Observation des élections anticipées à l’Assemblée du Kosovo* (7 juin 2026)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 16480
| 15 septembre 2026
- Auteur(s) :
- Commission ad hoc du Bureau
- Rapporteur :
- M. Iulian BULAI,
Roumanie, ADLE
- Origine
- Le rapport est établi
sous la responsabilité du rapporteur. Sa version originale anglaise
a été traduite en français à l’aide d’un outil de traduction automatique.*Dans
le présent document, toute référence au Kosovo, qu'il s'agisse de
son territoire, de ses institutions ou de sa population, doit être
comprise dans le plein respect de la résolution 1244 du Conseil
de sécurité des Nations unies et sans préjudice du statut du Kosovo. 2026 - Quatrième partie de session
1 Introduction
1. À l’issue des élections à l’Assemblée
du Kosovo qui se sont tenues le 28 décembre 2025, le Parti de l’autodétermination
(Vetëvendosje, LVV) du Premier ministre Albin Kurti a remporté la
majorité des sièges. Cependant, les partis politiques n’ont pas
réussi à élire le ou la Président·e du Kosovo dans le délai prévu
par la Constitution. En conséquence, l’Assemblée a été dissoute
le 28 avril 2026. Le 5 mai 2026, Kreshnik Radoniqi, président de
la Commission électorale centrale (CEC), a invité l’Assemblée parlementaire
à observer les élections législatives anticipées prévues le 7 juin
2026.
2. Le Bureau de l’Assemblée a constitué une commission ad hoc
multipartite composée de onze membres pour observer les élections
et m’a désigné président de la délégation, tandis que Mme Maria
Syrengela (Grèce, PPE/DC) a été désignée vice-présidente. La composition
de la commission ad hoc (ci-après «la délégation de l’APCE») est
présentée à l’annexe 1. L’Assemblée parlementaire était la seule
organisation internationale à observer ces élections.
3. La délégation de l’APCE s’est rendue au Kosovo du 4 au 8 juin
2026. Au cours de ses deux journées de réunions d’information (voir
l’annexe 2), la délégation a rencontré le vice-ministre des Affaires
étrangères et de la Diaspora, le président de la CEC, le président
de la Commission des plaintes et des recours électoraux (ECAP),
le président de la Commission indépendante des médias, des dirigeants
et des représentants de partis politiques, des représentants de
la communauté internationale, de la société civile et des médias,
ainsi que des ambassadeurs et des chargés d’affaires des pays représentés
au sein de la délégation et des pays du Quint. Au lendemain du scrutin,
la délégation a publié une déclaration (annexe 3).
4. La délégation de l’APCE s’est félicitée du déroulement ordonné
et sans heurts des élections, qui se sont tenues sans incidents
majeurs. Elle a toutefois pris note du climat de frustration et
de lassitude généralisées des électeurs et des électrices, qui s’est
traduit par une campagne électorale en demi-teinte et une baisse significative
du taux de participation. La délégation a exhorté tous les représentants
élus à s’engager dans un véritable dialogue constructif afin d’élire
sans délai le ou la président·e et de faire progresser les processus démocratiques
du pays.
5. La délégation de l’APCE exprime sa gratitude aux autorités
du Kosovo, au Bureau du Conseil de l’Europe à Pristina et à tous
les acteurs du processus électoral qui l’ont reçue. Elle remercie
également les représentants de la société civile qui ont contribué
aux travaux de la mission. Compte tenu de la présence limitée d’observateurs
électoraux internationaux, le rôle des observateurs nationaux s’est
avéré essentiel. Les conclusions et les rapports de «Democracy in
Action» (DiA)
Note –
une coalition de la société civile – ainsi que d’autres ONG ont
servi de base à l’élaboration du présent rapport.
2 Contexte
politique
6. La crise politique qui a conduit
aux élections de juin 2026 trouve son origine dans l’incapacité
de l’Assemblée à élire un·e Président·e du Kosovo dans le délai
prévu par la Constitution. Selon la Constitution, l’Assemblée est
tenue d’élire un président 30 jours avant l’expiration du mandat
du ou de la président·e sortante. Le mandat de la Présidente Vjosa
Osmani-Sadriu a expiré le 5 avril 2026. L’élection d’un·e président·e
requiert la majorité des 120 membres de l’Assemblée (80 voix) au
premier et au deuxième tour (une majorité simple au troisième tour
entre les deux candidat·es ayant obtenu le plus grand nombre de
voix au deuxième tour). Toutefois, suite à un arrêt rendu en 2012
par la Cour constitutionnelle, un quorum des deux tiers est requis
pour les premier et deuxième tours de scrutin.
7. La présidente sortante, Vjosa Osmani-Sadriu, briguait un second
mandat, mais sa candidature n’a pas été soutenue par le LVV cette
fois-ci. Un membre de la famille d’Adem Jashari (figure emblématique
de la lutte pour l’indépendance des Albanais du Kosovo) a décliné
l’invitation de M. Kurti à se présenter au poste de président. Le
parti au pouvoir et l’opposition se sont alors opposés sur le choix
du/de la candidat·e à présenter. Le LVV a estimé que sa victoire
électorale lui donnait le droit de désigner deux candidat·es issus
de ses propres rangs, à savoir le ministre des Affaires étrangères
Glauk Konjufca et la députée du LVV Fatmire Mulhaxha Kollcaku. L’opposition,
quant à elle, a insisté sur le fait que le président devait être
une figure de consensus et a fait valoir que le parti au pouvoir
ne devait pas occuper tous les postes politiques majeurs – notamment
ceux de président de l’Assemblée, de Premier ministre et de Président
du Kosovo. Une série de négociations, au cours desquelles M. Kurti
a proposé au LDK un partenariat gouvernemental avec le LVV et d’autres
partenaires, incluant les postes de vice-Premier ministre, de ministre
des Affaires étrangères et de trois autres ministères, s’est soldée
par un échec.
8. À la suite de ces discussions infructueuses, les partis d’opposition
ont boycotté une séance cruciale, empêchant ainsi le quorum d’être
atteint et bloquant le vote. Le 5 mars, la présidente Osmani a dissous l’Assemblée,
mais la Cour constitutionnelle a jugé que cette dissolution n’avait
aucun effet juridique et a accordé à l’Assemblée un délai supplémentaire
de 34 jours pour élire un·e président·e. L’Assemblée n’a pas respecté
la date limite du 28 avril, ce qui a entraîné sa dissolution automatique
et la tenue de nouvelles élections dans un délai de 45 jours. Depuis
l’expiration du mandat du président Osmani, Albulena Haxhiu (LVV),
élue présidente de l’Assemblée le 11 février 2026, assure l’intérim
à la présidence.
9. Les principaux partis politiques en lice lors des élections
de juin 2026 étaient: Vetëvendosje (LVV); le Parti démocratique
du Kosovo (PDK); la Ligue démocratique du Kosovo (LDK); l’Alliance
pour l’avenir du Kosovo (AAK); l’Initiative sociale-démocrate (NISMA);
et Srpska Lista, le principal parti représentant la communauté serbe
du Kosovo et étroitement aligné sur le Gouvernement serbe. Lors
des élections de décembre 2025, le LVV avait remporté 51,10 % des
voix (57 sièges), le PDK 20,19 % (22 sièges), la LDK 13,24 % (15
sièges) et l’AAK 5,50 % (6 sièges).
10. Les citoyens ont été appelés aux urnes pour la troisième fois
en seize mois, après les élections du 9 février 2025 et du 28 décembre
2025. La campagne a été marquée par une faible mobilisation citoyenne
et par le sentiment largement répandu que ces élections risquaient
davantage de prolonger la crise politique que de sortir le pays
de l’impasse institutionnelle. Ce sentiment a finalement été confirmé
par une chute spectaculaire du taux de participation.
