Le logiciel espion Pegasus et les autres types de logiciels similaires, et la surveillance secrète opérée par l’État
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 11 octobre 2023 (22e séance)
(voir Doc. 15825, rapport de la commission des questions juridiques et
des droits de l'homme, rapporteur: M. Pieter Omtzigt). Texte adopté par l’Assemblée le
11 octobre 2023 (22e séance).Voir
également la Recommandation
2258 (2023).
1. En juillet 2021, une coalition
internationale de journalistes d'investigation coordonnée par Forbidden Stories,
avec le soutien technique du laboratoire de sécurité d'Amnesty International
(«le Projet Pegasus»), a publié des informations sur une fuite concernant
une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone désignés comme
des cibles potentielles par des clients de NSO Group, une société
israélienne qui a développé et qui commercialise dans le monde entier
un logiciel espion appelé Pegasus. Cette liste comprenait des défenseurs des
droits humains, des opposants politiques, des avocats, des diplomates,
des chefs d'État et près de 200 journalistes de 24 pays. Quelque
11 pays dans le monde ont été identifiés comme clients potentiels
de NSO, dont deux États membres du Conseil de l'Europe, l'Azerbaïdjan
et la Hongrie.
2. Des rapports d'enquête ultérieurs, notamment ceux du CitizenLab
de l'université de Toronto, ont révélé que les gouvernements de
plusieurs États membres du Conseil de l'Europe avaient acquis et
utilisé Pegasus pour exercer une surveillance ciblée de leurs propres
citoyens. On sait que Pegasus a été vendu à au moins 14 pays de
l'Union européenne, dont la Belgique, l'Allemagne (dans une version
modifiée), la Hongrie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne et
l'Espagne. Il existe des preuves solides selon lesquelles l'Azerbaïdjan
l'a également utilisé, y compris lors du conflit avec l'Arménie.
D'autres États membres ont acquis ou utilisé des logiciels espions
similaires, tels que Candiru et Predator. Ces outils ont non seulement
été employés dans le cadre de la juridiction des États membres,
mais ils ont également été exportés vers des pays tiers ayant des
régimes autoritaires et présentant un risque élevé de violations
des droits humains, notamment la Libye (sous le régime de Kadhafi),
l'Égypte, Madagascar et le Soudan. Ces exportations sont susceptibles d’avoir
enfreint les règles de l'Union européenne en matière d'exportation.
3. L'Assemblée parlementaire note que Pegasus est un logiciel
espion de surveillance très intrusif, qui donne à l'utilisateur
un accès complet et illimité à tous les capteurs et à toutes les
informations du téléphone portable ciblé. Il transforme le smartphone
en dispositif de surveillance 24 heures sur 24, en accédant à l'appareil
photo et au microphone, aux données de géolocalisation, aux courriers
électroniques, aux messages, aux photos, aux vidéos, aux mots de
passe et aux applications. Si certains logiciels espions nécessitent
une action de la part de la victime, comme un clic sur un lien (par
exemple Predator) ou l'ouverture d'une pièce jointe, Pegasus est
installé par une attaque dite «sans clic». Compte tenu du degré
d'intrusion sans précédent dans la vie privée de la personne ciblée
et de tous ses contacts, la Commissaire aux droits de l'homme du
Conseil de l'Europe et le Contrôleur européen de la protection des
données ont exprimé de sérieux doutes sur le fait que ce type de
logiciel puisse satisfaire à l'exigence de proportionnalité et,
par conséquent, respecter les droits humains.
4. L'Assemblée partage ces préoccupations et estime que l'utilisation
de logiciels espions de type Pegasus devrait être limitée à des
situations exceptionnelles et, comme mesure de dernier ressort,
pour prévenir ou enquêter sur un acte précis constituant une menace
réelle et sérieuse pour la sécurité nationale ou un crime grave
spécifique et précisément défini, en ciblant uniquement la personne
soupçonnée d'avoir commis ou prévu de commettre ces actes, et elle
devrait toujours être soumise à un contrôle juridictionnel. Afin
de limiter un niveau d'intrusion aussi élevé, les États devraient
tenir compte de la proportionnalité des nouveaux logiciels espions
avant de les acquérir et de les utiliser; ils devraient également
envisager d'utiliser des logiciels espions dépourvus de certaines
des caractéristiques les plus invasives de Pegasus ou une version
programmée de telle sorte qu'elle limite l'accès au strict nécessaire.
