C Exposé des motifs
par M. Domagoj Hajduković, rapporteur
1 Introduction
1. Le présent rapport a été élaboré
sur la base d’une proposition de résolution (
Doc. 14380) intitulée «Établir des lignes directrices pour les
ONG internationales», déposée par Mme Deborah Bergamini
(Italie, PPE/DC) et d’autres membres de l’Assemblée, après les poursuites
engagées en Italie contre des organisations non gouvernementales
(ONG) étrangères soupçonnées d’aider l’immigration illégale en secourant
des migrants en mer Méditerranée et en les amenant vers des ports
italiens. En Grèce, à Malte, en Espagne et dans d’autres pays, des
procureurs ont également ouvert des enquêtes contre des ONG dans
leurs juridictions respectives. Ces enquêtes ont suscité de nombreuses
critiques
Note et un débat public sur les droits des
ONG et la façon dont elles devraient venir en aide aux migrants
traversant la Méditerranée en bateau.
2. La commission des migrations, des réfugiés et des personnes
déplacées a décidé de modifier le titre du rapport comme suit: «Droits
et obligations des ONG venant en aide aux réfugiés et aux migrants
en Europe», afin de préciser que ce travail ne tenterait pas de
réglementer les activités de toutes les ONG, mais se concentrerait
sur celles qui aident les réfugiés et les migrants en Europe. Les
droits et les obligations des ONG venant en aide aux réfugiés et
aux migrants arrivant par bateau sont traités dans un chapitre distinct
du présent rapport.
3. L’Assemblée parlementaire a plus spécifiquement abordé l’importance
de secourir les bateaux de migrants en situation de détresse dans
la
Résolution 1872 (2012) «Vies perdues en Méditerranée: qui est responsable?»,
la
Résolution 1999 (2014) «Le bateau-cercueil: actions et réactions» et la
Résolution 2229 (2018) «Obligations internationales des États membres du Conseil
de l’Europe de protéger les vies en mer». Le présent rapport ne
répétera pas ce travail mais fournira de nouvelles indications aux
États membres ainsi qu’aux ONG qui risquent d’encourir une responsabilité
pénale en raison de leurs activités de soutien aux migrants et aux
réfugiés. Il est important de reconnaître la grande valeur de l’aide
humanitaire apportée par les ONG aux réfugiés et aux migrants chaque
jour.
4. Le sauvetage de réfugiés et de migrants en Méditerranée fait
toujours l’objet d’autant de controverses politiques. Alors que
les poursuites engagées contre des ONG qui exploitent des navires
de sauvetage se sont souvent terminées devant les juridictions nationales,
la Cour européenne des droits de l’homme a pu préciser les obligations
des États membres à l’égard des migrants qui se trouvent à bord
des navires de sauvetage dans l’affaire
Rackete
et autres c. Italie (Requête no 32969/19),
l’obligation d’ouvrir les ports pour permettre un débarquement n’en
fait pas partie
Note. En raison de la propagation du coronavirus
et de la pandémie de covid-19 qui a touché Chypre, la France, la
Grèce, l’Italie, Malte et l’Espagne au printemps 2020, ces pays
ont déclaré l’état d’urgence sanitaire et ont fermé leurs ports
aux navires étrangers, y compris aux bateaux de migrants, ce qui
a beaucoup compliqué la tâche des navires privés qui assurent le
sauvetage des migrants
Note.
5. La commission a tenu des auditions avec M. Ruben Neugebauer,
cofondateur de l’ONG allemande Sea Watch, M. András Léderer, du
Comité Helsinki hongrois, et le Dr Philippe de Botton, président
de Médecins du Monde. Je regrette vivement qu’il n’ait finalement
pas été possible de tenir un échange de vues avec Mme Magdalena
Majkowska-Tomkin, directrice de division de l’unité migration et
intégration, et M. Yervand Shirinyan, directeur adjoint d’Open Society
Human Rights Initiative, qui avaient proposé de s’adresser à la commission.
Je tiens donc à remercier, pour sa contribution écrite, M. Manos
Moschopoulos, responsable de programme pour la protection et les
droits des migrants d’Open Society Foundations (OSF) à Berlin. OSF
est l’ONG la plus importante qui verse des sommes considérables
dans le monde entier à d’autres ONG intervenant sur les questions
relatives aux migrations et à l’asile
Note.
