Observation de l'élection présidentielle (20 octobre et 3 novembre 2024) et du référendum constitutionnel (20 octobre 2024) en République de Moldova
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 16074
| 22 novembre 2024
1 Introduction
1. Le 16 mai 2024, le Parlement
de la République de Moldova
Note a
annoncé la tenue de l'élection présidentielle en même temps qu'un
référendum constitutionnel visant à affirmer la trajectoire européenne
du pays et à intégrer l'acquis de l'Union européenne dans le système
juridique national. Le 29 mai, le Président de la Commission électorale
centrale (CEC) a invité l'Assemblée parlementaire (APCE) à observer
à la fois l'élection présidentielle et le référendum constitutionnel.
2. Le 27 mai 2024, le Bureau de l'APCE a décidé de constituer
une commission ad hoc composée de 20 membres désignés par tous les
groupes politiques, plus les deux corapporteurs de la Commission
pour le respect des obligations et engagements des Etats membres
du Conseil de l'Europe (Commission de suivi), pour observer l'élection
présidentielle et le référendum constitutionnel du 20 octobre 2024
en République de Moldova. Elle a désigné Mme Thórhildur
Sunna Æevarsdóttir (Islande, SOC) comme présidente de la commission
ad hoc et a autorisé l’envoi d’une mission préélectorale un mois
avant l'élection. La liste des membres de la délégation de l'APCE
figure à l'annexe 1.
3. La République de Moldova a adhéré au Conseil de l'Europe le
27 juin 1995 et est depuis lors soumise à la procédure de suivi
de l'APCE, qui engage les autorités à inviter l'Assemblée à observer
les élections et référendums nationaux. L'APCE observe les élections
en Moldova depuis 1994 (à une exception près – l'élection présidentielle
de 2020 en raison de la pandémie sanitaire). Depuis trente ans,
l'Assemblée soutient le développement démocratique de la Moldova.
4. Conformément à l'accord de coopération signé entre l'Assemblée
et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission
de Venise) le 4 octobre 2004, Mme Veronika
Bílková a représenté la Commission de Venise en tant qu'experte
juridique lors des deux tours de l'élection présidentielle et du référendum
constitutionnel.
5. La délégation préélectorale s'est rendue à Chisinau les 17
et 18 septembre 2024. À l'issue de cette mission de deux jours (voir
le programme en annexe 2), elle a conclu que la Moldova se trouvait
à un carrefour critique à l'approche de l'élection présidentielle
et du référendum constitutionnel concomitant. Tout en reconnaissant
les mesures positives telles que les réformes du Code électoral
de 2022, l'augmentation du nombre de bureaux de vote à l'étranger
et l'introduction du vote partiel par correspondance, les membres
ont exprimé leur inquiétude face aux pressions géopolitiques croissantes
– en particulier la désinformation soutenue par le Kremlin, le financement
illicite et l'achat présumé de votes – qui menacent la souveraineté
du pays et l'intégrité des élections. La délégation a exhorté le
Gouvernement moldave et la CEC à sensibiliser le public à ces menaces
sans étouffer la liberté d'expression ou la libre concurrence politique.
Elle a souligné l'importance d'impliquer les électeurs, de veiller
à ce que les fonctionnaires restent neutres et de maintenir l'intégrité
de la CEC pendant cette période charnière (voir la déclaration complète
en annexe 3).
6. En raison de l'impossibilité pour Mme Æevarsdóttir
d'être présente lors de la principale mission d'observation des
élections en raison de développements internes dans son pays, le
Bureau m'a désignée, le 15 octobre 2024, pour la remplacer en tant
que présidente de la commission ad hoc. En raison d'engagements antérieurs,
j'ai dû renoncer à participer au second tour de l’élection présidentielle
le 3 novembre. Mon collègue, M. Jone Blikra (Norvège, SOC), m'a
remplacée en tant que chef de délégation pour ce second tour. Le
présent rapport regroupe donc les observations faites par la délégation
de l'APCE sous trois chef·fes de délégation différents.
7. Lors des deux tours de l'élection présidentielle, les 20 octobre
et 3 novembre, et du référendum constitutionnel du 20 octobre, la
délégation de l'APCE a travaillé dans le cadre d'une mission internationale d'observation
des élections (MIOE) aux côtés de délégations de l'Assemblée parlementaire
de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (AP
OSCE), du Parlement européen (PE), et de la mission d'observation
des élections du Bureau des institutions démocratiques et des droits
de l'homme (BIDDH) de l'OSCE. Les programmes des réunions pour les
deux cycles sont détaillés dans les annexes 4 et 5, respectivement.
A ces deux occasions, les chef·fes de délégation ont participé à
la rédaction de la déclaration conjointe sur les constatations et
conclusions préliminaires qui ont été présentées lors des conférences
de presse des 21 octobre et 4 novembre 2024
Note.
8. La délégation de l'APCE remercie les autorités moldaves pour
leur invitation et leur assistance, ainsi que tous les interlocuteurs
et partenaires internationaux pour leur coopération efficace. La
délégation remercie également le Bureau du Conseil de l'Europe à
Chisinau pour son soutien à l'organisation des trois visites effectuées
par la mission d'observation des élections.
2 Le paysage politique entre les élections
présidentielles de 2020 et 2024
9. Suite à l'élection en octobre
2020 de Mme Maia Sandu – la première
femme présidente – avec 57,7 % des voix, la Moldova s'est résolument
orientée vers une gouvernance pro-européenne après des années de turbulences
politiques. Le Premier ministre Ion Chicu a démissionné en décembre
2020 et le parlement dominé par les socialistes a fait obstruction
aux tentatives de la nouvelle présidente de nommer un nouveau Premier ministre,
ce qui a conduit à une lutte de pouvoir. En avril 2021, la Présidente
Sandu a dissous le parlement, après que la Cour constitutionnelle
a mis fin à une période d'état d'urgence lié à la covid-19, ce qui
a conduit à des élections anticipées en juillet 2021. Son Parti
de l'action et de la solidarité (PAS) a remporté une majorité sûre
(52,8 %), permettant à un gouvernement pro-européen dirigé par la
Première ministre Natalia Gavrilița de former un gouvernement stable
Note,
mettant ainsi fin à l'impasse politique.
10. Après le déclenchement de la guerre d'agression à grande échelle
de la Fédération de Russie contre l'Ukraine, la Présidente Sandu
a donné la priorité à l'adhésion à part entière à l'Union européenne.
Après avoir déposé sa candidature en mars 2022, la Moldova a obtenu
le statut de candidat en juin 2022. Les négociations d'adhésion
ont débuté en décembre 2023, et l'adhésion est prévue pour 2030.
Lors d'un discours public annuel prononcé le 28 décembre 2023, la
présidente a demandé au parlement d'organiser un référendum sur
les amendements constitutionnels concernant l'irréversibilité de
la trajectoire de la Moldova vers l'Union européenne. Après l'évaluation
favorable de la constitutionnalité des amendements proposés par
la Cour constitutionnelle, une majorité parlementaire a approuvé
le décret sur le référendum constitutionnel, programmant sa tenue
en même temps que l'élection présidentielle du 20 octobre 2024.
11. La lutte contre la corruption est au cœur de l'intégration
à l'Union européenne
Note. En juin
2021, la Présidente Sandu a créé le Comité consultatif indépendant
anticorruption, ce qui a donné lieu à des poursuites très médiatisées,
notamment la suspension du procureur général Alexandru Stoianoglo
et l'arrestation de l'ancien président Igor Dodon.
12. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a posé
de graves problèmes, perturbant l'économie de la Moldova en raison
de sa dépendance au pétrole et au gaz russes, provoquant une inflation
et un fort déclin économique. La Banque européenne pour la reconstruction
et le développement a fourni une aide de 2 milliards d'euros au
pays, ce qui a aidé la Moldova à passer rapidement à des sources
d'énergie non russes, le Premier ministre déclarant que le pays
s'était sevré du gaz russe à la mi-2023. La gestion par la Moldova
de la crise des réfugiés ukrainiens a été saluée au niveau international.
Plus de 780 000 réfugiés ukrainiens sont entrés en Moldova depuis
l'invasion russe, et environ 107 000 ont choisi de rester. Bien
qu'elle soit l'un des pays les plus pauvres d'Europe, la Moldova
a réussi à accueillir un nombre substantiel de réfugiés, en partie grâce
à des initiatives civiques telles que «Moldovans for Peace».
13. Dès le début de la guerre d'agression à grande échelle de
la Russie contre l'Ukraine, la Moldova a été confrontée à des cyberattaques
russes soutenues et à des tensions accrues dans la région transnistrienne
de la République de Moldova (ci-après «Transnistrie»), où des manœuvres
militaires russes non autorisées ont accru les craintes de conflit
dans les mois qui ont suivi. En réponse à la guerre d'agression
russe et aux tentatives de porter atteinte à la sécurité et à la
stabilité nationales, les autorités ont déclaré un nouvel état d'urgence,
qui a duré jusqu'à la fin 2023.
14. Parallèlement, la Moldova a été confrontée à d'importants
défis internes de la part des forces politiques pro-russes. En juin
2023, le parti Şor, dirigé par l'oligarque fugitif Ilan Şor
Note,
a été interdit pour avoir tenté de déstabiliser l'ordre constitutionnel.
Pour contourner l'interdiction, Şor a créé de nouvelles formations
politiques qui ont organisé des manifestations et se seraient livrées
à l'achat de votes pour influencer les élections locales du 5 novembre
2023. Au cours de l'été 2023, le Parlement moldave a modifié des
lois afin d'interdire aux membres des partis anticonstitutionnels
de se présenter aux élections. Toutefois, le 3 octobre 2023, la
Cour constitutionnelle a déclaré ces amendements inconstitutionnels
en raison de leur caractère trop général et de l'absence de garanties.
La Commission de Venise a également critiqué ces amendements pour
avoir imposé des restrictions excessives sans contrôle judiciaire
approprié
Note.
15. Suite à ces développements, la Commission pour les situations
exceptionnelles a interdit à certaines personnes de participer aux
élections locales peu avant la date limite d'inscription des candidats,
limitant ainsi leur capacité à faire appel. La Commission de Venise
et le BIDDH de l'OSCE ont critiqué ces actions comme étant des violations
des normes européennes. En mars 2024, la Cour européenne des droits
de l'homme a accepté le recours du parti Şor contre son interdiction,
et la Cour constitutionnelle de Moldova a déclaré l'interdiction
des personnes associées au parti inconstitutionnelle en raison d'une
législation vague.
16. Le 21 avril 2024, Ilan Şor et ses associés, dont la nouvelle
Bashkan (gouverneure) de Gagaouzie, Evghenia Gutul, ont fondé le
bloc électoral «Victorie – Pobeda» à Moscou. En août, la CEC a refusé d'enregistrer
ce bloc, invoquant des irrégularités – une décision confirmée par
les tribunaux. La CEC a également refusé d'enregistrer des groupes
d'initiative affiliés au parti «Revival» et au parti «Chance», tous deux
membres du bloc «Victorie-Pobeda»; ces refus ont été confirmés par
la Cour d'appel de Chisinau et la Cour suprême de justice.
17. Tout au long de ces événements, en particulier lors des élections
locales de novembre 2023 et après l'annonce du référendum constitutionnel
sur l'adhésion à l'Union européenne, le Kremlin a intensifié son ingérence
hybride afin de maximiser son influence sur les élections et semer
le chaos et la division au sein d'une société déjà polarisée. Cette
ingérence s'est traduite par des campagnes de désinformation, des financements
malveillants, des interférences électorales et des cyberattaques.
Sa stratégie à trois volets a impliqué les partis pro-russes traditionnels,
nostalgiques de l'Union soviétique, qui s'opposent à l'Union européenne,
les partis affiliés à Şor qui promeuvent l'alignement sur l'Est,
et certains politiciens qui se présentent comme pro-européens pour
attirer les électeurs centristes.
18. Face aux pressions extérieures et aux divisions politiques
internes, le gouvernement du PAS a également été confronté au mécontentement
croissant de la population, principalement en raison de l'inflation élevée
et de la flambée des prix de l'énergie et du gaz, mais aussi en
raison de la lenteur des progrès réalisés dans les réformes judiciaires
phares du PAS – en particulier l'agrément des juges et des procureurs.