11. Les élections précédentes ont donné lieu à une enquête sur
une manipulation présumée à grande échelle des votes préférentiels,
mise au jour par la CEC en décembre 2025, ce qui a conduit l’APCE
à mener une mission postélectorale en avril 2026. La délégation
de l’APCE rappelle que ces enquêtes doivent être menées à bien rapidement
et en toute transparence, que les responsables doivent être identifiés
et traduits en justice, et que des mesures structurelles doivent
être prises pour éviter que de tels faits ne se reproduisent. La crédibilité
de l’administration électorale du Kosovo dépend de la capacité et
de la volonté du système judiciaire de traiter efficacement de tels
abus. La délégation a été informée par le président de la CEC que
des mesures de contrôle supplémentaires avaient été mises en place
dans les centres de dépouillement. Un recomptage automatique (d’environ
8 % de l’ensemble des bulletins de vote) serait effectué pour détecter
la présence d’anomalies, auquel cas un recomptage complet serait
entrepris.
12. À l’approche des élections du 7 juin 2026, sept personnes
ont été arrêtées à Gračanica/Graçanicë, soupçonnées d’atteinte au
principe de la liberté de vote, à la suite de plaintes déposées
par des Serbes du Kosovo qui se sont dits intimidés par des représentants
de la Srpska Lista au Kosovo concernant leur situation professionnelle
au sein des «institutions parallèles» prétendument financées par
la Serbie, notamment des centres de santé, des écoles et des administrations
municipales. L’EULEX a exprimé sa vive inquiétude, soulignant que
les arrestations semblaient avoir précédé l’enquête et qu’il serait
difficile de prouver l’existence d’une influence sur les électeurs,
estimant que ces arrestations pouvaient être motivées par des considérations politiques.
Des manifestations quotidiennes ont eu lieu à Gračanica/Graçanicë,
Lipjan/Lipljan et Sushicë/Sušica. Cet épisode a mis en évidence
la fragilité persistante des relations intercommunautaires et les
tensions entourant la participation de la communauté serbe aux processus
électoraux du Kosovo.
3 Cadre électoral,
campagne électorale et environnement médiatique
3.1 Cadre juridique
13. Les élections du 7 juin 2026
se sont déroulées dans le même cadre juridique que celles de décembre 2025,
sans modification de la législation électorale fondamentale. Le
cadre juridique, le système électoral, les procédures essentielles
et les mécanismes de protection du droit de vote sont restés inchangés.
Le cadre juridique dans son ensemble, y compris les lacunes persistantes
identifiées dans les précédents rapports de l’APCE – concernant
la transparence du financement des campagnes électorales, la divulgation
de la propriété des médias, le renforcement de l’administration
électorale et la protection du vote à l’étranger – a été examiné en
détail dans le rapport d’observation électorale de l’APCE sur les
élections de décembre 2025 (
Doc. 16380). Pour rappeler quelques caractéristiques principales
du système électoral du Kosovo:
- L’Assemblée
du Kosovo (Kuvendi i Kosovës) compte 120 sièges, dont les représentants
sont élus tous les quatre ans selon un système de représentation
proportionnelle à listes ouvertes. Le Kosovo applique une circonscription
électorale nationale unique, avec un seuil de 5 % des suffrages
exprimés requis pour que les partis obtiennent une représentation.
Les communautés non majoritaires se voient garantir 20 sièges réservés:
dix sont attribués aux représentants de la communauté serbe du Kosovo,
tandis que les dix restants sont répartis entre les autres groupes
non majoritaires comme suit: 3 sièges pour la communauté bosniaque,
2 sièges pour la communauté turque, 1 siège chacun pour les communautés gorani,
rom, ashkali et égyptienne, et 1 siège supplémentaire attribué soit
à la communauté rom, soit à la communauté ashkali, soit à la communauté
égyptienne, en fonction de la liste de ce groupe ayant recueilli
le plus grand nombre de voix.
- Les électeurs choisissent une liste de parti et peuvent
également indiquer leurs candidat·es préférés sur cette même liste,
avec un maximum de dix votes préférentiels autorisés. Ces votes
préférentiels sont dépouillés dans les centres de dépouillement
municipaux, qui remplissent une double fonction: ils vérifient les
formulaires de résultats au niveau des partis remplis dans les bureaux
de vote après le dépouillement des bulletins, et ils saisissent
les préférences pour les candidat·es dans le système de résultats.
- Le vote à l’étranger est prévu par la loi sur les élections
générales, telle que modifiée en 2023 et précisée dans le règlement
de 2024.
14. Le présent rapport se limite donc à relever les modifications
réglementaires adoptées par la CEC en amont de ces élections et
les nouvelles préoccupations qu’elles ont soulevées. Au cours de
la période précédant les élections, la CEC a adopté des amendements
à quatre règlements électoraux: ceux relatifs au vote à l’étranger,
à l’administration du Centre de dépouillement et des résultats,
aux procédures de vote et de dépouillement dans les bureaux de vote,
ainsi qu’à la réglementation de l’observation électorale. La plupart
de ces amendements étaient de nature technique et tiraient les leçons
des processus récents.
15. Toutefois, le règlement électoral n° 04/2026 relatif aux observateurs
électoraux a suscité de vives inquiétudes: en alourdissant considérablement
les exigences en matière de documentation et d’information pour
les organisations de la société civile souhaitant obtenir une accréditation
et en accordant à la CEC de nouveaux pouvoirs d’appréciation discrétionnaires
ne découlant pas clairement de la loi sur les élections générales,
il a créé des obstacles à l’observation indépendante et a soulevé
des inquiétudes quant à la sécurité juridique et à la prévisibilité.
Dans la pratique, les modifications de dernière minute apportées
au règlement ont compliqué l’accréditation des observateurs de la
société civile à l’approche du jour du scrutin. En outre, la CEC a
adopté une décision autorisant les électeurs résidant à l’étranger
à utiliser des documents d’identité périmés, décision qui a par
la suite été annulée par l’ECAP au motif qu’elle était incompatible
avec le cadre juridique applicable.
3.2 Administration
électorale, inscription des électeurs et des candidats, vote à l’étranger
16. Malgré des délais serrés, les
élections ont été techniquement bien organisées. La CEC a mené à
bien la grande majorité des opérations électorales dans les délais
prescrits: établissement de la liste électorale (2 092 174 électeurs
inscrits, soit 15 884 de plus qu’en décembre 2025), certification
des formations politiques et des candidat·es, organisation du scrutin
à l’intérieur et à l’extérieur du Kosovo, nomination des agents électoraux
et publication en ligne des résultats. Contrairement aux processus
précédents, les travaux de la CEC ont été marqués par moins de différends
politiques et par un processus décisionnel plus fonctionnel et fondé
sur le consensus. La CEC a siégé avec un siège vacant en raison
d’un différend concernant le parti politique qui devait recevoir
le siège supplémentaire attribué par le/la président·e.
17. Une faiblesse structurelle persistante concerne les quatre
communes à majorité serbe du nord. La CEC n’a, une nouvelle fois,
pas désigné de responsables électoraux municipaux permanents dans
ces communes. Ces postes ont été pourvus par des fonctionnaires
albanais du Kosovo issus du ministère de l’Intérieur, possédant
des compétences limitées en serbe, et nommés à l’issue d’une procédure
écrite. Les autorités ont expliqué à la délégation que les candidat·es
issus des communautés non majoritaires ne remplissaient pas les critères
d’éligibilité requis pour faire partie des responsables électoraux
municipaux. Si cela a permis le bon déroulement des opérations électorales,
cela ne constitue pas pour autant une solution durable. Une représentation
ethnique équitable au sein des commissions électorales locales,
en particulier dans les municipalités comptant des communautés non
majoritaires, reste une recommandation en suspens.
18. L'enregistrement des candidat·es s'est déroulé de manière
inclusive. À l'issue de la période de dépôt des candidatures de
11 jours, 23 entités se sont présentées – 18 partis, 3 coalitions,
1 initiative citoyenne et 1 candidat indépendant –, proposant 917
candidat·es (603 hommes, 314 femmes). Il convient de saluer la CEC pour
la validation inclusive de toutes les listes de partis et de candidat·es,
y compris celles présentées par le principal parti serbe du Kosovo.
