Observation des élections législatives en République de Moldova (28 septembre 2025)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 16296
| 20 novembre 2025
- Auteur(s) :
- Commission ad hoc du Bureau
- Rapporteur :
- M. Chris SAID,
Malte, PPE/DC
- Origine
- Le rapport est établi
sous la responsabilité du rapporteur. Sa version originale anglaise
a été traduite vers le français par un outil de traduction automatique. 2025 - Commission permanente de novembre (République de Moldova)
1 Introduction
1. Le 17 avril 2025, le Parlement
de la République de Moldova
Note a fixé la date des élections
législatives au 28 septembre 2025, concluant ainsi le cycle électoral
qui avait débuté avec les élections locales du 5 novembre 2023 et
l’élection présidentielle des 20 octobre et 3 novembre 2024 (premier
tour accompagné d'un référendum constitutionnel). Le 6 mai 2025,
la présidente de la Commission électorale centrale (CEC), Mme Angelica
Caraman, a invité l'Assemblée parlementaire à observer ces élections.
2. Lors de sa réunion à La Valette le 22 mai 2025, le Bureau
de l’Assemblée a décidé de créer une commission ad hoc multipartite
composée de 20 membres, auxquels s'ajoutent les deux corapporteurs
de la Commission pour le respect des obligations et engagements
des Etats membres du Conseil de l'Europe (commission de suivi),
afin d'observer ces élections. Le Bureau m'a désigné président de
la commission ad hoc («chef de délégation») et, pour la première
fois dans l'histoire de l'observation des élections par l’Assemblée,
il a également créé un poste de vice-président pour remplacer le
président en cas d'absence
Note. En
outre, il a autorisé la conduite d’une mission préélectorale un
mois avant les élections. La liste des membres de la commission
ad hoc (ci-après «délégation de l'APCE») figure à l'annexe 1.
3. La République de Moldova a adhéré au Conseil de l'Europe le
13 juillet 1995 et elle est, depuis lors, soumise à la procédure
de suivi de l'APCE, qui comporte l’obligation pour les autorités
d’inviter l'Assemblée à observer les élections nationales et les
référendums. L’Assemblée observe les élections en Moldova depuis 1994
(à une exception près, l'élection présidentielle de 2020 en raison
de la pandémie de covid-19). L'Assemblée s'engage, depuis 31 ans,
à soutenir le développement démocratique de la Moldova.
4. Conformément à l'accord de coopération signé entre l'Assemblée
et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission
de Venise) le 4 octobre 2004, Mme Regina Kiener (Suisse), professeure docteure
en droit, a représenté la Commission de Venise en tant qu'experte
juridique lors de cette mission d'observation des élections.
5. Une délégation préélectorale multipartite s'est rendue à Chişinău
les 3 et 4 septembre 2025. À l'issue de cette mission de deux jours
(voir programme en annexe 2), la délégation a souligné l'importance
pour les prochaines élections de rester inclusives et équitables
pour tous les citoyens, tant dans le pays qu'à l'étranger. Elle
a reconnu la détermination des autorités à organiser des élections
crédibles malgré les pressions et l’ingérence étrangère, saluant
un environnement concurrentiel, les améliorations apportées en matière
de corruption électorale et de financement des partis, les efforts
préparatoires de la CEC et le dynamisme de la société civile. Dans
le même temps, elle a identifié des préoccupations qui pourraient
affecter la confiance du public si elles ne sont pas prises en compte,
telles que l'utilisation perçue comme abusive des ressources administratives,
l'inégalité des chances, les lacunes en matière de transparence
du financement des campagnes électorales et la réduction drastique
du nombre de bureaux de vote pour les électeurs de la rive gauche
du fleuve Nistru (Transnistrie). Elle a exhorté les autorités à
garantir le pluralisme, la sécurité et l'égalité de l'espace démocratique,
à assurer un accès ouvert et impartial aux observateurs et à prendre
des mesures concrètes pour instaurer la confiance avant le jour
du scrutin.
6. À la suite d'une proposition de l’Alliance parlementaire pour
des élections libres et équitables, le 5 septembre 2025, le Bureau
de l’Assemblée a décidé d'observer le vote à l'étranger dans le
cadre de ces élections, à titre de projet pilote visant à tester
la faisabilité de l'observation du vote à l'étranger dans le cadre des
missions d'observation des élections de l'Assemblée. Malheureusement,
la période et les dates n’ont pas permis de l'organiser correctement
dans un délai aussi court.
7. Pendant la semaine des élections, la délégation de l'APCE
a fait partie de la mission internationale d'observation électorale
(MIOE), travaillant aux côtés du Bureau des institutions démocratiques
et des droits de l'homme (BIDDH) de l'Organisation pour la Sécurité
et la Coopération en Europe (OSCE), de l'Assemblée parlementaire
de l'OSCE (AP OSCE) et du Parlement européen. Le programme des réunions
d'information conjointes est détaillé à l'annexe 3. Avec le soutien
du secrétariat et de la Commission de Venise, j'ai participé à la
rédaction de la déclaration commune sur les résultats et conclusions
préliminaires qui a été présentée lors de conférences de presse
le 29 septembre 2025.
Note
8. La MIOE a conclu que les élections législatives du 28 septembre
2025 en Moldova avaient été concurrentielles et avaient offert aux
électeurs un choix clair, mais que le processus avait été entaché
par l’ingérence étrangère, des financements illicites, des cyberattaques
et une désinformation généralisée. Le cadre juridique a été renforcé
contre la corruption électorale, même si des modifications législatives
tardives ont compromis la sécurité juridique. Bien que les préparatifs
ont été gérés de manière professionnelle, plusieurs décisions partisanes
de la CEC – en particulier l'inéligibilité de dernière minute de
deux partis pour financement illicite présumé – ont soulevé des
doutes quant à son impartialité et l’existence d’un recours effectif
limité. Dans un environnement très polarisé, les candidats ont fait
campagne librement, mais des allégations crédibles d’achat de voix,
la désinformation généralisée en ligne, la couverture médiatique partisane
et le nombre limité d'enquêtes journalistiques ont entravé le choix
éclairé des électeurs. Le jour du scrutin lui-même a été bien préparé,
ordonné et transparent, et a été évalué positivement par les observateurs de
la MIOE.
9. La délégation de l'APCE remercie les autorités moldaves pour
leur invitation et leur assistance, ainsi que l’ensemble des interlocuteurs
et partenaires internationaux et nationaux pour leur coopération
efficace. La délégation salue également le soutien apporté par le
Bureau du Conseil de l'Europe à Chişinău, qui a facilité le bon
déroulement des deux visites effectuées par la mission d'observation
des élections (MOE) de l’Assemblée.
2 Paysage
politique depuis les élections de 2021
10. Depuis les élections législatives
anticipées de 2021, le contexte politique en Moldova a connu à la
fois des transformations considérables et une grande instabilité.
Ces élections ont abouti à une victoire écrasante du Parti de l'action
et de la solidarité (PAS) avec 52,8% des voix, ce qui a permis au
gouvernement pro-européen dirigé par la Première ministre Natalia
Gavrilița de former un gouvernement stable
Note, mettant ainsi fin à l'impasse politique.
La majorité des 63 sièges du PAS au sein du parlement composé de
101 membres a renforcé les espoirs d'un changement décisif vers
l'intégration européenne, l'État de droit et les réformes institutionnelles.
Cette victoire a été interprétée tant au niveau national qu'international
comme un coup porté aux structures oligarchiques bien établies et
comme une opportunité pour l'État de mettre en œuvre un programme
de réformes ambitieux.
11. Malgré l’optimisme initial, les quatre années qui ont suivi
ont révélé les limites d'un leadership transformateur dans une société
polarisée où la «désoviétisation» systémique reste un problème non
résolu. Le PAS a eu du mal à consolider son pouvoir face à la forte
résistance des factions liées aux anciennes élites au pouvoir, en
particulier le Bloc des communistes et des socialistes (PSRM), les
vestiges du Parti Șor, les nouveaux acteurs populistes et les partis
régionalistes représentant l'Unité territoriale autonome de Gagaouzie (ATUG,
ci-après Gagaouzie) et les minorités ethniques. Le discours politique
s'est de plus en plus polarisé, les questions étant souvent présentées
en termes de somme nulle: alignement européen contre neutralité,
État de droit contre souveraineté, lutte contre la corruption contre
persécution de l'opposition.
2.1 Les promesses
électorales de 2021: réforme du système judiciaire et lutte contre
la corruption
12. Le PAS est arrivé au pouvoir
en promettant de réformer le système judiciaire et de lutter contre
la corruption
Note. En juin
2021, la Présidente Sandu a créé le Comité consultatif indépendant
anticorruption, qui a donné lieu à plusieurs poursuites judiciaires
très médiatisées, notamment la suspension du procureur général Alexandru
Stoianoglo et l'arrestation de l'ancien président Igor Dodon.
13. Parmi les autres mesures prises par l'administration Sandu,
citons le contrôle approfondi des juges et des procureurs, la réorganisation
institutionnelle du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et
du Conseil supérieur des procureurs (CSP), ainsi que de nouvelles
exigences en matière de transparence du patrimoine et de contrôle
public des nominations. De nombreux juges ont été démis de leurs
fonctions ou ont démissionné en prévision du renforcement des contrôles
d'intégrité, et un suivi externe soutenu par des partenariats a
été mis en place pour les affaires très médiatisées.
14. Cependant, la réforme du système judiciaire est devenue le
«talon d'Achille» de la Moldova. Les juges, les groupes d'intérêt
organisés et les figures de l'opposition ont immédiatement lancé
des campagnes juridiques et médiatiques virulentes accusant le gouvernement
de poursuites ciblées et de politisation de la lutte contre la corruption.
Les partenaires internationaux ont reconnu les progrès accomplis,
mais ont recommandé des consultations plus transparentes et plus
inclusives. La Commission de Venise a également fait part de ses
préoccupations concernant la concentration de l'influence de l'exécutif
dans les nominations judiciaires. Seuls 40 % des magistrats ont
passé avec succès l'évaluation d'intégrité, la justice reste lente,
les institutions sont fragiles et l'administration publique ne dispose
pas d'effectifs suffisants pour mener à bien les réformes.
15. La politique moldave a été façonnée par un héritage de «captation
de l'État», qui a culminé avec la crise constitutionnelle de 2019.
Trois personnalités symbolisent cette influence: Ilan Șor
Note,
Vladimir Plahotniuc
Note et Veaceslav Platon
Note,
dont le pouvoir financier, l'influence médiatique et les réseaux
politiques ont faussé les institutions et l'espace informationnel.
Tous trois font l'objet de poursuites pénales graves et de sanctions
ou de procédures internationales. Leurs réseaux ont continué à faire
sentir leur influence pendant le cycle électoral 2024-2025, à travers
des allégations de financement illicite, des manifestations orchestrées,
des systèmes d'achat de votes et une désinformation coordonnée.
16. Après l’élection présidentielle de 2020 et les élections législatives
anticipées de 2021, les autorités se sont lancées dans un programme
de réformes de grande envergure visant à s'attaquer aux causes profondes de
la «captation de l'État» et à restaurer l'intégrité et la confiance
du public dans les institutions étatiques. Un cadre «anti-oligarques»
adopté mi-2023 a introduit des critères objectifs pour définir les
oligarques et un registre public, a renforcé les règles relatives
au financement des partis et aux dons extérieurs, a restreint l'accès
aux privatisations stratégiques et a élargi les obligations de divulgation
des actifs et des contacts. La coopération en matière d'application
de la loi et la surveillance par la CEC, le Conseil de l’audiovisuel
et le Service de sécurité et de renseignement ont été renforcées,
avec des actions visibles contre le financement illicite et les
structures médiatiques/ONG intermédiaires.
17. Ces mesures ont amélioré la résilience, mais n'ont pas éliminé
les risques. Les enquêtes en cours, l'application inégale de la
loi et l'étendue des nouveaux pouvoirs ont alimenté les accusations
d'application sélective, tandis que des opérations d'influence hybrides
ont exploité les divisions sociales. Dans ce contexte, l'héritage
oligarchique est resté un élément clé des élections, érodant la
confiance, compliquant l'égalité des chances et relançant les enjeux
concernant la mise en œuvre cohérente et conforme au droit des réformes
en matière d'intégrité.
2.2 La guerre d'agression
à grande échelle menée par la Fédération de Russie contre l'Ukraine comme
accélérateur de l'adhésion à l'Union européenne
18. Le lancement par la Fédération
de Russie d'une guerre d'agression à grande échelle contre l’Ukraine
en février 2022 a posé de graves problèmes, perturbant l'économie
moldave en raison de sa dépendance au pétrole et au gaz russes,
provoquant une inflation et un déclin économique brutal. La Banque
européenne pour la reconstruction et le développement a fourni une
aide de 2 milliards d'euros au pays, ce qui a aidé la Moldova à
passer rapidement à des sources d'énergie non russes. Le Premier
ministre a déclaré que le pays s'était affranchi du gaz russe à
la mi-2023.
19. La gestion par la Moldova de la crise des réfugiés ukrainiens
a été saluée au niveau international. Depuis le lancement de la
guerre d'agression à grande échelle menée par la Fédération de Russie
contre l’Ukraine, la Moldova a accueilli près de 2 millions de réfugiés
ukrainiens qui ont traversé ses frontières. Si la grande majorité
de ces réfugiés ont poursuivi leur route vers d'autres pays, plus
de 127 000 Ukrainiens restent actuellement en Moldova, ce qui représente
environ 5% de la population totale du pays, soit le ratio le plus élevé
de réfugiés ukrainiens par habitant au monde. Cet afflux a profondément
affecté la Moldova, pesant sur ses services sociaux et suscitant
un important soutien humanitaire international pour aider à la fois
les réfugiés et les communautés moldaves qui les accueillent.
20. À la suite du lancement de la guerre d'agression russe, la
Présidente Sandu et le gouvernement au pouvoir ont donné la priorité
à l'adhésion à part entière à l'Union européenne. Après avoir déposé
sa candidature en mars 2022, la Moldova a obtenu le statut de candidat
en juin 2022. Les négociations d'adhésion ont débuté en décembre
2023, avec pour objectif une adhésion d'ici 2030. Lors d'un discours
public annuel prononcé le 28 décembre 2023, la présidente a demandé
au parlement d'organiser un référendum sur des modifications constitutionnelles
visant à rendre irréversible le cheminement de la Moldova vers l'Union européenne.
Suite à l’avis favorable de la Cour constitutionnelle sur la constitutionnalité
des modifications proposées, une majorité parlementaire a approuvé
le décret sur le référendum constitutionnel, qui s’est tenu simultanément
avec l'élection présidentielle du 20 octobre 2024.