2 Comment définir les ONG
2.1 Les
ONG ne constituent pas une catégorie homogène
6. Comme l’a indiqué dans sa note
introductive Mme Daphné Dumery (Begique,
NI), qui m’a précédé à la fonction de rapporteur, les ONG ou les
organisations de la société civile contribuent beaucoup à servir
les intérêts publics mais elles ne forment pas une catégorie standardisée.
Culturellement et historiquement, il y a différentes conceptions,
qui vont de l’approche anglo-américaine individualiste, fondée sur
l’autonomie vis-à-vis des pouvoirs publics, au contrôle absolu sur
la population par le biais d’organisations de masse dans les régimes
communistes et fascistes. Ces différences historiques semblent avoir
encore une influence aujourd’hui.
7. Le présent rapport traite essentiellement des ONG qui viennent
en aide aux réfugiés et aux migrants au sens large. Cependant, de
nombreuses ONG poursuivent plusieurs objectifs. Certaines participent
également activement à la vie politique et coopèrent parfois avec
des partis politiques ou des groupes de pression privés. Outre des
objectifs purement humanitaires, les ONG peuvent avoir des objectifs
politiques, religieux, scientifiques, professionnels ou autres.
8. Tout comme les opinions politiques divergent sur les questions
de migration, les ONG créées par des partis et mouvements politiques
cherchent à promouvoir des points de vue et actions qui s’opposent.
Dans ce contexte, la Fondation Heinrich Böll du parti allemand Les
Verts agit par exemple pour aider les migrants et les réfugiés et
a publié, en 2018, un rapport intitulé «Allemagne – Terre d’immigration»
Note. De l’autre côté de l’échiquier politique,
des militants politiques de droite ont créé une ONG qui a fait l’acquisition
d’un navire de sauvetage en 2017 pour arrêter les migrants qui quittent
la Libye par bateau
Note.
9. La Commission internationale catholique pour les migrations
est une organisation enregistrée à but non lucratif, qui a été fondée
en 1951 et dont le siège se trouve à Genève
Note. International Orthodox Christian Charities
est une ONG établie aux États-Unis qui vient en aide aux réfugiés
depuis 1992 à Belgrade, 1994 dans le Caucase, 2003 en Syrie et 2015
en Grèce
Note. La fondation de la Direction des
affaires religieuses de Turquie (Diyanet) offre son aide aux personnes
déplacées en Syrie
Note et aux Rohingyas au Bangladesh
Note. L’ONG Islamic Relief USA a accordé
une aide financière aux Palestiniens dans la bande de Gaza et, en partenariat
avec l’ONG Hebrew Immigrant Aid Society, basée aux États-Unis, une
aide humanitaire aux migrants en Grèce
Note.
10. En 2019, le président du Conseil de l’Église protestante d’Allemagne
a décidé de financer le navire d’une ONG pour secourir les migrants
se déplaçant par bateau en mer Méditerranée
Note. Environ 20 000 réfugiés chrétiens
orthodoxes arméniens venant de Syrie ont reçu l’aide de la Croix-Rouge
autrichienne en 2018 pour obtenir la nationalité arménienne et s’installer
en Arménie grâce à un projet financé à hauteur de 300 000 € par
une ONG de la diaspora arménienne et de 3 millions € par le Fonds
fiduciaire de l’Union européenne
Note.
11. Les ONG peuvent être créées et financées par de riches individus
dont elles dépendent financièrement et qui peuvent déterminer leur
action
NoteNote. Il existe aussi des formes mixtes,
telles que les «organisations non gouvernementales quasi autonomes»
(«quangos» en anglais), qui sont privées mais qui ont été instituées
par des agents publics et qui reçoivent des fonds publics ou remplissent
des missions publiques. En droit grec, par exemple, les enfants
réfugiés non accompagnés ont le droit d’avoir un tuteur légal. Les
ONG sont donc employées, avec leur personnel, par les autorités
grecques pour être les tuteurs légaux des enfants réfugiés non accompagnés,
comme l’ONG grecque METAdrasi, qui a créé un réseau de tuteurs en 2014
Note.
