Logo Assembly Logo Hemicycle

La situation des droits de l’homme en Europe: la nécessité d’éradiquer l’impunité

Avis de commission | Doc. 11964 | 23 juin 2009

Commission
(Ancienne) Commission sur l'égalité des chances pour les femmes et les hommes
Rapporteure :
Mme Anna ČURDOVÁ, République tchèque
Origine
Voir Doc. 11934, présenté par la commission des questions juridiques et des droits de l’homme. 2009 - Troisième partie de session

A Conclusions de la commission

La commission sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes soutient pleinement le projet de résolution et le projet de recommandation déposés par la commission des questions juridiques et des droits de l’homme. Néanmoins, elle présente plusieurs amendements afin de souligner la très grande impunité dont bénéficie la violence fondée sur le sexe (en particulier, la violence domestique à l’égard des femmes, le viol (y compris le viol marital), les mariages forcés, les crimes dits «d’honneur» et les mutilations sexuelles féminines) dans de nombreux sinon dans tous les Etats membres du Conseil de l’Europe, et le fait que la lutte contre ce type d’impunité doit, pour être efficace, impliquer l’ensemble de la société, sous l’impulsion des parlementaires.

B Amendements proposés au projet de résolution et au projet de recommandation

Amendement A (au projet de résolution)

Dans le projet de résolution, à l’alinéa 5.4., ajouter les mots suivants après «motivés par»:

«le mépris des droits fondamentaux des femmes,»

Amendement B (au projet de résolution)

Dans le projet de résolution, remplacer l’alinéa 5.4.5 et en faire l’alinéa 5.4.1:

«La violence à l’égard des femmes et des filles – y compris la violence domestique, le viol, les mariages forcés, les crimes dits «d’honneur» et les mutilations sexuelles féminines – n’est souvent pas poursuivie avec la sévérité requise, et parfois même pas du tout, en raison d’une méconnaissance générale des droits fondamentaux des femmes et de l’absence d’égalité entre les sexes, ainsi que d’attitudes sexistes qui peuvent exister parmi les policiers, les procureurs ou les juges, ou d’attitudes culturelles archaïques plaçant l’«honneur» de la famille au-dessus du droit à la liberté individuelle, du droit à l’intégrité physique, voire même du droit à la vie».

Amendement C (au projet de résolution)

Dans le projet de résolution, ajouter à la fin de l’alinéa 9.2: «y compris des poursuites ex officio»

Amendement D (au projet de résolution)

Dans le projet de résolution, à l’alinéa 9.3, remplacer «crimes d’honneur» par: «crimes dits “d’honneur”»

Amendement E (au projet de résolution)

Dans le projet de résolution, ajouter après le paragraphe 11 un nouveau paragraphe libellé comme suit:

«L’Assemblée appelle les parlements des Etats membres et des Etats observateurs du Conseil de l’Europe, ainsi que leurs membres individuels, à jouer un rôle moteur dans la lutte contre l’impunité, en veillant à l’existence de textes de lois appropriés dans la législation en vigueur, en assurant leur mise en œuvre et en se servant de leur proximité avec l’électorat, et donc de leurs capacités de sensibilisation et de leadership, pour modifier les attitudes sous‑jacentes dans la société, qui rendent effectivement possibles ces crimes et violations des droits fondamentaux.»

Amendement F (au projet de recommandation)

Dans le projet de recommandation, ajouter avant le paragraphe 3 un nouveau paragraphe libellé comme suit:

«L’Assemblée appelle le Comité des Ministres à donner instruction au Comité ad hoc pour prévenir la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (CAHVIO) de veiller à ce que la future convention du Conseil de l’Europe permette de combattre effectivement l’impunité dont bénéficie la violence fondée sur le sexe, en incluant les formes les plus graves et les plus répandues de violence à l’égard des femmes, y compris la violence domestique et les crimes dits «d’honneur», dans la convention.»