Les candidat·es ont été soumis à un contrôle de conformité conformément
à l’article 30 de la loi sur les élections générales. L’Institut
du droit du Kosovo a relevé que 25 des candidat·es certifiés faisaient
l’objet de poursuites pénales. Un recours formé par la Srpska Lista
contre la certification de la liste «Pour la liberté, la justice
et la survie» pour les sièges réservés aux Serbes du Kosovo a été
rejeté tant par l’ECAP que par la Cour suprême. Les tribunaux ont
estimé que la Constitution réservait ces sièges aux partis se déclarant
représentatifs de la communauté serbe du Kosovo, et non nécessairement
à des personnes d’origine serbe. Le 4 août 2026, la Srpska Lista
a annoncé qu’elle avait formé un recours contre la décision de la
Cour suprême devant la Cour constitutionnelle.
19. La diminution du nombre de plaintes enregistrées par la CEC
et l’ECAP témoigne d’un réel progrès administratif par rapport aux
élections précédentes. Les mécanismes de règlement des litiges électoraux
ont fonctionné efficacement, l’ECAP et la Cour suprême ayant statué
sur les plaintes dans les délais légaux et fait preuve d’un haut
degré de professionnalisme et de cohérence. Au 5 juin, l’ECAP avait
reçu 17 plaintes, rendu 9 décisions (5 ayant fait droit à la plainte,
4 l’ayant rejetée) et infligé des amendes pour un montant total
de 12 100 euros, ce qui constitue une tendance positive par rapport
aux procédures précédentes. La décision de l’ECAP d’infliger une
amende de 6 000 euros au LVV pour la participation d’enfants à deux
rassemblements électoraux à Podujevë/Podujevo et Lipjan/Lipljan,
à la suite de plaintes déposées par l’ONG Kosovo Democratic Institute
(KDI), a été confirmée par la Cour suprême, qui a déclaré que la
responsabilité de la formation politique n’était pas exclue par
le fait que les mineurs étaient accompagnés de leurs parents ni
par le fait que l’initiative de participer émanait des mineurs eux-mêmes.
20. Le vote à l’étranger reste un élément important du processus
électoral au Kosovo, reflétant l’engagement de l’importante diaspora
en faveur de la participation politique. Pour les élections de juin
2026, un nombre record de 142 000 demandes a été reçu, avec 131 800
électeurs inscrits – le chiffre le plus élevé depuis 2021. Parmi
eux, 100 522 se sont inscrits pour voter par correspondance, 3 502
via la boîte aux lettres de la CEC au Kosovo et 27 776 en personne
auprès des missions diplomatiques. Le vote en personne dans 30 missions
diplomatiques (47 bureaux de vote) s’est déroulé le 6 juin 2026;
sur les 27 776 électeurs inscrits, 22 860 ont voté, ce qui représente
un taux de participation de 82,46 %.
21. Contrairement aux scrutins précédents, le vote à l’étranger
n’a pas donné lieu à des controverses politiques majeures. Toutefois,
plusieurs préoccupations ont persisté. La décision de la CEC d’autoriser l’identification
des électeurs à l’aide de documents d’identité périmés a été annulée
par l’ECAP au motif qu’elle était contraire à la législation en
vigueur; pourtant, des cas d’électeurs utilisant des pièces d’identité
périmées ont encore été observés le jour du scrutin dans 28,6 %
des bureaux de vote, ce qui témoigne d’une application incohérente
de la réglementation. De plus, des photos et des vidéos montrant
des bulletins de vote marqués ont été publiées sur les réseaux sociaux,
suscitant des inquiétudes quant au secret du vote et à l’intégrité
du vote à l’étranger, y compris la possibilité d’un vote organisé
ou influencé. Le procureur général et la police du Kosovo ont reçu
des signalements concernant de tels cas et ont ouvert des enquêtes.
La délégation de l’APCE réitère la nécessité de renforcer les garanties
relatives au secret du vote et de revoir les modalités du vote à l’étranger
afin de garantir l’intégrité électorale.
3.3 Contexte et financement
de la campagne
22. La campagne électorale, d’une
durée de dix jours (du 28 mai au 7 juin 2026), s’est déroulée dans
un climat concurrentiel et globalement serein, sans incident grave.
Elle s’est toutefois caractérisée par un niveau d’activité inhabituellement
faible: mobilisation citoyenne réduite, participation limitée aux
événements publics, propositions politiques recyclées et absence
de débat de fond sur les propositions politiques. Les messages de
campagne ont principalement porté sur des questions économiques
et sociales – augmentations des salaires et des retraites, aide
sociale, infrastructures et énergie – sans fournir beaucoup de détails
sur les coûts, le financement ou les plans de mise en œuvre. La
campagne a été dominée par les dirigeants des partis et les grands
rassemblements, avec peu d’échanges directs avec les citoyens ou
de débats face à face.
23. L’une des principales préoccupations soulevées par la délégation
de l’APCE et les observateurs nationaux concernait l’inégalité des
chances. À la veille des élections, le gouvernement par intérim
a pris la décision d’octroyer des aides financières ponctuelles
à diverses catégories de citoyens et de subventionner des liaisons
aériennes destinées à la diaspora. Le moment choisi pour ces mesures
a été largement perçu comme visant à favoriser le parti au pouvoir.
La délégation de l’APCE a entendu de la part de plusieurs interlocuteurs
que ces décisions constituaient un détournement de ressources administratives
et brouillaient la frontière entre politique publique et intérêts
électoraux. Un tel comportement confère un avantage aux titulaires et
sape la perception d’une concurrence loyale, même lorsque ces décisions
peuvent se justifier, de manière discutable, par l’intérêt général.
24. L’absence de débats directs entre les candidat·es au poste
de Premier ministre a été particulièrement notable. Cela a limité
la capacité des électeurs à comparer les alternatives politiques
par le biais d’échanges directs et a privé la campagne d’un contenu
démocratique substantiel. Le discours politique a été plus modéré que
lors des récentes élections, bien que des cas de propos incendiaires,
d’étiquetage et d’attaques personnelles aient été observés.
25. La transparence du financement des campagnes électorales reste
un domaine nécessitant des améliorations significatives. DiA a surveillé
les dépenses des partis politiques en matière de publicité sur les réseaux
sociaux et a identifié des dépenses dépassant 100 000 euros sur
les plateformes Meta au cours de la seule dernière semaine de la
campagne. Les rapports financiers post-électoraux des partis politiques
seront évalués à la lumière de ces chiffres. Le cadre juridique
régissant le financement des partis et des campagnes – y compris
la transparence des transactions financières et la déclaration de
patrimoine des candidat·es – reste insuffisamment solide, comme
l’ont souligné les précédentes recommandations de l’APCE. Les organisations de
la société civile devraient se voir garantir l’accès aux détails
des transactions financières des partis politiques, et la CEC devrait
disposer des pouvoirs et des ressources adéquats pour faire respecter
les obligations de divulgation financière.
3.4 Désinformation,
campagne en ligne et ingérence étrangère
26. L’intelligence artificielle
a été de plus en plus utilisée à des fins de désinformation politique
au cours de la campagne. Des dizaines d’images générées par l’IA,
de vidéos manipulées et de déclarations inventées de toutes pièces
visant des candidat·es de tous horizons politiques ont inondé les
réseaux sociaux. La plateforme de vérification des faits Krypometer
a signalé des publications mensongères présentant des candidat·es comme
des extrémistes religieux, des agents étrangers ou des personnes
à la moralité douteuse. Ces contenus visaient des candidat·es de
tous les principaux partis, notamment le LVV, le LDK, le PDK et
l’AAK. Le suivi effectué par DiA a permis d’identifier 56 incidents
en ligne au cours des cinq premiers jours de la campagne seulement,
dont 35 constituaient des discours de haine, près de la moitié visant
des femmes politiques. Dans ce contexte, le rôle de l’ECAP dans
la protection du débat public contre les discours de haine a été
salué par les interlocuteurs, tout comme l’indépendance de ses juges.