Cette situation a terni l'image du parti et a été exacerbée par
le rejet au sein de l'appareil judiciaire des efforts de lutte contre
la corruption. Des perturbations administratives se sont produites;
de 2022 à mai 2024, il n'y avait qu'un «procureur général par intérim»
jusqu'à ce que la Présidente Sandu nomme Ion Munteanu le 31 mai
2024. L’Autorité nationale pour l’intégrité a travaillé plus lentement
que prévu, n'ayant contrôlé que les membres du Conseil supérieur
de la magistrature et du Conseil supérieur des procureurs, et quelque
250 postes clés n'ayant toujours pas été contrôlés en octobre 2024.
19. La nouvelle carte judiciaire adoptée le 31 mai 2024, qui réorganise
les cours d'appel en régions centrale, septentrionale et méridionale,
a également fait l'objet de critiques, notamment de la part de la
Bashkan de Gagaouzie, qui a contesté cette réorganisation devant
la Cour constitutionnelle, arguant qu'elle viole l'autonomie judiciaire
de la Gagaouzie telle que garantie par la Constitution moldave.
Ces questions ont aggravé les tensions entre les initiatives anti-corruption
du gouvernement et les structures judiciaires existantes, d'une
part, et le mécontentement du public face à l'incapacité du gouvernement
à traduire en justice les politiciens et les oligarques corrompus,
d'autre part.
20. En outre, les perspectives d'un référendum constitutionnel
ont été confrontées à des défis importants découlant de la profonde
polarisation de la société moldave. Largement perçu comme une aide
à la réélection de la Présidente Sandu, les risques d'un boycott
à grande échelle de la part de l'opposition étaient élevés. Pour que
le référendum soit valide, il fallait qu'au moins un tiers des électeurs
inscrits y participent, or les référendums précédents avaient souffert
d'un faible taux de participation
Note. Les groupes d'opposition
pro-russes, notamment menés par Şor et sa coalition «Pobeda», ont
activement cherché à saper le référendum en encourageant les boycotts
et en s'appuyant sur un fort soutien dans des régions comme la Gagaouzie,
Bălți et Orhei. En outre, des campagnes de désinformation soutenues,
propagées par le discours russe, ont répandu le scepticisme à l'égard
de l'intégration de l'Union européenne et ont visé à réduire l'enthousiasme des
électeurs. À l'approche de la date du référendum, les opposants
ont compris qu'avec 36 % des intentions de vote pour Maia Sandu
dans les sondages, les tactiques de boycott n'empêcheraient pas
le référendum, et ils se sont tournés vers la propagande du «non».
21. Cette élection présidentielle et ce référendum étant les premiers
à se tenir après la candidature de la Moldova à l'Union européenne
et l'ouverture des négociations d'adhésion, les enjeux du succès
du référendum constitutionnel étaient particulièrement élevés: un
référendum raté aurait sapé le gouvernement pro-européen de la Présidente
Sandu, affaibli la voie de la Moldova vers l'adhésion à l'Union
européenne et donné du pouvoir aux factions anti-Union européenne
lors des élections législatives suivantes de 2025, influençant ainsi l'orientation
géopolitique du pays pour les années à venir.
22. Bien que la période électorale officielle pour cette élection
présidentielle et ce référendum constitutionnel ait commencé le
22 juillet 2024 et que la campagne ait débuté le 20 septembre 2024,
la Moldova se trouve en fait dans un «super cycle électoral» depuis
les élections locales de novembre 2023. L'élection présidentielle actuelle
a donc été considérée par beaucoup comme une répétition générale
pour les élections parlementaires de 2025, qui seront essentielles
pour déterminer l'orientation politique intérieure de la Moldova
en tant que république parlementaire.
3 Principales conclusions de la délégation
de l'APCE
23. La mission préélectorale a
eu lieu un mois avant le jour prévu pour l’élection et le référendum,
quelques jours avant le début officiel de la campagne électorale.
La délégation a rencontré diverses parties prenantes, notamment
la présidente sortante et huit autres candidats à la présidence,
ce qui lui a permis d'avoir un aperçu direct des positions et des
priorités des candidats à la présidence. La délégation s'est également
entretenue avec des hauts fonctionnaires, notamment la vice-première
ministre chargée de l'Intégration européenne et le président du
parlement, des organes institutionnels clés tels que la Commission
électorale centrale, l'Agence nationale pour l'intégrité, et le
Conseil de l'audiovisuel, des représentants de la société civile
et des médias, la cheffe de mission et l'équipe centrale du BIDDH,
ainsi que des membres de la délégation moldave auprès de l'APCE.
Elle a identifié un certain nombre de questions clés ayant un impact
sur ce processus électoral, qui ont été suivies par nos deux principales
missions d'observation lors des deux jours d'élection.
3.1 Cadre juridique
24. L'adoption d'un nouveau Code
électoral en décembre 2022, entré en vigueur en janvier 2023, a
introduit des améliorations significatives et modernisé le processus
électoral. Le code révisé a renforcé la transparence dans le financement
des campagnes et a élargi l'accès aux médias pour tous les candidats
à l’élection. Il a tenu compte de recommandations de longue date,
notamment en permettant aux électeurs de soutenir plus d'un candidat,
en révisant le processus de nomination des membres de la CEC pour
renforcer l'impartialité, en renforçant la surveillance par la CEC
des partis politiques et du financement des campagnes, et en clarifiant les
procédures de recours judiciaire.
25. Le Conseil de l'Europe et l'OSCE/BIDDH ont salué ces changements
en 2022, notant que nombre de leurs recommandations antérieures
avaient été entièrement ou partiellement mises en œuvre
Note. En particulier, le code électoral
a été adopté à l'issue d'un vaste processus de consultation mené
par la CEC, auquel ont participé les parties prenantes aux élections
et les organisations de la société civile, bien que l'opposition parlementaire
n'y ait pas pris part.
26. Malgré ces avancées, plusieurs interlocuteurs ont souligné
que le Code électoral de 2022 avait été révisé huit fois depuis
son entrée en vigueur, y compris peu avant l'ouverture de cette
période électorale. Les amendements comprenaient des changements
dans les dates des élections et des référendums, l'interdiction pour
les partis politiques précédemment suspendus de participer, l'introduction
du vote partiel par correspondance depuis l’étranger dans certains
pays, des dispositions pour des élections et des référendums simultanés,
et de nouvelles règles pour la conduite de la campagne, le financement
et le calendrier du second tour des élections. Ces amendements ont
été adoptés sans le soutien de l'ensemble des partis politiques
et sans consultation publique.
27. Plusieurs questions restent en suspens, telles que l'exactitude
des listes électorales, le droit de vote des personnes souffrant
de handicaps intellectuels et psychologiques, les conditions restrictives
d'éligibilité des candidats à la présidence, l'équilibre politique
dans la composition de la CEC, l'absence de réglementation sur le
vote à deux jours et le manque de clarté des critères d'établissement
des bureaux de vote à l'étranger. Par ailleurs, l'application des
règles générales de la campagne à la courte période du second tour
a donné lieu à des dispositions contradictoires et à des ambiguïtés.
Par exemple, le début du second tour de la campagne n'est pas aligné
sur les dates limites pour la présentation des résultats et le règlement
des litiges, ce qui nuit à l'efficacité des recours juridiques et
limite les possibilités de campagne. En outre, la loi ne réglemente
pas explicitement le financement de la campagne pour le second tour.
28. La plupart des interlocuteurs ont apprécié l'augmentation
du nombre de bureaux de vote à l'étranger (231) et la nouvelle initiative
de vote partiel par correspondance impliquant six pays à ce premier
stade pilote
Note. Toutefois, la réduction
du nombre de bureaux de vote en Fédération de Russie, Israël et
Ukraine, pour des raisons de sécurité, a suscité des inquiétudes.
Les politiciens de l'opposition ont remis en question la sélection des
pays pour le vote par correspondance, accusant les autorités d'avoir
choisi ceux susceptibles d’offrir un soutien important à la présidente
sortante. Des organisations de la société civile comme Promo-LEX
ainsi que la
Commission
de Venise recommandent de rendre le vote par correspondance permanent
et de l'étendre à tous les pays sûrs et fiables
Note.
29. La tenue simultanée du référendum et de l’élection présidentielle
a nécessité des ajustements législatifs rapides. Bien que les normes
internationales n'interdisent pas la tenue simultanée des deux
Note, le fait
de le faire à la hâte et sans adapter les règlements de campagne
a créé des conditions inégales pour les candidats à l'élection présidentielle.
L'absence de règles imposant aux autorités publiques de rester neutres
et l'insuffisance des réglementations relatives à leur participation
ne constituent pas des garanties suffisantes contre l'utilisation
abusive des ressources administratives au cours de la campagne.
Plusieurs interlocuteurs ont également souligné la nécessité d'une
législation imposant la diffusion d'informations objectives sur
les deux options de référendum, expliquant clairement les conséquences
d'un «oui» ou d'un «non» et présentant une question référendaire
claire pour permettre des choix éclairés.
30. Dans l'ensemble, toutes les parties prenantes s'accordent
à dire que le cadre juridique électoral est adéquat pour garantir
la tenue d'élections démocratiques. Indépendamment des diverses
modifications législatives apportées en moins d'un an, ces dernières
ont contribué à améliorer le processus électoral. Les ambiguïtés
et les lacunes juridiques qui subsistent doivent être résolues rapidement,
le cas échéant avant même les élections législatives de 2025.
3.2 Cadre institutionnel
31. La délégation a reçu des commentaires
généralement positifs sur le travail de la commission électorale centrale
avant et pendant le jour du scrutin. La CEC a déployé des efforts
considérables pour garantir l'indépendance et l'impartialité du
processus électoral, en rendant chaque étape publique et accessible,
ce qui a renforcé la transparence. Les décisions ont été adoptées
de manière impartiale et collégiale, les projets de décision étant
discutés ouvertement au cours de sessions rationalisées qui incluaient
les contributions des candidats à l’élection, des participants au
référendum et des institutions publiques impliquées dans la préparation
des scrutins. Toutefois, nous avons appris que les procès-verbaux
des sessions étaient parfois retardés et que tous les documents
reçus par la CEC n'étaient pas publiés sur son site Internet, ce
qui a nui à la transparence. Dans l'ensemble, l'administration électorale
a bénéficié de la confiance de ses interlocuteurs.
32. Le Code électoral de 2022 a professionnalisé la gestion des
conseils électoraux de district (CED), une décision qui a contribué
efficacement à la lutte contre le financement illégal des concurrents
électoraux. Les 37 CED étaient bien équipés et professionnels, et
la nomination permanente des présidents des CED a amélioré l'efficacité
des préparatifs électoraux.
33. Toutefois, certains inconvénients ont également été relevés
dans le fonctionnement de la CEC: par exemple, la CEC n'a pas systématiquement
publié toutes les plaintes reçues – principalement celles alléguant un
usage abusif de la fonction ou des ressources administratives –
ce qui a limité la transparence. En outre, lors du traitement des
plaintes concernant les violations de la campagne, ni la CEC, ni
la police, ni le parquet anticorruption n'ont fourni d'informations
publiques sur la manière dont la plupart des allégations – telles
que l'utilisation abusive de ressources administratives par le gouvernement
et d'autres violations de la campagne, prétendument commises par
le PAS, ont été résolues.
34. Plusieurs interlocuteurs de l'APCE et de la MIOE ont exprimé
leurs préoccupations quant à la composition déséquilibrée de la
CEC. Nommée en 2021, la CEC permanente est composée de neuf membres: un
nommé par la présidente et huit par les groupes parlementaires proportionnellement
à leur représentation. Actuellement, un membre est nommé par la
présidente, cinq par la majorité parlementaire et trois par l'opposition,
ce qui donne un avantage significatif au parti au pouvoir. Compte
tenu de ce déséquilibre politique de longue date, la délégation
a exhorté la CEC à préserver son intégrité, notamment en gérant
le processus d'enregistrement complexe et en garantissant des conditions
de concurrence équitables.