C Exposé des motifs par le rapporteur, Mme Čurdova

1 Introduction

1. La lutte contre l’impunité constitue un aspect essentiel de la mission du Conseil de l’Europe qui vise à assurer le maintien des droits de l’homme et de l’état de droit dans les Etats membres. Il convient donc de féliciter la commission des questions juridiques et des droits de l’homme d’avoir proposé ce thème en vue du débat annuel de l’Assemblée sur la situation des droits de l’homme en Europe. Le rapporteur (et président) de la commission, Mme Herta Däubler-Gmelin, a présenté un rapport intéressant et détaillé sur les différents types d’impunité existant en Europe aujourd’hui.
2. Néanmoins, le champ légal couvert par ce rapport, qui repose dans une large mesure sur les arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l’homme, conduit à négliger quelque peu d’autres facteurs d’impunité aujourd’hui en Europe. En effet, le problème le plus répandu est que, dans beaucoup d’Etats membres, l’ensemble de la société ne reconnaît pas encore que la violence à l’égard des femmes n’est pas moins grave que d’autres formes de violence et doit être traitée comme un crime, notamment par les législateurs, les policiers, les procureurs, les juges et les jurés. Sans un changement culturel – et des mentalités – dans l’ensemble de la société, que les parlementaires sont particulièrement bien placés pour faire advenir (en tant que législateurs et grâce à la possibilité dont ils disposent de surveiller l’application des lois, mais aussi en raison de leur proximité avec l’électorat, et donc de leurs capacités de sensibilisation et de leadership), l’impunité ne sera pas éradiquée en Europe, loin de là.
3. Ce n’est que depuis peu, par exemple, que le viol marital est légalement reconnu comme une forme de viol dans les Etats membres du Conseil de l’Europe. De même, il a fallu qu’un Premier ministre espagnol soit prêt à placer la lutte contre la violence à l’égard des femmes en tête des priorités de son gouvernement (avant même la guerre en Irak) pour enrayer la vague de violence fondée sur le sexe dans le pays grâce à l’adoption unanime par le parlement de la loi organique 1/2004 sur les mesures de protection systématique contre la violence fondée sur le sexe. On estime qu’environ 12% à 15% des femmes ont vécu une relation de violence domestique après l’âge de 16 ans.Note Par conséquent, 80 millions de femmes dans toute l’Europe pourraient être concernées par la violence domestique.Note Où sont les 80 millions de jugements condamnant les auteurs – presque exclusivement masculins – de ces violences? Cette forme d’impunité, très répandue, devrait donc être reconnue et condamnée en des termes plus vigoureux dans le rapport et les projets de résolution et de recommandation déposés par la commission des questions juridiques et des droits de l’homme.