2.3 Élection présidentielle
de 2024 et référendum constitutionnel sur l'orientation européenne
21. L’élection présidentielle de
2024, organisée parallèlement à un référendum constitutionnel sur l'adhésion
à l'Union européenne, a représenté un moment décisif pour l'orientation
géopolitique du pays, opposant le programme pro-européen de la Présidente
sortante Maia Sandu à l'approche plus favorable à la Russie d'Alexandr
Stoianoglo. La question clé était de savoir si la Moldova maintiendrait
son cap vers l'intégration à l'Union européenne, après des années
d'efforts de réforme interne et une pression extérieure croissante
de la part de la Russie.
22. La campagne a été marquée par des inquiétudes généralisées
concernant l'ingérence étrangère, l'achat de votes, la désinformation
coordonnée, les cyber-risques et les tentatives de déstabilisation
du processus électoral – attribuées en particulier à des acteurs
russes et à leurs mandataires oligarques moldaves – visant à saper
la confiance dans le processus.
23. Les résultats ont été serrés. Au premier tour, Maia Sandu
était en tête avec environ 42,5% des voix, contre 26% pour Alexandr
Stoianoglo (Renato Usatîi obtenant près de 14%), aucun candidat
ne remportant la victoire dès le premier tour. Au second tour, le
3 novembre 2024, Maia Sandu l'a emporté avec environ 55% des voix
contre 45%. Les tendances de vote étaient très segmentées: Alexandr
Stoianoglo a obtenu de meilleurs résultats dans les zones rurales
et les régions pro-russes (par exemple, la Gagaouzie, la Taraclia,
la Transnistrie), tandis que Maia Sandu a dominé dans la capitale,
chez les jeunes et dans la diaspora, remportant plus de 80% des
voix de la diaspora
Note. Le taux de participation
au second tour était d'environ 54%.
24. Le résultat du référendum sur l'Union européenne a été serré
mais positif: 50,36% des votants ont répondu «oui» à l'inscription
de l'adhésion à l'Union européenne comme objectif constitutionnel,
ce qui a ensuite été validé par la Cour constitutionnelle. Ce résultat
très serré a confirmé le soutien du public à la voie européenne,
tout en révélant de profondes divisions sociales qui se sont poursuivies
jusqu'aux élections législatives, où les enjeux géopolitiques étaient
encore plus importants.
3 Principaux défis
ayant une incidence sur la préparation des élections
25. La Moldova est entrée dans
le cycle électoral parlementaire de 2025 confrontée à de profondes
divisions exacerbées par la guerre d'agression russe contre l'Ukraine,
des pressions géopolitiques accrues et une recrudescence de la guerre
de l'information en ligne, en particulier les campagnes de désinformation
diffusées par les réseaux sociaux et les fermes à trolls basées
sur l'intelligence artificielle. La victoire de la candidate du PAS,
Maia Sandu, à l'élection présidentielle, ainsi que celle de l'option
pro-européenne lors du référendum constitutionnel, ont créé les
conditions préalables au renforcement de la position pro-Union européenne
dans la société, mais aussi à la promotion, dans le contexte des
élections législatives, du parti au pouvoir, le PAS.
26. La période préélectorale a été marquée par une stabilité parlementaire
et gouvernementale. L'existence d'un gouvernement composé d’un seul
parti a conduit l'opposition à accuser le gouvernement de monopoliser la
scène politique et d'établir un contrôle sur les institutions publiques.
Les relations entre le pouvoir et l'opposition sont restées tendues,
caractérisées par des affrontements, tant au parlement que dans
l'espace public.
27. Si la dynamique géopolitique et la polarisation politique
ont façonné l'environnement politique général, les préoccupations
quotidiennes des Moldaves ont également joué un rôle central. De
nombreux électeurs étaient motivés par l'inquiétude suscitée par
une économie difficile, la hausse du coût de la vie, la corruption persistante
et les questions générales de paix et de sécurité. Ces facteurs
ont été cités par nos interlocuteurs comme les principaux moteurs
qui ont influencé la confiance – ou la méfiance – du public dans
le processus électoral et dans la trajectoire démocratique de la
Moldova.
28. Au cours de la période qui a précédé les élections législatives
du 28 septembre 2025, plusieurs défis majeurs sont apparus. Le contexte
politique général est resté profondément polarisé en raison de l'orientation géopolitique
de la Moldova: faut-il poursuivre une intégration plus poussée avec
l'Union européenne ou céder à l'influence russe? Cette polarisation
a exacerbé les tensions et favorisé un environnement propice aux menaces
hybrides, notamment une ingérence étrangère massive, des cyberattaques
visant les infrastructures électorales, des systèmes organisés d'achat
de votes et des campagnes de désinformation manipulatrices sur les
réseaux sociaux, orchestrées pour la plupart par des acteurs soutenus
par la Russie, comme Ilan Șor, leader du Parti Șor (PPȘ), déclaré
inconstitutionnel, qui, tout en se cachant à Moscou, a coordonné
plusieurs projets politiques en Moldova.
29. L'intégrité électorale a également été menacée par plusieurs
facteurs internes. Bien que le cadre juridique moldave régissant
les élections ait été amélioré, notamment par la clarification des
sanctions en cas de corruption et l'amélioration de la réglementation
du financement des campagnes électorales, le rythme rapide et le
calendrier tardif des nouvelles lois ont compromis la sécurité juridique
et entravé leur mise en œuvre effective. Plusieurs de nos interlocuteurs
ont observé que, malgré le professionnalisme et la transparence
des administrateurs électoraux, certaines décisions cruciales, telles
que la radiation de dernière minute de certains partis, ont compromis
l'égalité des chances. Les nouvelles conditions d'éligibilité des candidats
ont été jugées contraignantes et parfois peu claires, et certaines
décisions de justice ont montré des interprétations incohérentes
des modifications juridiques, ce qui a eu une incidence sur les
décisions concernant l’enregistrement des candidats.
30. Le vote à l'étranger est resté un défi logistique en raison
du taux de participation élevé attendu de la diaspora et des cyberattaques
signalées visant à perturber les infrastructures numériques. Les
électeurs de Transnistrie ont continué à se heurter à des obstacles
importants, leur participation électorale étant toujours limitée
par des barrières politiques et logistiques, tandis que la situation
en Gagaouzie restait tendue. Dans ce contexte, l’éventualité que
les autorités locales bloquent le bon déroulement des élections
a nécessité une surveillance supplémentaire, en raison des inquiétudes
persistantes concernant l'ingérence régionale.
31. Dans l'ensemble, ces facteurs ont fait que la Moldova est
entrée dans la campagne électorale avec à la fois des réformes importantes
et des vulnérabilités persistantes, sa société civile et ses institutions
électorales devant faire preuve de résilience face à des défis de
plus en plus complexes.
4 Principales conclusions
de la délégation de l'APCE
4.1 Cadre juridique
32. La législation électorale moldave
repose sur le Code électoral, qui a fait l'objet d'une révision approfondie
en 2022 à la suite d'un examen conjoint de la Commission de Venise
et du BIDDH. La plupart des recommandations formulées dans cet avis
ont depuis été mises en œuvre, mais certaines garanties essentielles
restent en suspens, notamment un réexamen plus approfondi des restrictions
au droit de vote et au droit d'éligibilité, et une approche plus
restrictive et de dernier recours en matière de radiation des candidats. Des
modifications ultérieures ont été adoptées en 2023 et 2024, certaines
sans examen préalable par la Commission de Venise.
33. En dépit du principe de stabilité de la loi électorale, selon
lequel la législation électorale ne devrait pas être modifiée moins
d'un an avant les élections, le parlement a adopté plusieurs amendements
tardifs au Code électoral et aux lois connexes, risquant ainsi de
semer la confusion et de susciter la méfiance du public.
34. Après l'élection présidentielle de 2024, une réforme majeure
(loi n° 100/2025 du 13 juin 2025) a ciblé la corruption électorale
et le financement illicite
Note. Elle a alourdi les peines pour les délits
de corruption et d'influence étrangère, ajouté des sanctions pour
l'achat «passif» de votes avec une clémence pour les lanceurs d'alerte,
habilité la CEC à suspendre/retirer le financement public aux récidivistes,
renforcé les règles applicables au déroulement de la campagne, restreint
les sources de financement à risque et les campagnes caritatives,
et créé des procédures plus rapides et des outils spéciaux pour
enquêter sur la corruption électorale.
35. Des modifications supplémentaires apportées en 2025 ont affiné
le système. La loi 130/2025 a clarifié certains termes (notamment
celui de «bloc électoral camouflé»), ajusté les règles de financement
et de nomination et affiné les délais. La loi 112/2025 a élargi
la liste des pièces d'identité acceptables pour voter, clarifié
les notions de «domicile» et de «résidence temporaire» et amélioré
la manière dont le registre national vérifie les adresses, ce qui
est important pour l'exactitude des listes électorales.
36. Le vote par correspondance a également été étendu, bien qu'il
ne s'applique toujours qu'à un nombre limité de pays
Note. Les lois connexes – la loi
sur les partis politiques, le Code des contraventions et le Code
pénal – ont été modifiées afin de réglementer les activités des
partis et d'ajouter des sanctions pour les campagnes illégales et
la corruption des électeurs.
37. Dans le même temps, des inquiétudes ont subsisté quant à la
stabilité juridique et à la proportionnalité. Plusieurs changements
ont été apportés après la fixation de la date des élections. Certains
refus d'enregistrement de candidats auraient été fondés sur des
informations confidentielles, soulevant des questions quant à la
transparence, à l’équité des procédures et aux rôles institutionnels.
Si les nouveaux outils ont renforcé l'intégrité (sanctions plus
sévères, décisions plus rapides, contrôles financiers plus stricts),
des garanties solides sont nécessaires pour empêcher toute application
sélective, assurer l'efficacité des recours et faire en sorte que
toute restriction de candidature reste véritablement exceptionnelle
et fondée sur des éléments probants.
38. Dans l'ensemble, le cadre est plus solide que lors des cycles
électoraux précédents et adapté à des élections démocratiques. La
mise en conformité totale avec les normes européennes dépend désormais
d'une application équitable et cohérente, de décisions transparentes,
d'un examen externe en temps utile des nouvelles lois et d'une attention
constante portée aux droits fondamentaux parallèlement aux objectifs d'intégrité.
4.2 Système électoral
39. La Moldova élit 101 députés
dans une circonscription nationale unique au scrutin proportionnel
avec des listes de partis fermées. Les électeurs disposent d'un
suffrage universel, égal, direct et secret. Les candidats peuvent
être des partis politiques, des blocs électoraux ou des indépendants
et doivent s'inscrire auprès de la CEC. Les listes des partis/blocs
doivent comprendre entre 51 et 111 candidats et respecter un quota
de 40 % par sexe, avec au moins quatre candidats de chaque sexe
dans chaque groupe de dix. Les seuils électoraux sont de 5 % pour
les partis, 7 % pour les blocs et 2 % pour les indépendants. L'élection
n'est valide que si au moins un tiers des électeurs inscrits se
rendent aux urnes.
40. Les sièges sont répartis proportionnellement aux suffrages
valides entre les candidats qui ont dépassé le seuil; les listes
étant fermées, les mandats sont attribués aux candidats dans l'ordre
où ils apparaissent. Après le dépouillement, la CEC certifie les
résultats et, dans les 24 heures, envoie tous les documents, y compris
la liste des députés élus et des suppléants, à la Cour constitutionnelle.
La Cour dispose d'un délai de dix jours pour confirmer la légalité
des élections et valider les mandats, une fois toutes les plaintes
résolues. Sa décision clôt officiellement le processus et reconnaît
le nouveau parlement.
4.3 Cadre institutionnel
41. Les élections législatives
moldaves sont organisées par la CEC et 37 conseils électoraux de
district (DEC), avec des bureaux électoraux de circonscription et
le centre de formation de la CEC (CICDE). Au cours de ce cycle,
la CEC a fonctionné au complet, a tenu des réunions publiques/diffusées
en direct, a respecté la plupart des délais légaux et a coordonné
étroitement ses activités avec la police, le parquet, le Conseil
de l’audiovisuel et le Service de sécurité et de renseignement.
Les femmes étaient bien représentées dans les organes électoraux
et tous les membres ont suivi une formation obligatoire, ce qui
a généralement contribué à renforcer la confiance, même si ce n'était
pas le cas de manière uniforme.
42. La CEC a enregistré les candidats, contrôlé le financement
de la campagne, adopté des règlements clés et créé deux DEC spécialisés
à Chişinău: le n° 37 pour les électeurs de la rive gauche du Nistru
(Transnistrie) et le n° 38 pour les bureaux de vote à l'étranger.
Les 2 274 bureaux électoraux de circonscription ont tous été mis
en place dans les délais. La CEC a ouvert 301 bureaux de vote à
l'étranger et 12 pour les électeurs de la rive gauche, en se basant
sur les données du registre électoral, le taux de participation
passé et les évaluations de sécurité. Elle a ainsi attribué 23 500
bulletins de vote aux 12 bureaux de la rive gauche, une méthode
que trois membres de la CEC ont officiellement remise en question.
Note
43. L'accès a été influencé par deux autres développements. Premièrement,
les bureaux de vote à l'étranger ont été augmentés d'environ 30
% et le vote par correspondance a été introduit dans plusieurs nouveaux
pays, ce qui constitue une avancée importante pour le vote de la
diaspora. La forte participation à l'étranger a confirmé la nécessité
de continuer à développer ces options. Cependant, le fait de ne
conserver que deux bureaux de vote dans des pays très vastes (par
exemple, en Fédération de Russie) pour des raisons de sécurité a
limité l'accès et créé des conditions inégales. Si ce nombre doit
rester faible, il serait utile d'étaler le vote sur deux jours,
comme cela se fait dans certains pays d'outre-mer.
44. Deuxièmement, cinq des douze bureaux de vote destinés aux
électeurs de Transnistrie ont été déplacés à la veille du scrutin
pour des raisons de sécurité, dont deux ont été transférés à Chişinău.
Ces changements de dernière minute n'ont pas été expliqués de manière
transparente. En outre, la forte réduction du nombre de bureaux
de vote et de bulletins de vote sur la rive gauche, qui est passé
de 30 à 12
Note,
officiellement justifiée par une participation électorale plus faible
dans le passé, a limité l'accès effectif et suscité de la frustration
le jour du scrutin. Cumulées, ces mesures ont limité le droit de
vote des personnes concernées et alimenté les doutes quant à l'équité
du scrutin.
45. La cybersécurité a été renforcée par le transfert du système
informatique électoral SAISE vers le service national de cybersécurité
(STISC), tout en conservant le contrôle opérationnel à la CEC, et
les partenaires internationaux ont dispensé une formation en matière
de cyberhygiène. Malgré cela, les observateurs ont souligné des
lacunes en matière de transparence dans le travail de la CEC (publication
tardive des procès-verbaux, registres des plaintes en ligne incomplets)
et une application inégale des décrets et des décisions. Les votes
partagés sur des questions sensibles, notamment le nombre de bureaux
de vote à l'étranger et pour les électeurs de la rive gauche, montrent
la nécessité d'explications publiques plus claires. Le Code électoral de
2022 prévoyant une CEC entièrement professionnelle à partir de 2026,
des mesures provisoires visant à rendre les décisions plus inclusives
et fondées sur des preuves contribueraient à instaurer la confiance
entre les partis.