35. Le Code électoral de 2022 prévoit la mise en place d'une CEC
plus impartiale; toutefois, ce changement ne prendra effet qu'en
2026, après les élections législatives de 2025. Dans l'intervalle,
compte tenu du contexte politiquement polarisé, les autorités doivent
trouver une solution viable – éventuellement en introduisant des mesures
provisoires comprenant une composante plus inclusive – afin d'accroître
la confiance de l'opposition dans le fonctionnement politiquement
neutre et équilibré de la CEC.
3.3 Inscription des électeurs et des candidats
36. Tous les citoyens âgés de 18
ans ou plus peuvent voter, à moins qu'un tribunal ne révoque ce
droit en raison d'un handicap intellectuel ou psychosocial, une
pratique qui est en contradiction avec les normes internationales.
L'inscription des électeurs est passive et centralisée. Au 2 octobre
2024, le registre national des électeurs (SVR) recensait 3 302 142
électeurs. Parmi eux, 284 755 n'avaient pas d'adresse enregistrée, 274 475
résidaient en Transnistrie et 20 896 s'étaient pré-inscrits pour
voter à l'étranger (dont 1 809 pour le vote par correspondance).
Ces électeurs ne figuraient pas sur les listes imprimées mais pouvaient
être ajoutés le jour du scrutin.
37. Malgré une diaspora estimée à 1,1 million de personnes, seuls
117 326 citoyens sont officiellement enregistrés à l'étranger; par
conséquent, un grand nombre d'entre eux restent inscrits sur les
listes électorales nationales, ce qui ne permet pas de planifier
efficacement le vote depuis l'étranger. Certaines parties prenantes
s'interrogent sur l'exactitude des données du SVR concernant les
citoyens décédés à l'étranger ou en Transnistrie, étant donné que
les déménagements dépendent des notifications des familles. Toutefois, aucun
de nos interlocuteurs n'a estimé que ce problème était suffisamment
important pour remettre en cause l'intégrité de la liste électorale.
Les électeurs ont généralement bénéficié d'un large éventail de
possibilités pour vérifier et corriger les inexactitudes de la liste
électorale, bien que plusieurs parties prenantes aient noté que les
bureaux électoraux de circonscription n'étaient pas ouverts aux
électeurs pour modifier les listes ou demander le vote mobile, en
particulier pour le second tour de l'élection présidentielle.
38. Pour se présenter à la présidence de l'État, les candidats
doivent être âgés d'au moins 40 ans, avoir vécu en Moldova pendant
au moins 10 ans, maîtriser le roumain et, conformément au code électoral
de 2022, être titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur
– une exigence considérée comme discriminatoire et contraire aux
normes internationales
Note. Le long délai
de résidence et les contrôles non réglementés des compétences linguistiques
peuvent également conduire à des discriminations.
39. Les candidats peuvent être désignés par des partis politiques,
des blocs électoraux ou des groupes d'électeurs (pour les indépendants).
L'enregistrement se fait en deux étapes: la CEC a enregistré 13
groupes d'initiative à partir de 18 candidatures entre le 21 et
le 31 août 2024. Ces groupes devaient recueillir entre 15 000 et
25 000 signatures avant le 20 septembre 2024. Douze groupes ont
présenté des candidatures; 11 candidats (sept hommes et quatre femmes)
ont été enregistrés, offrant ainsi un choix aux électeurs. Une candidature
a été rejetée en raison d'un nombre insuffisant de signatures valides.
40. Le Code électoral de 2022 permet aux électeurs de soutenir
plusieurs candidats, exige la collecte de signatures pour les candidats
désignés par les partis et clarifie les règles de nomination, ce
qui répond aux recommandations précédentes. Toutefois, l'absence
de critères juridiques pour définir les candidats indépendants a
suscité des inquiétudes quant à la possibilité de décisions arbitraires.
41. Pour le référendum, seuls les partis et blocs politiques peuvent
s'inscrire en tant que participants, à l'exclusion des citoyens
et des organisations de la société civile – une disposition restrictive
qui a été critiquée par plusieurs représentants de la société civile
et des médias.
42. Dans le délai imparti, 19 partis politiques et blocs électoraux
ont demandé à s'inscrire en tant que candidats au référendum. La
CEC en a enregistré 16. Par la suite, le 14 septembre 2024, la CEC
a décidé de radier le parti «Chance» après que la Cour d'appel de
Balti a décidé de limiter l'activité de ce parti pour une période
de trois mois en raison de violations liées à des obligations financières,
le rendant inéligible à participer au référendum. Après la radiation
du parti «Chance», le nombre total de candidats au référendum a
été réduit à 15. Le droit de faire campagne pour un référendum n'est
accordé que dans le cadre des deux options proposées, «oui» ou «non».
Deux partis se sont inscrits pour une campagne en faveur du «non»,
les autres pour le «oui».
3.4 Campagne électorale et ingérence étrangère
43. La campagne électorale a généralement
respecté les libertés fondamentales d'expression, de réunion et
d'association. Les candidats ont fait campagne librement, offrant
aux électeurs un véritable choix parmi les options politiques. Toutefois,
certains problèmes ont affecté l'égalité des chances et l'intégrité
du processus.
44. Certains interlocuteurs de l'APCE se sont inquiétés du chevauchement
entre la date de début de la campagne et le processus d'enregistrement
des candidats en cours. Les candidats devaient présenter un certain
nombre de signatures (15 000 à 25 000) avant le 20 septembre 2024,
après quoi la CEC disposait de sept jours pour vérifier les signatures.
Quatre des 13 candidats initialement enregistrés, qui avaient présenté leurs
signatures tôt, ont pu commencer à faire campagne le 20 septembre,
tandis que les autres, qui ont présenté leurs signatures ultérieurement,
n'ont pu commencer à faire campagne que plus tard, le dernier ayant été
autorisé à le faire jusqu'au 29 septembre. Cette disparité remet
en cause le principe d'égalité des chances et contrevient au Code
de bonne conduite en matière électorale. Les candidats individuels
ont également subi des retards dans l'ouverture de comptes bancaires,
car ils ne pouvaient le faire qu'une fois enregistrés, ce qui a
retardé leur campagne.
45. La campagne elle-même a été calme et discrète, en particulier
en ce qui concerne le référendum constitutionnel. Certains discours
de campagne ont suscité des inquiétudes. Des candidats ont proféré
des insultes personnelles, diffusé des messages anti-LGBTI et, selon
des informations crédibles, des personnalités religieuses ont participé
à la campagne, violant ainsi la séparation de l’Église et de l’État.
Le ton est devenu plus négatif au second tour, certains partisans
ayant recours à des discours de haine et à des messages de division
selon des critères politiques et identitaires. Les remarques xénophobes
à l'encontre d'un candidat, bien que rapidement condamnées par l'autre
candidat, restent un sujet de préoccupation. Du matériel de propagande
et des messages visant à discréditer Maia Sandu et Alexandr Stoianoglu
ont été distribués par le biais de tracts, de vidéos et d'affiches
vandalisées.
46. Des débats ont été organisés, mais ils ont été compromis par
la réticence de certains candidats à y participer, ce qui a limité
la capacité des électeurs à faire des choix en toute connaissance
de cause. Les candidats se sont principalement concentrés sur les
questions économiques et sociales. Bien que le référendum ait été
centré sur la politique étrangère et les orientations géopolitiques,
ces sujets n'ont pas été au cœur des deux tours de la campagne présidentielle.
La présidente sortante a souvent mis en avant l'aide financière
de l'Union européenne et son impact sur les projets d'infrastructure.
47. L'ampleur sans précédent de l’ingérence étrangère et de la
désinformation, principalement pour le compte de la Fédération de
Russie, a eu une forte incidence sur la campagne. Les interlocuteurs
ont fait état de preuves de financement illégal de campagnes électorales,
d'offres monétaires illicites aux électeurs et de campagnes de désinformation
visant à influencer le comportement électoral des citoyens. Les
forces de l'ordre ont estimé que le nombre de personnes impliquées
dans divers systèmes de corruption pourrait avoir dépassé les 300
000 et que les sommes allouées à la corruption électorale pourraient
s'être élevées à des centaines de millions de dollars. Des allégations
de soutien étranger direct à certains candidats et partis ont été
formulées par les autorités, mais ces dernières n'ont pas révélé
qui était impliqué, ni pris de mesures préélectorales.
48. En outre, des tiers non enregistrés se sont activement engagés
dans la campagne sans réglementation formelle, promouvant des messages
liés à la fois au référendum et à la campagne présidentielle. L'absence de
dispositions légales réglementant la campagne des tiers a entraîné
des risques d'entrée de fonds illicites dans la politique et a mis
à mal la capacité des institutions à faire face à ces activités.
Le réseau associé à Ilan Şor, comprenant le bloc de la Victoire
et le parti Renastere, a commis le plus grand nombre d'infractions
liées à l’interdiction de faire campagne, visant à saper l'intégrité
des élections par le biais de systèmes d'achat de votes massifs
faisant l'objet d'une enquête.
49. Les campagnes de désinformation et l'influence exercée sur
les électeurs ont visé en particulier le référendum constitutionnel,
dans le but de détourner le pays de la voie de l'intégration européenne
et du renforcement des institutions démocratiques. Les répercussions
d'une attaque aussi soutenue contre les valeurs et les institutions
démocratiques suscitent de vives inquiétudes pour l'avenir.
50. Dans le même temps, l'annonce d'un paquet financier de 1,8
milliard d’euros de la part des partenaires européens dix jours
avant l’élection et l'imposition de sanctions de l'Union européenne
à la Bashkan de Gagaouzie et à plusieurs hauts fonctionnaires de
la région autonome ont également fait l'objet de critiques, estimant
qu'elles pouvaient influencer les électeurs.
51. Les enquêtes sur l'ingérence étrangère et l'achat de votes
se sont intensifiées avant le second tour de l'élection du 3 novembre
2024, donnant lieu à des mises en détention, des perquisitions,
des saisies et des amendes. Si les efforts de la police, du Centre
national anticorruption et d'autres autorités pour lutter contre
le financement illicite et la corruption des électeurs sont louables,
il est regrettable que les mesures préventives n'aient pas été mises
à jour à temps et que les interventions aient été insuffisantes
par rapport à l'ampleur du problème. Étant donné que l'ingérence
étrangère est susceptible de persister, voire de s'intensifier,
avant les élections législatives de 2025, une approche plus structurée
est nécessaire pour lutter contre ces problèmes et atténuer leurs
conséquences négatives à long terme.
52. L'utilisation abusive des ressources administratives dans
le processus électoral est une autre préoccupation importante exprimée
par nos interlocuteurs. Alors que les candidats n'ont pas le droit
d'utiliser ces ressources, les hauts fonctionnaires tels que le
président, le premier ministre et le président du parlement sont
exemptés de suspendre leurs fonctions lorsqu'ils font activement
campagne. Ces fonctionnaires ont participé à des événements institutionnels
au cours de la campagne, ce qui a suscité des inquiétudes quant
à la possibilité de faire pencher la balance en faveur du parti
au pouvoir. Bien que la loi ne l'interdise pas, ce manque de neutralité
et l'insuffisance des réglementations ont contribué à donner l'impression
que les règles du jeu étaient inégales.
53. Le rôle du gouvernement dans la campagne référendaire, en
particulier, a suscité des critiques. Nos interlocuteurs ont reproché
au gouvernement d'avoir mené une vaste campagne publique soulignant
les avantages de l'adhésion à l'Union européenne sans fournir d'explications
objectives sur les options du référendum, brouillant ainsi les frontières
entre les fonctions gouvernementales et les activités des partis.
La CEC a rencontré des difficultés pour statuer sur les plaintes
concernant l'utilisation abusive des ressources administratives,
ce qui témoigne d'un manque de clarté du cadre réglementaire. Des
cas d'abus ont été observés mais n'ont souvent pas été officiellement
signalés.
54. En résumé, bien que les libertés fondamentales aient été respectées
et que les électeurs aient eu un éventail de choix, des problèmes
tels que des conditions de campagne inégales, l'utilisation abusive
des ressources administratives, l'ingérence étrangère et les activités
de tiers non réglementées ont affecté l'équité et l'intégrité du
processus électoral. Il est essentiel de répondre à ces préoccupations
pour renforcer les pratiques démocratiques et la confiance du public
dans les futures élections.