2 La violence fondée sur le sexe: l’une des formes les plus graves et les plus répandues d’impunité en Europe

2.1 Violence domestique à l’égard des femmes

4. Il y a seulement quelques jours, le 9 juin 2009, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu un arrêt historiqueNote sur l’impunité et la violence fondée sur le sexe dans l’affaire Opuz c. Turquie (requête n° 33401/02), en condamnant l’incapacité des autorités turques à protéger la requérante et sa mère de la violence domestique. La Cour a conclu à l’unanimité:
  • à la violation de l’article 2 (droit à la vie) de la Convention européenne des droits de l’homme dans le chef de la mère de la requérante, tuée par l’ex-mari de l’intéressée alors que les autorités turques avaient pourtant été averties à plusieurs reprises de la violence de cet individu;
  • à la violation de l’article 3 (interdiction de la torture et des mauvais traitements) en raison du manquement des autorités à leur devoir de protéger l’intéressée contre le comportement violent et incontrôlé de son ex-mari;
  • à la violation de l’article 14 (interdiction de la discrimination), combiné avec les articles 2 et 3, au motif que les sévices infligés à la requérante et à sa mère étaient liés à leur sexe et qu’il faut donc y voir une forme de discrimination envers les femmes, compte tenu notamment du fait que la passivité générale de l’appareil judiciaire turc sur la question de la violence domestique et l’impunité dont jouissent les agresseurs dans ce pays affectent principalement les femmes.
5. Bien qu’elle ait obtenu gain de cause, Nahide Opuz vit malheureusement toujours dans la crainte pour sa vie. Son ex-mari a été condamné pour le meurtre de sa belle-mère mais se trouve actuellement en liberté dans l’attente d’un jugement en appel et continue à la menacer. Selon des informations publiées dans la presse, Mme Opuz a bénéficié de la protection de la police pendant une semaine seulement, alors que son martyre a duré plusieurs années. Elle vit actuellement cachée et est séparée de ses enfants, par crainte que son ex-mari ne cherche à leur nuire afin de l’atteindre. Il semblerait que la semaine dernière, suite à l’arrêt de la Cour, une protection policière lui ait enfin été proposée. Mais est-ce suffisant?
6. Mme Opuz est de nationalité turque. Cependant, elle pourrait être de presque n’importe quelle autre nationalité européenne. Il y a deux jours, par exemple, un rapport du Forum sur la violence domestique du Northamptonshire (Royaume‑Uni) concluait que les autorités «ont manqué à leur obligation» de protéger une femme qui est décédée dans un incendie allumé par son beau-fils le 1er janvier 2008Note. Ce rapport indique que Mme Susan Barber, terrifiée et craignant pour sa vie, avait appelé la police du Northamptonshire au moins à vingt reprises pour se plaindre d’actes de violence domestique et de harcèlement, de dommages et de menaces de la part du mari dont elle était séparée. Des amis et des membres de sa famille avaient aussi appelé la police une douzaine de fois. Selon l’enquête, ces appels sont souvent restés sans effet alors que le déploiement de policiers était «désespérément nécessaire». Le commissaire en chef adjoint, Alan Featherstone, a réagi à ce rapport en présentant à la famille des excuses sans réserves: «Nous avons failli à notre obligation à leur égard et nous avons failli à nos propres exigences, s’agissant des normes que nous avons appliquées, ou plutôt que nous n’avons pas appliquées, pendant l’enquête»Note.

2.2 Viol

7. La commission prépare actuellement un rapport sur le viol, y compris le viol entre époux, que le rapporteur – Mme Rupprecht (Allemagne, SOC) – espère présenter à l’Assemblée pendant la partie de session de septembre-octobre 2009. La note introductive rédigée par Mme RupprechtNote commence par ces mots: «Tous les ans, des millions de femmes sont victimes de viol: par leur mari, un partenaire ou ex-partenaire, un parent ou une connaissance de sexe masculin ou un inconnu. Néanmoins, la plupart de ces viols ne sont pas déclarés et leurs auteurs ne sont pas sanctionnés»Note. Les femmes ont souvent peur de ne pas être cru si elles déclarent un viol à cause de certains mythes très répandus qui servent à minimiser la gravité du viol et à dégager de toute responsabilité les auteurs de ce crime. Les mythes les plus répandus que cite Mme Damanaki dans son rapport de 2007 sur les agressions sexuelles liées aux «drogues du viol»Note comprennent: l’idée que seuls certains types de femmes sont victimes de viol (celles qui ont des partenaires sexuels multiples ou qui manquent de discernement), que les femmes provoquent le viol par leur manière de s’habiller ou leur attitude, que les hommes commettent un viol parce qu’ils sont excités sexuellement ou «en manque» (en fait, ils commettent un viol pour dominer et humilier)Note. Même lorsque les femmes ont le courage de déclarer un crime de viol, les violeurs bénéficient le plus souvent de l’impunité, et pas seulement dans les périodes de conflit armé.Note
8. Dans les conclusions préliminaires, présentées le 28 avril 2009, d’une grande étude sur le viol intitulée «A systèmes différents, résultats identiques? Enquête sur l’attritionNote des cas de viol déclarés dans onze pays», Liz Kelly, professeur à la Metropolitan University de Londres, déclare: «Partout en Europe, la majorité des femmes qui déclarent un viol ne parviennent pas à obtenir justice (...). Ceci est dû à l’influence persistante, à toutes les étapes du processus judiciaire, de certains stéréotypes à propos du viol, des victimes de viol et des violeurs, et à l’incapacité de moderniser les pratiques d’enquête et de poursuite en ce domaine»Note. Mme Kelly indique que les taux de condamnation pour viol sont en général très bas: de 6,5% des viols déclarés en Angleterre et au pays de Galles (2007) à 25% en France (2005). Le taux d’attrition dans les premières phases de l’enquête peut atteindre 82%; des taux aussi élevés sont particulièrement fréquents dans les pays où les taux de condamnation sont plus faibles, ce qui soulève de «graves questions sur le professionnalisme des enquêtes». Le pourcentage des cas désignés comme «fausses allégations» est qualifié d’«extrêmement bas» par Mme Kelly (de 2 à 9%), ce qui l’amène à conclure que «ceci montre de la façon la plus claire que les professionnels exagèrent la fréquence des fausses allégations mais cette surestimation favorise le développement d’un climat de scepticisme».

