Programmes de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme: des synergies, pas des doubles emplois
Recommandation 2027
(2013)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 3 octobre 2013 (35e séance)
(voir Doc. 13321, rapport de la commission des questions juridiques et
des droits de l’homme, rapporteur: M. McNamara). Texte adopté par l’Assemblée le
3 octobre 2013 (35e séance).
1. L’Assemblée parlementaire rappelle
ses résolutions et recommandations précédentes consacrées à la coopération
entre l’Union européenne et le Conseil de l’Europe, en particulier
les
Résolution 1756 (2010) et
Recommandation
1935 (2010) sur la nécessité d’éviter la duplication des travaux
du Conseil de l’Europe par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union
européenne, et les
Résolution 1836 (2011) et
Recommandation 1982 (2011) sur l’impact du Traité de Lisbonne sur le Conseil de
l’Europe.
2. Elle souligne que les instruments juridiques contraignants
du Conseil de l’Europe – au premier rang desquels la Convention
européenne des droits de l’homme (STE n° 5) – constituent un système
efficace de protection des droits de l’homme et de promotion de
l’Etat de droit dans tous ses Etats membres, y compris ceux qui
sont aussi membres de l’Union européenne.
3. Les normes communes à l’ensemble de l’Europe et le niveau
de protection établi par les instruments juridiques du Conseil de
l’Europe ne doivent pas être compromis ou sapés par les Etats membres
du Conseil de l’Europe ou par l’Union européenne. Dans le même temps,
des normes plus élevées et une protection renforcée sont toujours
les bienvenues.
4. L’Assemblée réaffirme son point de vue, selon lequel le fait
de réinventer des normes qui existent déjà et de mettre en place
des structures parallèles revient à créer un double système de normes
et à permettre un «choix de la juridiction la plus favorable», avec
pour conséquence de faire apparaître de nouveaux clivages en Europe.
Les doublons d’activité constituent par ailleurs un gaspillage des
ressources budgétaires limitées nécessaires pour améliorer la protection
des droits de l’homme et la promotion de l’Etat de droit.
5. En conséquence, l’Assemblée s’inquiète de ce que l’accélération
donnée à l’expansion des activités menées par l’Union européenne
dans le domaine des droits de l’homme pourrait amener à dédoubler inutilement
les travaux du Conseil de l’Europe. Dans le sillage de la Charte
des droits fondamentaux, l’Union européenne a établi une Agence
des droits fondamentaux et créé la fonction de Représentant spécial
pour les droits de l’homme; elle envisage maintenant d’établir un
mécanisme de suivi pour vérifier dans quelle mesure ses Etats membres
respectent les normes communes relatives aux droits fondamentaux
et à l’Etat de droit.
6. L’Assemblée rappelle que nombre des problèmes résultant de
la coexistence des ordres juridiques du Conseil de l’Europe et de
l’Union européenne seront résolus par l’adhésion – prévue dans le
Traité sur l’Union européenne – de l’Union européenne à la Convention
européenne des droits de l’homme.
7. L’Assemblée reconnaît la nécessité, pour l’Union européenne,
de garantir la mise en œuvre de ses propres normes juridiques par
tous ses Etats membres. Elle rappelle que l’expertise des organes
pertinents du Conseil de l'Europe, constituée et financée dans une
large mesure par les Etats membres de l’Union européenne agissant
dans le cadre du Conseil de l’Europe, est à la disposition de l’Union
européenne.
8. En particulier, la Commission européenne pour la démocratie
par le droit (Commission de Venise) du Conseil de l’Europe a récemment
prouvé qu’elle était capable de fournir une évaluation objective
et argumentée des implications constitutionnelles et relatives aux
droits de l’homme concernant la situation en Hongrie. L’Assemblée
a donné suite à ces constats dans la
Résolution 1941 (2013) «Demande d’ouverture d’une procédure de suivi pour la
Hongrie», fondée sur un rapport de sa commission de suivi, et a
invité sa commission de la culture, de la science, de l’éducation
et des médias, sa commission des questions juridiques et des droits
de l’homme et sa commission des questions politiques et de la démocratie
à continuer de suivre les aspects pertinents de la situation en
Hongrie.
9. Eu égard à ce qui précède, l’Assemblée invite:
9.1 l’Union européenne:
9.1.1 à étudier les possibilités de
synergie avec les mécanismes existants du Conseil de l’Europe dans
les domaines des droits de l’homme, de la démocratie et de l'Etat
de droit avant d’établir de nouvelles structures ou de continuer
à étendre les activités d’organes récemment créés;
9.1.2 en particulier, à continuer d’utiliser l’expertise des
organes pertinents du Conseil de l’Europe, tels que la Commission
de Venise, l’Assemblée parlementaire et les mécanismes de suivi
spécialisés compétents, y compris ceux qui ont été établis en vertu
de la Convention européenne pour la prévention de la torture et
des peines ou traitements inhumains ou dégradants (STE n° 126),
de la Charte sociale européenne révisée (STE n° 163), de la Convention
du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains
(STCE n° 197) et de la Convention relative au blanchiment, au dépistage,
à la saisie et à la confiscation des produits du crime (STE n° 141),
ainsi que le Groupe d'Etats contre la corruption et la Commission européenne
contre le racisme et l'intolérance;
9.1.3 à explorer les modalités de coopération avec le Conseil
de l’Europe pour promouvoir et mettre en œuvre les conventions susmentionnées
du Conseil de l’Europe et à devenir Partie à ces conventions dans
la mesure du possible;
9.1.4 à accélérer l’adhésion de l’Union européenne à la Convention
européenne des droits de l’homme;
9.2 les Etats membres du Conseil de l’Europe à faciliter la
coopération entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne à
tous les niveaux, y compris en veillant à ce que les conventions
pertinentes soient rédigées ou adaptées de manière à faciliter l’adhésion
de l’Union européenne;
9.3 les Etats membres du Conseil de l’Europe qui sont aussi
membres de l’Union européenne à exercer leur influence de manière
à réduire au minimum les doubles emplois et à développer au maximum
les synergies entre l’Union européenne et le Conseil de l’Europe
dans le domaine des droits de l’homme, de la démocratie et de l’Etat
de droit.
10. L’Assemblée condamne toute proposition de l’Union européenne
et/ou du Parlement européen d’amoindrir ou de contester la position
de la Convention européenne des droits de l’homme en tant qu’instrument
juridique européen définitif portant sur les droits de l’homme,
la démocratie et l’Etat de droit dans les 47 Etats membres du Conseil
de l’Europe.
11. L’Assemblée invite le Comité des Ministres à rendre compte
à l’Assemblée, de manière urgente, de ce qu’il fait pour renforcer
le rôle du Conseil de l’Europe en tant que référence en matière
de droits de l’homme, d’Etat de droit et de démocratie en Europe,
comme énoncé dans le mémorandum d'accord de mai 2007 entre le Conseil
de l’Europe et l’Union européenne.
12. L’Assemblée invite le Comité des Ministres à prendre toutes
les mesures nécessaires pour faire en sorte que la Convention européenne
des droits de l’homme ne voie pas son rôle minoré en tant qu’instrument juridique
de l’Europe, portant sur les droits de l’homme, la démocratie et
la prééminence du droit dans l’ensemble des Etats membres du Conseil
de l’Europe, y compris les pays qui sont également membres de l’Union
européenne.