4.4 Enregistrement
des électeurs et des candidats
46. L'inscription des électeurs
est passive. La CEC met à jour quotidiennement le registre national
des électeurs à partir du registre de la population de l'Agence
des services publics. Tous les citoyens âgés de 18 ans et plus peuvent
voter, à l'exception de ceux qui ont été privés de ce droit par
un tribunal en raison d'un handicap intellectuel ou psychosocial,
une exclusion contraire aux normes internationales.
47. Au 1er septembre 2025, le registre comptait 3 299 396 électeurs,
dont 2 763 678 inscrits sur les listes principales. Les électeurs
sans domicile ou résidence enregistrés (258 624, dont beaucoup à
l'étranger) et les résidents de Transnistrie (277 094) sont ajoutés
aux listes supplémentaires le jour du scrutin. L'exactitude globale
n'a pas été très contestée, mais des problèmes persistent en ce
qui concerne la suppression des personnes décédées (en particulier
à l'étranger/en Transnistrie), l'absence de domicile pour certains
électeurs – ce qui touche de manière disproportionnée les Roms –
et l'absence d'un registre d'adresses unifié, ce qui fait que certaines
pièces d'identité comportent des noms de rue obsolètes.
48. Les listes électorales ont été affichées dans les bureaux
de vote avant le 8 septembre 2025 et mises en ligne. Les électeurs,
les candidats et les observateurs pouvaient demander des corrections
jusqu'au 21 septembre. La pré-inscription était facultative pour
le vote en personne à l'étranger et obligatoire pour le vote par
correspondance (date limite fixée au 14 août). Au total, 16 145
demandes ont été déposées pour le vote en personne à l'étranger
et 2 606 pour le vote par correspondance (voir ci-dessus). Les autorités
ont mis en garde contre une éventuelle utilisation abusive des données
personnelles pour la pré-inscription, qui serait liée à des réseaux
d'achat de votes et à des applications liées à des entités russes.
Dans l'ensemble, l'accès aux listes était satisfaisant et de nombreux
électeurs ont préféré vérifier en ligne plutôt que de se rendre
dans les bureaux de vote.
49. L'enregistrement des candidats a été ouvert 70 jours avant
le jour du scrutin et clôturé 40 jours avant celui-ci (du 20 juillet
au 19 août 2025), la campagne ayant débuté le 29 août. Cette période
d'enregistrement plus longue a permis à la CEC de traiter la plupart
des demandes, mais certaines plaintes et affaires judiciaires se
sont poursuivies pendant la période de campagne, ce qui a affaibli
l'efficacité des recours.
50. Tout électeur éligible peut se présenter, à l'exception des
militaires en service actif, des personnes privées de leurs droits
électoraux par décision judiciaire définitive, des personnes purgeant
une peine définitive, des personnes ayant un casier judiciaire non
effacé pour des crimes intentionnels et des personnes interdites
d'exercer des fonctions publiques par jugement définitif. Les partis
et les blocs soumettent des listes fermées; les candidats indépendants
doivent recueillir entre 2 000 et 2 500 signatures (1 000 pour les
femmes). Le quota de 40% de femmes sur les listes des partis est
resté un obstacle fréquent au respect de la loi.
51. Un changement important a obligé les partis à mettre à jour
leurs données statutaires auprès de l'Agence des services publics
(ASP) avant la période électorale; la CEC a ensuite publié une liste
d'éligibilité le 14 juillet sur la base des confirmations de l’ASP.
Sur les 66 partis enregistrés, 39 ont été initialement jugés pleinement
ou conditionnellement éligibles; les décisions ultérieures de l’ASP
et des tribunaux ont réduit ce nombre à 33. Les parties prenantes
ont reconnu que certaines radiations reflétaient l'inactivité des
partis, mais ont critiqué les délais courts et l'étendue du pouvoir
discrétionnaire de l’ASP. L'éligibilité initiale d'un parti a ensuite
été révoquée par l’ASP, qui a invoqué des informations fournies
par les services de sécurité sans donner plus de détails, ce qui
a soulevé des questions quant au respect des procédures régulières
et à l'incertitude quant au début officiel de la «période électorale».
52. Au-delà de la sélection de l’ASP, huit listes de partis ont
été refusées au stade de la CEC pour diverses raisons: quotas de
genre non respectés, listes incomplètes ou non conformes, casiers
judiciaires non résolus ou incohérences avec les statuts du parti.
Plusieurs refus ont ensuite été annulés par les tribunaux, souvent après
le début de la campagne, ce qui illustre à la fois l'intérêt et
le problème de timing du contrôle judiciaire.
53. La CEC a rejeté l’enregistrement du «Bloc de la victoire»
et, à la suite d'une action en justice intentée par le ministère
de la Justice, la Cour d'appel a temporairement limité les activités
de ses quatre partis constitutifs, considérés comme les successeurs
présumés du parti Șor interdit; la Cour suprême a confirmé cette
restriction et ils n'ont pas été enregistrés. Plus généralement,
les observateurs ont noté des pratiques formalistes et parfois sélectives,
une communication inégale sur les défauts corrigibles et de nouvelles exigences
en matière de présence physique et de signature qui ont pesé sur
les candidats en dehors de Chişinău et à l'étranger.
54. Le 26 septembre 2025, le ministère de la Justice a obtenu
une mesure conservatoire contre le parti Cœur de Moldova (PRIM).
La CEC a alors révoqué l'éligibilité du PRIM et retiré 26 candidats
du PRIM de la liste du bloc patriotique, ordonnant une modification
rapide des quotas de genre, ce qui est entré en conflit avec le
droit de recours. Les bulletins de vote faisaient toujours référence
au nom et au logo du PRIM, apparemment parce que l'impression avait
déjà eu lieu. Le même jour, à la veille du scrutin, la CEC a annulé
la liste du Moldova Mare (PMM), invoquant des preuves fournies par
plusieurs organismes chargés de l'application de la loi concernant
un financement illicite et l'achat organisé de votes. Les tribunaux
ont confirmé cette décision le jour du scrutin. Les bulletins de
vote ne pouvant être réimprimés avec la mention «Retiré», les votes
en faveur du PMM ont été considérés comme nuls, ce qui a augmenté
le nombre total de bulletins nuls et semé la confusion parmi les
électeurs.
55. Ces mesures de dernière minute ont amplifié les préoccupations
antérieures concernant la sécurité juridique et l'efficacité des
recours avant le jour du scrutin. Elles ont mis en évidence les
risques liés à une prise de décision sélective ou formaliste et
l'effet déstabilisateur des décisions tardives sur l'égalité des
chances.
56. À la date limite d'enregistrement, 23 candidats avaient été
admis (15 partis, 4 blocs, 4 indépendants), offrant un choix pluraliste.
Toutes les listes respectaient le quota de 40 % de femmes; la plupart
des candidats étaient membres d'un parti. Néanmoins, les modifications
juridiques tardives, le contrôle général de l’ASP, les instructions
contradictoires et le recours à des informations de sécurité non
divulguées ont réduit la prévisibilité. Pour les élections futures,
des calendriers plus clairs, un pouvoir discrétionnaire administratif
plus restreint et l'achèvement de tous les recours avant le début
de la campagne amélioreraient l'équité et la confiance du public.
4.5 Campagne électorale
57. La campagne était légalement
structurée de manière à débuter dès l'enregistrement des candidats,
mais au plus tôt 30 jours avant le jour du scrutin. Des modifications
tardives ont déplacé la nomination des candidats à la période comprise
entre 70 et 40 jours avant le scrutin, donnant à la CEC dix jours
pour enregistrer les candidats et permettant, en théorie, à tous
de commencer à faire campagne dans des conditions égales. Dans la
pratique, plusieurs enregistrements n'ont été confirmés qu'après
le début de la campagne en raison de procédures judiciaires en cours,
ce qui a nui à la sécurité juridique et à l'égalité des chances.
58. La campagne électorale a été définie de manière large (appels,
déclarations, informations visant à persuader les électeurs) et
s'est déroulée sous forme de porte-à-porte, de stands dans les centres-villes,
de réunions dans des lieux de travail publics ou privés, d'apparitions
dans les médias et de débats, et – de manière plus intense – sur
les réseaux sociaux. Les organisateurs devaient informer les autorités
locales cinq jours à l'avance pour les événements en plein air rassemblant
plus de 50 participants.
59. La campagne s'est déroulée dans un climat fortement polarisé.
Les discours concurrents ont présenté le vote comme un choix existentiel,
avec des messages jouant souvent sur la peur et la sécurité plutôt
que sur les politiques. Les observateurs ont décrit un espace d'information
saturé par des tactiques hybrides - désinformation coordonnée, contenu
manipulateur en ligne et allégations d'achat de votes - qui ont
faussé le débat et approfondi la méfiance.
60. Des irrégularités systémiques ont persisté. L'abus des ressources
administratives – mobilisation des fonctionnaires, mélange des activités
officielles et partisanes, utilisation des plateformes publiques
– a de nouveau été signalé comme un problème récurrent à grande
échelle qui a faussé les règles du jeu. Les organismes de contrôle
ont ouvert de nombreuses enquêtes, mais les candidats ont fait état
d'une application inégale et de réponses sélectives.
61. Les préoccupations relatives à la corruption électorale et
au financement illicite sont restées vives malgré un arsenal juridique
plus strict et le fait que les autorités ont fait état de milliers
de perquisitions et de plusieurs affaires pénales. Les groupes de
surveillance ont signalé des stratagèmes plus sophistiqués: transferts
opaques, paiements simulés, participation rémunérée à des rassemblements
et utilisation abusive à grande échelle de données à des fins de
mobilisation, souvent en lien avec des réseaux bénéficiant d'un soutien
extérieur. Ces pratiques, dont certaines avaient commencé avant
la période officielle de campagne, ont nui à la transparence financière
et à la concurrence loyale.
62. Les activités de tiers, en particulier en ligne, étaient très
répandues et faiblement réglementées. Les plateformes non linéaires
et les réseaux sociaux sont devenus le principal champ de bataille,
hébergeant des publicités dissimulées, des «sondages» non vérifiés
et des campagnes de dénigrement orchestrées contre des candidats,
des journalistes et des ONG. Bien que le Conseil de l'audiovisuel
ait renforcé sa surveillance (notamment en prenant pour la première
fois des mesures à l'encontre d'un fournisseur non linéaire), les lacunes
dans la surveillance en ligne ont laissé une marge de manœuvre importante
pour la manipulation.
63. Les observateurs de la société civile ont également noté l'implication
d'acteurs religieux dans les activités de campagne, contrairement
au principe de séparation de l'Église et de l'État. La CEC a publiquement appelé
les confessions religieuses à s'abstenir de toute activité politique;
le métropolite de Bessarabie (Église roumaine) et l'Église orthodoxe
moldave (Patriarcat de Moscou) ont publié des déclarations demandant
au clergé de s'abstenir. Malgré cela, les observateurs ont relevé
des cas de messages connotés de valeurs et d'influence cléricale
qui brouillaient la frontière entre foi et politique.
64. Les campagnes négatives ont éclipsé le débat sur les programmes,
et la campagne a souvent tourné autour de la géopolitique: intégration
à l'Union européenne contre positionnement «multivectoriel» plutôt
que politiques détaillées. Des débats télévisés ont eu lieu, mais
certains leaders clés étaient absents, ce qui a limité le contrôle
direct du public et réduit les incitations à des comparaisons substantielles.
Selon certains analystes, vers la fin de la campagne, le principal
suspense était de savoir quel serait le résultat du PAS et s'il
conserverait la majorité ou devrait chercher des partenaires de
coalition, les sondages variant entre une majorité confortable pour
le parti, une deuxième place, ou même l'entrée du PAS dans l'opposition.
65. La campagne électorale dans les localités situées sur la rive
gauche du Nistru, hors du contrôle souverain des autorités, est
restée limitée. Les interlocuteurs de la société civile ont noté
la rareté des affiches au cours des premières semaines, mais la
plupart des candidats ont immédiatement organisé des événements de
lancement, y compris en dehors de la capitale. Bien que des messages
politiques aient été visibles avant le début officiel de la campagne
(y compris sur les réseaux sociaux), les observateurs n'ont pas
constaté d'appels explicites à voter pour des candidats spécifiques
avant le début de la campagne.
66. Les autorités et la CEC ont pris plusieurs initiatives en
matière d'intégrité : un code de conduite volontaire (qui n'a pas
été signé par tous les candidats), un contrôle actif de la conformité
juridique du matériel de campagne et la campagne civique de la police
«Ne jouez pas avec votre vote». Si ces mesures ont montré une attitude
plus ferme contre la manipulation, certains candidats ont perçu
ce contrôle comme une forme d'intimidation.
67. Dans l'ensemble, les libertés de réunion et d'expression ont
été largement respectées, mais la qualité de la campagne a été compromise
par des défauts structurels récurrents: abus de ressources administratives, financement
opaque avec soutien extérieur, acteurs en ligne non réglementés,
ingérence religieuse, tactiques de dénigrement persistantes, discours
axé sur la géopolitique et formats de débat trop souvent dépourvus
de la présence des principaux candidats.
4.6 Financement de
la campagne
68. Les élections de 2025 ont été
soumises à un régime de financement de campagne plus strict. La
loi considère désormais les avantages promis comme des pots-de-vin
et interdit l'achat de biens ou de services de campagne à crédit.
La surveillance et les sanctions ont été renforcées. Les partis
ont pu utiliser des subventions publiques, des crédits sans intérêt,
du temps d'antenne gratuit sur la chaîne publique et des dons privés
dans des limites strictes. La CEC a fixé un plafond de dépenses
de 75,9 millions de MDL par candidat. Toutes les sommes devaient
transiter par un compte bancaire dédié ouvert dans les trois jours
suivant l'enregistrement, avec des rapports hebdomadaires en ligne
et un rapport final trois jours après le jour du scrutin.
69. Dans la pratique, le respect des règles s'est amélioré, mais
de manière inégale. Les observateurs ont noté une augmentation des
contrôles, des corrections et des avertissements de la CEC pour
les rapports tardifs, les données manquantes sur les donateurs et
l'utilisation abusive des comptes bancaires. La discipline financière
était meilleure que lors des cycles précédents. Du 29 août au 21
septembre 2025, les candidats ont déclaré 52,2 millions de MDL de
recettes et 44,6 millions de MDL de dépenses; le PAS, le Bloc patriotique,
le Bloc Alternativa et le Notre Parti ont déclaré les montants les
plus élevés. Néanmoins, les observateurs ont estimé à au moins 2
millions de MDL les dépenses non déclarées, principalement des publicités
sur les réseaux sociaux, du matériel promotionnel et des frais de
transport, ce qui montre que des lacunes persistent en matière de
transparence.