2.3 Mariages forcés

9. Un crime fondé sur le sexe qui, bien qu’en augmentation (avec des dizaines de milliers de victimes en Europe par an), n’est presque jamais déclaré, et encore moins poursuivi, est le mariage forcé, comme le montre le cas de Humayra Abedin, avec laquelle la commission a tenu un échange de vues pendant la partie de session d’avril 2009. Mme Abedin, médecin de 33 ans originaire du Bangladesh, vivait au Royaume-Uni depuis six ans et pratiquait la médecine dans l’est de Londres depuis cinq ans. En août 2008, elle s’est rendue au Bangladesh afin de rendre visite à sa mère dont on lui avait dit qu’elle était gravement malade; elle avait prévu initialement de passer seulement trois jours dans son pays d’origine mais, dès son arrivée, elle a été enfermée par sa famille qui voulait la marier de force et lui a confisqué son passeport, ses documents d’identité et son billet de retour. Bien qu’étroitement surveillée, Humayra Abedin a réussi à envoyer un e-mail à plusieurs amis anglais en leur demandant de l’aider. Ces amis ont contacté une avocate, Anne-Marie Hutchinson, qui avait travaillé pour le groupe de travail du ministère de l’Intérieur sur les mariages forcés. Celle-ci a déclenché une procédure de demande de rapatriement, conformément à la nouvelle législation britannique entrée en vigueur en novembre 2008.
10. Humayra Abedin a alors été placée de force par sa famille dans un hôpital psychiatrique de Dhaka, sans aucun diagnostic précis de santé mentale. Le 5 novembre, elle est sortie de l’hôpital et a été emmenée contre son gré à Jessore, dans le sud-est du Bangladesh, où elle a été mariée de force le 14 novembre. Son cousin, le docteur Shipra Chaudhury, a déposé un recours devant la haute cour du Bangladesh alléguant qu’elle avait été détenue contre sa volonté. Humayra Abedin a été appelée à comparaître devant le tribunal familial de Dhaka mais ses parents ont réussi à éviter sa comparution en la déplaçant d’un Etat à l’autre au Bangladesh. Le cas de Mme Abedin a été examiné par la Cour suprême du Bangladesh seulement un mois plus tard, le 15 décembre 2008. Dans sa décision, la Cour a ordonné son retour immédiat au Royaume-Uni, conformément à l’injonction émise à l’égard de sa famille par les tribunaux britanniques.
11. Le service du ministère britannique des Affaires étrangères qui s’occupe de ces questions a recensé 1 500 cas de mariage forcé en 2008 rien qu’au Royaume-Uni. Cependant, même lorsqu’elles réussissent à échapper à un mariage forcé, les victimes sont souvent réticentes à engager des poursuites contre leurs parents; ceci est d’ailleurs le cas de Humayra Abedin qui, lors de la réunion de la commission, a déclaré ne pas vouloir faire souffrir ses parents car elle est enfant unique. Dans certains pays, la législation nécessaire pour poursuivre effectivement ce crime n’a toujours pas été adoptée. Contraindre une jeune femme (ou une fille car de nombreuses victimes sont des mineures) à un mariage est un crime qui, par conséquent, peut être perpétré dans une impunité presque totale.