27. Les femmes politiques ont été ciblées de manière disproportionnée.
L’ancienne Présidente Vjosa Osmani figurait parmi les cibles fréquentes
de fausses informations générées par l’IA et d’abus en ligne. La délégation
note avec une vive inquiétude que les femmes engagées dans la vie
publique sont de plus en plus victimes de violences numériques,
notamment de manipulation d’images, de deepfakes, de chantage et
de propos sexistes. Les propositions d’amendements au Code pénal
visant à criminaliser la cyberviolence, présentées en 2024, n’ont
pas été adoptées, ce qui laisse un vide juridique important.
28. La délégation de l’APCE a reçu plusieurs signalements d’ingérence
de la part de Belgrade visant à influencer le vote des Serbes du
Kosovo en faveur d’un parti spécifique. Son ampleur et son impact
sur les résultats électoraux ont toutefois été jugés limités. Cela
reste toutefois un sujet de préoccupation particulier: l’intégrité
du scrutin pour les sièges réservés aux communautés dépend de la
capacité des électeurs à exercer leur libre choix, à l’abri de toute
pression extérieure. Le Kosovo dispose de capacités institutionnelles
limitées pour lutter efficacement contre ces menaces, et l’absence
de mesures adéquates pour supprimer les contenus préjudiciables
reste une lacune structurelle. La délégation appelle à une coopération
renforcée entre les autorités électorales, les régulateurs des médias,
les plateformes numériques et la société civile afin de lutter contre
la désinformation et l’ingérence étrangère dans le respect des droits.
29. Les réseaux sociaux ont constitué l’un des principaux canaux
de communication politique. DiA a surveillé environ 500 profils
sur les réseaux sociaux, y compris les comptes officiels des principaux
partis politiques et de tous leurs candidat·es. Au cours de la seule
dernière semaine de la campagne, des dépenses en contenu sponsorisé
dépassant 100 000 euros ont été identifiées sur les plateformes
Meta. La campagne a confirmé l’importance croissante des plateformes
en ligne dans la compétition électorale, tout en mettant en évidence
les défis persistants liés à la transparence de la publicité numérique
et à la diffusion d’informations non vérifiées. Environ 6 % des
commentaires publiés sur les 152 portails surveillés contenaient
des propos haineux.
3.5 Paysage médiatique
30. Le paysage médiatique du Kosovo
est diversifié. La délégation a rencontré le président de la Commission
indépendante des médias (IMC) ainsi que des représentants de la
Radio-Télévision du Kosovo (RTK), de l’Association des journalistes
du Kosovo, de Kosova Press et de l’organisme de vérification des
faits Hibrid. Dans l’ensemble, les médias ont offert aux candidat·es
politiques de nombreuses occasions de présenter leurs programmes.
Le suivi mené par DiA n’a pas mis en évidence de restrictions systématiques
à l’accès des candidat·es politiques aux principaux médias.
31. Toutefois, d’importantes lacunes ont été constatées. La couverture
médiatique et les débats publics se sont souvent concentrés sur
la dynamique de la campagne et la rhétorique politique plutôt que
sur l’analyse des programmes politiques et des propositions concrètes.
Les formats médiatiques proposaient souvent des émissions consacrées
à un seul parti ou à un seul candidat, avec peu de débats directs
entre les candidat·es. La participation aux débats télévisés était
d’environ 80 % d’hommes et 20 % de femmes, ce qui reflète la marginalisation
plus générale des femmes dans la communication de campagne. Aucun
débat direct entre les candidat·es au poste de Premier ministre
n’a eu lieu, ce que la délégation de l’APCE considère comme un déficit
démocratique important.
32. La délégation a reçu des informations faisant état de vidéos
générées par l’intelligence artificielle, de désinformation et de
faux comptes susceptibles d’influencer la prise de décision éclairée
des électeurs, et a exprimé sa profonde préoccupation quant à la
capacité institutionnelle limitée du Kosovo à faire face à ces menaces
et à l’absence de réponses adéquates pour supprimer les contenus
préjudiciables. La législation relative à la divulgation de la propriété
des médias n’a pas encore été adoptée, alors qu’il s’agit d’une recommandation
de longue date de l’APCE et des observateurs internationaux. Le
rôle de l’IMC dans la gestion des contenus en ligne reste limité.
Ces lacunes doivent être comblées en priorité.
33. La campagne s’est déroulée dans un contexte général marqué
par un paysage médiatique pluraliste, de faibles niveaux de violence
physique à l’encontre des journalistes et un large alignement législatif
sur les normes européennes et internationales, mais aussi par un
net recul de la liberté de la presse. Ce recul résulte de l’adoption
d’une loi sur les médias – rejetée par la suite pour inconstitutionnalité
– renforçant le contrôle politique sur l’IMC, du financement insuffisant
de la RTK et des pressions exercées sur celle-ci, ainsi que d’une intensification
soutenue des attaques verbales et du dénigrement des journalistes
par les responsables politiques du parti au pouvoir. Tels sont les
principaux facteurs à l’origine de cette évaluation, comme l’a récemment
souligné la
Plateforme
européenne des journalistes.
3.6 Inclusivité du
processus électoral
34. La représentation des femmes
n’a progressé que de manière limitée. Sur 917 candidat·es certifiés,
314 étaient des femmes (34 %), un chiffre légèrement supérieur au
seuil légal de 30 % sur les listes des partis, et globalement comparable
à celui des élections de décembre 2025. Cependant, la présence des
femmes dans les débats télévisés et la couverture médiatique est
restée nettement inférieure à celle des hommes – environ 20 % des
participants aux débats télévisés. La représentation des femmes
au niveau des mairies reste extrêmement faible: sur plus de 200
candidat·es à la mairie lors des élections locales d’octobre 2025,
une seule femme a été élue maire. La délégation de l’APCE constate
une incohérence entre la loi sur l’égalité entre les sexes, qui
exige une représentation d’au moins 50 %, et la loi sur les élections
générales, qui n’exige que 30 % de femmes sur les listes électorales;
cette question a été portée devant la Cour constitutionnelle par
le médiateur, mais n’a pas encore été tranchée.
35. L'accessibilité pour les électeurs en situation de handicap
est restée insuffisante. Environ 19 % des bureaux de vote n'offraient
pas les conditions nécessaires pour permettre un accès aisé aux
personnes en situation de handicap physique, ce qui a limité leur
capacité à voter de manière autonome et dans la dignité. La délégation
se félicite de l'introduction, pour la première fois, de la possibilité
pour les électeurs âgés de 80 ans et plus de voter depuis leur domicile,
qu'elle considère comme une avancée positive vers des modalités de
vote plus inclusives, mais insiste pour que la question de l'accessibilité
physique des bureaux de vote soit abordée de manière plus systématique.
4 Jour du scrutin
36. Le jour du scrutin, des équipes
de l’APCE ont été déployées à Pristina et dans 17 autres localités
du Kosovo, à savoir Gjakova/Đakovica, Gjilan/Gnjilane, Gračanica/Graçanicë,
Kamenicë/Kamenica, Klinë/Klina, Leposavić/Leposaviq, Lipjan/Lipljan,
Mamushë/Mamuša, Theranda/Suva Reka, Mitrovica, Severna Mitrovica/Mitrovicë
e Veriut, Mitrovicë e Jugut/Južna Mitrovica, Parteš/Partesh, Pejë/Peć,
Podujevë/Podujevo, Prizren et Ranilug/Ranillug.
37. Dans le nombre limité de bureaux de vote observés, la délégation
de l’APCE a constaté que les élections s’étaient déroulées sans
heurts et de manière professionnelle. Les agents électoraux ont
fait preuve de compétence, et l’atmosphère était calme et ordonnée,
les bureaux de vote étant gérés efficacement par des représentants
tant de la communauté majoritaire que des communautés minoritaires.
La délégation félicite la CEC et le personnel des bureaux de vote
pour la gestion globalement ordonnée de la journée électorale.
38. Des difficultés linguistiques dues à la représentation insuffisante
de la communauté majoritaire dans certaines communes ont créé des
tensions dans un petit nombre de bureaux de vote. Les responsables électoraux
municipaux des quatre communes du nord à majorité serbe ne maîtrisaient
pas suffisamment la langue serbe. Le matériel électoral devrait
être entièrement accessible dans les deux langues officielles ainsi que
dans d’autres langues minoritaires, conformément à la loi sur l’usage
des langues.