5. L'Assemblée est profondément préoccupée par les preuves de
plus en plus nombreuses sur le fait que Pegasus et des logiciels
espions similaires ont été utilisés illégalement ou à des fins illégitimes
par plusieurs États membres, notamment contre des journalistes,
des opposants politiques, des défenseurs des droits humains et des
avocats. Pegasus et d'autres logiciels espions ont également été
exportés depuis les États membres vers des régimes autoritaires
hors d'Europe, en violation éventuelle des règles de l'Union européenne
en matière d'exportation. L'Assemblée se félicite de l'enquête approfondie
menée par la Commission d'enquête du Parlement européen chargée
d’enquêter sur l'utilisation de Pegasus et de logiciels espions
de surveillance équivalents (Commission PEGA), qui a abouti à l'adoption
d'une recommandation par le Parlement européen le 15 juin 2023.
L'Assemblée note à cet égard que la Commission PEGA et le Parlement
européen ont constaté ce qui suit:
5.1 en Pologne et en Hongrie, le logiciel espion de surveillance
Pegasus a été déployé illégalement à des fins politiques pour espionner
des journalistes, des responsables politiques de l'opposition, des avocats,
des procureurs et des acteurs de la société civile, apparemment
dans le cadre d'un système ou d'une stratégie intégrée;
5.2 en Grèce, il a été confirmé qu'un député européen et un
journaliste avaient été mis sur écoute par l'agence de renseignement
et ciblés par le logiciel espion Predator, et les médias ont révélé
d’autres cibles potentielles de Predator, notamment d’autres personnalités
politiques de premier plan. Le logiciel espion semble avoir été
utilisé de manière ponctuelle à des fins politiques et financières;
5.3 en Espagne, les téléphones du Premier ministre et d'autres
ministres ont été infectés par Pegasus, qui aurait été installé
par un pays tiers (le Maroc). Quelque 65 personnes liées au mouvement indépendantiste
catalan auraient été visées par Pegasus et/ou Candiru, et 18 d’entre
elles ont été confirmées comme étant des cibles légales par les
autorités espagnoles;
5.4 Chypre et la Bulgarie servent de plaques tournantes pour
l’exportation de logiciels espions;
5.5 les sociétés de logiciels espions sont ou étaient présentes
dans plusieurs États membres, notamment l’Autriche, la Bulgarie,
Chypre, la France, l'Allemagne, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg,
la Roumanie et la Suisse.
6. L'Assemblée note en outre que, selon les révélations du «Projet
Pegasus», l'Azerbaïdjan a également utilisé Pegasus, notamment contre
des journalistes, des propriétaires de médias indépendants et des
militants de la société civile. Des rapports récents ont révélé
son utilisation dans le cadre du conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan,
à l'encontre de 12 personnes travaillant en Arménie, dont un représentant
du Gouvernement arménien, dans ce qui semble être un exemple de
surveillance ciblée transnationale.
7. L'Assemblée condamne catégoriquement l'utilisation de logiciels
espions par les autorités étatiques à des fins politiques. La surveillance
secrète des opposants politiques, des agents publics, des journalistes,
des défenseurs des droits humains et des acteurs de la société civile
à des fins autres que celles énumérées de manière exhaustive à l'article
8.2 de la Convention européenne des droits de l'homme (STE no 5,
«la Convention») (parmi lesquelles la défense de l'ordre, la prévention
des infractions pénales et la protection de la sécurité nationale
et de la sûreté publique) constitue une violation manifeste du droit
au respect de la vie privée (article 8).
8. Si les autorités invoquent des raisons de sécurité nationale
pour justifier l'utilisation d'un logiciel espion alors que leur
véritable objectif est de cibler et de discréditer un responsable
politique de l'opposition ou d'intimider et de réduire au silence
un défenseur des droits humains, la surveillance donnera lieu à
une violation de l'article 8 en liaison avec l'article 18 de la
Convention, qui interdit aux États de restreindre les droits à des fins
non prévues par la Convention elle-même. Un tel abus de pouvoir
a un effet dissuasif sur l'exercice d'autres droits humains et libertés
fondamentales, notamment la liberté d'expression (article 10), la
liberté de réunion et d'association (article 11) et le droit à des
élections libres (article 3 du Protocole no 1
à la Convention (STE no 9)). Il peut
également porter atteinte à l'intégrité des processus électoraux
et au libre débat public, et par conséquent aux fondements de nos
sociétés démocratiques.
9. Le fait de prendre pour cible des journalistes a une incidence
sur la confidentialité de leurs sources et, par conséquent, sur
leur liberté de communiquer des informations. Le fait de prendre
pour cible des communications entre un avocat et son client porte
atteinte à l'exercice des droits de la défense et au droit à un
procès équitable garanti par l'article 6 de la Convention, qui est
un principe fondamental de l'État de droit.