70. Des obstacles pratiques ont également nui à l'égalité des
chances. Certains candidats ont eu du mal à ouvrir les comptes bancaires
dédiés requis ou à accéder à des services essentiels (virements
internationaux, services bancaires en ligne, cartes de débit pour
les publicités sur les plateformes). Les banques n'étant pas tenues
de fournir ces services, quelques candidats ont pris le risque de
mener leur campagne sans compte bancaire, ce qui signifie qu'ils
n'ont déclaré aucune dépense légale. À la mi-septembre, trois des
23 candidats n'avaient pas de compte dédié (dont un par choix),
et la CEC a dû gérer des anomalies dans les déclarations tout en
continuant à appliquer les règles.
71. Malgré des lois plus strictes, la corruption électorale s'est
adaptée. Les observateurs ont constaté des méthodes plus sophistiquées:
mobilisation rémunérée de foules, virements opaques, paiements simulés
et utilisation abusive de données personnelles, souvent coordonnés
via des applications cryptées et des réseaux d'influenceurs. De
nombreux messages politiques ont été diffusés avant la campagne
officielle, leur financement n'étant déclaré que plus tard, ce qui
a donné un avantage aux acteurs disposant de ressources importantes
et a brouillé la frontière entre les dépenses de pré-campagne et
les dépenses de campagne. La faible réglementation des activités
de tiers et des activités en ligne a encore davantage masqué les
véritables sources et l'ampleur des dépenses.
72. Les capacités de contrôle se sont renforcées, mais sont restées
limitées. La CEC est le principal organisme de contrôle et, selon
la plupart des témoignages, elle s'est montrée plus proactive et
ouverte aux conseils que lors des cycles précédents; les forces
de l'ordre ont lancé une campagne civique à l'échelle nationale
(«Ne jouez pas avec votre vote»), mené des milliers de perquisitions
et ouvert plusieurs procédures pénales liées à l'achat de votes
et à des opérations menées depuis l'étranger. Dans le même temps,
les ressources et les effectifs ont limité l’ampleur et la rapidité
de la vérification financière; certains candidats ont perçu l'examen
des documents comme une mesure d'intimidation; et l'absence de méthodologie
claire pour évaluer le travail bénévole a donné lieu à des rapports
incohérents et non comparables entre les candidats.
73. Les sanctions vont de l'avertissement à la confiscation des
fonds illégaux, en passant par la suspension du financement public
pendant plusieurs années, la radiation et des sanctions pénales
(7 à 15 ans de prison pour corruption organisée ou soutenue par
des intérêts étrangers). Ces outils ont peut-être dissuadé certains abus,
mais trois risques systémiques persistent: (1) les écarts entre
les dépenses déclarées et les dépenses réelles, en particulier en
ligne; (2) la faiblesse des règles relatives au financement par
des tiers et à l'influence numérique coordonnée; et (3) la fragmentation
et le manque de ressources de la surveillance. Pour y remédier, il
faut établir des règles claires en matière de financement préélectoral,
garantir la transparence des dépenses en ligne/par des tiers, garantir
l'accès à des services bancaires de base pour tous les candidats
et investir de manière soutenue dans la capacité d'audit de la CEC.
4.7 Paysage médiatique
et environnement en ligne
74. La Moldova est entrée dans
la période électorale avec un marché médiatique largement pluraliste,
mais fragilisé par des tensions structurelles et une forte controverse
entre sécurité et liberté d'expression. Les réformes de 2025 ont
rapproché le cadre réglementaire des normes européennes, en l'alignant
sur la directive sur les services de médias audiovisuels et la nouvelle
loi européenne sur la liberté des médias, en étendant la réglementation
aux plateformes de partage de vidéos, en affinant les définitions
de contenu illégal, de la désinformation et du discours de haine,
et en reconsidérant les nominations afin de renforcer l'indépendance des
régulateurs. Toutefois, l'application de la loi reste inégale, les
médias indépendants restent financièrement fragiles et les journalistes
subissent des pressions, ce qui rend l'espace informationnel vulnérable
malgré des garanties formelles.
75. Le Conseil de l'audiovisuel a renforcé la surveillance de
ces élections législatives, exigeant des médias qu'ils publient
leurs politiques éditoriales et leurs tarifs, et, surtout, assurant
une surveillance continue de la couverture de la campagne, y compris
pendant les «jours de silence». Il a émis des avertissements et
infligé des amendes pour des contenus discriminatoires ou déséquilibrés
et, pour la première fois, a sanctionné un fournisseur non linéaire
pour publicité politique déguisée. La surveillance a montré à la
fois des progrès et des préjugés persistants: certains diffuseurs
ont garanti l'accès à tous les candidats, tandis que d'autres ont
donné la priorité aux activités des institutions publiques ou ont
offert un pluralisme limité. Le diffuseur public régional GRT n'a
une nouvelle fois pas respecté ses obligations légales en matière
de couverture équilibrée.
76. Les changements politiques et réglementaires ont été rapides
et parfois controversés. Après la fin de l'état d'urgence en 2023,
le pouvoir de suspendre les licences pour des raisons de sécurité
nationale a été transféré au Conseil pour la promotion des projets
d'investissement; la suspension de TVC 21 par le Conseil a été critiquée
pour sa précipitation et son manque de justification, alimentant
les craintes d'une possible ingérence arbitraire. Parallèlement,
le parlement a présenté des amendements au Code de l’audiovisuel
(par exemple, des dispositions relatives aux discours de haine)
et a débattu de propositions générales sur les «valeurs traditionnelles»
qui limiteraient certaines formes d'expression, soulevant des inquiétudes
pour la liberté des médias si elles étaient adoptées sans garanties
solides. Un projet de loi sur les services numériques prévoit également
l'obligation pour les grandes plateformes d'évaluer les risques
systémiques et de supprimer les contenus illégaux; les détails et
l'équilibre avec la protection des droits restent à examiner.
77. La sphère en ligne est le principal champ de bataille. Les
réseaux sociaux dominent la consommation et hébergent les opérations
de désinformation les plus importantes, notamment le harcèlement
de journalistes, les campagnes de dénigrement, les deepfakes et la polarisation fondée
sur l'identité et la religion. Les organismes de surveillance ont
documenté l'existence de réseaux d'influence à grande échelle (plus
de 900 comptes sur les principales plateformes) amplifiant les discours
anti-Union européenne et délégitimant les élections; une campagne
de manipulation de l'information et d’ingérence étrangère basée
au Bélarus a diffusé des messages pro-russes et semé la méfiance
à l'égard des institutions. La coopération des forces de l'ordre avec
les plateformes s'est améliorée (par exemple, une procédure accélérée
avec TikTok), mais les réactions seraient encore trop lentes.
78. Hors ligne, le tableau est mitigé. La télévision et la radio
restent influentes, mais les investissements dans les contenus originaux
sont faibles et certaines chaînes entretiennent des liens politiques
étroits ou rediffusent des programmes étrangers. Les disparités
régionales sont prononcées: en Gagaouzie et dans certaines parties
du nord, les discours en langue russe dominent et les voix indépendantes
sont soumises à des pressions; la Transnistrie présente des vulnérabilités
similaires. Ces déséquilibres, associés à des pénuries de financement
et à des pénuries de personnel, limitent la couverture équitable,
impartiale et professionnelle à l'échelle nationale et nuisent à
l'équilibre entre les sexes dans le temps d'antenne.
79. Les contre-mesures se sont développées, mais restent en deçà
de la menace. Le Conseil de l’audiovisuel a amélioré ses outils
et renforcé ses effectifs; le Centre de communication stratégique
pour lutter contre la désinformation (STRATCOM) a commencé à coordonner
les réponses à la désinformation; les initiatives de vérification
des faits et d'éducation aux médias se sont intensifiées; les plateformes
ont annoncé des fonctionnalités et des partenariats liés aux élections.
Le gouvernement a également publié des procédures permettant de
restreindre rapidement les contenus web criminels. Cependant, la
société civile et les experts des médias mettent en garde contre
le fait que le manque de transparence, le contrôle judiciaire limité
de certaines sanctions et le manque de ressources des régulateurs
risquent d'avoir un effet dissuasif sans pour autant réduire de
manière décisive l'influence néfaste. Des débats électoraux ont
eu lieu, mais l'absence de leaders clés dans plusieurs émissions
diffusées en prime time a
encore réduit le débat public de fond.
80. Il est à noter que l'environnement médiatique et en ligne
de la Moldova pour les élections de 2025 reflète des progrès réglementaires
significatifs et une surveillance plus active, mais l'écosystème
reste exposé à l’ingérence étrangère, aux réseaux d'influence opaques,
à la capture d'informations et à une application ad hoc de la loi.
Des investissements soutenus dans les capacités des régulateurs,
des recours transparents et proportionnés (avec contrôle judiciaire),
un financement stable pour les médias indépendants et des normes de
coopération applicables aux plateformes sont essentiels pour protéger
le pluralisme tout en luttant contre la manipulation à grande échelle.
4.8 Ingérence étrangère,
menaces hybrides et préoccupations en matière de sécurité
81. La Moldova est entrée dans
les élections de 2025 avec des enseignements clairs tirés de 2024,
lorsque la Russie a utilisé un large éventail d'outils pour fausser
le vote et discréditer les institutions: réseaux d'achat de votes
liés à l'oligarque fugitif Ilan Șor, désinformation à grande échelle
(fermes à trolls «Matriochka», vidéos/médias fabriqués de toutes
pièces), plus d'un millier de cyberattaques, messages administratifs,
fausses alertes à la bombe dans les bureaux de vote de la diaspora
et groupes préparés à des provocations dans la rue. L'objectif était
clair: prendre le contrôle de la Moldova par les urnes, l'utiliser
contre l'Ukraine et transformer le pays en un tremplin pour des
attaques hybrides contre l’Union européenne. Ces expériences ont
clarifié à la fois l'intention et les méthodes: des opérations politiques,
informationnelles et cybernétiques coordonnées, conçues pour submerger
les capacités limitées de l'État et la confiance du public.
82. Au début du printemps, alors que les principaux programmes
d'aide américains touchaient à leur fin, les partenaires européens
craignaient que la Moldova ne «suive la voie de la Géorgie». Ils
ont pris conscience qu'il s'agissait d'une menace collective qui
ne visait pas seulement la Moldova, mais allait bien au-delà. L'Union européenne,
le Royaume-Uni et d'autres pays ont rapidement renforcé leur soutien,
en particulier à STRATCOM, tandis que les autorités ont durci la
législation et les pratiques au niveau national: règles plus strictes
en matière de financement des partis avec rapports hebdomadaires,
nouveaux protocoles de communication de crise et de cybersécurité
à la CEC, coopération quotidienne plus étroite avec les partenaires européens,
parallèlement à un renforcement de la surveillance par la société
civile. Cette préparation, effectuée avant le jour du scrutin plutôt
que de manière ponctuelle, s'est avérée essentielle pour assurer
la résilience.
83. Le rôle de STRATCOM était de coordonner les messages du gouvernement,
de fusionner les contributions des services de sécurité, des affaires
étrangères et de la CEC, et de fournir une analyse rapide et une
réfutation des discours hostiles. Grâce à l'assistance technique
de l'Union européenne et du Royaume-Uni, il a amélioré l'alerte
précoce, la vérification des contenus et la réponse rapide, et a
servi de plaque tournante pour informer les médias, les partis et
les partenaires internationaux, contribuant ainsi à réduire les rumeurs,
à combler les vides d'information et à harmoniser les messages entre
les institutions.
84. Les services de sécurité ont indiqué que le plan russe avait
été élaboré au printemps 2025 et coordonné depuis le Kremlin. Il
visait les électeurs moldaves à l'étranger (dans l'Union européenne
et en Russie) à travers des opérations d'information à grande échelle
visant à diffuser de la désinformation, à publier des documents compromettants
fabriqués de toutes pièces et à provoquer des manifestations. Les
événements survenus pendant la campagne indiquent que le plan a
été exécuté comme prévu.
85. L'ingérence s'est manifestée selon trois axes: (1) Économique:
pression sur la Transnistrie concernant le gaz, pour faire grimper
les prix et attiser les tensions, restrictions de transport et signaux
d'une possible interruption de l'approvisionnement en électricité
afin de forcer la gestion de crise. (2) Politique: financement de
structures intermédiaires, protection des réseaux d'achat de votes
et promotion d'un bloc «faussement pro-Union européenne» pour s'associer
à des forces ouvertement pro-russes après les élections, avec le
soutien de fonds (y compris des cryptomonnaies), d'avocats et de
la logistique du crime organisé. (3) Information: discours fondés
sur la peur, deepfakes et
usurpation d'identité, mobilisation des églises, démobilisation
de la diaspora et opérations rapides sur Telegram/TikTok pour polariser
et saper la confiance.
86. La cyberpression a accompagné chaque phase: attaques par déni
de service distribué (attaques visant à rendre des services en ligne
indisponibles) contre les systèmes de la CEC (avec un pic de plus
de 16 millions de sessions, y compris des outils de pré-inscription
hors du pays), hameçonnage de fonctionnaires, attaques volumétriques
contre des infrastructures critiques (par exemple, l'aéroport de
Chişinău) et les médias, ainsi que des scénarios visant à cloner
les pages de résultats ou à brouiller les communications avec les
bureaux de vote à l'étranger – testant les défenses, se positionnant
à l'avance pour «pirater et divulguer» et créant des frictions pouvant
être présentées comme des défaillances administratives.
87. Au cours de l'année, la Russie a provoqué plus de 1 000 cyberincidents
contre les infrastructures de l'État moldave et les services liés
aux élections. Les analystes soulignent le rôle central du système «Matriochka»;
son activité autour du vote en Moldova ayant dépassé celle déployée
au cours des cycles 2024-2025 aux États-Unis, en Allemagne et en
Pologne.
88. Trois facteurs ont atténué l'impact. Premièrement, la préparation
institutionnelle: la transparence de la CEC et ses messages de crise
répétés, soutenus par les équipes cyber de l'Union européenne, le
Conseil de l'Europe et d'autres donateurs par l'intermédiaire de
STRATCOM, ont limité la panique et les rumeurs. Les autorités ont
également empêché les violences de rue prévues: quelques jours avant
le scrutin, 74 suspects entraînés à franchir les lignes de police
et à utiliser des armes ont été arrêtés. Les autorités serbes ont
confirmé que 150 à 170 citoyens moldaves avaient suivi une telle
formation au cours de l'été, et deux organisateurs de tels camps
ont été arrêtés.
89. Deuxièmement, la surveillance par l'ensemble de la société:
les observateurs nationaux et les médias indépendants ont rapidement
documenté les scénarios, augmentant ainsi le coût et la visibilité
des opérations secrètes.
90. Troisièmement, la dynamique électorale: le taux de participation
élevé de la diaspora a agi comme un «pare-feu» démocratique, compensant
les segments plus exposés à la désinformation et réduisant la marge de
manœuvre pour une escalade, contribuant ainsi à un résultat clairement
pro-européen.