3.5 Paysage médiatique
55. Le paysage médiatique de la
Moldova a connu des changements significatifs. Les conditions permettant aux
médias de fonctionner sans interférence se sont généralement améliorées,
comme l'ont signalé de nombreux représentants de la société civile
et des médias. Pendant la campagne, la couverture radiophonique et
télévisuelle a été étroitement réglementée afin de garantir l'équité,
l'exactitude et l'impartialité. Le Conseil de l'audiovisuel a surveillé
activement la couverture médiatique, sanctionné les médias qui ont
enfreint les règles et traité rapidement les plaintes. Bien que
certains diffuseurs se soient efforcés de fournir une couverture équilibrée,
le contrôle des médias a révélé d'importantes disparités.
56. Lors du premier tour, la présidente sortante a bénéficié de
la plus grande couverture sur toutes les chaînes de télévision supervisées,
à la fois en sa qualité officielle et en tant que candidate, souvent
sans distinction claire entre les deux rôles. Cette situation, associée
à une couverture importante et non critique de la part du radiodiffuseur
public et à un parti pris pro-Union européenne dans certains médias
privés, a contribué à créer des conditions de concurrence inégales.
Le radiodiffuseur public régional Gagauziya Radio Television s'est
distingué par la diffusion de faux récits sur le référendum et certains
candidats. En outre, l'absence de véritables débats électoraux –
due en partie à la réticence des candidats à y participer – a limité
la capacité du public à faire des choix en toute connaissance de
cause.
57. Au second tour, les médias supervisés par le BIDDH ont consacré
autant de temps d'antenne aux deux candidats, mais le ton de la
couverture différait en faveur de la Présidente Sandu. Elle a été
couverte presque exclusivement de manière positive ou neutre, alors
que les médias ont couvert la candidature de M. Stoianoglo de manière
plus critique.
58. Le passage de la télévision traditionnelle aux médias en ligne
et aux médias sociaux comme principales sources d'information a
compliqué l'environnement médiatique. Si la pénétration de l'internet
et l'utilisation des téléphones portables facilitent l'accès à l'information,
elles permettent aussi à la désinformation de se propager plus facilement
sans contrôle. Bien que les autorités et les entreprises de médias
sociaux (Meta, X) aient pris certaines mesures pour les contenir,
la désinformation et les contenus manipulateurs sont restés très répandus.
De nombreux portails et canaux de médias sociaux, en particulier
sur Telegram, auraient été contrôlés par Ilan Şor et des entités
pro-Kremlin. Ces plateformes diffusaient des fake news et des récits négatifs
sur l'Union européenne et les perspectives d'intégration européenne
de la Moldova, dans le but de manipuler les électeurs et de saper
les institutions démocratiques. Le 10 octobre 2024, les autorités
ont bloqué 15 chaînes et 95 chatbots Telegram liés à Şor, citant
leur utilisation pour faciliter le financement politique illégal et
les systèmes d'achat de votes. Cependant, l'absence de réglementation
globale de l'environnement en ligne a permis à des tiers non enregistrés
de continuer à influencer le processus électoral.
59. Le gouvernement a mis en œuvre des mesures pour répondre aux
menaces pour la sécurité nationale découlant de l'ingérence étrangère
et de l'influence indue de personnalités politiques. Ces mesures comprenaient
la restriction de la rediffusion de certains médias audiovisuels
et le blocage de sites web impliqués dans la diffusion de désinformation,
en particulier après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Si
ces mesures ont été considérées par beaucoup comme nécessaires pour
protéger la sécurité nationale et la cohésion sociale, elles ont
également eu pour effet de réduire l'espace permettant d'exprimer
une pluralité d'opinions et d'examiner minutieusement les actions
du gouvernement.
60. Le rôle des journalistes d'investigation est devenu crucial
pour dénoncer les systèmes illégaux de financement des partis et
des campagnes. Cependant, la publication d'informations sur des
données personnelles a posé un problème. Le 25 octobre 2024, à la
suite d'articles sur des enquêtes relatives à l'achat de votes,
certains médias ont publié les noms d'environ 3 800 personnes prétendument
impliquées dans un système d'achat de votes à grande échelle lié
à Ilan Şor. Cette action a suscité des inquiétudes: la publication de
ces données personnelles sans vérification approfondie et sur la
base de sources anonymes enfreint les normes journalistiques, viole
la présomption d'innocence et pourrait mettre en danger la vie privée
et la sécurité de ces citoyens, en particulier dans le climat politique
polarisé actuel.
61. Dans l'ensemble, si les électeurs ont eu accès à des informations
suffisantes, l'environnement médiatique a été confronté à des défis
qui ont affecté l'équité et l'inclusivité du processus électoral.
3.6 Financement de la campagne
62. Le cadre juridique du financement
des campagnes électorales en Moldova s'aligne largement sur les recommandations
de la Commission de Venise et du Groupe d’États contre la corruption
(GRECO), même si les exigences en matière de rapports hebdomadaires
ont été jugées contraignantes par plusieurs parties prenantes. La
CEC a généralement réussi à traiter efficacement les rapports de
financement de campagne des candidats, mais les retards dans leur
publication ont pu empêcher les électeurs de faire un choix éclairé,
en particulier avant le second tour de l'élection présidentielle.
63. Toutes les transactions liées à la campagne doivent obligatoirement
être effectuées vers et depuis les comptes bancaires désignés des
groupes d'initiative. Cela favorise les candidats désignés par les
partis politiques, car ceux-ci sont autorisés à ouvrir ces comptes
avant l'enregistrement, alors que les candidats indépendants doivent
attendre d'être enregistrés. Cette disparité, associée aux obstacles
administratifs liés à l'ouverture des comptes et à l'obtention des
numéros d'identification fiscale, a entraîné des retards pour plusieurs
candidats et les a empêchés de démarrer leur campagne en temps voulu.
64. De nombreux observateurs ont également tiré la sonnette d'alarme
au sujet du «financement fantôme» des campagnes électorales, en
particulier à partir de sources étrangères. Ces fonds illicites
entrent souvent dans le système sous forme d'espèces, de cartes
prépayées, de crypto-monnaies ou de transferts électroniques. Les
autorités moldaves admettent qu'elles manquent actuellement de capacités
et de ressources pour combattre et prévenir efficacement ces activités
illégales.
65. Des organisations de la société civile, telles que PromoLex,
ont signalé que certains candidats ne déclaraient pas leurs dépenses
de campagne, soulevant des inquiétudes quant à la transparence et
à la responsabilité. En outre, de nombreux candidats au référendum
constitutionnel n'ont déclaré aucun revenu ni aucune dépense dans
leur rapport officiel sur le financement de la campagne. Les observateurs
se sont interrogés sur l'objectif de leur participation s'ils n'avaient
aucune activité financière, suggérant la possibilité d'un financement
non divulgué ou d'arrière-pensées.
66. En réponse à ces défis, les institutions moldaves ont intensifié
leurs efforts au cours du second tour de l’élection présidentielle
pour enquêter sur les systèmes d'achat de votes et le financement
illicite. L'inspection générale de la police a découvert une opération
d'achat de votes portant sur 39 millions de dollars qui auraient été
transférés de la banque russe Promsvyazbank aux électeurs moldaves
par le biais de 1,4 million de messages textuels. Le Centre national
anticorruption a traité plus de 1 000 rapports d'infractions liées
à l'achat de votes et a infligé des amendes supérieures à 2 millions
de lei. La CEC a lancé des enquêtes approfondies sur plusieurs partis
politiques et candidats soupçonnés de financement illicite. Si ces
actions sont louables, des inquiétudes subsistent quant à l'insuffisance
des mesures préventives par rapport à l'ampleur du problème, ce qui
souligne la nécessité d'une approche plus structurée pour préserver
l'intégrité des futures élections.
4 Observations du jour de l'élection
67. Le premier jour des élections,
le 20 octobre 2024, les organisations partenaires de la MIOE ont
déployé ensemble plus de 300 observateurs à court terme dans plus
de 1 200 bureaux de vote. Les 12 équipes de l'APCE ont été déployées
à Chisinau et dans ses environs, ainsi que dans les villes suivantes
et leurs environs: Anenii Noi, Balti, Cahul, Cantemir, Causeni,
Ceadir-Lunga, Comrat, Cricova, Criuleni, Dubasari, Edinet, Floresti,
Gongaz, Hincesti, Leova, Orhei, Riscani, Singera, Soroca, Taraclie,
Varnitsa et Vulcanesti. Le jour du second tour, 4 équipes de l'APCE
ont été déployées à Chisinau et dans ses environs, ainsi qu'à Anenii
Noi, Balti, Cricova, Criuleni, Dubasari, Falesti, Floresti, Orhei,
Rezina, Singerei, Varnitsa et dans les villages environnants.
68. Tous les membres de la délégation de l'APCE ont estimé que
les élections étaient techniquement très bien organisées, avec des
agents, pour la plupart des femmes, bien formés dans la plupart
des bureaux de vote. Les deux journées électorales se sont déroulées
dans le calme et ont été bien gérées, sans incidents majeurs susceptibles
d'affecter de manière significative le processus de vote. Le jour
du second tour a été un peu plus affecté par des cas de tactiques
potentielles de corruption des électeurs, y compris le transport organisé
d’électeurs (observé dans deux bureaux de vote DEC37 à Varnitsa
et Rezina) et des électeurs prenant des photos de leurs bulletins
(observés par une équipe à Singerei). De rares cas de surpeuplement soudain
et de tension dans et autour des bureaux de vote ont été signalés.
69. Les procédures d'ouverture ont été évaluées de manière très
positive par toutes les équipes de l'APCE. Les membres des bureaux
électoraux de circonscription étaient prêts à temps et tout le matériel
nécessaire avait été livré. Les caméras vidéo fournies par la CEC
étaient installées et fonctionnelles, à l'exception de quelques
cas où le système de vérification électronique de l'identité des
électeurs SAISE n'a pas fonctionné immédiatement, mais ces problèmes
techniques ont été rapidement résolus.
70. Les procédures de vote ont également été évaluées de manière
extrêmement positive par nos membres, bien que des incohérences
mineures aient été relevées. Certains bureaux de vote étaient assez petits
et certains étaient mal agencés, ce qui a rendu le processus de
vote difficile. Le système SAISE a fonctionné efficacement dans
la plupart des bureaux de vote observés. Les caméras vidéo étaient
également opérationnelles dans la plupart des bureaux de vote visités,
mais certains observateurs ont fait remarquer que, parfois, les
caméras installées pour surveiller les urnes avaient une vue plus
large des locaux, ce qui pouvait compromettre le secret du vote.
71. Notre délégation a particulièrement salué l'engagement des
milliers de femmes – qui représentaient 88% des membres des bureaux
électoraux de circonscription dans les bureaux de vote observés
par la MIOE – pour veiller au bon déroulement du processus électoral,
dans l'intégrité et la transparence.
72. En revanche, la grande majorité des bureaux de vote observés
n'étaient pas adaptés aux personnes souffrant d'un handicap moteur
et l'accès à de nombreux bureaux de vote était difficile pour les
personnes âgées. Bien que les bureaux de vote soient équipés pour
le vote en fauteuil roulant, les tables prévues à cet effet étaient
souvent repoussées dans un coin ou des équipements de base tels
que le tampon manquaient. Les personnes qui souhaitaient utiliser
ces isoloirs devaient réclamer l’équipement nécessaire. J'ai souligné lors
de la conférence de presse que le droit de vote est un droit humain
fondamental et que l'exclusion en raison de caractéristiques personnelles
est inacceptable.
73. Le dépouillement des votes a été effectué de manière efficace,
avec des infractions mineures observées. Les membres de certains
bureaux électoraux de circonscription ont parfois sauté des étapes
de la procédure pendant le dépouillement, afin de terminer moins
tard. Nos membres ont également observé de rares cas de protocoles
signés à l'avance avant de remplir les chiffres.