10. L'Assemblée souligne que les États membres ont des obligations
à la fois négatives et positives au titre de la Convention. Les
obligations positives dans ce domaine devraient inclure la protection
des personnes relevant de leur juridiction contre une surveillance
ciblée illégale par des acteurs non étatiques et des États tiers
(surveillance transnationale). Cette protection devrait déclencher
en même temps une obligation procédurale de mener une enquête effective
sur tous les cas d'allégations de surveillance numérique illégale par
des acteurs tiers ciblant des personnes vivant sur le territoire
d'un État membre. L'Assemblée renvoie à ce propos à la Recommandation
CM/Rec(2016)3 du Comité des Ministres aux États membres sur les
droits de l'homme et les entreprises, adoptée le 2 mars 2016, qui
rappelle que les États membres ont le devoir de protéger les personnes
contre les violations des droits humains commises par des tiers,
y compris des entreprises.
11. L'Assemblée considère que les autorités nationales d'enquête
et les tribunaux des États membres accusés d’utiliser abusivement
des logiciels espions doivent mener des enquêtes approfondies et
déterminer si l'utilisation de Pegasus et de logiciels espions similaires
était légale au regard du droit interne et conforme à la Convention
et à d'autres normes internationales. Cela implique d'évaluer dans
chaque cas si l'ingérence poursuivait un but légitime au sens de
l'article 8.2 de la Convention et si elle était strictement nécessaire
dans une société démocratique et proportionnée à ce but. Cela implique
aussi de veiller à ce que toutes les victimes d'abus liés aux logiciels
espions aient accès à des voies de recours et à des réparations
effectives. Dans ce contexte, l'Assemblée exhorte:
11.1 la Pologne:
11.1.1 à
informer l’Assemblée et la Commission européenne pour la démocratie
par le droit (Commission de Venise) de l’utilisation de Pegasus
et de logiciels espions similaires, dans un délai de trois mois;
11.1.2 à mener des enquêtes effectives, indépendantes et rapides
sur tous les cas avérés et supposés d'utilisation abusive de logiciels
espions, et à offrir une réparation suffisante aux victimes ciblées
en cas de surveillance illégale;
11.1.3 à s'abstenir d’invoquer des règles générales de confidentialité
pour refuser l'accès aux informations relatives à l'utilisation
de logiciels espions aux mécanismes de contrôle et aux personnes
ciblées;
11.1.4 à appliquer des sanctions appropriées, pénales ou administratives,
en cas d’abus;
11.1.5 à se conformer à l’avis de la Commission de Venise relatif
à la loi de 2016 sur la police;
11.2 la Hongrie:
11.2.1 à informer l’Assemblée et la
Commission de Venise de l’utilisation de Pegasus et de logiciels
espions similaires, dans un délai de trois mois;
11.2.2 à mener des enquêtes effectives, indépendantes et rapides
sur tous les cas avérés et supposés d'utilisation abusive de logiciels
espions, et à offrir une réparation suffisante aux victimes ciblées
en cas de surveillance illégale;
11.2.3 à s'abstenir d’invoquer des règles générales de confidentialité
pour refuser l'accès aux informations relatives à l'utilisation
de logiciels espions aux mécanismes de contrôle et aux personnes
ciblées;
11.2.4 à appliquer des sanctions appropriées, pénales ou administratives,
en cas d’abus;
11.2.5 à mettre en œuvre sans délai les arrêts dans les affaires
Szabó et Vissy et Hüttl, comme l'exige le Comité des Ministres dans
l'exercice de ses compétences au titre de l'article 46.2 de la Convention;
11.3 la Grèce:
11.3.1 à informer l’Assemblée et la
Commission de Venise de l’utilisation de Predator et de logiciels
espions similaires, dans un délai de trois mois;
11.3.2 à mener des enquêtes effectives, indépendantes et rapides
sur tous les cas avérés et supposés d'utilisation abusive de logiciels
espions, et à offrir une réparation suffisante aux victimes ciblées
en cas de surveillance illégale;
11.3.3 à s'abstenir d’invoquer des règles générales de confidentialité
pour refuser l'accès aux informations relatives à l'utilisation
de logiciels espions aux mécanismes de contrôle et aux personnes
ciblées;
11.3.4 à appliquer des sanctions appropriées, pénales ou administratives,
en cas d’abus;
11.4 l’Espagne:
11.4.1 à informer l’Assemblée et la
Commission de Venise de l’utilisation de Pegasus, Candiru et de
logiciels espions similaires, dans un délai de trois mois;
11.4.2 à mener des enquêtes effectives, indépendantes et rapides
sur tous les cas avérés et supposés d'utilisation abusive de logiciels
espions, et à offrir une réparation suffisante aux victimes ciblées
en cas de surveillance illégale;
11.4.3 à s'abstenir d’invoquer des règles générales de confidentialité
pour refuser l'accès aux informations relatives à l'utilisation
de logiciels espions aux mécanismes de contrôle et aux personnes
ciblées;
11.4.4 à appliquer des sanctions appropriées, pénales ou administratives,
en cas d’abus;
11.5 l’Azerbaïdjan:
11.5.1 à informer l’Assemblée et
la Commission de Venise de l’utilisation de Pegasus et de logiciels
espions similaires, dans un délai de trois mois;
11.5.2 à mener des enquêtes effectives, indépendantes et rapides
sur tous les cas avérés et supposés d'utilisation abusive de logiciels
espions, et à offrir une réparation suffisante aux victimes ciblées
en cas de surveillance illégale;
11.5.3 à s'abstenir d’invoquer des règles générales de confidentialité
pour refuser l'accès aux informations relatives à l'utilisation
de logiciels espions aux mécanismes de contrôle et aux personnes
ciblées;
11.5.4 à appliquer des sanctions appropriées, pénales ou administratives,
en cas d’abus.