91. Au-delà d'une élection unique, l'objectif de la Russie est
de reprendre le contrôle politique à Chişinău, de bloquer l'élargissement
de l'Union européenne en empêchant les réformes et de convertir
la Moldova en une plateforme pour des opérations hybrides contre
l'Ukraine et l'Union européenne. Le cycle 2025 a montré un scénario
intégré: levier énergétique, partis mandataires, financement illicite,
mobilisation du clergé et cyberattaques, affiné en Moldova et prêt
à être exporté. La stratégie et ses instruments persistent malgré
des revers tactiques.
92. La leçon fondamentale demeure: la résilience se construit
avant le jour du scrutin, grâce à des règles prévisibles, une application
crédible, des partenariats solides, une communication stratégique
renforcée et un discours positif et pro-européen. Le même scénario
se reproduira, potentiellement avec une pression économique plus
forte, une manipulation en ligne plus sophistiquée et des cyberperturbations
ciblées. La Moldova devra investir de manière soutenue dans la surveillance
financière et les capacités cybernétiques, garantir l'accès aux
services bancaires de base pour tous les candidats, mettre en place
des canaux transfrontaliers rapides de suppression des contenus
illicites et communiquer de manière stratégique avec la diaspora
afin de garder une longueur d'avance.
93. Les partis d'opposition ont également qualifié certaines parties
de la réponse internationale d'ingérence. Alors que les acteurs
réformateurs et une grande partie de la société civile ont largement
salué la conditionnalité de l'Union européenne, l'assistance technique
et les campagnes d'information publique, plusieurs forces d'opposition
ont présenté ces efforts, en particulier les messages virulents
contre les «désinformateurs pro-Kremlin» et le recours à des sanctions
ciblées, comme autoritaires et frôlant l'ingérence étrangère. Les
interlocuteurs de la MIOE ont souligné que le soutien extérieur
légitime à la démocratisation doit être équilibré par un respect
scrupuleux de la souveraineté nationale et un traitement égal de
tous les candidats aux élections, quelle que soit leur position
en matière de politique étrangère, afin d'éviter d'alimenter les
discours polarisés.
4.9 Inclusivité électorale
94. Les élections de 2025 ont été
marquées par des mesures notables visant à élargir la participation,
en particulier pour la diaspora. La CEC a augmenté le nombre de
bureaux de vote à l'étranger, passant de 231 en 2024 à 301 en 2025
Note, et a introduit le vote par correspondance
dans quatre nouveaux pays, portant le nombre total à dix. La question
du nombre de bureaux de vote établis à l'étranger est depuis longtemps
un sujet très sensible en Moldova, mais elle a pris encore plus
d'importance après l'élection présidentielle et le référendum de
2024, où les votes exprimés par la diaspora ont eu un impact décisif
sur les résultats finaux. Plusieurs interlocuteurs ont fait part
de leurs préoccupations concernant à la fois le nombre et la répartition géographique
des bureaux de vote à l'étranger, notamment en ce qui concerne la
réduction à seulement deux du nombre de bureaux de vote en Fédération
de Russie. Cette question a d'ailleurs été l'un des sujets les plus controversés
au sein de la CEC. Le taux de participation élevé en dehors de la
Moldova a confirmé que ces mesures répondaient à une demande réelle
et qu'une nouvelle expansion, que ce soit par l'ajout de sites supplémentaires
ou par des modalités plus souples, restait justifiée.
95. L'inclusivité était moins forte pour les électeurs de la rive
gauche du Nistru. Plusieurs bureaux de vote destinés aux résidents
de Transnistrie ont été déplacés à la veille du scrutin pour des
raisons de sécurité, sans que cela soit expliqué de manière satisfaisante
au public. Parallèlement, le nombre de bureaux et la répartition des
bulletins de vote pour la rive gauche ont limité l'accès et provoqué
une frustration visible le jour du scrutin, soulevant des questions
quant à la cohérence et à l'équité des dispositions prises.
96. Deux partis ont été radiés peu avant le jour du scrutin: Cœur
de Moldova, l'un des partis du Bloc patriotique, environ une semaine
avant le vote, et Grande Moldova à la veille du scrutin. Dans les
deux cas, cette décision était liée à des allégations de financement
illicite, de corruption d'électeurs et de liens avec le réseau interdit
de Șor. Dans le cas de Cœur de Moldova, la décision était fondée
sur une décision préventive de la cour d'appel limitant les activités
du parti pendant 12 mois à la demande du ministère de la Justice,
à la suite de perquisitions au domicile de membres du parti. La
radiation de Grande Moldova reposait en grande partie sur des informations
fournies par les services de sécurité concernant un financement
illicite et l'achat organisé de votes. Si les allégations sous-jacentes
sont graves, le moment choisi et le recours à des mesures conservatoires
ou à des informations fournies par les services de sécurité, associés
à un manque de transparence, ont suscité des inquiétudes quant à
la sécurité juridique, la proportionnalité et l'égalité des chances
pour les candidats. De nombreux interlocuteurs ont estimé que ces
décisions avaient eu pour effet de restreindre la concurrence et
le choix des électeurs; à l'avenir, toute exclusion devrait reposer
sur des preuves claires et expliquées publiquement, et être résolue
bien avant le jour du scrutin afin de préserver la confiance.
97. L'accès des personnes handicapées s'est amélioré. Davantage
de bureaux de vote ont été adaptés et des mesures de soutien supplémentaires
ont été mises en place, aidant certains électeurs à mobilité réduite à
participer. Néanmoins, des barrières physiques persistent dans de
nombreux endroits et restent un obstacle important à l'égalité de
participation.
98. Les mesures en faveur de l'égalité des sexes ont donné des
résultats mitigés. Le respect du quota de 40 % et des règles relatives
au placement sur les listes a augmenté la proportion de candidates,
mais beaucoup d'entre elles n'ont pas été placées à des positions
gagnantes. En conséquence, la représentation des femmes au sein
du nouveau parlement devrait être inférieure à l'objectif de 40 %
et inférieure à celle des législatures précédentes.
99. Une tendance positive a été l'engagement accru des jeunes
électeurs, qui ont participé en plus grand nombre que lors des cycles
précédents. Cela reflète les efforts croissants de sensibilisation
et l'importance des questions qui trouvent un écho auprès des électeurs
novices et plus jeunes.
100. Dans l'ensemble, les élections ont montré des progrès significatifs
en matière d'inclusion de la diaspora, des jeunes et d’accès pour
des personnes handicapées, mais des lacunes subsistent, notamment
en ce qui concerne les électeurs de Transnistrie et la traduction
des quotas de genre en résultats équitables. Le processus a donc
été partiellement inclusif, avec des domaines clairs à améliorer.
5 Observation nationale
et internationale
101. La loi moldave autorise l'observation
des élections par des groupes de citoyens, des missions internationales
et des représentants des candidats, tant dans le pays qu'à l'étranger.
La CEC a accrédité au total 2 496 observateurs nationaux et 912
observateurs internationaux. L’organisation de la société civile Promo-LEX,
avec 1 229 observateurs, et l'Union des avocats, avec 1 175 observateurs,
étaient les plus grands groupes d'observateurs citoyens. Tous deux
ont déployé des observateurs à long terme dans tout le pays – et Promo-LEX
également dans les bureaux de vote à l'étranger – et ont publié
quatre rapports intermédiaires au cours de la période électorale.
102. Une nouvelle réglementation de la CEC exigeait des organisations
d'observation qu'elles divulguent leur expérience, leur personnel,
leurs capacités techniques et leurs sources de financement, dans
le but de vérifier leurs références et d'empêcher la présence de
«faux» observateurs. La nouvelle réglementation interdit également
toute action susceptible d'entraver l'activité de l'organe électoral
ou de compromettre le processus de vote.
103. L'enregistrement d'un nombre élevé d'observateurs, tant citoyens
qu’internationaux, a contribué à la transparence du processus. Cependant,
la CEC a refusé d'accréditer 16 observateurs potentiels de la MIOE, invoquant
un avis du Service de sécurité et de renseignement pour justifier
sa décision.
6 Observations
le jour du scrutin
104. La MIOE a déployé plus de 300
observateurs à court terme dans quelque 1 340 bureaux de vote (environ
la moitié de l'ensemble des bureaux). Nos douze équipes ont couvert
Cricova, Orhei, Rezina, Strășeni, Anenii Noi, Sîngera, Comrat, Congaz,
Soroca, Cahul, Taraclia, Vulcănești, Căușeni, Ștefan Vodă et, bien
sûr, plusieurs districts de Chişinău. Nous avons été témoins d'un
processus ordonné, généralement bien organisé, et d'une participation
calme et civique des électeurs et du personnel électoral. Sur les
1 508 formulaires d'observation de la MIOE couvrant 1 340 bureaux
de vote, seuls 1% ont donné une évaluation globale négative.
105. Les membres des commissions électorales ont accompli leurs
tâches avec compétence. L'atmosphère était globalement calme et
conviviale, et les électeurs semblaient comprendre les procédures.
Les femmes constituaient une nette majorité parmi les membres et
le personnel des commissions; nos équipes ont estimé leur proportion
à environ 90 % dans les bureaux visités, et un statisticien a indiqué
que 82 % de tous les présidents de commission étaient des femmes.
106. Les procédures d'ouverture ont été évaluées de manière très
positive par toutes les équipes de l'APCE. Les membres des bureaux
électoraux de circonscription étaient prêts à l'heure et tout le
matériel avait été livré. Les caméras vidéo fournies par la CEC
étaient installées et fonctionnaient; dans quelques cas, le réseau SAISE
n'a pas fonctionné immédiatement, mais ces problèmes techniques
ont été rapidement résolus.
107. Les procédures de vote au cours de la journée ont également
été jugées extrêmement positives, avec seulement quelques incohérences
mineures. Les bureaux de vote étaient généralement bien préparés
et correctement équipés, même si les locaux variaient: certains
étaient spacieux et bien organisés, d'autres étaient petits, bondés
et insuffisamment accessibles aux électeurs handicapés. Les commissions
ont travaillé avec diligence, ont suivi les procédures et ont garanti
la transparence pour les observateurs.
108. La CEC a demandé aux bureaux de vote de placer les isoloirs
à un angle de 45 degrés afin de dissuader la photographie des bulletins
de vote, une méthode couramment utilisée pour prouver l'achat de
votes. Nous n'avons enregistré aucun incident de photographie de
bulletins de vote par des électeurs, ce qui suggère que cette mesure
a été efficace. Dans le même temps, le bulletin de vote très long
pouvait être visible dans les isoloirs plus petits lorsque les électeurs
le pliaient, ce qui a pu affecter légèrement le secret du vote.
Des caméras vidéo étaient opérationnelles dans la plupart des bureaux;
cependant, certains observateurs ont noté que les caméras placées
pour surveiller les urnes capturaient parfois une vue plus large
des locaux, ce qui pouvait affecter la perception du respect du
secret du vote.
109. Le taux de participation a varié selon les régions, mais les
électeurs ont généralement pu voter sans obstacle majeur. La gestion
des files d'attente, les mesures visant à garantir le secret du
vote et l'aide apportée aux électeurs qui en avaient besoin ont
été globalement satisfaisantes. L'accès et l'information des citoyens de
la rive gauche du Nistru sont toutefois restés inégaux et certains
ont rencontré des obstacles pratiques.
110. Pour les électeurs de Transnistrie, l'accès était particulièrement
limité. La réduction de deux tiers du nombre de bureaux de vote
pour les résidents de la rive gauche, ainsi que plusieurs déménagements
de dernière minute, ont entraîné de longues files d'attente. Le
taux de participation en Transnistrie a été de 12 200, bien en dessous
des 26 000 enregistrés au second tour de l'élection présidentielle
de 2024, mais comparable aux quelque 13 000 du premier tour et des
élections précédentes. Des restrictions de transport ont été mises
en place (par exemple, interdiction aux bus de traverser le pont)
afin d'empêcher le transport organisé des électeurs. Deux des 12
bureaux ont atteint le plafond de 2 000 bulletins de vote; les responsables locaux
ont consulté la CEC sur la marche à suivre, mais nous ne disposons
d'aucune information sur la décision finale prise pour ces bureaux.
111. Les incidents liés à la sécurité ont été gérés avec calme.
À Rezina, des alertes à la bombe ont été signalées simultanément
dans deux bureaux de vote desservant les électeurs de Transnistrie
(PS 37/10 et PS 37/11) au moment même où l'une de nos équipes y
entrait, ce qui a entraîné une interruption de 20 minutes avant
que le vote ne reprenne normalement. Le pont Rezina-Rîbnița, principal
point de passage dans la région, a également été fermé pendant une
période plus longue, ce qui a provoqué une profonde frustration
parmi les électeurs de la rive gauche. Des alertes à la bombe parallèles
ont été signalées aux PS 37/2 (Gura Bîcului), PS 37/6 (Căușeni),
PS 37/9 (Sănătăuca) et dans les bureaux de vote à l'étranger à Bruxelles
(PS 38/006 et 38/007), Alicante (38/266) et Rome (38/113), une tactique
déjà observée lors des élections précédentes.
112. La clôture et le dépouillement ont été évalués positivement
dans la plupart des cas, même si quelques erreurs de procédure isolées
ont été constatées. Il s'agissait notamment de membres des bureaux
de vote qui ont parfois sauté des étapes pour terminer plus rapidement,
de bulletins de vote provenant de l'urne fixe qui n'ont pas été
comptés, de difficultés à concilier les résultats et de l'utilisation
de protocoles pré-signés.
113. Dans l'ensemble, nos conclusions concordent avec les deux
déclarations préliminaires conjointes de la MOIE. Comme d'habitude,
la méthodologie d'«observation mobile» utilisée par les équipes
parlementaires internationales, qui consiste à visiter plusieurs
bureaux de vote dans différentes régions du pays, donne une image
fiable concernant l'administration générale des élections, mais
est moins adaptée à la détection des fraudes localisées. Cette tâche
est mieux remplie par les observateurs nationaux. Promo-LEX et l'Union
des avocats de Moldova, représentées dans presque tous les bureaux
de vote que nous avons visités, méritent une reconnaissance particulière
pour leur couverture étendue et leurs rapports d'incidents.
114. Promo-LEX a signalé 931 incidents dans tout le pays et à l'étranger.
Selon ses observateurs, le scrutin s'est déroulé dans le calme,
mais des faiblesses systémiques ont persisté: atteintes occasionnelles
au secret du vote, lacunes dans les listes électorales, accès problématique
pour certains représentants de candidats (y compris des tentatives
de filmer à l'intérieur des bureaux de vote), présence de personnes
non autorisées, cas d'agitation illégale le jour du scrutin et plusieurs
cas où les membres des bureaux électoraux de circonscription ont
refusé de fournir des copies du protocole aux observateurs. Il n'est
pas précisé qui a bénéficié de ces violations, mais Promo-LEX a
signalé un incident de vote organisé au Bélarus par une cinquantaine
de personnes qui seraient arrivées de l'oblast de Koursk, en Russie.