74. Dans l'ensemble, les constatations des membres de la délégation
de l'APCE coïncident avec celles détaillées dans les deux déclarations
conjointes sur les constatations et conclusions préliminaires de
la MIOE. Comme d'habitude, si la méthodologie de «l'observation
mobile» utilisée par les instances parlementaires internationales
avec des équipes visitant les bureaux de vote dans une région plus
large permet d'obtenir une bonne image générale de la gestion des
élections, ce n'est pas la méthode la plus propice à la détection
des fraudes et des infractions. Cet objectif est mieux servi par
les observateurs locaux, par exemple, la principale organisation
civile Promo-LEX était représentée dans presque tous les bureaux
de vote visités par notre délégation. Leur excellent travail d'observation
et de détection des infractions tout au long de cette période électorale
mérite une reconnaissance particulière.
75. Les observateurs déployés par Promo-LEX ont enregistré respectivement
778 et 791 incidents au cours des deux jours de scrutin. La violation
la plus fréquente observée était la violation du secret du vote,
avec 175 et 229 cas impliquant la photographie des bulletins de
vote et d'autres actions empiétant sur la vie privée des électeurs.
Alors que près de 100 cas liés à la perturbation du processus de
filmage du vote et du dépouillement des bulletins de vote et d'autres
incidents liés au filmage des procédures de vote ont été enregistrés
au cours du premier tour, ce chiffre est tombé à 51 cas le jour
du second tour. D'autre part, le nombre de défaillances techniques
détectées dans le fonctionnement du système électoral automatisé
de l'État, y compris les cas où le système indiquait de manière
incorrecte si une personne avait voté, a augmenté pour atteindre 127 incidents,
ce qui soulève des inquiétudes quant à la fiabilité de l'infrastructure
électorale. Des erreurs dans les listes électorales, telles que
des adresses erronées et l'inclusion de personnes décédées, ont
été observées respectivement dans 76 et 65 cas, jetant un doute
sur l'exactitude des mises à jour des listes électorales. En outre,
des problèmes de sécurité des urnes, des scellés manquants ou endommagés,
la présence non autorisée d'individus faisant campagne dans ou près
des bureaux de vote, et des cas d'achat de votes ont été signalés.
76. La police a signalé 225 incidents, y compris la photographie
de bulletins de vote ou le transport organisé d'électeurs. Le deuxième
jour du scrutin, les autorités ont dû faire face à de fausses alertes
à la bombe visant un certain nombre de bureaux de vote et le pont
sur le Dniestr entre Rybnitsa et Rezina. En outre, 14 bureaux de
vote à l'étranger ont fait l’objet de fausses alertes à la bombe.
Selon le ministère des affaires étrangères, de telles alertes ont
été enregistrées dans 13 villes, qui se sont toutes révélées fausses
(Bologne, Paris (Montreuil), Marseille, Liverpool, Northampton,
Bucarest, Brasov, Minsk, Madrid, Berlin, Hambourg, Francfort et
Kaiserslautern).
5 Établissement des résultats et développements
post-électoraux
77. Au moment de la rédaction du
rapport, les résultats définitifs confirmés par la Cour constitutionnelle
de l'élection présidentielle n'étaient pas encore disponibles
Note.
Le 9 novembre 2024, la Commission électorale centrale a officiellement
déclaré valide le second tour de l'élection présidentielle du 3
novembre 2024. Le taux de participation a été de 54,31% du nombre
total de 1 699 945 électeurs éligibles. Maia Sandu a remporté les élections
avec 930 139 (55,35%) des 1 680 569 votes valides exprimés, tandis
que Alexandr Stoianoglo, soutenu par le Parti socialiste de la République
de Moldova, a recueilli 750 430 votes (44,65%).
78. 328 855 électeurs se sont présentés dans les 231 bureaux de
vote à l’étranger (soit près de 90 000 personnes de plus qu'au premier
tour), un record dans l'histoire électorale moldave, qui a assuré
la victoire de Maia Sandu (Maia Sandu – 83,83%, Alexandr Stoianoglo
– 17,17%), tandis qu'Alexandr Stoianoglo a remporté le plus grand
nombre de voix sur le territoire de la Moldova. Il a été plébiscité
par 51,2% des participants aux élections du 3 novembre dans le pays,
contre 48,8% pour Maia Sandu. À Chisinau, Maia Sandu l'a emporté avec
57,38% contre 42,62% pour Alexandr Stoianoglo.
79. Au premier tour, 1 562 705 électeurs ont voté, soit 51,68 %
des électeurs. Les résultats sont les suivants:
- Maia Sandu – 42,45% (656 354)
- Alexandr Stoianoglo – 25,98% (401 726)
- Renato Usatii – 13,79% (213 168)
- Irina Vlah – 5,38% (83 230)
- Victoria Furtuna – 4,45% (68 777)
- Vasile Tarlev – 3,19% (49 317)
- Ion Chicu – 2,06% (31 793)
- Octavian Țîcu – 0,93% (14 326)
- Andrei Năstase – 0,64% (9 946)
- Natalia Morari – 0,61% (9 444)
- Tudor Ulianovschi – 0,52% (7 997)
80. Les tendances de vote dans l'unité territoriale autonome de
Gagaouzie et en Transnistrie au cours du second tour sont remarquables.
En Gagaouzie, le taux de participation a augmenté de plus de 3 300 personnes,
Alexandr Stoianoglo ayant obtenu 97,40 % des voix. En Transnistrie,
près de 10 000 électeurs supplémentaires ont traversé la rivière
Nistru pour voter dans les 30 bureaux de vote du Conseil électoral
de district (CED) n° 37, où 79,40 % ont voté pour Alexandr Stoianoglo
et 20,60 % pour Maia Sandu. Cependant, le taux de participation
global de la Transnistrie est resté très faible, avec seulement
26 136 votes sur environ 296 000 électeurs éligibles de la région.
81. À la suite de l'annonce des résultats, des membres du Parti
socialiste (PSRM) ont organisé une manifestation devant la CEC,
exigeant la démission de ses membres, qu'ils accusaient de subordination politique
au Parti action et solidarité. Les socialistes ont affirmé que le
second tour de l'élection présidentielle avait été marqué par de
graves irrégularités. Alexandr Stoianoglo n'a pas participé au rassemblement.
Le même jour, Vlad Bătrîncea, vice-président du Parlement et membre
du PSRM, a annoncé que le PSRM avaient déposé une plainte auprès
de la CEC concernant des violations présumées lors du second tour
de l'élection. Igor Dodon, leader du PSRM, a soumis leur liste de
plaintes aux observateurs internationaux et aux missions diplomatiques
en République de Moldova.
82. Le 25 octobre 2024, la CEC a déclaré le référendum constitutionnel
républicain valide avec un taux de participation de 50,72 %. Dans
ce contexte, 1 532 264 électeurs ont reçu des bulletins de vote
pour le référendum. Sur un total de 1 488 874 votes valides, 749
719 (50,35 %) ont voté pour le «oui» et 739 155 (49,65 %) pour le
«non». 42 518 bulletins de vote étaient nuls.
83. L'article 208(1) du Code électoral, concernant «l'adoption,
la publication et l'entrée en vigueur de la décision soumise à un
référendum républicain», stipule qu'«une décision de référendum
républicain est considérée comme adoptée si elle a obtenu la majorité
des électeurs qui ont participé au référendum». Cela implique que
le nombre d'électeurs ayant participé au référendum est égal au
nombre de bulletins de vote trouvés dans l'urne. L'arrêt de la Cour
constitutionnelle fonde sa décision sur le nombre de votes valides,
ce qui confirme que le référendum a reçu un soutien suffisant pour
être adopté. Cette décision fait suite à l'application par la CEC
de l'article 81(10) du code électoral, selon lequel les bulletins
nuls ne sont pas inclus dans le nombre total de votes valides exprimés.
Cette interprétation est appliquée de manière cohérente à tous les
résultats des élections.
84. Ce scrutin très serré a suscité la confusion et des interprétations
divergentes entre les différents camps politiques, notamment parce
que le calcul des résultats sur la base du nombre total de bulletins
de vote déposés – y compris les bulletins nuls – donnerait 48,23 %
au «oui». La page web des résultats préliminaires de la CEC n'affichait
que le nombre total de votes valides divisés par option référendaire
et ne mentionnait pas le nombre total de participants. Un plaignant
a officiellement contesté les résultats du référendum et demandé un
recomptage des votes exprimés à l'étranger. La CEC a rejeté cette
demande au motif qu'elle n'était pas fondée, une décision qui a
été confirmée dans les arbitrages ultérieurs.
85. Le 31 octobre 2024, la Cour constitutionnelle a examiné le
protocole de résultats soumis par la CEC, ainsi que les recours
et les demandes de recomptage. La Cour a confirmé la validité du
référendum constitutionnel, interprétant la loi comme fondant les
résultats sur les votes valides exprimés. Deux juges sur six ont
émis des opinions dissidentes. Le 5 novembre, la décision confirmant
les résultats du référendum a été publiée au Journal officiel de
la République de Moldova.
86. Une manifestation organisée par le Parti des communistes,
rejoint par d'autres politiciens de l'opposition, s'est tenue devant
la Cour constitutionnelle le jour où elle s'est réunie pour valider
les résultats du référendum. Le 30 octobre 2024, le PSRM a déclaré
qu'il ne reconnaissait pas les résultats du référendum.
6 Conclusions
et recommandations
87. L'élection présidentielle et
le référendum constitutionnel en République de Moldova se sont déroulés dans
un environnement politique très polarisé, marqué par des tentatives
sans précédent de corruption du processus électoral. Malgré d'importantes
ingérences extérieures, notamment de la part de la Fédération de Russie,
et des tentatives d'entités affiliées de discréditer et de déstabiliser
le processus électoral, les autorités et le peuple moldaves sont
parvenus à organiser des élections démocratiques et bien gérées.
Bien que les systèmes généralisés d'achat de votes soulèvent de
sérieuses inquiétudes quant à l'intégrité du processus et au sens
moral de la société, le processus électoral a été largement exempt
d'intimidation et les Moldaves du monde entier ont pu exprimer leurs
préférences quant à la direction du pays et la poursuite de son
intégration dans l'Union européenne.
88. Cependant, les élections ont mis en évidence de profondes
divisions sociétales, exacerbées par des campagnes de confrontation
et des manipulations de la part de divers acteurs. Des pratiques
malveillantes telles que l'achat de votes, le financement illégitime
et l'utilisation abusive de ressources administratives ont porté
atteinte à l'intégrité du processus électoral. L'absence d'enquêtes
rapides sur ces fautes est un sujet de préoccupation, qui appelle
à une plus grande responsabilisation des autorités compétentes.
89. Les campagnes de désinformation amplifiées sur les médias
sociaux ont contribué à créer un déséquilibre dans un environnement
médiatique par ailleurs relativement ouvert. Nous sommes préoccupés par
le fait que les médias sociaux restent non réglementés; pour un
nombre croissant de personnes, ils constituent la principale source
d'information. Il est urgent de mettre en place des règles plus
strictes régissant l'environnement en ligne afin de lutter contre
la désinformation qui peut affecter les décisions de vote des citoyens.
Il est essentiel de relever ces défis pour renforcer les pratiques
démocratiques et la confiance du public dans les futurs processus
électoraux.
90. La présidente élue est maintenant confrontée à la tâche cruciale
de guérir les fractures sociétales et de guider le pays vers l'intégration
à l'Union européenne dans un contexte de divisions existantes et
de nouvelles pressions émergeant des élections législatives qui
se profilent à l'horizon de l'année prochaine. Le succès dépendra
de la mise en œuvre de nouvelles réformes démocratiques, de la lutte
contre la désinformation et de la garantie que les processus démocratiques
de la Moldova restent inclusifs, légitimes et transparents.
91. Compte tenu de ce qui précède, notre délégation invite les
autorités compétentes de la République de Moldova à examiner les
questions susmentionnées et à:
- Enquêter sur les irrégularités électorales: Garantir
des enquêtes rapides, crédibles et transparentes sur toutes les
irrégularités et les allégations de manipulation des votes. Renforcer
les capacités des administrateurs électoraux et des forces de l'ordre
à lutter contre la corruption électorale et sensibiliser les électeurs
aux activités interdites.
