Le rôle du Conseil de l'Europe dans la prévention des conflits, le rétablissement de la crédibilité des institutions internationales et la promotion de la paix dans le monde
Réponse à Recommandation
| Doc. 16171
| 13 mai 2025
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1528e réunion des Délégués des Ministres
(7 mai 2025). 2025 - Commission permanente de mai (Malte)
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2259
(2023)
1. Le Comité des Ministres
informe l’Assemblée parlementaire que la réponse suivante a été
adoptée à la majorité telle que stipulée par l’article 20 (d) du
Statut.
2. Le Comité des Ministres a examiné attentivement la
Recommandation 2259 (2023) de l'Assemblée parlementaire «Le rôle du Conseil de
l'Europe dans la prévention des conflits, le rétablissement de la
crédibilité des institutions internationales et la promotion de
la paix dans le monde».
3. Le Comité des Ministres, se référant au Statut du Conseil
de l'Europe et rappelant que «la consolidation de la paix fondée
sur la justice et la coopération internationale est d'un intérêt
vital pour la préservation de la société humaine et de la civilisation»,
a pris note de la recommandation de l'Assemblée parlementaire visant à
développer davantage les outils du Conseil de l'Europe pour promouvoir
la sécurité démocratique et prévenir les conflits. Tout en rappelant
que «les questions relatives à la défense nationale ne sont pas
de la compétence du Conseil de l'Europe», le Comité partage l'avis
de l'Assemblée selon lequel l'Organisation est un projet de paix.
4. Le Comité souligne qu'au 4e Sommet
de Reykjavík, les chefs d'État et de gouvernement du Conseil de l'Europe
ont déclaré «que le Conseil de l’Europe, dont le siège est Strasbourg,
symbole de paix et de réconciliation, est particulièrement bien
placé pour réunir sur un pied d’égalité tous les pays d’Europe afin
de protéger la sécurité démocratique en Europe et de lutter contre
les atteintes aux droits de l’homme, à la démocratie et à l’État
de droit». Les chefs d'État et de gouvernement ont également reconnu
«que la démocratie est le seul moyen de garantir que chaque personne
puisse vivre dans une société pacifique, prospère et libre» et se
sont engagés à éviter et résister au «recul de la démocratie sur
notre continent», «y compris dans les situations d'urgence, de crise
et de conflits armés», notamment par l'adoption des Principes de
Reykjavik pour la démocratie.
5. Le Comité réaffirme son soutien indéfectible à la mise en
place d'un système global de responsabilité pour l'agression de
la Fédération de Russie contre l'Ukraine et toutes ses conséquences
juridiques et en matière de droits humains. Le Comité rappelle que
la création du Registre des dommages causés par l'agression de la
Fédération de Russie contre l'Ukraine, qui est devenu opérationnel
en avril 2024, constitue le premier élément d'un futur mécanisme
international d'indemnisation. Depuis son entrée en service, plusieurs milliers
de demandes ont déjà été déposées et des nouvelles catégories de
demandes d'indemnisation pour les personnes ayant subi de graves
violations à la suite de l'agression russe contre l'Ukraine ont
été ouvertes en mars 2025 (lésions corporelles graves, violences
sexuelles, torture, privation de liberté ou travail forcé).
6. Le Comité se félicite également des progrès significatifs
accomplis en vue de la création de la Commission internationale
des demandes d’indemnisation pour l'Ukraine, qui constitue le deuxième
volet du mécanisme global d'indemnisation pour l'Ukraine. Si le
Comité intergouvernemental de négociation, qui comprend également
des délégations non-membres du Conseil de l'Europe, parvient à un
consensus sur la base d'une convention ouverte du Conseil de l'Europe,
le mandat d'un Comité ad hoc sur la création d'une Commission des
demandes d’indemnisation pour l'Ukraine (CAHEC) pourrait être adopté
au cours de l'été 2025.
7. Le Comité attire également l'attention sur la récente avancée
majeure en faveur de la création d'un Tribunal spécial pour le crime
d'agression contre l'Ukraine dans le cadre du Conseil de l'Europe.