39. Les observateurs de DiA ont constaté que les bureaux de vote
avaient ouvert à l’heure dans la grande majorité des cas: seuls
1,6 % ont ouvert en retard, principalement en raison de l’absence
de personnel électoral ou de problèmes de matériel. Des problèmes
liés au fonctionnement ou à l’emplacement des caméras ont été signalés
dans 2 % des bureaux de vote, ce qui a, dans certains cas, suscité
des inquiétudes quant au secret du vote.
40. L’une des difficultés les plus répandues le jour du scrutin
a été la difficulté des électeurs à localiser leur bureau de vote
attitré, signalée dans environ deux tiers des bureaux de vote, bien
que le nombre de cas ait été limité la plupart du temps. Des cas
de photographie des bulletins de vote ont été signalés dans 39 cas.
Des cas d’électeurs présents en petits groupes derrière les isoloirs
ont été signalés dans 15,8 % des bureaux de vote. L’utilisation
de pièces d’identité périmées a été constatée dans 28,6 % des bureaux
de vote, malgré la décision de l’ECAP. Une évolution positive a
été la réduction significative du recours au vote assisté, attribuée à
une application plus stricte des règles en vigueur, ce qui représente
une amélioration concrète de l’intégrité du scrutin par rapport
aux élections précédentes.
41. La fermeture s’est généralement déroulée dans l’ordre: 93,2 %
des bureaux de vote ont fermé entre 19 h 00 et 19 h 15, et les électeurs
qui faisaient encore la queue à l’heure de la fermeture ont généralement
été autorisés à voter. La DiA a observé le dépouillement des votes
dans les centres de dépouillement municipaux, tandis que 100 observateurs
de terrain, appuyés par des équipes d’experts juridiques, ont surveillé
le centre de dépouillement et des résultats. La délégation de l’APCE
a pris note des mesures prises pour prévenir toute manipulation
lors du dépouillement des votes préférentiels – un problème majeur
lors des élections de décembre 2025. La présence d’observateurs
électoraux nationaux dans les centres de dépouillement municipaux
est considérée comme essentielle pour garantir la transparence et
l’intégrité du scrutin à cette étape cruciale.
42. Le taux de participation (37,03 %) a été nettement inférieur
à celui des récentes élections à l’Assemblée, à savoir environ 45 %
en décembre 2025 et 46,44 % en février 2025.
5 Observation él1ectorale
internationale et nationale
43. La CEC a accrédité au total
16 549 observateurs: 14 931 issus de 15 formations politiques; 796 provenant
de 13 ONG locales; 130 provenant de quatre organisations internationales
(à savoir l'APCE, le Programme international d'observateurs, l'Institut
de coopération et de développement et l'Institut national démocratique);
457 issus de 39 médias locaux; 78 issus de 23 médias internationaux;
90 issus de 6 missions diplomatiques; et 67 issus d’une institution
locale.
44. Democracy in Action (DiA), une organisation faîtière de la
société civile, a déployé environ 750 bénévoles, dont 500 observateurs
sédentaires, 50 observateurs mobiles et 50 au Centre de données, assurant
ainsi la couverture d’observation nationale la plus complète du
processus. La délégation salue le professionnalisme et l’engagement
de DiA et souligne que l’observation nationale indépendante constitue
une garantie irremplaçable de l’intégrité démocratique.
45. Toutefois, le nouveau règlement de la CEC relatif aux observateurs
électoraux (n° 04/2026) a suscité des inquiétudes. En élargissant
les critères d’accréditation et en accordant à la CEC des pouvoirs d’appréciation
discrétionnaires allant au-delà de ceux établis par la loi, il a
créé des obstacles inutiles à l’observation indépendante. Les modifications
de dernière minute apportées au règlement ont également causé des
difficultés pratiques aux organisations de la société civile souhaitant
obtenir une accréditation. La délégation appelle les autorités à
revoir ce règlement afin de garantir que le cadre juridique favorise pleinement,
plutôt qu’il ne restreigne, l’observation électorale nationale indépendante
à toutes les étapes du processus, y compris le dépouillement des
votes préférentiels.
6 Perspectives
post-électorales
46. À l’issue du dépouillement
des votes par correspondance, des bulletins conditionnels et des
bulletins déposés par les électeurs ayant des besoins particuliers,
Vetëvendosje (LVV) est resté la première force politique à l’Assemblée,
remportant 382 865 voix, soit 47,13 % du total, et 53 sièges. Le
Parti démocratique du Kosovo (PDK) a conservé 22 sièges avec 157
893 voix, soit 19,44 %, tandis que la Ligue démocratique du Kosovo
(LDK), rejointe par l’ancienne Présidente Vjosa Osmani, a gagné
trois sièges. Les suffrages exprimés dans les missions diplomatiques
ont massivement favorisé LVV, qui a recueilli 83,28 % des voix exprimées dans
ces missions et 72,94 % des votes par correspondance: les suffrages
de la diaspora ont permis à Vetevendosje de remporter cinq sièges
supplémentaires
Note.
47. Le 27 juin, la CEC a annoncé les résultats définitifs, indiquant
que le recomptage effectué dans 185 bureaux de vote n’avait révélé
que des écarts minimes, principalement dus à la reclassification
des bulletins ou à des erreurs humaines, et ne justifiait pas de
nouveaux recomptages. Toutefois, plusieurs plaintes ont été déposées
auprès de l’ECAP, notamment par les candidats du PDK Bekim Haxhiu
et Qëndrim Kryeziu, qui ont contesté l’exactitude des résultats
et demandé un recomptage complet. La Srpska Lista a également contesté les
résultats, alléguant des irrégularités affectant les mandats réservés
à la communauté serbe, tandis que le Nouveau Parti démocratique
(NDS) a déposé deux autres plaintes concernant des irrégularités
présumées lors du scrutin.
48. Le 8 juillet, la CEC a certifié les résultats des élections
après que la Cour suprême eut rejeté les cinq recours. Les résultats
sont les suivants:
|
Parti
|
9 février
2025
|
28 décembre
2028
|
7 juin
2026
|
|
Pourcentage des voix
|
Sièges
|
Pourcentage des voix
|
Sièges
|
Pourcentage des voix
|
Sièges
|
|
Vetëvendosje (LVV)
|
42,30 %
|
48
|
51,10 %
|
57
|
47,13 %
|
53
|
|
Parti démocratique du
Kosovo (PDK)
|
20,95 %
|
24
|
20,19 %
|
22
|
19,24 %
|
22
|
|
Ligue démocratique du
Kosovo (LDK)
|
18,27 %
|
20
|
13,24 %
|
15
|
16,69 %
|
18
|
|
Alliance pour l'avenir
du Kosovo (AAK)
|
7,06 %
|
8
|
5,50 %
|
6
|
6,74 %
|
7
|
|
Liste serbe
|
4,26 %
|
9
|
4,49 %
|
9
|
5,2 %
|
9
|
|
Pour la liberté, la justice
et la survie
|
0,44 %
|
1
|
0,51 %
|
1
|
0,67 %
|
1
|
|
Parti démocratique turc
du Kosovo
|
0,51 %
|
1
|
0,57 %
|
2
|
0,70 %
|
2
|
|
Coalition Vakat
|
0,37 %
|
1
|
0,42 %
|
1
|
0,48 %
|
1
|
|
Parti néo-démocrate (NDS)
|
0,44 %
|
1
|
0,41 %
|
1
|
0,33 %
|
1
|
|
Nouvelle initiative démocratique du
Kosovo
|
0,50 %
|
1
|
0,29 %
|
1
|
0,43 %
|
1
|
|
Union sociale-démocrate
|
0,32 %
|
1
|
0,27 %
|
1
|
0,33 %
|
1
|
|
Parti libéral égyptien
|
0,35 %
|
1
|
0,24 %
|
1
|
0,27 %
|
1
|
|
Parti social-démocrate d'Ashkali
|
0,23 %
|
1
|
0,22 %
|
1
|
0,32 %
|
1
|
|
Parti unique Gorani
|
0,18 %
|
1
|
0,16 %
|
1
|
0,20 %
|
1
|
|
Mouvement progressiste
des Roms du Kosovo (Parti rom uni du Kosovo)
|
|
1
|
0,12 %
|
1
|
0,11 %
|
1
|
|
TOTAL
|
|
120
|
100 %
|
120
|
100 %
|
120
|
49. En vertu de la Constitution,
une session constitutive de l’Assemblée nationale doit se tenir
dans les 30 jours suivant la certification des résultats, au cours
de laquelle le/la président·e et les cinq vice-président·es doivent
être élus. L’Assemblée s’est réunie le 6 août. Elle dispose de 60
jours pour élire un·e président·e du Kosovo.