- Lutter contre l'ingérence
étrangère et la désinformation: Élaborer une approche
structurée pour lutter contre l'ingérence étrangère et les campagnes
de désinformation, en mettant en œuvre des mesures proactives pour
atténuer les effets négatifs à long terme. Améliorer la communication concernant
les efforts déployés pour lutter contre l'achat de votes et l'ingérence
étrangère afin de susciter la confiance du public tout en respectant
les considérations de sécurité nationale.
- Améliorer le cadre juridique
électoral en temps utile: Remédier aux ambiguïtés de
la loi électorale, notamment en ce qui concerne l'exactitude des
listes électorales et les droits de vote des personnes souffrant
de handicaps intellectuels et psychologiques. Réduire les conditions
restrictives d'éligibilité des candidats à la présidence, notamment
en allégeant les longs critères de résidence et d’enseignement supérieur,
afin de rendre les candidatures plus inclusives.
- Améliorer l'administration
des élections: Accroître l'impartialité de la CEC afin
de refléter la diversité de la représentation politique. Envisager
d'introduire des mesures provisoires en ajoutant une composante
plus inclusive jusqu'au passage à une CEC entièrement professionnelle.
Financer adéquatement la CEC pour permettre un suivi et une surveillance
complets du financement des campagnes et pour prévenir l'utilisation
abusive des ressources publiques.
- Garantir des pratiques médiatiques
équitables: Garantir une couverture médiatique impartiale
et égale de tous les candidats aux élections, en particulier par
les radiodiffuseurs publics. Lutter contre l'augmentation des discours
de haine et des propos xénophobes pendant les campagnes. Promouvoir des
programmes d'éducation aux médias afin d'apprendre aux citoyens
à évaluer de manière critique les sources d'information, en particulier
sur les médias sociaux.
- Renforcer la transparence
du financement des campagnes: Améliorer la transparence
et la responsabilité dans le financement des campagnes, en garantissant
un traitement égal à tous les candidats. Mettre en place une surveillance
plus stricte des campagnes menées par des tiers et du financement
en ligne, en simplifiant les rapports financiers sans compromettre
la transparence.
- Renforcer l'inclusion et l'accessibilité: Veiller
à ce que les bureaux de vote soient accessibles aux électeurs à
mobilité réduite, y compris les personnes âgées, et éliminer les
obstacles rencontrés par les personnes handicapées au cours du processus
de vote. Sauvegarder les droits de vote des personnes souffrant
de handicaps intellectuels et psychologiques afin de leur permettre
de participer pleinement au processus électoral.
- Élargir la participation de
la société civile: Reconsidérer les dispositions restrictives
qui empêchent les citoyens et les organisations de la société civile
de participer aux référendums, en encourageant un engagement plus
large dans les processus démocratiques.
- Démontrer un engagement en
faveur des principes démocratiques: Faire preuve d'une
volonté politique forte et sincère pour remédier aux lacunes identifiées,
en adhérant aux Principes démocratiques de Reykjavík pour la démocratie
afin de renforcer la démocratie et la bonne gouvernance. Collaborer
étroitement avec les partenaires internationaux, y compris la Commission
de Venise, pour mettre en œuvre efficacement ces recommandations.
92. L'Assemblée parlementaire est prête à soutenir la République
de Moldova dans la mise en œuvre de ces recommandations. Le renforcement
des pratiques démocratiques et la garantie de l'intégrité des processus
électoraux sont des étapes essentielles pour consolider la démocratie
et renforcer la confiance du public dans les institutions du pays.
Annexe 1 – Composition
de la délégation pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Présidente: Mme Thórhildur
Sunna Ævarsdóttir, Islande
Groupe des socialistes,
démocrates et verts (SOC)
- Mme Thórhildur
Sunna Ævarsdóttir, Islande
Groupe du Parti populaire
européen (PPE/DC)
Groupe des Conservateurs
européens et Alliance démocratique (CE/AD)
- M. Oleksii Goncharenko,
Ukraine (excusé)
Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
- Mme Valentina
Grippo, Italie
Groupe pour la gauche
unitaire européenne (GUE)
- Mme Laura
Castel, Espagne
Co-rapporteur·es
AS/MON (ex officio)
- M. Pierre-Alain Fridez
(Suisse, SOC)
- Mme Zanda Kalniņa-Lukaševica
(Lettonie, PPE/DC)
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
Odrats, cheffe adjointe de la Division des élections, secrétaire
de la commission ad hoc
- Mme Carine Roller-Kaufman,
assistante, Division des élections
Annexe 2 – Programme
de la délégation pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Lundi,
16 septembre 2024
17h30-19h00 Réunions informelles de la présidente avec l’ambassadeur
Jānis Mažeiks, chef de la délégation de l’Union européenne en République
de Moldova, et Falk Lange, chef du Bureau du Conseil de l’Europe
en République de Moldova
20h00 Point d’information informel pour les membres de la
délégation
Mardi, 17 septembre 2024
08h00-08h45 Briefing de la délégation, brèves présentations
- Ouverture par la présidente
- Présentation de la situation politique actuelle et de
l’environnement préélectoral par Falk Lange, chef du Bureau du Conseil
de l’Europe en République de Moldova
- Présentation de la visite des corapporteurs de la Commission
de suivi à Chisinau en juillet 2024 par Pierre-Alain Fridez, corapporteur
- Informations pratiques par le secrétariat
08h45-10h15 Réunion avec l’ambassadrice Urzula Gacek, cheffe
de la mission de l’OSCE/BIDDH, et les membres de l’équipe centrale
10h15-11h00 Réunion avec l’ambassadrice Kelly Keiderling,
cheffe de la Mission de l’OSCE en République de Moldova, et Paolo
Tatti, chargé des questions politiques à l’OSCE
11h15-12h45 Réunion avec des représentant·es d’ONG impliquées
dans l’observation des élections
- Paulina
Panainte, ADEPT, secrétaire de la Coalition pour des élections libres
et équitables
- Nicolae Panfil, Association Promo-LEX
- Iulian Groza, Institut pour les politiques et réformes
européennes
- Roman Banari, secrétaire général, Conseil national de
la jeunesse de Moldova
- Steve Young, Cmi Martti Atishaari, Fondation pour la Paix
- Cristina Berlinschü, Association ADEPT
14h00-15h30 Réunion avec des représentant·es des médias
- Mariana Rata – TV 8
- Evgheni Solari – Newsmaker
- Anastasia Antoceanu – Agora
15h30-16h00 Réunion avec Lilian Chișca, président de l’Agence
nationale pour l’intégrité
16h15-17h00 Réunion avec Cristina Gherasimov, Vice-Première
ministre chargée de l’intégration européenne, et des représentant·es
des ministères responsables des différents aspects des élections
17h30-18h30 Réunion avec Liliana Vițu, présidente du Conseil
de l’audiovisuel
20h00 Dîner de travail avec des ambassadeurs des États membres
du Conseil de l’Europe, offert par Guido Beltrani, directeur du
Bureau de coopération suisse en Moldova
Mercredi, 18 septembre
2024
09h00-09h45 Réunion avec Angelica Caraman, Présidente, et
des membres de la Commission électorale centrale
10h00-10h30 Réunion avec Maia Sandu, Présidente de la République
de Moldova
11h00-11h45 Réunion avec Igor Grosu, Président du Parlement
de la République de Moldova
12h00-13h45 Déjeuner de travail avec les membres de la délégation
moldave à l’APCE
14h00-18h00 Réunions avec les
principaux candidat·es à l’élection présidentielle:
14h00-14h20 Natalia Morari, indépendante
14h20-14h40 Alexandr Stoianoglo, Parti des socialistes (PSRM)
15h10-15h30 Ion Chicu, Parti du développement et de la consolidation
de Moldova
16h10-16h30 Andrei Nastase, indépendant
16h30-16h50 Irina Vlah, indépendante
16h50-17h10 Renato Usatîi, Notre Parti
17h20-17h40 Octavian Ticu, Bloc Ensemble
17h40-18h00 Vasile Tarlev, Avenir de Moldova
18h15-19h00 Debriefing de la délégation pré-électorale et
préparation de la déclaration
Annexe 3 – Déclaration
de la délégation pré-électorale de l’Assemblée parlementaire
République de
Moldova: la délégation de l'APCE s'inquiète d'une importante ingérence
étrangère dans les prochaines élections
À l’issue d’une visite en République de Moldova les 17 et
18 septembre 2024, une délégation pré-électorale de l'Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a souligné que le pays
se trouve à un carrefour critique. L'élection présidentielle et
le référendum constitutionnel prévus le 20 octobre 2024 pourraient
marquer un tournant dans le renforcement de la démocratie et la
consolidation des institutions de l'État. Les autorités moldaves
sont confrontées à la lourde tâche de garantir l'intégrité et la
sécurité du scrutin tout en respectant les valeurs fondamentales
du Conseil de l'Europe.
Conduite par Thórhildur Sunna Ævarsdóttir (Islande, SOC),
la délégation multipartite de six membres de l'APCE a mené sa mission
à Chișinău. Elle a rencontré des responsables clés, dont la Vice-Première
ministre chargée de l'intégration européenne, le Président du Parlement,
des candidat·e·s à l’élection présidentielle, la Commission électorale
centrale (CEC), ainsi que les présidents de l'Agence nationale d'intégrité
et du Conseil de l’audiovisuel, des représentants de la société
civile et des médias, des observateurs internationaux et des membres
de la délégation moldave à l'APCE.
La délégation a salué les réformes du Code électoral de 2022,
qui ont tenu compte des recommandations de longue date et posé un
cadre plus solide pour les prochaines élections. Elle a également
noté positivement l'augmentation du nombre de bureaux de vote à
l'étranger et une nouvelle initiative partielle de vote par correspondance.
Bien que la République de Moldova ait accompli des progrès
considérables, notamment en obtenant le statut de candidat à l'Union
européenne et en entamant des négociations d'adhésion, la délégation
a été informée que ces avancées sont menacées par des pressions
géopolitiques croissantes. La désinformation soutenue par le Kremlin,
le financement illicite et les allégations d'achats de voix représentent
des menaces graves pour la souveraineté, la sécurité et l'intégrité
des élections en République de Moldova.
La délégation a exhorté le gouvernement moldave et la CEC
à intensifier la sensibilisation du public à ces menaces, tout en
veillant à ce que les efforts de lutte contre la désinformation
ne restreignent pas la liberté d'expression ou n'entravent la compétition
politique ouverte. À un mois du scrutin, ils ont souligné l'importance d'impliquer
les électeurs et les électrices et de veiller à ce que les fonctionnaires
publics restent neutres.
Malgré un déséquilibre politique de longue date dans sa composition,
la CEC doit maintenir son intégrité, en particulier dans la gestion
du processus complexe d'enregistrement. Le mois à venir mettra à
l'épreuve la capacité du gouvernement et de la CEC à garantir des
conditions équitables.
La délégation de l'APCE a appelé tous les acteurs politiques
à respecter le Code électoral et à s'abstenir de toute corruption
ou tactique illégale.
Bien que toutes les questions ne puissent pas être résolues
avant le jour des élections, la délégation a vivement incité les
autorités moldaves à traiter ce qui est possible. L'APCE enverra
une équipe complète pour observer les votes du 20 octobre aux côtés
du BIDDH (OSCE), de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE et du Parlement
européen. Des conclusions suivront après les élections.