12. L’Assemblée considère que les élections législatives polonaises
de 2019 n’ont pas été équitables car Pegasus a été utilisé contre
des opposants politiques pendant la campagne électorale.
13. L’Assemblée appelle les États membres qui semblent avoir acquis
ou utilisé Pegasus, notamment l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg
et les Pays-Bas, à clarifier le cadre de son utilisation et les mécanismes
de contrôle applicables. Elle les invite à envoyer ces informations,
ainsi que toute statistique sur l’utilisation de Pegasus, à l’Assemblée
et à la Commission de Venise dans un délai de trois mois.
14. Afin de prévenir de futures utilisations abusives de logiciels
espions et des violations des droits humains en Europe et ailleurs,
l'Assemblée appelle tous les États membres:
14.1 à veiller à ce que leur législation nationale sur la surveillance
secrète soit pleinement conforme aux exigences de la Cour européenne
des droits de l'homme et de la Commission de Venise en ce qui concerne
la qualité de la législation, les procédures d'autorisation, les
mécanismes de supervision et de contrôle, les mécanismes de notification
et les voies de recours, et à les réviser si nécessaire;
14.2 à veiller à ce que la mise en œuvre de leur cadre législatif
soit effectivement conforme à la jurisprudence de la Cour européenne
des droits de l'homme en matière de surveillance ciblée en ce qui concerne
la légalité, la légitimité, la nécessité et la proportionnalité
de toute mesure de surveillance;
14.3 dans l'attente de l'évaluation de leur cadre législatif
et de leurs pratiques par la Commission de Venise, à s'abstenir
d'utiliser des outils tels que Pegasus, Candiru, Predator ou des
logiciels espions similaires;
14.4 à moyen terme, à réglementer spécifiquement l'acquisition
et l'utilisation de logiciels espions par les services de police
et de renseignement, en limitant l'utilisation de logiciels espions
de type Pegasus à des situations exceptionnelles, comme mesure de
dernier ressort, pour prévenir ou enquêter sur un acte précis constituant
une menace réelle et sérieuse pour la sécurité nationale ou un crime
grave spécifique et précisément défini, et en ciblant uniquement
la personne soupçonnée d'avoir commis ou prévu de commettre ces
actes. Les États devraient également mettre en place des mécanismes
de contrôle, notamment un contrôle parlementaire, de l'acquisition
et de l'utilisation des technologies de logiciels espions, et intégrer
l'obligation de prendre en compte des considérations de proportionnalité avant
d'acquérir et d'utiliser de nouveaux logiciels espions;
14.5 à ériger en infraction la vente et l'utilisation de logiciels
espions par des acteurs non étatiques;
14.6 à ratifier, s'ils ne l'ont pas encore fait, le Protocole
d’amendement à la Convention pour la protection des personnes à
l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, (STCE no 223),
connu sous le nom de «Convention 108+», qui s'appliquera au traitement
des données à des fins de sécurité nationale, et à commencer d’ores
et déjà à mettre en œuvre ses normes dans le droit national;
14.7 à ratifier, s'ils ne l'ont pas encore fait, la Convention
sur la cybercriminalité (STE no 185, «Convention
de Budapest») et ses protocoles additionnels;
14.8 à s'abstenir d'accorder des licences d'exportation de
technologies de logiciels espions à des pays où il existe un risque
important que ces technologies soient utilisées à des fins de répression
interne ou transnationale, et/ou pour commettre des violations des
droits humains, et à annuler les licences qui ont déjà été accordées
dans de tels cas;
14.9 à adhérer à l'Arrangement de Wassenaar s'ils ne l'ont
pas encore fait et, pour les États qui participent déjà à cet arrangement,
à élaborer un cadre fondé sur les droits humains pour le transfert des
technologies de logiciels espions, en vertu duquel les licences
d'exportation seraient soumises à une évaluation de l'impact sur
les droits humains de l'État destinataire et à la vérification du
respect par les entreprises des Principes directeurs des Nations
Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme;
14.10 à exiger que toutes les entreprises de logiciels espions
domiciliées ou menant des activités importantes dans leur juridiction
appliquent une diligence raisonnable en matière de droits humains
dans l'ensemble de leurs opérations ou en ce qui concerne ces activités,
conformément à la Recommandation CM/Rec(2016)3 du Comité des Ministres,
et à mettre en œuvre des normes limitant l’accès des marchés publics
aux entreprises qui démontrent qu'elles appliquent une diligence
raisonnable en matière de droits humains.