Réunis à Strasbourg du 19 au 21 mars 2025, les membres du Groupe
restreint, dont le Conseil de l'Europe, ont finalisé les travaux
techniques sur les trois projets de documents nécessaires à la création
du Tribunal spécial: le projet d'accord bilatéral entre l'Ukraine
et le Conseil de l'Europe sur la création du Tribunal spécial, le
projet de statut du Tribunal spécial et un projet d'accord partiel
élargi sur la gestion du Tribunal spécial. Ces trois documents vont
maintenant être soumis à un examen politique.
8. De manière plus générale, le Comité rappelle que le Conseil
de l'Europe met en œuvre depuis plusieurs années des mesures de
confiance dans les pays et les régions touchés par des conflits.
Ces activités rassemblent des membres de communautés divisées par
des conflits pour des échanges entre pairs fondés sur les normes
du Conseil de l'Europe et visent à favoriser la confiance et la
compréhension mutuelle, et plus largement à contribuer à un environnement
où les tensions sont réduites et où le dialogue peut s'épanouir.
Ces dernières années, les activités relatives aux mesures de confiance
ont été axées sur les domaines thématiques de la gestion des archives,
de la coopération municipale, de la participation des jeunes à la
consolidation de la paix, de la sécurité des journalistes et du
patrimoine culturel. Ces travaux se poursuivent et sont menés en pleine
coordination avec les États membres concernés.
9. Le Comité des Ministres souligne également que la Déclaration
de Reykjavik a donné un nouvel élan à la dimension extérieure du
Conseil de l'Europe, qui contribue à renforcer le multilatéralisme
et l'ordre international fondé sur des règles, favorisant ainsi
la paix dans le monde. Cette contribution se traduit par un dialogue
et un partenariat renforcés avec d'autres organisations internationales,
en particulier l'Union européenne, l'ONU et l'OSCE; par des efforts
de sensibilisation envers les États non européens, notamment dans
le cadre du soutien à l'Ukraine et de l'adhésion au Registre des
dommages, et en général par la promotion des instruments ouverts
du Conseil de l’Europe; et par la politique du Conseil de l’Europe
envers les régions voisines, fondée sur les valeurs du Conseil de
l’Europe et sur la demande. Les bureaux de liaison du Conseil de
l’Europe, avec l'Union européenne à Bruxelles, l'ONU à Genève et
à Vienne, et prochainement également à New York, et l'OSCE à Vienne
et à Varsovie, ont efficacement renforcé la dimension extérieure
du Conseil de l'Europe en jouant un rôle clé dans la dynamique de
coopération et la visibilité des instruments du Conseil de l’Europe.
Les États observateurs, les organisations internationales, ainsi
que les projets de coopération contribuent également à la promotion
des instruments du Conseil de l’Europe.
10. Enfin, le Comité des Ministres appelle l'attention sur l'initiative
du Secrétaire Général visant à élaborer un nouveau Pacte démocratique
pour l'Europe – Un engagement pour la sécurité démocratique en Europe
au XXIe siècle. Cette initiative est
motivée par la prise de conscience que le modèle démocratique européen,
bâti sur des valeurs partagées, est aujourd’hui fragilisé par des
menaces internes et externes. Le Conseil de l'Europe a été créé
pour défendre et préserver ce modèle et se doit d’innover pour défendre
la démocratie et l'État de droit face aux menaces nouvelles et anciennes.
Le nouveau Pacte démocratique repose sur trois piliers essentiels:
apprendre et pratiquer la démocratie en soutenant les initiatives
qui outillent les citoyens européens; protéger la démocratie en
élaborant des réponses solides aux menaces internes et externes, notamment
la corruption, l'ingérence électorale et la désinformation; et innover
pour la démocratie en renforçant les processus démocratiques par
la démocratie délibérative et participative, ainsi qu'en exploitant les
nouvelles technologies. Le Comité directeur pour la démocratie (CDDEM)
travaille à la mise en œuvre des Principes de Reykjavík pour la
démocratie en élaborant une série de paramètres qui contribueront
à fournir un cadre pour les efforts futurs visant à protéger la
liberté en Europe.