2.4 Crimes dits «d’honneur»

12. La commission présente un rapport de M. Austin (Royaume-Uni, SOC) sur les crimes dits «d’honneur» à l’Assemblée pendant la présente partie de session de juin 2009Note. Ce rapport considère toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des petites filles commises au nom de codes traditionnels d’honneur comme des crimes dits «d’honneur»: «meurtres d’honneur», coups et blessures, torture, restrictions de la liberté d’association, séquestration ou emprisonnement, et ingérence dans le choix d’un conjoint ou d’un partenaire. La commission considère tous ces crimes comme des violations graves des droits fondamentaux, aucune tradition ou culture ne pouvant invoquer une forme quelconque d’honneur pour justifier la violation des droits fondamentaux des femmes. Pendant les vingt dernières années, les crimes dits «d’honneur» sont devenus de plus en plus fréquents en Europe, particulièrement en France, en Suède, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Turquie – et l’impunité est l’un des principaux problèmes que posent les crimes dits «d’honneur».
13. Dans la majorité des cas, les crimes dits «d’honneur» sont perpétrés par le mari, le père ou le frère de la femme ou de la fille considérée par la famille comme «coupable» d’avoir violé un code d’«honneur» traditionnel, pour punir une relation réelle ou supposée que désapprouve la famille et/ou une «conduite immorale» comme le simple fait d’échanger des mots avec un voisin ou un ami de sexe masculin. Les frères se déclarent souvent les gardiens de l’honneur de leur sœur. Fréquemment, le frère le plus jeune, de préférence un mineur, est désigné pour commettre le crime, de façon à ce qu’il soit jugé moins sévèrement par les tribunauxNote. De nombreux crimes de ce type ne sont pas déclarés, y compris les plus graves comme les «meurtres d’honneur» car les familles parviennent souvent à déguiser ces meurtres en suicides.

2.5 Mutilations sexuelles féminines

14. Les mutilations sexuelles féminines sont l’une des rares formes de violence fondée sur le sexe dans lesquelles la majorité des auteurs sont des femmes, tant celles qui pratiquent effectivement les mutilations de femmes et de filles que les mères qui les emmènent subir cette horrible procédure. Les mutilations sexuelles féminines sont néanmoins le produit de sociétés traditionnelles patriarcales, fondées sur la domination des hommes, qui considèrent nécessaire de contrôler le corps des femmes (ainsi que leur virginité) pour conserver les relations de pouvoir en place, en maintenant les femmes et les filles dans une position d’infériorité. Même si cette pratique n’est pas aussi répandue en Europe que d’autres types de violence fondée sur le sexe, les mutilations sexuelles féminines constituent un crime extrêmement grave car il s’agit de lésions corporelles graves pouvant parfois entraîner la mort de la victime. Selon le Parlement européen, 180.000 femmes immigrées en Europe subissent, ou sont exposées au risque de subir, des mutilations sexuelles fémininesNote (500.000 ont déjà subi cette pratique)Note.
15. L’impunité dont jouit ce crime est très grande car il est souvent perpétré hors de la juridiction des Etats membres: de nombreuses victimes sont emmenées dans leur pays d’origine par leurs parents et contraintes de subir la procédure là-bas. Peu d’Etats jusqu’ici ont pris des mesures permettant de poursuivre ce crime en pareil cas et c’est pourquoi le Parlement européen, dans la résolution qu’il a adoptée récemment à ce sujet, demande aux Etats membres de l’Union européenne «de poursuivre, d’inculper et de sanctionner pénalement tout résident ayant commis le délit de MGF, même si le délit a été commis à l’extérieur de ses frontières (extraterritorialité du délit)»Note. Cependant, même lorsqu’elles sont pratiquées en Europe, les mutilations sexuelles féminines sont rarement déclarées et il est difficile de recueillir des éléments de preuve et des témoignages à ce sujetNote. C’est la raison pour laquelle le Parlement européen demande aussi aux Etats membres de l’UE «de prendre des mesures législatives donnant la possibilité aux juges ou aux procureurs d’adopter des mesures de précaution et de prévention lorsqu’ils ont connaissance de cas de femmes ou de petites filles courant des risques de mutilation»Note.