Annexe 4 – Composition
de la commission ad hoc (1er tour – 20
octobre 2024)
Présidente: Mme Petra
Bayr, Autriche
Groupe des socialistes,
démocrates et verts (SOC)
- M. Constantinos Efstathiou,
Chypre
- M. Stefan Schennach, Autriche
- Mme Thórhildur Sunna Ævarsdóttir,
Islande (excusée)
- Mme Petra Bayr, Autriche
- M. Jone Blikra, Norvège
- Mme Sascha Faxe, Danemark
Groupe du Parti populaire
européen (PPE/DC)
- M. Pablo Hispán, Espagne
- M. Jan Filip Libicki, Pologne
- M. Chris Said, Malte
- M. Cristian-Augustin Niculescu-Țâgârlaș, Roumanie
- Mme Belén Hoyo, Espagne
Groupe des Conservateurs
européens et Alliance démocratique (CE/AD)
- M. Oleksii Goncharenko,
Ukraine
- M. Harald Weyel, Allemagne
- M. Andrew Percy, Royaume-Uni
- M. José María Sánchez García, Espagne
Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
- Mme Valentina
Grippo, Italie
- M. Petri Honkonen, Finlande
- Mme Yuliia Ovchynnykova, Ukraine
Groupe pour la gauche
unitaire européenne (GUE)
- Mme Laura
Castel, Espagne
Co-rapporteur·es
AS/MON (ex officio)
- M. Pierre-Alain Fridez
(Suisse, SOC)
- Mme Zanda Kalniņa-Lukaševica
(Lettonie, PPE/DC)
Personne accompagnatrice
- M. Paweł Skalik, accompagnateur
de M. Jan Filip Libicki
Secrétariat des groupes
politiques
Commission de Venise
- Mme Veronika
Bílková, vice-présidente de la Commission de Venise
- M. Pierre Garrone, secrétaire du Conseil des élections
démocratiques et chef de Division au secrétariat de la Commission
de Venise
- M. Adrià Rodriguez-Perez, secrétariat de la Commission
de Venise
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
Odrats, cheffe adjointe de la Division des élections, secrétaire
de la commission ad hoc
- M. Bogdan Torcătoriu, administrateur principal des élections,
Division des élections, secrétariat de la commission ad hoc
- Mme Carine Roller-Kaufman,
assistante, Division des élections
Annexe 5 – Programme
des réunions de la mission internationale d'observation des élections
(1er tour – 20 octobre 2024)
Vendredi,
18 octobre 2024
10h00-10h15 Bienvenue et remarques introductives
- Lucie Potuckova, coordonnatrice
spéciale et cheffe de la mission d’observation à court terme de
l’OSCE
- Petra Bayr, cheffe de la délégation de l’APCE
- Michael Gahler, chef de la délégation du Parlement européen
- Johan Büser, chef de la délégation de l’AP-OSCE
10h15-10h30 Introduction sur le pays
- Ambassadrice Kelly Keiderling, cheffe de la mission de
l’OSCE en Moldova
- Falk Lange, chef du Bureau du Conseil de l’Europe en Moldova
- Ambassadeur Jānis Mažeiks, chef de la délégation de l’Union
européenne en Moldova
10h30-12h30 Briefing par la mission d’observation électorale
du BIDDH
- Bienvenue et aperçu
des travaux de la mission d’observation des élections – ambassadrice
Urszula Gacek, cheffe de mission
- Aperçu politique, les candidat·es et les campagnes électorales
et référendaires – Cara Stern, analyste politique
- Médias – Sanita Jemberga, analyste des médias
- Cadre juridique, résolution des litiges électoraux – Yelena
Kovalyova, analyste juridique
- Administration électorale et inscription des électeurs
– Maria Krause, analyste électorale
- Sécurité – Katarzyna Witt, experte en sécurité
Questions/réponses
13h30-15h00 Panel avec des représentant·es de la société civile
- Nicolae Panfil, directeur de
programme, Promo-LEX
- Ilie Chirtoacă, directeur exécutif, Centre de ressources
juridiques
- Igor Boţan, directeur exécutif, Association pour la démocratie
participative
15h15-16h45 Panel sur la couverture des campagnes et des
élections
- Petru Macovei, directeur
exécutif, Association de la presse indépendante, Stopfals.md
- Mariana Rata, rédactrice en chef de l’information, TV8
- Denis Dermenzchi, directeur, Agence de presse IPN
- Nadine Gogu, directrice exécutive, Centre de journalisme
indépendant
- Olga Gnatkova, rédactrice en chef adjointe et co-fondatrice,
NewsMaker
Samedi, 19 octobre 2024
09h30-11h30 Candidat·es aux élections
- Vlad Batrincea (représentant de Alexandr Stoianoglo)
- Irina Vlah
- Ion Chicu
12h00-13h00 Administration électorale et législation
- Angelica Caraman, présidente,
Commission électorale centrale
- Liliana Vitu-Esanu, présidente, Conseil pour l’audiovisuel
- Viorel Furdui, directeur exécutif, Congrès des pouvoirs
locaux de Moldova
- Igor Chiriac, secrétaire, commission juridique du Parlement
13h00-14h00 Suite de la réunion d’information sur la mission
d’observation des élections du BIDDH
- Procédures le jour des élections – Maria Krause, analyste
électorale
- Rapports d’observateurs/observatrices de courte durée
– Max Bader, analyste statistique
- Briefing par des observateurs/observatrices de longue
durée déployés dans la capitale
- Modérateur: Stefan Krause, chef de mission adjoint
Dimanche, 20 octobre 2024
Toute la journée Jour du scrutin – Observation dans les bureaux
de vote
Annexe 6 – Communiqué
de presse de la mission internationale d’observation des élections
(1er tour – 20 octobre 2024)
République de
Moldova: l’élection et le référendum ont été bien gérés et compétitifs,
malgré de sérieuses tentatives d'en compromettre l'intégrité, selon
les observateurs internationaux
CHISINAU, 21 octobre 2024 – L'élection présidentielle et le
référendum constitutionnel du 20 octobre en Moldova ont été bien
gérés, et les candidats ont fait campagne librement dans un environnement
caractérisé par des préoccupations concernant l'ingérence étrangère
illicite et des efforts de désinformation actifs. Alors que cela
a porté atteinte à l'intégrité du processus, les conditions de la
campagne n'ont pas, non plus, permis d'assurer l'égalité des chances
entre les candidats, ont indiqué les observateurs internationaux
dans une déclaration
préliminaire publiée le 21 octobre.
L'administration électorale a travaillé de manière professionnelle
et a fait preuve d'impartialité dans sa prise de décisions. Dans
le cadre d'une campagne concurrentielle mais peu visible, les électeurs
et électrices se sont vu proposer une variété d'alternatives politiques
parmi les candidat.es à la présidence, qui ont été enregistrés selon
une procédure inclusive. Ils n'ont cependant pas bénéficié d'une
réelle égalité des chances, en raison du déroulement simultané de
la campagne pour l'élection présidentielle et de la campagne du
référendum, et en raison de la couverture médiatique, qui a favorisé
la présidente sortante et le gouvernement. Selon la déclaration,
il a aussi été constaté que des ressources publiques avaient été
utilisées de manière abusive pendant la campagne.
«La Moldova a le mérite d'avoir mené un certain nombre de
réformes visant à accroître la confiance du public dans le système
électoral, dans un contexte de propagande russe très active. De
la mise en œuvre de mesures de cybersécurité à la garantie d'un
degré élevé de participation des femmes, il y a beaucoup d'aspects
de cette élection qui méritent d'être salués», a déclaré Lucie Potůčková,
coordonnatrice spéciale et cheffe des observateurs à court terme
de l'OSCE. «D'autres aspects, en revanche, devraient être améliorés.
Par exemple, la période de chevauchement entre l'inscription des
candidats et la campagne a créé des inégalités, ce qui devrait être
amélioré à l'avenir.»
Les campagnes se sont déroulées dans une période où le gouvernement
est confronté à des menaces pour la sécurité nationale résultant
de la guerre provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Fédération
de Russie. Les services de sécurité moldaves, de nombreux acteurs
internationaux et des organisations de la société civile ont indiqué
que la Moldova était la cible d'une «guerre hybride», menée depuis
l'étranger, qui comprend le financement illicite d’acteurs politiques,
des campagnes de désinformation et des cyberattaques.
«Le scrutin de dimanche a marqué un tournant pour la Moldova,
malgré la guerre d'agression à grand échelle menée par la Russie
contre l'Ukraine et malgré l'ingérence intensive dans les processus
électoraux organisée par le Kremlin», a déclaré Petra Bayr, cheffe
de la délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
«Nous félicitons les dirigeants du pays d'avoir eu le courage de
consulter la population sur ce choix fondamental, et nous sommes
prêts à aider la Moldova à rendre sa société encore plus ouverte
et inclusive. Le succès dépendra de la poursuite des réformes démocratiques
et de la capacité à lutter contre la désinformation et contre l'ingérence
extérieure, en veillant à ce que le processus démocratique dans
lequel la Moldova s'est engagée reste légitime et transparent.»
«Nous nous réjouissons des résultats du référendum», a déclaré
Michael Gahler, chef de la délégation du Parlement européen. «Malgré
l'ingérence de la Russie, qui est sans précédent par son caractère
massif, pernicieux et illicite, et qui a notamment pris la forme
d'achat de voix, d'attaques hybrides et de désinformation, la population
de la République de Moldova a choisi un avenir au sein de l'UE.
Nous félicitons les autorités moldaves d'avoir réussi à tenir des
élections bien gérées et efficaces dans ces circonstances extraordinaires. Nous
appelons toutes les parties prenantes à résister à toute ingérence,
afin d'éviter qu'elle fausse les résultats du second tour de l'élection
présidentielle et des élections législatives de 2025.»
Le cadre juridique révisé pour l'élection présidentielle constitue
une base adéquate pour la tenue d'élections démocratiques, mais
de nombreuses modifications, introduites peu avant le scrutin et
sans consultation suffisante, ont diminué la cohérence de la législation
électorale et ont pu nuire à la sécurité juridique. Le cadre juridique
du référendum – qui portait sur la possibilité d'habiliter le parlement
à intégrer dans le droit national, sans nouvelle réforme constitutionnelle,
les droits et obligations prévus par le droit de l'Union Européenne
– présente certaines lacunes, notamment des garanties insuffisantes
contre l'utilisation abusive des ressources publiques, et, en tant
que tel, il n'est pas pleinement conforme aux normes internationales
et aux engagements de l'OSCE. Aucune norme internationale n'interdit
la tenue simultanée d'une élection présidentielle et d'un référendum,
mais y recourir sans adapter les règles de la campagne en conséquence
a contribué à créer des conditions de concurrence inégales pour
les candidat·es à l'élection présidentielle.
«Le nombre important d'observateurs internationaux déployés
pour observer les élections témoigne du soutien indéfectible de
la communauté internationale au processus démocratique engagé par
la Moldova», a déclaré Johan Büser, chef de la délégation de l'Assemblée
parlementaire de l'OSCE. «Dans le contexte de la guerre d'agression
à grande échelle menée par la Russie contre l'Ukraine, des acteurs
pro-russes ont été à l'origine d'une ingérence étrangère et de campagnes
de désinformation, tandis que les positions traditionnelles sur
les droits des minorités et des personnes LGBT ont parfois été présentées
comme des raisons de voter «non» lors du référendum sur l'Union
européenne.»
Le jour du scrutin s'est déroulé dans le calme, et le processus
de vote, bien organisé, a fait l'objet d'une évaluation nettement
positive de la part des observateurs et observatrices, qui ont relevé
seulement quelques problèmes de procédure. Les opérations de dépouillement
et de compilation des résultats ont, elles aussi, été évaluées positivement,
dans l'ensemble.
«Les autorités électorales ont fait preuve de transparence
et de professionnalisme dans leur travail, ce qui nous amène à conclure
que la journée du scrutin s'est déroulée de manière globalement
satisfaisante», a déclaré Urszula Gacek, cheffe de la mission d'observation
électorale du Bureau des institutions démocratiques et des droits
de l'homme de l'OSCE. «D'après ce que nous avons pu constater ces
dernières semaines, les candidats n'étaient pas placés dans des
conditions de concurrence équitables. Les recommandations que nous
formulerons sur la base de nos observations viseront à traiter ce
problème et d'autres, afin d'accroître la résilience des processus
électoraux du pays et la confiance des citoyens dans ces processus.»
Les changements récents ont créé un cadre juridique solide
pour le financement des campagnes, mais le contrôle a été réduit
en raison des capacités et des ressources limitées des autorités
électorales. Les plafonds de dons et de dépenses de campagne s'appliquent
séparément aux participants à l'élection et aux participants au
référendum, ce qui signifie que les partis politiques et les blocs
électoraux qui participaient aux deux scrutins avaient la possibilité
de dépenser davantage.