2.2 Les
ONG en tant que partenaires institutionnels
12. Les organisations de la société
civile indépendantes sont devenues des acteurs importants de la coopération
internationale. Pour les organisations internationales, les organisations
de la société civile sont des partenaires stratégiques dans le cadre
de l’application des politiques et des mesures concrètes, notamment
dans les pays où le gouvernement et le secteur public ne respectent
pas les normes des droits de l’homme, en raison de l’absence de
contrôle démocratique, de la corruption ou de leur inefficacité.
13. Notre commission a eu l’occasion d’auditionner plusieurs ONG
au cours d’échanges de vues tenus pour l’élaboration du présent
rapport, mais aussi pour d’autres rapports ainsi que dans le cadre
de campagnes, de séminaires et de conférences. La Conférence des
OING du Conseil de l’Europe est l’organe du Conseil de l’Europe
qui institutionnalise une coopération régulière avec les ONG qui
en sont membres et qui entretient un dialogue régulier avec l’Assemblée
parlementaire. Au cours de l’élaboration du présent rapport, un
échange de vues a été organisé notamment avec Mme Anna
Rurka, présidente de la conférence.
14. L’Union européenne dépend beaucoup des institutions privées
et des ONG pour mettre en œuvre les projets qu’elle finance. Entre 2014
et 2017, la Commission européenne a versé environ 11,3 milliards
d’euros aux ONG pour la mise en œuvre de projets
Note. Le Fonds Asile Migration et Intégration
de la Commission européenne accordera 21,5 millions d’euros à des
projets visant à soutenir l’intégration de ressortissants de pays
tiers à compter de 2020
Note. D’autres secteurs de la Commission
européenne examinent la situation et la légitimité des ONG qui travaillent
avec les migrants, comme dans une récente étude intitulée «Crackdown
on NGOs and volunteers helping refugees and other migrants»
Note, qui est pertinente pour le présent
rapport et qui a été financée dans le cadre du budget du Programme
de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne,
de 30 milliards d’euros pour la période 2018-2020
Note.
15. Le financement par l’Union européenne d’ONG qui viennent en
aide aux migrants a suscité des interrogations quant à l’utilisation
judicieuse de ces fonds, par exemple dans le cadre d’une question parlementaire
adressée le 24 janvier 2020 par Mme Elissavet
Vozemberg-Vrionidi (députée européenne de la Grèce, PPE) à la Commission
européenne
Note. En février 2020, l’Office européen
de lutte antifraude (OLAF) de la Commission européenne a mené à
son terme une enquête sur l’utilisation des fonds de l’Union européenne par
une ONG engagée en faveur des réfugiés syriens et a conclu qu’une
somme de près de 1,5 million € avait été détournée dans le cadre
d’un projet d’un montant de 19 millions €
Note. En 2018, la Cour des comptes européenne
a appelé à davantage de transparence et de contrôles dans le financement
des ONG
Note.
16. En revanche, les ONG ont aussi contribué à mettre en lumière
des irrégularités commises par des agents publics dans le cadre
d’interventions en faveur des migrants. Ainsi, en 2017, l’ONG grecque
Solidarity Now a demandé que des enquêtes soient menées concernant
le détournement de fonds octroyés par l’Union européenne en faveur
de réfugiés en Grèce, ceux-ci n’ayant apparemment pas bénéficié
de ces fonds
Note. Des ONG ont également réagi à des
cas d’exploitation sexuelle de personnes déplacées par le personnel
d’ONG, comme l’a montré l’organisation European Confederation of
Relief and Development NGOs (CONCORD) dans son communiqué publié
en février 2018
Note.
2.3 Activités
liées à la fois aux politiques et aux pratiques
17. Depuis 1994, la plateforme
d’ONG européennes sur l’asile et les migrations (European NGO Platform Asylum
and Migration, EPAM) facilite les échanges entre les ONG désireuses
de contribuer à l’élaboration d’une politique en la matière dans
l’Union européenne. Elle compte 29 membres et quatre observateurs
Note. Les réunions de l’EPAM sont coprésidées
par la Commission des Églises auprès des Migrants en Europe (CEME) et
le Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et ses groupes
de travail sur l’asile et les migrations sont présidés respectivement
par le Conseil européen sur les réfugiés et les exilés (CERE) et
le Migration Policy Group (MPG) à Bruxelles. Le CERE réunit 104 ONG
membres et le MPG se décrit comme un groupe de réflexion et d’action,
qui est éligible aux financements de l’Union européenne en faveur
de la recherche.