50. L'Assemblée nouvellement élue a toutefois connu d'importants
retards dans sa constitution, ne respectant pas la date butoir du
7 août fixée pour sa formation complète. Malgré une première réunion convoquée
le 6 août par Albulena Haxhiu, Présidente du Kosovo par intérim
(anciennement présidente de l'Assemblée), les négociations de coalition
prolongées entre le LVV et le LDK ont échoué, en partie en raison de
dissensions internes au sein du LDK qui ont abouti à une tentative
infructueuse de vote de défiance. Le 7 août, le Premier ministre
par intérim, Albin Kurti, a demandé la suspension de la session
afin de poursuivre les négociations visant à obtenir un soutien
politique plus large, notamment en vue de l’accord nécessaire à l’élection
du/de la président·e. Cette décision a suscité de vives réactions
de la part des partis d’opposition, accompagnées d’incidents perturbateurs.
Le 31 août, le LVV et le LDK se sont mis d'accord sur un candidat
à la présidence: Bekim Sejdiu, ancien juge à la Cour constitutionnelle,
ancien diplomate et ancien conseiller de la présidente de l'époque,
Vjosa Osmani. C'est un signe positif. Cependant, depuis lors, l’Assemblée
ne s’est pas réunie à nouveau, enfreignant ainsi à la fois le délai
constitutionnel de 30 jours et les règles de procédure exigeant
la tenue de sessions toutes les 48 heures jusqu’à sa constitution
complète. Les inquiétudes suscitées par cette impasse ont donné
lieu à des appels publics lancés par des intellectuels (le 12 août)
et à une action en justice officielle intentée par des ONG, qui
ont sollicité l’intervention de la Cour constitutionnelle. Si l’impasse
persiste et qu’aucun·e président·e n’est élu dans les délais constitutionnels,
l’Assemblée sera dissoute et de nouvelles élections devront être
organisées dans un délai de 45 jours.
7 Conclusions et
recommandations
51. Les élections législatives
anticipées du 7 juin 2026 se sont déroulées dans le calme, dans
l’ordre et avec professionnalisme, sans incident majeur. La Commission
électorale centrale (CEC) a géré efficacement les élections, les
mécanismes de règlement des litiges électoraux ont bien fonctionné
et les électeurs ont pu exercer librement leur droit de vote. La
délégation félicite la population du Kosovo pour son engagement constant
en faveur de la démocratie dans des circonstances difficiles.
52. Dans le même temps, les élections ont mis en évidence des
défis structurels persistants: une inégalité des chances résultant
de l’utilisation abusive des ressources administratives par le gouvernement
par intérim; la lassitude des électeurs et la baisse du taux de
participation; une campagne marquée par l’absence de débats politiques
de fond et d’échanges directs entre les principaux candidats; des
menaces croissantes liées à la désinformation générée par l’intelligence
artificielle, aux discours de haine et à la violence numérique;
une protection insuffisante des candidates dans l’environnement
en ligne; et des lacunes persistantes en matière d’accessibilité,
de garanties pour le vote à l’étranger et de représentation ethnique
au sein de l’administration électorale. Ces défis doivent être relevés
de manière globale et sans plus tarder.
53. La chute spectaculaire du taux de participation – passé d’environ
44 à 47 % lors des dernières élections à environ 37 % – envoie un
signal clair de la désillusion du public face à l’incapacité de
la classe politique à trouver des compromis; cela devrait constituer
un signal d’alarme pour tous les acteurs politiques. La démocratie
exige la formation de coalitions, et non des victoires à somme nulle.
Si les élections sont perçues comme conduisant à la même impasse,
la confiance du public dans le processus politique risque de s’affaiblir. La
délégation de l’APCE a exhorté tous les partis à s’engager dans
un dialogue véritablement constructif, à faire passer la stabilité
démocratique du pays avant les intérêts partisans à court terme
et à faire progresser la voie euro-atlantique du Kosovo.
54. Si ces élections ont légèrement modifié l’équilibre politique
au sein de l’Assemblée, elles n’ont pas fondamentalement changé
la donne politique: l’élection du ou de la Présidente du Kosovo,
qui est un impératif constitutionnel et nécessite une majorité qualifiée
des deux tiers, exige un compromis politique. Les élections ne peuvent
à elles seules résoudre une impasse politique plus profonde. Vetëvendosje/LVV
reste la force la plus puissante, mais sans majorité gouvernementale
claire, tandis que les principaux partis d’opposition n’ont pas
non plus réussi à former une majorité alternative évidente. Cela
suggère que la crise politique du Kosovo n’est pas simplement électorale,
mais institutionnelle et liée au fonctionnement des partis politiques:
des élections répétées risquent de reproduire le même équilibre
des pouvoirs à moins que les partis se montrent davantage disposés
à négocier, à faire des compromis et à former des coalitions stables.
55. Du côté positif, la diminution du nombre de plaintes électorales
et le bon déroulement du dépouillement – le recomptage effectué
par la CEC dans 185 bureaux de vote n’ayant, selon les informations
disponibles, révélé que des écarts minimes, principalement liées
à des erreurs humaines ou à la reclassification des bulletins –
montrent que l’administration électorale, soutenue par les procédures
de recours menées par l’ECAP et la Cour suprême, est essentielle
pour renforcer la confiance dans le processus électoral. Ces mécanismes
de règlement des litiges électoraux devraient être renforcés.
56. Le principal défi consiste donc non seulement à organiser
des élections crédibles, mais aussi à veiller à ce que les résultats
permettent la mise en place d’institutions fonctionnelles. La période
suivant la certification – notamment l’élection du président de
l’Assemblée, des vice-présidents et du/de la président·e du Kosovo
– est cruciale. Si les partis politiques restent incapables de parvenir
à un accord, le Kosovo risque d’entrer dans un nouveau cycle de
paralysie institutionnelle, de négociations de coalition et d’éventuelles
élections anticipées. La persistance d’un vide institutionnel et
d’élections successives nuit à la gouvernance démocratique, à la
confiance du public et aux aspirations euro-atlantiques du Kosovo.
57. Rappelant les recommandations précédentes formulées par les
observateurs de l’APCE, qui restent valables, la délégation de l’APCE
recommande aux autorités compétentes du Kosovo de prendre les mesures suivantes,
en consultation avec la Commission européenne pour la démocratie
par le droit (Commission de Venise) et les autres organes concernés
du Conseil de l’Europe:
57.1 Administration
électorale et cadre juridique
- Veiller
à la dépolitisation de la CEC afin que cet organe de gestion électorale
agisse non seulement de manière impartiale, mais soit également
perçu comme impartial par l’ensemble des acteurs du processus électoral.
- Améliorer la formation continue des responsables électoraux,
des commissaires et des membres des bureaux de vote.
- Mettre à jour la liste électorale sur la base de données
précises et actualisées, en veillant à ce que les personnes non
éligibles en soient retirées en temps utile.
- Garantir une représentation ethnique équitable au sein
des commissions électorales locales et municipales, en particulier
dans les municipalités où les communautés ne sont pas majoritaires; fournir
l’ensemble du matériel électoral dans les deux langues officielles
ainsi que dans les autres langues communautaires.