La couverture de la campagne par les chaînes de radio et de
télévision était étroitement réglementée pour apporter des garanties
d'équité, d'exactitude et d'impartialité, mais l’observation des
médias par le BIDDH a montré que la présidente sortante a bénéficié
de la plus grande couverture dans les journaux télévisés et les émissions
politiques, à la fois en sa qualité de présidente et en tant que
candidate, sans qu'une distinction claire ne soit faite entre les
deux. Il a très peu été question du référendum dans les journaux
télévisés. Conformément aux lois électorales sur les médias, les
candidat·es ont bénéficié d'un temps d'antenne gratuit suffisant.
L'efficacité de la résolution des litiges électoraux a été
limitée dans le traitement de certains cas. Bien que les délais
de règlement des litiges soient conformes aux bonnes pratiques internationales,
la commission électorale centrale et l'instance de recours n'ont
pas toujours respecté les délais légaux. La plupart des décisions
d'irrecevabilité rendues par la commission ayant été confirmées
à l'issue d'un contrôle juridictionnel, certaines questions importantes
liées à la campagne n'ont pas été examinées sur le fond.
Annexe 7 – Composition
de la commission ad hoc (2ème tour –
3 novembre 2024)
Présidente: Mme Petra
Bayr, Autriche (excusée)
Groupe des socialistes,
démocrates et verts (SOC)
- M. Jone Blikra, Norvège
(chef de délégation par interim)
Groupe du Parti
populaire européen (PPE/DC)
- M. Cristian-Augustin
Niculescu-Țâgârlaș, Roumanie
Groupe des Conservateurs
européens et Alliance démocratique (CE/AD)
- M. Oleksii Goncharenko,
Ukraine
Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
- Mme Valentina
Grippo, Italie
Groupe pour la gauche
unitaire européenne (GUE)
Co-rapporteur·es
AS/MON (ex officio)
- M. Pierre-Alain Fridez
(Suisse, SOC)
- Mme Zanda Kalniņa-Lukaševica
(Lettonie, PPE/DC) (excusée)
Commission de Venise
- Mme Veronika
Bílková, vice-présidente de la Commission de Venise
- M. Adrià Rodriguez-Perez, secrétariat de la Commission
de Venise
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
Odrats, cheffe adjointe de la Division des élections, secrétaire
de la commission ad hoc
- Mme Carine Roller-Kaufman,
assistante, Division des élections
Annexe 8 – Programme
des réunions de la mission internationale d'observation des élections (2ème tour
– 3 novembre 2024)
Samedi,
2 novembre 2024
12h00-12h45 Introduction sur le pays
- Ambassadrice Kelly Keiderling, cheffe de la mission de
l’OSCE en Moldova
- Falk Lange, chef du Bureau du Conseil de l’Europe en Moldova
- Ambassadeur Jānis Mažeiks, chef de délégation de l’Union
européenne en Moldova
13h45-15h45 Informations de la mission d’observation électorale
du BIDDH
- Accueil et aperçu
des travaux de la mission d’observation des élections – Ambassadrice
Urszula Gacek, cheffe de mission
- Aperçu politique, les candidats et les campagnes électorales
et référendaires – Cara Stern, analyste politique
- Médias – Sanita Jemberga, analyste média
- Cadre juridique, résolution des litiges électoraux – Yelena
Kovalyova, analyste juridique
- Administration électorale et inscription des électeurs
– Maria Krause, analyste électorale
- Sécurité – Katarzyna Witt, experte en sécurité
- Analyste statistique – Mikaela Jarnbert
- Briefing régional d’observation à long terme pour les
équipes déployées à Chisinau et ses environs
Questions/réponses
16h00-17h00 Candidat·es aux élections
16h00-16h30 Pour le compte de Maia Sandu
- Adrian Balutel – Chef de cabinet
de la présidente Maia Sandu et vice-président du Parti d’action
et de solidarité
- Stanislav Secrieru – Conseiller à la sécurité nationale
- Igor Zaharov – Conseiller aux affaires européennes
16h30-17h00 Pour le compte d’Alexandr Stoianoglo
- Vlad Batrincea – Vice-Président
du Parlement de Moldova et président du Bloc des communistes et
socialistes
- Olga Cebotari – Parti des socialistes de la République
de Moldova
Dimanche, 3 novembre 2024
Toute la journée Jour du scrutin – Observation dans les bureaux
de vote
Annexe 9 – Communiqué
de presse de la mission internationale d’observation des élections
(2ème tour – 3 novembre 2024)
Le second tour
de l'élection présidentielle en Moldova a été bien organisé et a
offert aux électeurs un véritable choix, en dépit de lacunes juridiques,
d'une couverture médiatique déséquilibrée et de l'impact de l’ingérences
étrangère, selon les observateurs internationaux
CHISINAU, 4 novembre 2024 – Le second tour de l'élection présidentielle
en Moldova, qui s'est déroulé le 3 novembre, a été administré de
manière efficace et professionnelle, et a offert aux électeurs un
choix entre de véritables alternatives politiques, ont déclaré les
observateurs internationaux dans leur déclaration de constatations
et conclusions préliminaires. Les candidats ont pu faire campagne librement, mais
la campagne de dix jours, qui s'est déroulée dans le calme, a été
marquée par la montée d'un discours négatif, qui provenait de l'ensemble
du spectre politique et visait les deux candidats, et qui était
souvent propagé en ligne, sur les réseaux sociaux. Les défis posés
par l'ingérence étrangère et l'achat de voix ont continué à influer
sur la campagne du second tour, indiquent les observateurs dans
leur la déclaration.
L'élection présidentielle s'est déroulée conformément au Code
électoral de 2022, qui, malgré de fréquentes révisions, constitue
une base adéquate pour la tenue d'élections démocratiques. L'application
de la réglementation générale à la courte période du second tour
a donné lieu à des dispositions contradictoires et à des ambiguïtés,
qui ont limité l'efficacité des recours juridiques et les possibilités
de faire campagne, tandis que des exigences trop lourdes en matière
de rapports financiers, combinées à une divulgation limitée, ont
nui à la transparence du financement de la campagne pour le second
tour. La candidate sortante, Maia Sandu, a continué à bénéficier
d'une utilisation abusive des ressources publiques, bien que celle-ci
ait été nettement plus réduite qu'au premier tour, et d'une couverture
médiatique déséquilibrée. Selon les observateurs, cette situation
n'a pas permis d'assurer une égalité des chances entre les candidats.
«La forte participation des électeurs, en particulier des
femmes, tant en Moldova qu'à l'étranger, témoigne de leur ferme
volonté de contribuer à façonner l'avenir du pays. Le processus
a été bien géré dans les bureaux de vote et démontre que les Moldaves,
toutes opinions politiques confondues, peuvent se rassembler et communiquer
de manière ouverte et respectueuse», a déclaré Lucie Potůčková,
coordinatrice spéciale et cheffe de la mission d'observation à court
terme de l'OSCE, qui dirigeait la délégation de l'Assemblée parlementaire
de l'OSCE. «Malgré la polarisation souvent mise en évidence sur
les médias sociaux, ces interactions nous rappellent la force résiliente
des liens et du dialogue dans la vie réelle. Je félicite les autorités moldaves
pour les efforts qu'elles ont déployés afin de protéger l'intégrité
de l'élection, de contrer les ingérences étrangères et de garantir
un environnement électoral pacifique et sûr. De telles mesures renforcent la
confiance dans la démocratie et révèlent l'unité qui se cache derrière
des perspectives différentes.»
Le second tour a eu lieu alors que les enquêtes se poursuivent
sur les ingérences étrangères et sur les systèmes d'achat de voix
destinés à influencer les résultats du premier tour et du référendum
constitutionnel tenu simultanément. Dans le cadre de ces enquêtes,
il y a eu des arrestations et des perquisitions, du matériel a été
saisi et des amendes ont été infligées.
«Ces élections ont été organisées dans des conditions extrêmement
difficiles, face à des manœuvres sans précédent visant à corrompre
le processus électoral. Malgré ces obstacles, l'administration électorale
a bien fait son travail, ce qui mérite d'être salué. Rien de tout
cela n'aurait été possible sans les centaines de femmes engagées
qui ont tenu les bureaux de vote», a déclaré Jone Blikra, chef de
la délégation de l'APCE. «Le second tour a malheureusement confirmé
à quel point la Moldova est profondément divisée. La personne élue à
la présidence devra jeter des ponts pour combler ces fossés sociétaux,
notamment dans la perspective des élections législatives qui se
tiendront l'année prochaine.»
Dans l'ensemble, les médias ont donné aux électeurs suffisamment
d'informations pour leur permettre de faire un choix éclairé, y
compris au moyen d'un débat entre les deux candidats. Le radiodiffuseur
public a assuré une couverture médiatique plus importante des deux
candidats au second tour, bien qu'une grande partie de sa couverture
radiophonique ait été consacrée au gouvernement, sans analyse critique.
Il ressort du suivi des médias que les quatre chaînes de télévision
soumises au suivi ont consacré un temps d'antenne relativement égal
aux deux candidats dans leurs bulletins d'information, mais qu'elles
ont fait preuve d'une partialité préoccupante dans leur ton: la
couverture de Mme Sandu étant presque
exclusivement positive ou neutre, tandis que celle de son adversaire,
Alexandr Stoianoglo, avait un caractère plus critique, qui se traduisait notamment
par des propos moins positifs, et parfois négatifs, dans les programmes
éditoriaux.
Le second tour a été préparé avec efficacité et professionnalisme,
et l'administration électorale a respecté les délais légaux. La
Commission électorale centrale a continué à travailler de manière
collégiale et transparente et a tenu des réunions ouvertes. La Commission
a aussi poursuivi son programme d'éducation des électeurs entre
les deux tours, notamment par le biais de documents spécifiques
destinés aux étudiants et aux personnes qui votaient pour la première
fois.
«Nous félicitons le peuple moldave d'avoir organisé l'élection
présidentielle de manière professionnelle et avec un dévouement
et un sens du devoir extraordinaires, malgré l'ingérence massive
et continue de la Russie et des acteurs parrainés par la Russie»,
a déclaré Marta Temido, cheffe de la délégation du Parlement européen. «La
volonté des autorités et du peuple moldaves de protéger l'intégrité
du processus démocratique s’est manifestée clairement lors de ce
second tour. Nous encourageons les autorités à poursuivre ces efforts
en vue des élections législatives de l'année prochaine et nous sommes
prêts à soutenir la Moldova dans la défense de sa démocratie.»
Le jour du scrutin s'est globalement déroulé dans le calme,
et le processus de vote, bien organisé, a fait l'objet d'une évaluation
nettement positive de la part des observateurs et observatrices,
qui ont relevé seulement quelques problèmes de procédure. Les opérations
de dépouillement et de compilation des résultats ont, elles aussi,
été évaluées positivement dans l'ensemble.
«Lors de l'évaluation du processus par notre équipe, nous
avons constaté que l'absence de réglementation adaptée au second
tour de la campagne a posé certains problèmes aux candidats et a
eu un impact sur la transparence du financement de la campagne,
par exemple. Notre suivi des médias a aussi révélé un parti pris en
faveur de la présidente sortante», a déclaré Urszula Gacek, cheffe
de la mission d'observation électorale du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l'homme de l'OSCE. «Notre rôle en
tant que BIDDH est d'aider la Moldova à résoudre ces problèmes et
d'autres que nous avons relevés lors de nos observations, et nous
formulerons des recommandations concrètes qui, nous l'espérons,
permettront au pays d'améliorer encore ses processus électoraux.»
Au cours de l'entre-deux-tours, les observateurs ont également
suivi le dépouillement des résultats du premier tour et du référendum
constitutionnel, ainsi que le traitement des recours y afférents.
Le 31 octobre, la Cour constitutionnelle a certifié que le «oui»
l'avait emporté, en interprétant la loi comme établissant les résultats
sur la base des suffrages exprimés. Les électeurs et les candidats
ont eu la possibilité de déposer des plaintes concernant des irrégularités
qui auraient été commises le jour du scrutin et de contester les
résultats. Toutefois, certaines plaintes n'ont pas été enregistrées
et il n'était pas toujours possible de savoir quel mécanisme utiliser
pour contester un aspect particulier, ce qui a limité l'accès aux
voies de recours.