18. De nombreuses ONG se considèrent comme des «défenseurs des
droits de l’homme», un terme largement utilisé en politique et endroit
international, qui renvoie à la Résolution 53/144 adoptée par l’Assemblée
générale des Nations Unies en 1999 contenant la Déclaration sur
le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes
de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et
les libertés fondamentales universellement reconnus
Note.
19. À la lumière de ces considérations, le terme ONG est utilisé
dans le présent rapport pour décrire les organisations non gouvernementales
et les organisations privées liées aux groupes de la société civile,
aux communautés religieuses, aux partis politiques ou autres groupes
de pression dans le domaine de la migration. S’il est presque impossible
de les classer et de les distinguer, la plupart de ces ONG sont
généralement des organisations caritatives ou des organisations
à but non lucratif exonérées d’impôts, dont l’action et le budget sont
dans une certaine mesure surveillés par l’administration fiscale
des États membres.
3 Droits
fondamentaux des ONG
20. L’article 11 de la Convention
européenne des droits de l’homme et l’article 22 du Pacte international relatif
aux droits civils et politiques garantissent le droit à la liberté
d’association, qui permet la création des ONG. En vertu de la jurisprudence
de la Cour européenne des droits de l’homme, la marge de restriction
de ce droit est très limitée
Note.
21. La Convention européenne sur la reconnaissance de la personnalité
juridique des organisations internationales non gouvernementales
(STE no 124) dispose que la personnalité
et la capacité d’une ONG sont reconnues dans d’autres États membres
si l’ONG a «un but non lucratif d’utilité internationale», sauf
si son activité «contrevient à la sécurité nationale, à la sûreté
publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à
la protection de la santé ou de la morale, à la protection des droits
et libertés d’autrui, ou compromet les relations avec un autre État
ou le maintien de la paix et de la sécurité internationales». Cette
convention a pour objectif de permettre aux ONG d’agir en qualité
de personne morale dans un autre État et, par exemple, de signer
des contrats, d’acquérir des droits, de détenir des comptes bancaires
ou de comparaître comme partie devant un tribunal. Une ONG internationale
peut ainsi jouir de droits de l’homme et de libertés dans le pays
où elle est établie et à l’étranger.
22. Les ONG peuvent comparaître comme partie dans le cadre d’une
procédure juridique devant la Cour européenne des droits de l’homme,
mais aussi être entendues en qualité de témoin expert ou présenter
des pièces concernant une affaire ou l’exécution d’un arrêt de la
Cour
Note. Elles peuvent également aider les
réfugiés et les migrants à porter leur cas devant le Comité européen
des droits sociaux chargé du suivi de la Charte sociale européenne
du Conseil de l’Europe (STE nos 035 et
163), qui prévoit également des droits importants pour les réfugiés
et les migrants
Note.
23. Dans sa Résolution 22/6 adoptée en mars 2013 intitulée «Protection
des défenseurs des droits de l’homme», le Conseil des droits de
l’homme des Nations Unies a engagé les États membres de l’ONU à
veiller à ce qu’aucune disposition législative ne criminalise ou
discrédite les activités de défense des droits de l’homme au motif
de l’origine de leur source de financement. L’Assemblée parlementaire
a abordé la question des défenseurs des droits de l’homme dans sa
Résolution 1660 (2009) et
sa
Résolution 1891 (2012) «La situation des défenseurs des droits de l’homme dans
les États membres du Conseil de l’Europe», sa
Résolution 2095 (2016) «Renforcer la protection et le rôle des défenseurs des
droits de l’homme dans les États membres du Conseil de l’Europe»
et sa
Résolution 2225
(2018) «Assurer la protection des défenseurs des droits de
l’homme dans les États membres du Conseil de l’Europe».
24. Le Conseil d’experts sur le droit en matière d’ONG de la Conférence
des OING du Conseil de l’Europe a établi des Grandes lignes sur
la protection du travail des ONG en faveur des réfugiés et autres
migrants
Note. Je me félicite vivement de l’adoption
de ces lignes directrices et j’invite les États membres à les prendre
en compte.