115. L'Union des avocats a signalé 367 incidents le jour du scrutin.
Elle a mis en évidence des violations répétées du secret du vote
(par exemple, photos des bulletins de vote, vote en groupe), des
interruptions de l'enregistrement vidéo, des campagnes électorales
dans ou à proximité des bureaux de vote, des problèmes avec les
listes électorales, la présence de personnes non autorisées et diverses
irrégularités (telles que des bulletins de vote déchirés, des tentatives
de vote avec des pièces d'identité périmées et des erreurs du système).
Contrairement à d'autres groupes d'observateurs, l'Union des avocats
a décrit un environnement généralement tendu, citant de multiples
fausses alertes à la bombe, des difficultés logistiques et des cas d'intervention
politique de haut niveau. Elle a également souligné que les électeurs
de la rive gauche ont été confrontés à des obstacles supplémentaires
en raison du déplacement des bureaux de vote et du manque de moyens
de transport alternatifs, ce qui, selon elle, a effectivement limité
la capacité de ces citoyens à voter.
116. La CEC a déclaré que le scrutin s'était déroulé sans incident
majeur, mais a signalé 236 violations. Le Bloc patriotique pro-russe,
quant à lui, a accusé les autorités de «centaines de violations»,
mais n'a pas encore fourni de preuves documentaires.
117. Dans l'ensemble, la journée a été marquée par une administration
compétente et des conditions respectueuses pour les électeurs et
les observateurs, ainsi que par un nombre limité de problèmes de procédure
et d'accès qui méritent un suivi et un renforcement lors des prochains
cycles de formation.
7 Établissement
des résultats et développements postélectoraux
118. La CEC a certifié les résultats
définitifs le 5 octobre 2025, dans le délai légal de cinq jours.
Le taux de participation a été de 52,24 % (plus de 1,6 million d'électeurs),
avec un nombre record de 280 000 bulletins de vote déposés à l'étranger,
soit 17 % de l'ensemble des votes; plus de 216 000 provenaient d'Europe occidentale,
tandis que seulement 4 204 ont été déposés en Fédération de Russie.
119. Cinq partis ou blocs, ayant dépassé les seuils requis de 5 %
pour un parti et de 7 % pour un bloc, seront représentés au parlement.
Le PAS pro-européen a remporté un nouveau mandat pour une majorité
à parti unique:
- PAS: 50,20
%, 792 557 voix, 55 sièges (moins 8)
- Bloc patriotique: 24,20 %, 381 984 voix, 26 sièges
- Alternativa: 7,96 %, 125 706 voix, 8 sièges
- Notre Parti: 6,2 %, 97 852 voix, 6 sièges
- Démocratie chez soi, 5,62 %, 88 679 voix, 6 sièges
120. Les autres partis pro-européens (PSDE, CUB, LOC, ALDE, MRM)
sont restés bien en dessous du seuil, ce qui suggère que les électeurs
se sont ralliés au PAS comme option pro-européenne viable.
121. La carte a basculé en faveur du PAS au-delà de ses bastions
urbains, tandis que la base de l'opposition s'est révélée inégale.
Le PAS a notamment progressé dans le nord et a obtenu près de 30%
des voix en Transnistrie, tandis que le Bloc patriotique a dépassé
les 80% en Gagaouzie et que le PAS y a recueilli environ 3% des
voix, soulignant ainsi la persistance des clivages régionaux, même
dans un contexte globalement favorable à l'Union européenne.
122. Le Bloc Alternativa a obtenu des résultats inférieurs aux
attentes: 7,96% au niveau national et seulement 14,48% à Chişinău,
malgré la notoriété du maire Ion Ceban. En revanche, Démocratie
chez soi (PPDA-Costiuc) a dépassé les sondages et franchi le seuil
des 5%, aidé par une campagne en ligne énergique et le soutien des
électeurs unionistes/souverainistes à la recherche d'une alternative
pro-européenne. Notre Parti est finalement entré au parlement après
des années d'efforts, mais a perdu du terrain dans les districts
du nord et n'a guère obtenu le soutien de la diaspora. Ensemble,
ces tendances indiquent un électorat pro-russe fragmenté et moins
mobilisé.
123. Les outils de la Russie ont échoué. Une série de tentatives
d'ingérence infructueuses entre 2021 et 2024, du référendum et de
la course à la présidence jusqu'à ces élections, montre les limites
de l'influence du Kremlin. Malgré des investissements massifs dans
la désinformation, l'achat de votes et l'intimidation (des alertes
à la bombe aux «faux observateurs»), les électeurs se sont prononcés
en faveur d’un mandat pro-Union européenne cohérent. Les résultats
confirment un choix pro-européen stratégique et non ponctuel. Les tentatives
répétées d'ingérence au cours des derniers cycles n'ont pas renversé
cette tendance; au contraire, une meilleure préparation de l'État
(de la communication stratégique à la cybersécurité) et une diaspora mobilisée
ont joué un rôle stabilisateur sur l'intégrité électorale et la
légitimité des résultats.
124. Des risques importants persistent. Le Bloc patriotique pro-russe
et les réseaux liés à Șor sont susceptibles de continuer à contester
le résultat, amplifiant les incidents isolés et les allégations
de fraude. Les leaders de l'opposition ont appelé à manifester le
lendemain matin; des manifestations ont eu lieu, mais elles ont
été modestes, étroitement surveillées par la police et se sont dispersées
pacifiquement, soulignant à la fois la capacité limitée de mobilisation
pro-russe et la capacité de l'État à gérer la dissidence sans instabilité.
125. Le mandat du PAS est important, mais il ne s'agit pas d'un
«chèque en blanc». De nombreux votes reflètent également le rejet
des alternatives compromettantes ou populistes et le désir de stabilité
et d'une voie claire vers l'Union européenne. Il sera essentiel
de poursuivre les réformes en matière de justice, de lutte contre
la corruption et de développement socio-économique afin de convertir
le soutien électoral en une confiance durable.
126. Les mesures institutionnelles postélectorales ont été prises
rapidement. Le parlement s'est réuni le 22 octobre 2025, a élu son
bureau (avec une majorité PAS) et a entendu la Présidente Maia Sandu
exposer ses priorités en matière de paix, d'État de droit et d'intégration
à l'Union européenne, tout en condamnant les ingérences hybrides
et l'achat de votes. La Présidente Sandu a nommé Alexandru Munteanu
au poste de Premier ministre; son cabinet et le programme «Union
européenne, paix, développement» ont été présentés fin octobre et
approuvés les 1er et 2 novembre. Plusieurs
députés du PAS ont rejoint l'exécutif, ce qui a entraîné des remplacements
au sein de la CEC; deux députés du PAS (Dinu Plîngău et Stela Macari)
ont quitté le groupe parlementaire pour siéger en tant qu'indépendants,
ce qui a réduit la majorité numérique, mais ils se sont engagés
à soutenir le programme.
127. Le gouvernement a signalé une accélération de l'alignement
sur les critères de référence de l'Union européenne; la Commission
européenne a indiqué que trois groupes de négociation étaient prêts
à être ouverts, avec un calendrier ambitieux (mais conditionnel)
qui pourrait permettre de conclure les négociations dès 2028. Les
premiers débats ont porté sur la restructuration du secteur judiciaire,
la vérification des antécédents des juges et les affaires de corruption
de haut niveau; la société civile a souligné l'importance de l'équilibre
entre les sexes au sein du cabinet et a appelé à l'application de
normes d'intégrité cohérentes.
128. Au nombre des principaux risques à venir figurent la poursuite
de l’ingérence étrangère (désinformation, financement illicite,
cyberincidents), les menaces sporadiques pour la sécurité (par exemple,
les alertes à la bombe), les contestations judiciaires de la part
d'acteurs suspendus/sanctionnés, les frictions entre le centre et
les régions autonomes (notamment en Gagaouzie) et le dossier non
résolu de la Transnistrie. La consolidation de l'intégrité électorale
(contrôle financier, accès des observateurs, logistique prévisible
pour la diaspora) et la réalisation de progrès socio-économiques
visibles détermineront si le gouvernement pourra maintenir son élan
sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne.
129. Pour l'Union européenne et ses partenaires, ces élections
soulignent la résilience de la Moldova et la préférence constante
de la population pour un avenir européen. Ce choix mérite un soutien
soutenu et impartial, axé sur des résultats tangibles, des capacités
institutionnelles et une communication prudente qui renforce, plutôt
que de politiser, la confiance dans la voie démocratique empruntée
par la Moldova.
8 Conclusions et recommandations
130. Les élections législatives
du 28 septembre 2025 en République de Moldova ont été concurrentielles
et ont offert aux électeurs un véritable choix entre différentes
alternatives politiques. Dans l'ensemble, les préparatifs ont été
gérés de manière professionnelle par l'administration électorale,
qui a travaillé au complet, a respecté la plupart des délais légaux
et a coordonné efficacement son action avec les autres organes de l'État.
Le jour du scrutin s'est déroulé dans le calme et la transparence,
les membres des bureaux électoraux de circonscription ayant généralement
fait preuve de compétence et les procédures ayant été respectées.
131. Dans le même temps, ces élections se sont déroulées dans un
contexte fortement polarisé et ont été affectées par une série de
problèmes systémiques et récurrents qui ont nui à la qualité de
la campagne et à la confiance du public. Parmi ceux-ci figuraient
notamment des modifications législatives tardives qui ont compromis
la sécurité juridique, des règles restrictives ou appliquées de
manière incohérente en matière d’enregistrement et de radiation
des candidats, l'utilisation abusive des ressources administratives,
la corruption électorale et le financement illicite qui se sont
adaptés à l'application de la loi, la faible réglementation des
campagnes menées par des tiers et en ligne, ainsi qu'un schéma continu
de désinformation coordonnée et d'ingérence étrangère. Plusieurs
décisions tardives ayant eu une incidence sur l'accès (notamment
pour les électeurs de la rive gauche du Nistru et en ce qui concerne
la radiation des candidats) ont suscité des préoccupations légitimes
quant à la proportionnalité, la transparence et l'efficacité des
recours avant le jour du scrutin. Ces lacunes compromettent l'égalité
des chances entre les candidats et la confiance des citoyens dans
le caractère pleinement libre et équitable des élections.
132. Des mesures positives importantes méritent néanmoins d'être
saluées. Le parlement a renforcé les outils juridiques contre l'achat
de votes et le financement opaque; la CEC a accru les contrôles
et la transparence; la préparation aux cyberattaques et la communication
de crise se sont nettement améliorées; et les mesures d'inclusion
de la diaspora ont été élargies grâce à une augmentation d'environ
30% du nombre de bureaux de vote à l'étranger et à l'introduction
du vote par correspondance dans plusieurs pays. Ces progrès ont
contribué à contenir les tentatives de manipulation et à renforcer
la confiance des électeurs, même si leur mise en œuvre tardive et
leur application inégale ont limité leur plein effet en 2025.
133. Le résultat confirme la préférence durable du public pour
la voie européenne de la Moldova, mais il ne s'agit pas d'un chèque
en blanc. De nombreux citoyens ont voté pour la stabilité et la
paix, le respect de l'État de droit et une gouvernance plus propre
plutôt que pour un parti en particulier. Cela crée à la fois des opportunités
et des obligations. La nouvelle majorité parlementaire devrait profiter
de cette occasion pour élargir l'espace démocratique, et non le
restreindre: favoriser une véritable concurrence politique, éviter
la centralisation excessive et créer les conditions permettant à
des forces alternatives réformatrices, ayant des objectifs stratégiques
et économiques largement similaires, d'émerger et de se faire concurrence
sur la base de leurs programmes. En fin de compte, une politique
enfermée dans deux camps opposés est fragile. Réduire la polarisation,
renforcer le pluralisme et traduire les réformes en matière d'intégrité
en résultats socio-économiques tangibles sont essentiels à la consolidation
de la démocratie.
134. Ce résultat pour le PAS pro-Union européenne est plus qu'une
victoire nationale. Il constitue une étape géopolitique importante
pour l'Europe de l'Est. La Moldova, souvent qualifiée d'État le
plus pauvre du continent et située dans un voisinage instable, a
montré qu'un petit État peut construire une résilience démocratique suffisamment
forte pour protéger le vote, préserver la stabilité politique et
maintenir une trajectoire européenne.
135. Ce mandat clairement pro-européen offre une occasion rare
d'approfondir l'engagement, d'accélérer les réformes et de renforcer
la résilience institutionnelle. Il est essentiel de prendre des
mesures rapides et visibles en matière de réforme de la justice
et de l'administration publique, de lutte contre la corruption et
de modernisation socio-économique, parallèlement à des programmes
ciblés de financement préadhésion, d'infrastructures et d'amélioration
des services dont les citoyens peuvent ressentir les effets. Tout
retard risquerait d'éroder la confiance dans le gouvernement et
dans le projet européen, gaspillant ainsi le mandat que les électeurs
viennent de lui confier.
136. Compte tenu de ce qui précède, la délégation de l’APCE invite
les autorités compétentes de la République de Moldova et ses partenaires
européens à régler les questions susmentionnées, notamment en ce
qui concerne les points suivants:
137. Consolidation démocratique et pluralisme:
- préserver le pluralisme et l'égalité
de participation, y compris pour les électeurs de la rive gauche
du Nistru; réduire la polarisation grâce à des débats réguliers
entre les dirigeants et à des campagnes électorales axées sur les
programmes (et non uniquement sur la géopolitique);
- encourager l'émergence de partis pro-européens alternatifs
et réformateurs afin d'élargir le choix démocratique et de réduire
la polarisation à long terme;
- utiliser les messages sur l'intégration à l'Union européenne
pour informer et inclure toutes les régions, y compris la Transnistrie.
138. Intégrité électorale et responsabilité:
- mener des enquêtes rapides, crédibles et transparentes
sur toutes les irrégularités et les allégations de manipulation
des votes. Continuer à renforcer les capacités des responsables
électoraux et des forces de l'ordre à lutter contre la corruption
électorale, et sensibiliser davantage les électeurs aux pratiques interdites;
- appliquer les interdictions existantes en matière d'utilisation
abusive des ressources administratives; diffuser des lignes directrices
et appliquer des sanctions dissuasives;
- obtenir un «dividende d'intégrité»: progrès visibles en
matière de réforme de la justice, d'affaires de corruption de haut
niveau, de recouvrement d'avoirs et de prestation de services, avec
des mises à jour trimestrielles destinées au public.
139. Cadre juridique:
- rétablir
la sécurité juridique: éviter toute modification substantielle de
la loi électorale dans les 12 mois précédant un scrutin national;
en cas d'urgence, consulter la Commission de Venise/BIDDH et rechercher
le soutien de tous les partis;
- clarifier les lacunes restantes (par exemple, l'exactitude
des listes électorales; les droits de vote des personnes souffrant
de handicaps intellectuels/psychosociaux privées de leur droit de
vote par un tribunal);
- codifier l'interdiction d'utiliser les ressources administratives
pour tous les fonctionnaires, et pas seulement pour les candidats;
maintenir une distinction claire entre les communications de l'État
et les campagnes électorales des partis.