15. L'Assemblée demande à la Commission de Venise d'évaluer le
cadre législatif et la pratique en matière de surveillance ciblée
de tous les États membres (en priorité la Pologne, la Hongrie, la
Grèce, l'Espagne et l'Azerbaïdjan; et ensuite l'Allemagne, la Belgique,
le Luxembourg, les Pays-Bas et tous les autres États membres), afin
de déterminer si ce cadre contient des garanties appropriées et
effectives contre tout abus éventuel de logiciels espions, eu égard
à la Convention et à d'autres normes du Conseil de l'Europe. Compte tenu
du degré d'intrusion de Pegasus et des logiciels espions similaires,
une législation claire et précise, des mécanismes de contrôle solides,
des garanties procédurales et des recours effectifs doivent être
en place avant que les États membres puissent continuer à utiliser
ces outils.
16. L'Assemblée est convaincue que le mécanisme d’évaluation et
de contrôle prévu dans le Protocole STCE no 223
permettra d’assurer le suivi de la mise en œuvre des dispositions
pertinentes de la Convention 108+ dans le domaine de la surveillance
ciblée à des fins de sécurité nationale et d'application de la loi,
y compris l'utilisation de logiciels espions.
17. L'Assemblée appelle:
17.1 Israël,
qui bénéficie du statut d'observateur auprès de l'Assemblée:
17.1.1 à renforcer ses mécanismes de contrôle des exportations
afin de s’assurer que les licences d'exportation sont refusées ou
annulées pour les technologies des logiciels espions lorsqu'il existe
un risque important que ces technologies soient utilisées à des
fins de répression interne ou transnationale et/ou pour commettre
des violations des droits humains;
17.1.2 à coopérer pleinement aux enquêtes menées par les États
membres du Conseil de l'Europe sur l'utilisation de Pegasus et d'autres
logiciels espions exportés d'Israël ou vendus par des sociétés implantées
en Israël;
17.1.3 à publier son cadre sur le contrôle des exportations et
à en informer l’Assemblée dans un délai de six mois;
17.2 le Maroc, qui bénéficie du statut de partenaire pour la
démocratie auprès de l'Assemblée:
17.2.1 à informer l’Assemblée,
dans un délai de trois mois, s’il a utilisé Pegasus ou un logiciel espion
similaire dans son pays et à l’étranger;
17.2.2 à ouvrir dans un délai de trois mois une enquête totalement
indépendante sur l’utilisation présumée de Pegasus par les autorités
de l'État contre des cibles au Maroc et des cibles relevant de la
juridiction des États membres du Conseil de l'Europe.
18. L'Assemblée appelle également les entreprises de logiciels
espions et de surveillance domiciliées dans les États membres du
Conseil de l'Europe ou menant des activités importantes dans leur
juridiction à faire preuve de diligence raisonnable en matière de
droits humains dans l'ensemble de leurs opérations ou en ce qui
concerne ces activités et à améliorer la transparence, conformément
à la Recommandation CM/Rec(2016)3 du Comité des Ministres et aux
Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises
et aux droits de l'homme;
19. L'Assemblée invite l'Union européenne à signer et à ratifier
la Convention 108+, à utiliser l'expertise du Conseil de l'Europe
dans ce domaine, et à collaborer avec ses organes compétents dans
des domaines tels que la protection des données, la surveillance
ciblée et les logiciels espions, à des fins d’établissement de normes,
de suivi et de coopération.