4 Obligations
générales des ONG
25. La recommandation CM/Rec(2007)14
du Comité des Ministres aux États membres sur le statut juridique des
organisations non gouvernementales en Europe
Note définit en détails l’obligation pour
les ONG d’avoir un statut juridique ou une personnalité juridique
afin de garantir leur transparence et de préciser leurs droits et obligations.
Le paragraphe 45 de cette recommandation énonce que les ONG étrangères
peuvent être tenues de solliciter l’autorisation d’exercer leurs
activités dans le pays hôte, à moins que la Convention européenne sur
la reconnaissance de la personnalité juridique des organisations
internationales non gouvernementales ne s’applique.
26. La Commission européenne pour la démocratie par le droit du
Conseil de l’Europe (Commission de Venise) a adopté plusieurs avis
sur des législations nationales relatives aux ONG étrangères ou
aux ONG recevant des fonds de l’étranger
NoteNoteNoteNote.
27. La Conférence des OING du Conseil de l’Europe a établi un
Conseil d’experts sur le droit en matière d’ONG, qui a publié, en
novembre 2018, un rapport élaboré par M. Dragan Golubović examinant
les normes internationales relatives à la portée légitime des obligations
de déclaration et de divulgation pour les ONG
Note. Le Conseil d’experts a publié son
Étude des développements des normes, mécanismes et jurisprudence
liés aux ONG pour la période 2017-2019
Note, qui a été présentée à la commission
par son auteur, M. Jeremy McBride, le 29 janvier 2020.
28. L’Assemblée a adopté la
Résolution 2096
(2016) «Comment prévenir la restriction inappropriée des activités
des ONG en Europe?» et la
Résolution 2226
(2018) «Nouvelles restrictions des activités des ONG dans les
États membres du Conseil de l’Europe». La commission des questions
juridiques et des droits de l’homme élabore actuellement un nouveau
rapport sur les restrictions des activités des ONG dans les États membres
du Conseil de l’Europe.
29. En tant qu’organismes caritatifs, les ONG ont généralement
un statut d’organisme à but non lucratif exonéré d’impôts
Note. Cela inclut normalement l’obligation
de s’abstenir d’exercer des activités commerciales. Néanmoins, la
recommandation CM/Rec(2007)14 du Comité des Ministres aux États
membres sur le statut juridique des organisations non gouvernementales
en Europe indique que «les ONG devraient être libres d’entreprendre
toutes activités économiques, d’affaires ou commerciales licites
afin de financer leurs activités à but non lucratif». Ces activités
à but lucratif sont soumises à des obligations fiscales.
30. En février 2019, la Cour fédérale des finances allemande a
statué que l’ONG «ATTAC» ne remplissait pas les conditions requises
pour bénéficier d’une exonération d’impôts en vertu du droit allemand
parce qu’elle menait une campagne politique et non une mission d’intérêt
public comme l’éducation du public
Note. La fiscalité relevant de la compétence
nationale des États membres, y compris au sein de l’Union européenne,
cette décision de la plus haute instance fiscale allemande pourrait
avoir des répercussions sur des décisions similaires prises par
les autorités fiscales nationales dans d’autres États membres. Les
ONG qui viennent en aide aux migrants et aux réfugiés pourraient,
par exemple, se voir obligées de séparer, dans leurs déclarations fiscales,
les dépenses consacrées à la promotion de leurs idées politiques
et les dépenses consacrées à l’aide humanitaire.
31. Comme toutes les autres structures, les ONG sont soumises
à des obligations en matière fiscale. En accordant des avantages
fiscaux aux ONG, les États membres soutiennent de fait leurs activités,
ce qui correspond à des taux d’imposition sur le revenu applicables
pouvant atteindre près de 60 % dans certains pays d’Europe
Note. Il est important de rappeler que
la législation fiscale ne doit pas être utilisée comme un outil pour
restreindre indûment les activités des ONG, en particulier si ces
restrictions sont discriminatoires et motivées par des considérations
politiques.
32. De nombreuses organisations internationales et ONG collaborent
étroitement avec des bénévoles
Note. En 2011, la Commission européenne
a examiné les cadres politiques à appliquer au travail bénévole
Note. Cependant, la plupart des bénévoles
n’ont pas de contrat de travail et ne perçoivent généralement pas
de rémunération. Leur santé et leur sécurité sont souvent exposées
à des risques importants, que ce soit dans les camps de réfugiés
ou sur les bateaux de sauvetage.