- Veiller à ce que les règlements de la CEC restent strictement
dans les limites du mandat conféré par la loi sur les élections
générales; réviser le règlement électoral n° 04/2026 relatif aux observateurs
électoraux afin de supprimer les dispositions qui restreignent indûment l’accréditation
des représentants indépendants de la société civile.
57.2 Intégrité du processus électoral
- Mener à bien les enquêtes pénales en cours concernant
la manipulation à grande échelle des votes préférentiels constatée
lors des élections de décembre 2025; identifier les personnes ayant participé
à cette manipulation, amener les responsables à répondre de leurs
actes; et adopter des réformes structurelles du processus de dépouillement
et de certification afin d’empêcher que de tels faits ne se reproduisent.
- Réexaminer plus en détail les procédures de dépouillement
des votes préférentiels et prendre les mesures législatives et administratives
appropriées pour garantir la transparence et l’intégrité du processus
de dépouillement, conformément au Code de bonne conduite en matière
électorale de la Commission de Venise.
- Enquêter sur toutes les allégations d’intimidation des
électeurs, y compris les cas liés aux arrestations de Gračanica/Graçanicë,
et veiller à ce que les électeurs serbes du Kosovo et tous les électeurs
issus des communautés minoritaires puissent exercer leur droit de
vote sans subir de pressions, de manipulations ou d’influences.
57.3 Utilisation abusive des ressources administratives
- Adopter des règles explicites
interdisant l’utilisation des ressources publiques, des communications
gouvernementales et des décisions d’intérêt public à des fins partisanes pendant
les périodes électorales; veiller à ce que l’action du gouvernement
pendant les périodes de campagne soit strictement neutre, nécessaire
et proportionnée.
- Mettre en place un contrôle indépendant et des sanctions
efficaces en cas d’utilisation abusive des ressources administratives
dans le contexte électoral, y compris l’utilisation de fonds publics pour
des mesures ayant un impact électoral manifeste annoncées à la veille
des élections.
57.4 Financement des campagnes électorales
- Renforcer le cadre juridique
relatif à la transparence du financement des partis et des campagnes électorales,
notamment par la publication exhaustive et en temps utile des recettes
et des dépenses, y compris celles liées à la publicité en ligne.
- Exiger des candidats qu’ils déclarent l’intégralité de
leur patrimoine et veiller à ce que les organisations de la société
civile puissent accéder aux registres détaillés des transactions financières
des partis politiques.
57.5 Médias, désinformation et campagne numérique
- Adopter sans plus tarder une
législation sur la divulgation de la propriété des médias.
- Renforcer les capacités institutionnelles pour identifier,
contrer et supprimer la désinformation générée par l’IA, les deepfakes
et les contenus préjudiciables ciblant les candidats et les électeurs;
garantir une coopération efficace entre l’IMC, l’ECAP, les plateformes
numériques et les observateurs de la société civile pendant les
périodes électorales.
- Adopter les amendements au Code pénal visant à ériger
en infraction pénale la cyberviolence, y compris le cyberharcèlement,
l’incitation à la haine et la diffusion non consentie d’images intimes, y
compris de contenus générés par l’IA, comme proposé en 2024.
- Mettre en place un mécanisme impartial et transparent
pour évaluer et contrer les ingérences étrangères dans le processus
électoral, en particulier les tentatives visant à influencer le
vote des communautés non majoritaires.
57.6 Vote à l’étranger
- Réexaminer
les modalités du vote à l’étranger afin de garantir l’égalité du
droit de vote et l’intégrité électorale; renforcer les mesures de
protection contre la prise de photos des bulletins de vote, le partage
des bulletins remplis sur les réseaux sociaux, ainsi que le vote
organisé ou influencé.
- Veiller à l’application cohérente des exigences en matière
d’identification des électeurs dans les bureaux de vote, tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur du Kosovo.
57.7 Égalité entre les sexes et inclusivité
- Résoudre la contradiction entre
la loi sur l’égalité entre les sexes (obligation de représentation
à hauteur de 50 %) et la loi sur les élections générales (quota
minimum de 30 % sur les listes de candidats), conformément à la
saisine en cours devant la Cour constitutionnelle.
- Encourager davantage la participation des femmes à la
vie politique, notamment en s’attaquant au «double écart entre les
sexes» tant au niveau des nominations par les partis que de la couverture
médiatique, et en veillant à ce que le système judiciaire traite
efficacement les affaires de discours de haine.
- Améliorer l’accessibilité des bureaux de vote pour les
électeurs en situation de handicap, en veillant à une interprétation
cohérente des dispositions légales et à la mise en place d’aménagements
systématiques plutôt que purement exceptionnels.
58. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe se tient
prête à aider le Kosovo à améliorer encore son cadre électoral et
à renforcer les capacités de tous les acteurs du processus électoral,
en étroite coopération avec la Commission de Venise, d’autres organes
du Conseil de l’Europe et des partenaires internationaux.
Annexe 1 – Composition de la commission
ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l'Assemblée, la commission ad hoc était composée comme
suit:
Président: M. Iulian
BULAI (Roumanie, ADLE)
Vice-présidente: Mme Maria
SYRENGELA (Grèce, PPE/DC)
Groupe des socialistes, démocrates et
verts (SOC)
- M. Jone BLIKRA, Norvège
- Mme Bisera KOSTADINOVSKA-STOJCHEVSKA,
Macédoine du Nord
- M. António MENDONÇA MENDES, Portugal
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- Mme Maria
SYRENGELA, Grèce
- ZZ
- ZZ
Groupe des Conservateurs européens, Patriotes
& Affiliés (CEPA)
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l'Europe (ADLE)
- M. Iulian BULAI, Roumanie
- M. Arminas LYDEKA, Lituanie
- M. Erich HESS, Suisse
Groupe pour la Gauche unitaire européenne
(GUE)
Secrétariat
- Mme Sylvie
AFFHOLDER, cheffe de la Division des élections, secrétaire de la
commission ad hoc
- Mme Roberta DAMORE, chargée
de projet, Commission du règlement, de l’éthique et des immunités
- Mme Amila BERKOVIC, assistante,
Division des élections
Annexe 2 – Programme des réunion de la
délégation de l’APCE
Vendredi 5 juin 2026
9h – 9h45 Réunion de la délégation de l’APCE:
- Mot de bienvenue de Iulian Bulai,
président de la délégation
- Exposé de Mary-Ann Hennessey, cheffe du Bureau du Conseil
de l’Europe à Pristina
- Présentation du programme par le Secrétariat
10h – 10h45 Rencontre avec la communauté internationale:
- Bureau de l’Union européenne
au Kosovo / Représentant spécial de l’Union européenne (RSUE): Cyprien
François, conseiller politique en chef de l’EUSR, exerçant actuellement
les fonctions d’ambassadeur adjoint, et Blerta Bejtullahu, analyste
politique principale auprès du RSUE
- EULEX: Dania Cossa, chef des opérations
- MINUK: Georges Fahkri, chef du bureau des affaires politiques
- Mission de l'OSCE au Kosovo: Pascale Roussy, directrice
du département de la démocratisation, et Ilir Haziri, conseiller
electoral
- KFOR:Alexander Avløs Aalmo, conseiller politique adjoint
11h – 12h Rencontre avec des représentants de la société civile:
- Initiative des jeunes pour les
droits de l'homme: Ilir Vitija
- Centre pour les actions sociales positives (CASA): Boban
Simic
- Démocratie pour le développement: Ferid Murseli
- ONG Aktiv: Miodrag Milicevic
- Institut juridique du Kosovo: Qemajl Marmullakaj
- Le mouvement FOL: Burbuqe Kastrati
14h30 – 15h15 Rencontre avec les ambassadeurs et les chargés
d’affaires des pays représentés dans la délégation (Roumanie, Macédoine
du Nord, Grèce, Suisse) et des pays du Quint (France, Allemagne,
Italie, Royaume-Uni):
- Rainer
Rudolph, Ambassadeur d’Allemagne
- Jürg Sprecher, Ambassadeur de la Suisse