140. Administration électorale:
- garantir
une concurrence loyale: fixer des critères stricts et exceptionnels
pour la radiation d'un parti/d'une liste; garantir des recours rapides
et efficaces;
- annoncer bien à l'avance le nombre et l'emplacement des
bureaux de vote et la répartition des bulletins de vote – au niveau
national, pour la diaspora et pour la rive gauche – ainsi que les
critères utilisés et les opinions dissidentes, afin d'éviter toute
confusion;
- résoudre les litiges et les recours en matière d’enregistrement
avant le début de la campagne; définir des commissions d'examen
accéléré et des délais internes clairs;
- doter la CEC de ressources suffisantes pour assurer la
surveillance financière et prévenir l'utilisation abusive des ressources
publiques;
- améliorer le vote à l'étranger: étendre le vote par correspondance
lorsque la demande est forte et que les conditions de sécurité sont
réunies; fixer des critères clairs pour l'ouverture des bureaux
de vote et appliquer le vote sur deux jours lorsque la demande est
forte et qu'il n'est pas possible d'ouvrir davantage de bureaux
de vote.
141. Médias et environnement en ligne:
- garantir un accès équilibré et l'indépendance éditoriale,
en particulier dans les médias publics;
- lutter contre le discours de haine, le sexisme et les
contenus xénophobes; associer l'application de la loi à des garanties
en faveur de la liberté d'expression;
- renforcer la transparence et la responsabilité en ligne
(bibliothèques de publicités politiques, divulgations), tout en
promouvant les programmes d'éducation aux médias.
142. Financement des campagnes:
- accroître
la transparence et l'égalité de traitement: réglementer les dépenses
préélectorales et celles des tiers; exiger la divulgation en temps
quasi réel des publicités numériques et des partenariats avec des
influenceurs;
- simplifier la déclaration dans la mesure du possible sans
réduire la traçabilité; normaliser l'évaluation du travail bénévole
et en nature;
- appliquer des sanctions en cas d'utilisation abusive des
ressources administratives et de financement illicite.
143. Inclusivité et accessibilité:
- rendre tous les bureaux de vote physiquement accessibles
et financer les adaptations minimales; améliorer l'assistance aux
électeurs âgés et aux personnes handicapées;
- veiller à ce que les quotas de 40% par sexe se traduisent
par des résultats équitables en adoptant une règle d’alternance
femmes/hommes sur les listes ou exiger une parité minimale dans
les premières places éligibles (par exemple, 40 à 50% de femmes
dans les 10 à 20 premières places, et pas seulement dans le total
général). Introduire des primes pour les partis qui parviennent
à faire élire plus de 40% de femmes;
- garantir un accès efficace et non discriminatoire au vote
pour les résidents de la rive gauche du Nistru en publiant bien
à l'avance le nombre et l'emplacement de leurs bureaux de vote et
la répartition des bulletins de vote; en évitant les déménagements
à la veille du scrutin; en assurant un personnel et du matériel
adéquats; en fournissant des modalités de transport et des informations
claires et réglementaires aux électeurs; et en appliquant toutes
les mesures de sécurité de manière proportionnée et transparente.
144. Ingérence étrangère et menaces hybrides:
- institutionnaliser une fonction
STRATCOM non partisane afin de fusionner les renseignements sur
les menaces et de coordonner la communication de crise; publier
régulièrement des aperçus des menaces;
- donner la priorité aux enquêtes sur l'achat de votes,
le financement illicite et la manipulation coordonnée en ligne;
n'utiliser les mesures de précaution à l'encontre des candidats
qu'en dernier recours, en motivant publiquement et en procédant
à un contrôle judiciaire rapide;
- communiquer clairement sur les mesures de lutte contre
l'ingérence (tout en protégeant les sources/méthodes); surveiller
les efforts visant à diviser la diaspora et y répondre par des faits.
145. Union européenne et partenaires internationaux:
- mettre en avant des projets
visibles avec des étapes transparentes (services municipaux, modernisation énergétique,
biens publics numériques) et communiquer les progrès réalisés conjointement
avec les autorités locales;
- soutenir les médias indépendants (y compris en russe);
conclure des accords spécifiques à la Moldova avec les principales
plateformes pour permettre des retraits rapides, la transparence
de la publicité politique et l'accès aux données pour les chercheurs;
- financer la capacité d'audit de la CEC, la surveillance
cybernétique pendant la période électorale et la coopération transfrontalière
en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et de renseignement financier
afin de suivre l'argent d'influence et les dépenses de tiers;
- appliquer de manière cohérente les conditions relatives
à l'État de droit et à la liberté des médias; associer les sanctions/attributions
à des preuves claires afin d'éviter toute perception de partialité.
146. L'Assemblée exhorte les autorités moldaves à faire preuve
d'une volonté politique soutenue pour remédier aux lacunes constatées
et se tient prête à aider à la mise en œuvre de ces recommandations
afin de renforcer la pratique démocratique et la confiance du public.
Le renforcement des pratiques démocratiques et la garantie de l'intégrité
des processus électoraux sont des étapes essentielles pour consolider
la démocratie et renforcer la confiance du public dans les institutions
du pays.
Annexe 1 – Composition de la commission
ad hoc
Président: M. Chris
SAID (Malte, PPE/DC)
Vice-Présidente: Mme Lucia
PLAVÁKOVÁ (République slovaque, ADLE)
Groupe socialiste, démocrate et vert (SOC)
- M. Jone BLIKRA, Norvège
- Mme Edite ESTRELA, Portugal
- M. Gerardo GIOVAGNOLI, Saint-Marin*
- M. Didier MARIE, France
- Mme Wanda NOWICKA, Pologne
- M. Stefan SCHENNACH, Autriche
- M. Roberto SPERANZA, Italie
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- M. Richard CARVALHO,
Portugal
- M. Cristian-Augustin NICULESCU-ȚÂGÂRLAȘ, Roumanie
- Mme Marija PETRUSHEVSKA, Macédoine
du Nord
- M. Chris SAID, Malte*
- Mme Albana VOKSHI, Albanie
- M. Emanuelis ZINGERIS, Lituanie
Conservateurs européens, Patriotes &
Affiliés (CEPA)
- Mme Cristina
Gabriella DUMITRESCU, Roumanie
- M. Malte KAUFMANN, Allemagne
- Mme Dumitrina MITREA, Roumanie
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l’Europe (ADLE)
- M. Mehmet AKALIN, Türkiye
- Mme Louise MOREL, France
- Mme Lucia PLAVÁKOVÁ, République
slovaque*
Groupe pour la gauche unitaire européenne
(GUE)
- Mme Nataša
SUKIČ, Slovénie
Co-rapporteur·e·s AS/MON (de droit)
- M. Pierre-Alain FRIDEZ,
Suisse – SOC (excusé)*
Commission de Venise
- Mme Regina
KIENER, membre de la Commission de Venise pour la Suisse
- M. Adria RODRIGUEZ-PEREZ, conseiller juridique, secrétariat
de la Commission de Venise
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
ODRATS, Cheffe adjointe de la Division des élections*
- Mme Carine ROLLER-KAUFMAN,
Assistante, Division des élections*
(* membres de la délégation pré-électorale)
Annexe 2 – Programme de la délégation
préélectorale de l'Assemblée parlementaire
Mercredi, 3 septembre 2025
08h00-08h45 Réunion de la délégation
- Remarques d’ouverture du Président
- Présentation de la situation politique actuelle et du
contexte préélectoral par M. Falk Lange, Chef du Bureau du Conseil
de l’Europe en République de Moldova
- Présentation par M. Pierre-Alain Fridez, Corapporteur
de la Commission de suivi de l’Assemblée
- Informations pratiques par le Secrétariat
08h45-10h15 Réunion avec l’Ambassadrice Jillian Stirk, Cheffe
de la Mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH, et Mme Beata
Martin-Rozumilowicz, Cheffe adjointe de mission, et des membres
de l’équipe principale
- Mme
Smaranda Sandulescu, Analyste juridique
- M. Dominic Howell, Analyste politique
- M. Rashad Shirinov, Analyste électoral
- M. Gonzalo Jorro-Martinez, Analyste juridique adjoint
- Mme Eleni Ioannou, Analyste politique
- M. Egor Tilpunov, Analyste médias
- Mme Loredana Bertisan-Pop, Analyste médias
10h15-11h00 Réunion avec Mme Izabela Sylwia Hartmann, Cheffe
de mission par intérim de la Mission de l’OSCE en République de
Moldova
11h15-12h45 Réunion avec des représentants d’ONG impliquées
dans l’observation électorale
- M.
Iulian Groza, Directeur exécutif, Institut pour les politiques et
réformes européennes
- Mme Polina Panaite, Directrice adjointe, ADEPT
- M. Stephen Young, Fondation CMI – Martti Ahtisaari Peace
Foundation
- M. Nicolae Panfil, Promo-LEX
- Mme Taisia Haritonova, NDI
- Mme Carolina Bagrin, Directrice de programme, LRCM
14h00-15h00 Réunion avec des représentants des médias
- Mme Anastasia Antoceanu, Rédactrice
en chef, AGORA
- Mme Mariana Rata, Journaliste, TV8
- Mme Anastasia Nani, Directrice adjointe, Centre de journalisme
indépendant
- Mme Olga Gnatkova, Journaliste, Newsmaker
- Mme Mihaela Siritanu, Journaliste, Watchdog
- Club de presse du Nord
15h00-15h45 Réunion avec M. Lilian Chișca, Président de
l’Agence nationale d’intégrité
16h00-16h45 Réunion avec Mme Liliana Vițu, Présidente du
Conseil de l’audiovisuel
17h00-17h45 Réunion avec Mme Angelica Caraman, Présidente,
et les membres de la Commission électorale centrale
18h15-19h25 Réunion avec des représentants de partis et
blocs électoraux non représentés au parlement
18h15-18h35: Bloc électoral «Alternativa»
- M. Alexandr Stoianoglo
- M. Mihai Cebotar
- M. Victor Prutean
18h40-19h00: Parti «Our Party»
19h05-19h25: Bloc électoral «Patriotique»
Jeudi, 4 septembre 2025
09h00-09h45 Réunion avec M. Igor Grosu, Président du Parlement
de la République de Moldova
10h00-10h45 Réunion avec Mme Maia Sandu, Présidente de la
République de Moldova
11h00-12h30 Réunion avec des représentants des ministères
et institutions d’État responsables de différents aspects de l’administration
électorale:
- Ministère de la
Justice: Mme Viorica Grecu, Secrétaire générale, M. Stanislav Copețchi,
Secrétaire d’État, M. Ion Glavan, Conseiller
- Ministère des Affaires intérieures: M. Alexandru Bejan,
Secrétaire d’État, M. Valentin Cioclea, Chef de l’Inspection de
la gestion opérationnelle, M. Andrei Moroi, Chef adjoint de l’Inspection
nationale de la sécurité publique
- Conseil national de sécurité: M. Stanislav Secrieru, Secrétaire
du CNS, Conseiller du Président de la République de Moldova pour
la défense et la sécurité nationale
- Agence de gouvernance électronique: Mme Nicoleta Colomeeț,
Directrice, M. Alexandru Petrov, Chef du Service des technologies
de l’information (sécurité de l’information)
- Centre pour la communication stratégique et la lutte contre
la désinformation: Mme Marcela Luchița, M. Veaceslav Sîrbu
- ainsi que des représentants: du Ministère des Affaires
étrangères (vote à l’étranger), du Ministère de l’Infrastructure
et du Développement régional, du Service des technologies de l’information
et de la cybersécurité, et de l’Agence de cybersécurité
14h15-15h00 Réunion avec M. Ion Groza, M. Andrian Cheptonar
et Mme Natalia Davidovici de la faction parlementaire du Parti Action
et Solidarité (PAS)
15h15-16h00 Réunion avec M. Vlad Batrîncea, Président de
la faction parlementaire du Bloc des communistes et socialistes,
et des membres de la faction
16h30-17h40 Réunion avec des représentants de partis ou
blocs électoraux non représentés au parlement
16h30-16h50: Mouvement Respect Moldova (MRM)
- Mme Valentina Țapiș
- M. Anatolii Zagorodnii
16h55-17h15: ALDE
- Mme
Arina Spătaru
- M. Andrei Culai
- M. Sergiu Branzila
17h20-17h40: Bloc électoral «Ensemble»
- M. Ion Potlog
- M. Sergiu Tofilat
- M. Anatolie Prohnitchi
- Mme Natalia Latco
18h15-19h00 Réunion de débriefing de la délégation préélectorale
et préparation de la déclaration
Annexe 3 – Déclaration de la délégation
préélectorale de l’Assemblée parlementaire
La délégation préélectorale de l'APCE appelle
à des élections inclusives et équitables en République de Moldova
Chişinău, 4 septembre 2025 –
«Les prochaines élections législatives seront décisives pour l'avenir
de la Moldova et pour l'Europe dans son ensemble. Dans une société
polarisée et un climat géopolitique tendu, le processus doit rester
inclusif et équitable pour tous les citoyens, tant dans le pays
qu'à l'étranger», a déclaré Chris Said (Malte, PPE/DC), chef de
la délégation préélectorale de l'APCE, à l'issue d'une visite de
deux jours à Chişinău les 3 et 4 septembre 2025.
La délégation multipartite composée de quatre membres* a rencontré
la présidente de la République, le président du Parlement, les candidats
aux élections, les membres de la Commission électorale centrale
(CEC) et les dirigeants d'institutions clés, notamment l'Agence
nationale pour l'intégrité et le Conseil audiovisuel. Elle a également
eu des discussions avec des journalistes, des organisations de la
société civile, des partenaires internationaux et des membres de
la délégation moldave à l'APCE.
La délégation a reconnu la détermination des autorités moldaves
à organiser des élections crédibles malgré les pressions immenses
et les menaces d'ingérence étrangère, tant analogiques que numériques,
qui lui ont été signalées. Elle s'est félicitée de l'existence d'un
paysage politique concurrentiel, des mesures législatives prises
contre la corruption électorale, du renforcement de la réglementation
du financement des partis, des travaux préparatoires de la CEC et
du rôle actif de la société civile dans la promotion de la transparence
et de la responsabilité.
Dans le même temps, la délégation a noté des préoccupations
qui pourraient miner la confiance du public si elles ne sont pas
prises en compte. Il s'agit notamment de l'utilisation abusive des
ressources administratives, de l'absence de conditions équitables
pour tous les candidats, des lacunes en matière de transparence
du financement des campagnes électorales et de la forte réduction
du nombre de bureaux de vote pour les électeurs résidant sur la
rive gauche du Nistru, qui risque de priver de nombreux citoyens
de leur droit de vote.