33. En 2012, le Forum européen de la jeunesse a élaboré une charte
sur les droits et les responsabilités des volontaires, qui prévoit
que chaque bénévole a droit à une protection sociale pendant l’exercice
de ses activités bénévoles, sous forme de soins de santé et d’une
assurance de responsabilité civile. En outre, tous les bénévoles
ont le droit de concilier leur activité bénévole avec leur vie professionnelle
et leur vie privée et peuvent refuser des tâches qui iraient à l’encontre
de leurs croyances ou convictions
Note. Enfin, la protection sociale et
sanitaire devrait également se poursuivre après la période de bénévolat
en cas de
burn-out et de dépression
Note.
5 Responsabilité
pénale des ONG
34. Les ONG étant dotées de la
personnalité juridique, elles et leurs membres peuvent en principe
être tenues juridiquement responsables de toute infraction à la
loi, y compris en matière pénale. Par ailleurs, les personnes travaillant
pour une ONG peuvent être tenues responsables de toute infraction
à la loi commise dans le cadre de leur activité au sein de cette
ONG.
35. En 2000, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le
Protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et
mer, qui complète la Convention contre la criminalité transnationale
organisée. L’article 3 de ce protocole définit le trafic illicite
de migrants comme «le fait d’assurer, afin d’en tirer, directement ou
indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel,
l’entrée illégale dans un État Partie d’une personne qui n’est ni
un ressortissant ni un résident permanent de cet État.» Son article 6
exige des États d’incriminer le trafic illicite de migrants, le
fait de fabriquer et de fournir des documents de voyage ou d’identité
frauduleux afin de permettre le trafic illicite de migrants et le
fait de permettre un séjour illégal. Le trafic illicite de migrants
sans avantage financier ou autre avantage matériel ne serait donc
pas considéré comme une infraction pénale en vertu du protocole,
mais le sens donné à «autre avantage matériel» pourrait laisser
aux États une marge de manœuvre.
36. S’il est vrai que les lois pénales nationales peuvent varier
considérablement
Note, des normes communes ont été établies
pour les États membres de l’Union européenne dans le cadre de la
Directive européenne 2002/90/CE définissant l’aide à l’entrée, au
transit et au séjour irréguliers et en vertu de la Décision-cadre 2002/946/JHA
visant à renforcer le cadre pénal pour la répression de l’aide à
l’entrée, au transit et au séjour irréguliers. La législation européenne
érige en infraction pénale le fait «d’aider une personne non ressortissante
d’un État membre à pénétrer sur le territoire d’un État membre ou
à transiter par le territoire d’un tel État, en violation de la
législation de cet État relative à l’entrée ou au transit des étrangers»,
mais prévoit que «tout État membre peut décider de ne pas imposer
de sanctions dans les cas où [l’aide à l’entrée irrégulière] a pour
but d’apporter une aide humanitaire.»
37. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a
estimé qu’environ 370 000 migrants étaient entrés illégalement dans
l’Union européenne en 2016, en payant les trafiquants entre 320 millions USD
et 550 millions USD
Note. Lorsque des centaines de milliers
de migrants sont arrivés dans l’Union européenne en 2016, les spécialistes
du droit ont avancé que l’interdiction du trafic illicite de migrants
devait être plus restrictive afin d’éviter la criminalisation des
«passeurs humanitaires»
Note. La Plateforme pour la coopération internationale
sur les Sans Papiers (PICUM) a publié une étude sur le sujet décrivant
les effets des politiques de lutte contre le trafic illicite de
migrants mises en œuvre dans l’Union européenne sur les acteurs
de la société civile depuis 2016-2017
Note.
38. Le Parlement européen a également commandité une étude pour
savoir si le droit de l’Union européenne criminalise indûment l’aide
humanitaire apportée aux migrants en situation irrégulière
Note et a adopté sa Résolution du 5 juillet 2018
sur les lignes directrices destinées aux États membres pour empêcher que
l’aide humanitaire ne soit érigée en infraction pénale
Note. En 2018, l’Agence des droits fondamentaux
de l’Union européenne a publié une note relative aux droits fondamentaux
des ONG dans le cas des navires participant aux activités de recherche
et de sauvetage en Méditerranée et aux enquêtes pénales y afférentes
Note. Le Conseil d’experts sur le droit
en matière d’ONG de la Conférence des OING du Conseil de l’Europe
a publié en décembre 2019 un rapport, élaboré par Mme Carla
Ferstman, intitulé «Utilisation du droit pénal pour restreindre
le travail des ONG soutenant les réfugiés et autres migrants dans
les États membres du Conseil de l’Europe»
Note.
