurer que les organismes
publics, les ONG, le secteur privé et le grand public réduisent
autant que possible les risques de traite des êtres humains générés
par la guerre en Ukraine
Note. Cette Note d’orientation aborde
un large éventail de questions telles que l’enregistrement des réfugiés
venant d’Ukraine, l’assistance immédiate et l’intégration, l’information
et la sensibilisation, la détection des victimes et des trafiquants
potentiels, les groupes vulnérables, ainsi que la coopération, la
coordination et la collecte de données. Elle contient des recommandations
spécifiques sur la protection des enfants d’Ukraine.
10. Dans le cadre de son suivi de la mise en œuvre de la Convention
par d’autres États Parties, le GRETA a cherché à connaître les conséquences
de la guerre sur la lutte contre la traite des êtres humains. Il
a ainsi demandé systématiquement et explicitement aux autorités
quelles étaient les mesures prises pour prévenir et limiter les
risques de traite des réfugiés ukrainiens, de même que tous les
cas détectés.
11. Le 13e rapport général du GRETA
(publié en avril 2024) consacre un chapitre thématique aux conséquences
de la guerre en Ukraine sur la lutte contre la traite des êtres
humains
Note. Le GRETA continuera de suivre, dans
le cadre notamment de son troisième cycle d’évaluation de l’Ukraine
(qui a donné lieu à la conduite d’une visite d’évaluation en mai 2024),
la situation des enfants d'Ukraine au regard de la traite des êtres
humains, afin de s’assurer de la mise en œuvre effective des normes
et des mesures contenues dans la Convention. Le 2 juillet 2024,
le GCU a organisé une audition spéciale, en étroite collaboration
avec le GRETA, sur le thème «Comprendre les risques de traite des
enfants ukrainiens, y compris aux fins d’exploitation sexuelle et
d’exploitation par le travail». Un rapport conjoint est en cours
d’élaboration.