La délégation a souligné que, face à une société divisée et
aux tentatives intenses de la Russie d'influencer le processus électoral,
les autorités ont la responsabilité particulière de garantir le
pluralisme, la sécurité et un espace démocratique égal pour tous
les citoyens. Il sera également essentiel de garantir un environnement ouvert
et impartial pour les observateurs nationaux et internationaux.
Elle a en outre souligné l'importance de rendre le vote à
l'étranger véritablement accessible. Si le nombre de bureaux de
vote à l'étranger a considérablement augmenté, de sérieuses limitations
subsistent dans certains pays en raison de restrictions sécuritaires
ou autres. La délégation a noté que le vote à l'étranger est une question
sensible et a donc encouragé les autorités à explorer des solutions
pratiques telles que l'ouverture des bureaux de vote pendant deux
jours et, pour les élections futures, l'extension du vote par correspondance à
tous les pays où résident d'importantes communautés moldaves.
Il reste encore du temps avant le jour du scrutin pour instaurer
la confiance: garantir la neutralité des institutions publiques,
renforcer la transparence du financement des campagnes électorales,
y compris en ligne, fournir des informations claires et suffisantes
aux électeurs à l'étranger, garantir une couverture médiatique équitable tout
en sanctionnant les discours haineux et protéger les journalistes
contre les agressions.
L'Assemblée reviendra avec une délégation plus importante
pour observer les élections en étroite coopération avec ses partenaires
internationaux. La délégation appelle tous les acteurs politiques
à mener leurs campagnes de manière responsable et inclusive afin
que ces élections renforcent la voie européenne de la Moldova et
répondent aux normes démocratiques les plus élevées.
* Composition de la délégation: M. Chris Said (Malte, PPE/CD)
– chef de la délégation, M. Gerardo Giovagnoli (Saint-Marin, SOC),
Mme Lucia Plaváková (République slovaque,
ADLE), M. Pierre-Alain Fridez (Suisse, SOC) – corapporteur AS/MON
(ex-officio)
Annexe 4 – Programme des réunions de la
mission d’observation des élections de l’Assemblée
Vendredi, 26 septembre 2025
09h00-10h00 Réunion de la délégation de l’APCE
Programme des briefings parlementaires conjoints
10h15 Mot de bienvenue et remarques liminaires
- Paula Cardoso, coordinatrice
spéciale et cheffe de la mission d'observation à court terme de
l'OSCE
- Chris Said, chef de la délégation de l'APCE
- Michael Gahler, chef de la délégation du Parlement européen
- Linnéa Wickman, cheffe de la délégation de l'Assemblée
parlementaire de l'OSCE
10h40-11h00 Présentation du pays
- Izabela Sylwia Hartmann, cheffe adjointe de la mission
de l'OSCE en Moldova
- Falk Lange, chef du bureau du Conseil de l'Europe à Chişinău
- Máté Csicsai, Chef du service politique, délégation de
l’Union européenne en Moldova
11h15 Briefing par la mission d'observation électorale du
BIDDH – équipe principale partie 1
- Mot de bienvenue et présentation générale du travail de
la MOE – Jillian Stirk, cheffe de mission
- Aperçu politique, candidats, élections et campagnes électorales
– Eleni Ioannou, analyste politique
- Environnement de campagne en ligne – Dominic Howell, analyste
politique
- Médias – Egor Tilpunov, analyste des médias, et Loredana
Bertişan-Pop, analyste junior des médias
- Cadre juridique, résolution des litiges électoraux – Smaranda
Sandulescu, analyste juridique, et Gonzalo Jorro Martinez, analyste
juridique junior
- Administration électorale et inscription des électeurs
– Rashad Shirinov, analyste électoral
- Sécurité – Slaviša Kotlaja, experte en sécurité
- Questions réponses
14h30-16h00 Contexte sociopolitique
- Igor Boţan, directeur, Association pour la démocratie
participative
- Ilie Chirtoacă, directeur exécutif, Centre de ressources
juridiques
- Mihai Mogîldea, directeur adjoint, Institut pour les politiques
et réformes européennes
- Alexandru Flenchea, directeur, «Initiative 4 Peace»
- Nicolae Panfil, directeur, Promo-LEX
- Pavel Cabacenco, Conseiller regional senior sur les élections,
IFES
16h45-18h45 Médias et campagne
- Andrei Curararu, expert en désinformation et en politique
- Vlad Ţurcanu, directeur général, TeleRadio Moldova
- Olga Gnatkova, rédactrice en chef adjointe et cofondatrice,
Newsmaker
- Nadine Gogu, directrice exécutive, Centre pour le journalisme
indépendant
- Petru Macovei, directeur exécutif, Association de la presse
indépendante,
- Sergiu Niculiță, directeur des programmes, TV8
Samedi, 27 septembre 2025
09h00-10h45 Table ronde des candidats, des partis politiques
et des coalitions
- Gaik Vartanean,
député et membre du Bloc Alternatif
- Mihail Popșoi, Vice-Président du PAS
- Andrei Năstase, indépendant
- Alexandr Berlinschii, Notre Parti
- Victoria Furtună, Présidente du Parti Grande Moldova
- Vlad Batrincea et Olga Cebotari, Bloc électoral patriotique
10h45-11h30 Rencontre avec un représentant de partis politiques
ou coalitions non enregistrés
- Boris
Foca, Président du Parti démocratique moderne de Moldova
11h45-13h00 Administration électorale et législation
- Angelica Caraman, présidente
de la Commission électorale centrale
- Mihai Lupașcu, directeur de l’Agence de cybersécurité
- Igor Chiriac, commission juridique sur les nominations
et les immunités du Parlement
- Orest Dabija, membre du conseil d’administration du Conseil
de l’audiovisuel
13h00-14h00 Suite de la réunion d'information de la mission
d'observation électorale du BIDDH – équipe principale partie 2
- Procédures le jour du scrutin,
Rashad Shirinov, analyste électoral
- Rapport des observateurs de courte durée, analyste statistique
- Briefing des observateurs du BIDDH/OSCE à long terme déployés
à Chişinău
14h00 Réunion avec les chauffeurs et les assistants linguistiques
du jour du scrutin
Dimanche, 28 septembre 2025
Toute la journée : jour du scrutin - Observation dans les
bureaux de vote
(Les bureaux de vote ouvrent à 7h et ferment à 21h)
Lundi, 29 septembre 2025
08h00 Débriefing de la délégation de l'APCE
15h00 Conférence de presse conjointe
Annexe 5 – Déclaration de la Mission Internationale
d’Observation des Élections
Élections parlementaires moldaves: le pluralisme
était au rendez-vous, mais la campagne a été entachée par les cyberattaques,
les financements illégaux et la désinformation, selon les observateurs
internationaux
CHIŞINĂU, 29 septembre 2025 – «Les élections législatives
en Moldova se sont déroulées sous le signe du pluralisme et ont
offert à l’électorat un choix clair entre plusieurs alternatives
politiques, mais le processus a été entaché par de graves incidents
d’ingérence étrangère, de financement illégal, de cyberattaques
et de désinformation généralisée, malgré les efforts déployés par
les autorités pour y faire barrage», ont déclaré aujourd’hui les
observateurs internationaux dans un communiqué.
La mission d’observation conjointe du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, de l’Assemblée
parlementaire de l’OSCE (AP OSCE), de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe (APCE) et du Parlement européen (PE) a noté
que le cadre juridique en place constituait une base solide pour
la tenue d’élections démocratiques dans le respect des normes internationales.
Une loi récente a apporté des améliorations significatives, notamment
des définitions plus explicites de la corruption électorale, des
sanctions plus sévères et un encadrement plus strict du financement
des campagnes électorales. Cependant, les changements fréquents
apportés à la législation, en particulier peu avant les élections,
ont nui à sa mise en œuvre effective et à la sécurité juridique.
«Les élections législatives qui se sont déroulées hier en
Moldova ont démontré un niveau élevé d’engagement en faveur de la
démocratie, malgré les menaces hybrides sans précédent en provenance
de la Russie», a déclaré Paula Cardoso, coordinatrice spéciale et
cheffe de la mission d’observation à court terme de l’OSCE. «Depuis
les financements illicites acheminés par des réseaux obscurs aux
campagnes de désinformation incessantes pour ébranler la confiance
du public, en passant par les atteintes flagrantes à la cybersécurité destinées
à semer le chaos, ces tactiques visaient à manipuler la démocratie
et la souveraineté de la Moldova. Cependant, la ténacité démocratique
de la nation a prévalu et a contribué au maintien de l’intégrité
du scrutin.»
Ces élections se sont déroulées dans un contexte d’attaques
hybrides sans précédent, de financements illégaux, de désinformation
et de cyberattaques, sur fond de forte polarisation politique autour
de l’orientation géopolitique du pays. Cela n’a pas empêché les
autorités électorales de se préparer de manière professionnelle
aux élections et de faire preuve de transparence dans leur mission,
à tous les niveaux. Si leur compétence et leur efficacité ont suscité
une grande confiance, plusieurs décisions partisanes sur certaines questions
controversées ont fait naître le doute sur leur impartialité et
leur indépendance. Cela étant, le scrutin s’est déroulé sans heurts
et a été évalué positivement dans la grande majorité des bureaux
de vote observés.
Si l’électorat avait clairement le choix entre plusieurs alternatives
politiques, certaines nouvelles conditions d’éligibilité imposées
aux candidatꞏes étaient trop contraignantes et manquaient de clarté.
Parallèlement, la décision de déclarer deux partis inéligibles dans
les derniers jours de la campagne a limité leur droit à un recours
effectif. Les litiges électoraux ont globalement été traités avec
efficacité, mais certaines décisions judiciaires ont mis en évidence
des interprétations divergentes de la nouvelle législation relative
à l’éligibilité des partis.
«Ces élections ont montré que même une ingérence étrangère
sans précédent et une désinformation coordonnée ne pouvaient détourner
la Moldova de la voie européenne choisie l’année dernière. Nous
tenons à féliciter les autorités électorales pour le bon déroulement
du processus et le peuple moldave pour sa participation calme et
civique», a commenté Chris Said, chef de la délégation de l’APCE.
«L’électorat avait un large choix, mais l’inclusivité électorale
a été mise à mal: le retrait de dernière minute de certainꞏes candidatꞏes
et les obstacles persistants rencontrés par l’électorat de la rive
gauche du Nistru ont peut-être découragé certainꞏes d’aller voter.
Nous exhortons toutes les institutions à préserver le pluralisme
et l’égalité de participation afin que, lors des prochaines élections,
la voix de chaque citoyenꞏne soit entendue.»
Malgré les efforts redoublés des autorités face aux menaces,
la cybersécurité est restée une préoccupation sérieuse et légitime,
comme l’ont confirmé les cyberattaques d’ampleur menées contre l’infrastructure numérique
du gouvernement. Les autorités électorales n’ont pas été épargnées.
Elles ont été la cible de cyberattaques d’origine étrangère et de
campagnes de désinformation, en particulier dans les jours précédant le
scrutin et le jour même, visant à saper leur crédibilité auprès
du public en amplifiant de fausses informations.
«La Moldova a été victime de campagnes de désinformation massives,
de cyberattaques et d’autres opérations de guerre hybride menées
par la Russie, autant de tentatives visant manifestement à déstabiliser ses
institutions», a déclaré Linnéa Wickman, cheffe de la délégation
de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. «Face à ces défis, l’engagement
indéfectible du pays en faveur de la transparence et la proactivité
de ses autorités et de ses citoyenꞏnes ont été essentiels pour préserver
l’intégrité du processus électoral. Cela pointe la nécessité d’une
vigilance constante et d’une protection forte des principes démocratiques.»
La campagne électorale a été gravement perturbée par les activités
d’un réseau organisé, financé par des sources étrangères, qui a
été identifié comme très probablement responsable de la coordination
d’opérations ciblées d’achat de votes et de campagnes de désinformation.
À l’approche des élections, des réseaux de comptes utilisant parfois
des vidéos générées par l’intelligence artificielle, des fermes
de trolls et des robots automatisés ont diffusé des discours manipulateurs
sur les réseaux sociaux. Malgré l’intensification des efforts déployés
par les autorités, cette désinformation a eu des effets préjudiciables
sur la campagne électorale. La réponse des plateformes elles-mêmes
aux notifications qu’elles ont reçues des autorités publiques et
des organisations de la société civile a été jugée inadéquate.
«Le jour du scrutin, nous avons constaté que le processus
électoral se déroulait sans heurts et sans irrégularités notables.
Cela peut être attribué au haut niveau de compétence dont ont fait
preuve les membres du personnel électoral, en majorité des femmes,
qui ont accompli leurs tâches avec professionnalisme», a déclaré
Michael Gahler, chef de la délégation du Parlement européen. «Nous
respectons le choix libre de toute influence des Moldaves de décider
de leur avenir, ce qui n’est pas le cas de la Fédération de Russie.
À l’approche de ces élections, la Russie a multiplié les tentatives
d’ingérence comme jamais auparavant, sous la forme de cyberattaques,
de campagnes de désinformation, d’intimidations, de financements
illicites et d’achat de votes, dans le but évident d’influencer
substantiellement les résultats électoraux. Une fois de plus, elle
a échoué. Nous saluons la riposte mesurée mais déterminée de la
Moldova contre l’ingérence malveillante de la Russie et de ses mandataires
locaux dans les élections.»
Comme l’a confirmé la couverture médiatique des élections,
le paysage médiatique moldave est certes diversifié mais aussi marqué
par la polarisation. Malheureusement, les observateurs ont recueilli
de nombreux témoignages faisant état d’intimidations et de harcèlement
à l’encontre de journalistes. Si les médias ont mis à la disposition
des candidats·es de nombreuses possibilités et des formats divers
pour présenter leurs points de vue et leurs opinions, la couverture
partisane de certains médias et le nombre limité de reportages d’investigation
et d’analyse n’ont pas toujours permis de prendre une décision éclairée
au moment de voter.
«Les autorités électorales ont fait preuve de professionnalisme
et d’efficacité. Cependant, les profondes divisions politiques qui
règnent au sein de la société moldave ont non seulement imprégné
la campagne, mais ont aussi, à certains moments, pesé sur les décisions
prises par les autorités électorales», a déclaré Jillian Stirk,
qui dirige la mission d’observation électorale du BIDDH. «Tout au
long du processus électoral, la Moldova a fait preuve d’une résilience
impressionnante face aux menaces hybrides auxquelles elle a été
confrontée. Bien qu’il reste encore du chemin à parcourir, les réformes
électorales mises en place jusqu’à présent témoignent de la détermination
de la Moldova à construire une démocratie forte pour son peuple.»
La mission internationale d’observation des élections parlementaires
moldaves a réuni au total 415 observateurs de 50 pays, dont 269
experts et observateurs à long terme et à court terme déployés par
le BIDDH, 108 parlementaires et agents de l’AP OSCE, 24 de l’APCE
et 14 du PE.