3 Conclusion: la nécessité de combattre l’impunité de la violence fondée sur le sexe en Europe

16. La société ne devrait pas accepter ces formes de violence fondée sur le sexe mais, malheureusement, c’est ce qu’elle fait pour une large part dans beaucoup de pays. Des enquêtes montrent que de 10 à 33% des répondeurs considèrent que les hommes ont le droit de recourir à la violence contre leur partenaire, ou que les meurtres dits «d’honneur» peuvent être justifiés, selon le pays ou le contexte culturelNote.
17. La violence fondée sur le sexe est plus fréquente, mais elle est plus souvent acceptée comme un phénomène «normal» par la société. Lorsque des parlementaires font traîner la décision de modifier la législation pour assurer que la violence fondée sur le sexe soit traitée aussi sérieusement que les autres formes de violence (par exemple en prévoyant la poursuite ex officio de ce type de crime), lorsque des procureurs hésitent à engager des poursuites pour viol, lorsque des juges trouvent des circonstances atténuantes à des crimes dits «passionnels» ou des crimes commis soi-disant au nom de l’«honneur», ils ne font que refléter l’attitude, les mentalités et la culture de la société à laquelle ils appartiennent. C’est pourquoi il est si important d’impliquer l’ensemble de la société dans la lutte contre la violence fondée sur le sexe et contre l’impunité qui, si souvent, l’accompagne.
18. Tel est d’ailleurs l’intérêt spécifique de la convention actuellement élaborée par le Conseil de l’Europe, dont l’Assemblée – et la commission sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes – espère qu’elle sera axée sur la lutte contre les formes les plus graves et les plus répandues de violence à l’égard des femmesNote, en envoyant ainsi un message fort que la violence fondée sur le sexe doit être éradiquée et que l’impunité dont jouissent ces crimes doit cesser.
19. Le projet de résolution et le projet de recommandation déposés par la commission des questions juridiques et des droits de l’homme méritent, à mon avis, l’entier soutien de la commission. Je présente néanmoins plusieurs amendements afin de souligner la très grande impunité dont bénéficie la violence fondée sur le sexe (en particulier, la violence domestique à l’égard des femmes, le viol (y compris le viol marital), les mariages forcés, les crimes dits «d’honneur» et les mutilations sexuelles féminines) dans de nombreux sinon dans tous les Etats membres du Conseil de l’Europe, et le fait que la lutte contre ce type d’impunité doit, pour être efficace, impliquer l’ensemble de la société, sous l’impulsion des parlementaires.

Commission saisie du rapport: commission des questions juridiques et des droits de l’homme

Commission saisie pour avis: commission sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes

Renvoi en commission: Décision du Bureau du 9 janvier 2009

Avis adopté par la commission le 23 juin 2009

Secrétariat de la commission: Mme Kleinsorge, Mme Affholder, Mme Devaux.