- Olivier Guérot, Ambassadeur de France
- Heleni Vakali, Cheffe du bureau de liaison de la Grèce
- Alin Ciocănea, Chef de mission, Roumanie
- Chiara Castaldo, cheffe de mission adjointe, Italie
- Annie Skeat, responsable des affaires politiques intérieures,
ambassade du Royaume-Uni
15h30 – 16h15 Rencontre avec Besnik Berisha, président de
la Commission indépendante des médias (IMC)
16h30 – 17h30 Rencontre avec Kreshnik Radoniqi, président
de la Commission électorale centrale (CEC)
17h30 – 18h15 Rencontre avec Zenel Leku, président de la
Commission des plaintes et des recours électoraux (ECAP)
19h – 19h45 Rencontre avec Kreshnik Ahmeti, vice-ministre
des Affaires étrangères et de la Diaspora
Samedi 6 juin 2026
9h30 – 12h30 Rencontre avec les dirigeants et les représentants
des principaux partis politiques:
- Parti
démocratique du Kosovo (Partia Demokratike e Kosovë-PDK): Ardian
Arifaj, chef de cabinet
- Lëvizja Vetëvendosje (Mouvement pour l'autodétermination
– LVV): Alim Rama, secrétaire général du LVV
12h30 – 13h30 Rencontre avec des représentants de la société
civile (suite):
- Démocratie
en action: Eugen Cakolli
- Flutura Kusari, experte en médias du Conseil de l'Europe
- Hibrid (organisme de vérification des informations dans
les médias):Hyrije Mehmeti
Dimanche 7 juin 2026
Jour du scrutin Observation dans les bureaux de vote
(Les bureaux de vote ouvrent à 7 h et ferment à 19 h)
17h30 – 18h Premier débriefing
Lundi 8 juin 2026
8h – 9h Réunion de la délégation (débriefing et préparation
de la déclaration de la délégation)
10h – 10h30 Conférence de presse
Annexe 3 – Déclaration de la délégation
08/06/2026 –
Les observateurs de l'APCE saluent le bon déroulement des élections
anticipées au Kosovo*, et appellent à un compromis politique et
à l'élection rapide du ou de la président·e
Une délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de
l’Europe (APCE) s’est félicitée du déroulement ordonné et sans heurts
des élections anticipées au Kosovo le 7 juin 2026, qui se sont déroulées
sans incident majeur. La délégation a exhorté tous les représentant·es
élu·es à s’engager dès à présent dans un dialogue véritablement
constructif afin de parvenir aux compromis nécessaires pour élire
rapidement le ou la président·e et faire avancer les processus démocratiques
du pays.
Pour la troisième fois en 16 mois, les électeurs et électrices
du Kosovo ont été appelés aux urnes, les partis politiques n’ayant
pas réussi à trouver un accord et à élire un·e président·e, ce qui
a entraîné la dissolution de l’Assemblée.
Ces élections se sont déroulées dans un contexte de frustration
et de lassitude des électeurs et des électrices. La campagne traditionnelle
a été discrète, marquée par un manque de débats de fond. Une transition
vers la campagne numérique a été observée. Dans ce contexte, la
délégation salue l’ensemble de la population du Kosovo pour son
attachement à la démocratie et sa participation à ces élections.
Dans un pays où le taux de participation électorale a toujours été
élevé, la baisse significative de la participation électorale devrait
toutefois constituer un signal d’alarme.
La délégation de l’APCE, dirigée par Iulian Bulai (Roumanie,
ALDE), comptait dix membres: sept parlementaires issus de trois
groupes politiques et de sept États membres du Conseil de l’Europe,
ainsi que du personnel. Le jour du scrutin, des équipes de l’APCE
ont été déployées à Pristina et dans ses environs, ainsi qu’à Gjakova/Đakovica,
Gjilan/Gnjilane, Gračanica/Graçanicë, Kamenicë/Kamenica, Klinë/Klina, Leposavić/Leposaviq,
Lipjan/Lipljan, Mamushë/Mamuša, Theranda/Suva Reka, Mitrovica, Severna
Mitrovica/Mitrovicë e Veriut, Mitrovicë e Jugut/Južna Mitrovica,
Parteš/Partesh, Pejë/Peć, Podujevë/Podujevo, Prizren et Ranilug/Ranillug.
Dans le nombre limité de bureaux de vote observés, la délégation
a constaté que les élections se déroulaient sans heurts et de manière
professionnelle. Le personnel électoral a fait preuve de compétence,
et l'ambiance était calme et ordonnée, les bureaux de vote étant
gérés efficacement tant par les représentants de la communauté majoritaire
que par ceux de la communauté minoritaire. Toutefois, des difficultés
linguistiques dues à une représentation insuffisante de la communauté
majoritaire dans certaines municipalités ont donné lieu à quelques
frictions dans quelques cas. La représentation ethnique équitable
au sein des commissions électorales locales devrait être améliorée.
De même, l'inclusion du multilinguisme pourrait être renforcée.
La délégation a également noté des améliorations dans la réglementation
de l'assistance aux électeurs et électrices ayant des besoins spécifiques,
tandis que l'accessibilité des bureaux de vote restait un problème.
Malgré des délais serrés, les élections ont été techniquement
bien organisées et largement inclusives. La Commission électorale
centrale (CEC) mérite d’être saluée pour la certification inclusive
des listes de partis et de candidat·es, y compris celles soumises
par le principal parti serbe du Kosovo, la Srpska Lista. La réduction du
nombre de plaintes enregistrées par la CEC et la Commission des
plaintes et des recours électoraux (ECAP) témoigne d’un progrès.
Toutefois, des modifications de dernière minute apportées aux règles
de la CEC ont compliqué l’enregistrement des observateurs de la
société civile.
La délégation a pris note de certaines mesures visant à prévenir
toute tentative de manipulation lors du dépouillement des votes
préférentiels – un problème majeur lors de l’élection précédente.
La présence d’observateurs électoraux nationaux dans les centres
de dépouillement municipaux sera cruciale, et leur rôle est essentiel
pour garantir la transparence et l’intégrité du scrutin.
Un nombre record d’électeurs de la diaspora se sont inscrits
pour ces élections. Toutefois, la décision tardive de la CEC d’autoriser
le vote avec des pièces d’identité périmées, puis son annulation
par l’ECAP quelques jours seulement avant le scrutin, a semé la
confusion, la CEC ayant dû procéder à une vérification supplémentaire
des bulletins de vote par correspondance à leur réception à Pristina.
La délégation a appris de plusieurs interlocuteurs que la
brève campagne de 10 jours avait été entachée d’allégations d’utilisation
abusive des ressources administratives par le gouvernement intérimaire,
notamment la distribution ciblée d’allocations sociales et l’annonce
de subventions aux compagnies aériennes pour la diaspora – le moment
choisi pour ces mesures a été largement perçu comme visant à favoriser
le parti au pouvoir.
Le paysage médiatique au Kosovo est diversifié; toutefois,
la délégation a reçu des informations faisant état de vidéos générées
par l’IA, de désinformation et de l’apparition de faux comptes susceptibles
d’influencer la prise de décision éclairée des électeurs. De sérieuses
préoccupations existent quant à la capacité limitée du pays à faire
face à ces menaces et au manque de réponses institutionnelles adéquates
pour supprimer les contenus préjudiciables. En outre, une ingérence
de la Serbie a été constatée, visant à influencer le vote des Serbes
du Kosovo en faveur d’un parti spécifique. Il est particulièrement
inquiétant de constater que cette désinformation et ces abus en
ligne visaient souvent des femmes politiques, compromettant leur
capacité à faire campagne et leur participation à la vie publique.
«Les électeurs et électrices du Kosovo se sont clairement
exprimés. Ils attendent désormais de leurs représentant·es élu·es
qu’ils fassent preuve d’un leadership décisif, recherchent des compromis
constructifs et fassent avancer le pays sur la voie euro-atlantique,
en mettant fin à tous les jeux politiques cyniques», a déclaré le
chef de la délégation. «La démocratie exige des compromis et la
formation de coalitions, et non des victoires à somme nulle.»
L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe se tient
prête à aider le Kosovo à améliorer encore son cadre électoral et
à renforcer les capacités des acteurs du processus électoral.