39. Les défenseurs des droits de l’homme ont critiqué les poursuites
engagées et les sanctions pénales prises à l’encontre des ONG ayant
aidé des réfugiés et des migrants
Note. M. Salam Kamal-Aldeen, citoyen irako-moldave
résidant au Danemark, fondateur de l’ONG Team Humanity Danemark
venant en aide aux migrants arrivant par bateau, avec laquelle il
a travaillé en Grèce, a déposé en avril 2019 un recours contre la
Grèce devant la Cour européenne des droits de l’homme
Note.
40. Parallèlement, les ONG peuvent servir de couverture à des
opérations de blanchiment de capitaux et même de financement du
terrorisme, comme décrit dans un rapport élaboré pour le Conseil
de l’Europe en 2013
Note. En 2008, l’OCDE a préparé une étude
sur l’utilisation des organisations non gouvernementales à des fins
de blanchiment de capitaux et d’évasion fiscale
Note.
41. Si une ONG peut être utilisée pour collecter et transférer
l’argent des migrants, sa création et son enregistrement exposent
nécessairement cette ONG au contrôle des pouvoirs publics et, par
conséquent, présentent des risques supplémentaires pour les criminels.
En l’absence de statistiques, il est difficile de mesurer l’importance
de ces abus, mais il semble raisonnable de supposer qu’ils se limitent
à de très rares cas en ce qui concerne les migrants et les réfugiés.
42. Cependant, de nombreuses ONG ont été créées pour apporter
une aide humanitaire, une assistance médicale, une assistance juridique
et d’autres formes de soutien aux migrants et aux réfugiés. Sans
elles, les autorités nationales seraient dépassées et incapables
d’apporter le soin nécessaire aux migrants et aux réfugiés dans
leur pays. Il est donc important de ne pas discréditer ce travail
des ONG en faisant peser sur elles des soupçons d’activités illicites.
6 ONG
secourant des migrants en mer
43. Le nombre de migrants traversant
la mer Méditerranée par bateau connaît une baisse constante depuis 2015,
de même que le nombre de migrants décédés ou disparus pendant cette
traversée
Note. Les ONG restent néanmoins essentielles
pour secourir les embarcations en détresse, bien qu’elles se heurtent
souvent à un certain nombre de difficultés.
44. L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne a publié
un aperçu des navires humanitaires participant aux opérations de
recherche et de sauvetage en Méditerranée et des enquêtes pénales
menées entre 2015 et 2018
Note; ces chiffres ont été actualisés
jusqu’à juin 2019
Note. Douze ONG exploitent des navires
et un avion en mer Méditerranée et toutes ont fait l’objet d’actions
en justice ou ont cessé leur activité en raison de la pression juridique.
Généralement, ces poursuites sont basées sur le fait qu’elles font
entrer des migrants dans des États membres de l’Union européenne
au lieu de les ramener en Libye ou dans un autre pays de la rive
sud de la Méditerranée.
45. M. Ruben Neugebauer, porte-parole et co-fondateur de l’ONG
Sea Watch à Berlin, a informé la commission des migrations, des
réfugiés et des personnes déplacées en juin 2018 à Strasbourg, que
Sea Watch était à l’origine une ONG politique chargée d’observer
l’action extérieure de l’Union européenne à l’égard des migrants,
et non de venir en aide aux migrants arrivant par la Méditerranée.
Autrement, l’ONG se serait appelée «sea rescue». Cependant, la situation
actuelle les a contraints à venir en aide aux migrants et à les
amener en port sûr en Italie, à Malte ou en Espagne. Sea Watch a
exploité le navire Sea Watch 3 et
un avion qui survolait la côte libyenne pour détecter les bateaux
de migrants non équipés pour les traversées en haute mer ou déjà
en détresse. L’avion, qui avait été financé par un don de 200 000 €
versé par l’Église protestante d’Allemagne, a finalement été interdit
de vol dans l’espace aérien au-dessus de la côte libyenne par les
autorités maltaises.
46. Le procureur général de la ville portuaire italienne de Catane
a déclaré, en avril 2017, qu’il disposait d’éléments prouvant que
des ONG travaillaient directement avec des trafiquants d’êtres humains
pour amener des migrants en Italie
Note. Il s’est finalement rétracté devant
la commission de la défense du Sénat italien en mai 2017
Note.
47. En 2017, l’Italie a élaboré un code de conduite pour les ONG
menant des opérations de sauvetage des migrants en mer
Note. Les ONG ne signant pas ou ne respectant
pas ce code sont exclues des opérations de sauvetage par l’Italie.
Certaines ONG ont refusé de signer le code et l’ont critiqué du
fait qu’il reconnaissait les activités de recherche et de sauvetage
menées par les garde-côte libyens
Note. À la place, elles ont établi un
code de conduite volontaire pour les opérations de recherche et
de sauvetage
Note et formulé des arguments juridiques contre
le code italien
Note.
48. Les ONG peuvent effectuer des opérations de recherche et de
sauvetage dans les eaux internationales et débarquer les personnes
secourues dans le port sûr le plus proche, conformément au droit
maritime international. Néanmoins, les ONG devraient coordonner
leur travail avec les opérations de recherche et de sauvetage menées
par les autorités.
49. La Commission européenne et Frontex ont approuvé le code italien
Note. En réponse à une question du Parlement
européen, le commissaire Avramopoulos a déclaré au nom de la Commission
européenne, le 16 janvier 2018, que la Commission soutenait le renforcement
de la coordination de tous les acteurs participant aux activités
de recherche et de sauvetage, dans le respect de la législation
internationale applicable, qu’elle était persuadée qu’une coordination
plus efficace dans ce domaine était essentielle pour empêcher les
pertes de vie en mer mais qu’elle n’envisageait pas d’adopter un
«code de conduite européen» en vertu d’une «procédure communautaire»
Note.
50. Cette action de l’Italie et de la Commission européenne a
été critiquée en 2017 par M. Felipe González Morales, Rapporteur
spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour
les droits de l’homme des migrants et M. Nils Melzer, Rapporteur
spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la
torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,
qui ont affirmé, dans une déclaration commune, que cette action
menaçait la vie et enfreignait les normes internationales en condamnant
des personnes à subir d’autres violations des droits de l’homme
en Libye
Note. Mme Agnès Callamard,
Rapporteure spéciale du Conseil des droits de l’homme des Nations
Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires,
a également exprimé des critiques: «À travers ce nouveau code de
conduite, l’Italie et la Commission européenne imposent des procédures
susceptibles de réduire la capacité des ONG à mener des activités
de sauvetage. Cela risque d’augmenter le nombre de décès en mer,
et les pertes de vie correspondantes, de par leur nature prévisible
et évitable, constitueront une violation des obligations de l’Italie
en matière de droits de l’homme.»
Note
51. En août 2017, le navire
Iuventa exploité
par l’ONG allemande Jugend Rettet (Jeunes sauveteurs)
Note a été saisi dans le port italien
de Trapani pour aide à l’immigration illégale et collusion avec
des trafiquants d’êtres humains, décision confirmée par la Cour
suprême italienne en avril 2018
Note. Dans le même temps, l’équipage du
navire a reçu un prix des droits de l’homme d’une valeur de 50 000 €,
décerné par la Fondation Paul Grüninger en Suisse, en récompense
de sa mission de sauvetage
Note.
52. En 2019, des défenseurs de la société civile ont essayé d’engager
une procédure auprès du procureur de la Cour pénale internationale,
impliquant l’Union européenne ainsi que des dirigeants et des représentants d’États
membres dans des crimes contre l’humanité en raison de leurs politiques
migratoires en Méditerranée centrale et en Libye depuis 2014
Note.
53. Dans l’affaire
Hirsi Jamaa et autres
c. ItalieNote, la Cour européenne des droits de
l’homme a constaté une violation de l’article 3 de la Convention
européenne des droits de l’homme, observant que les migrants ne pouvaient,
en 2009, demander l’asile en Libye et qu’ils étaient systématiquement
arrêtés et détenus dans des conditions inhumaines. Le 29 janvier 2019,
la Cour a accordé une mesure provisoire concernant le navire
Sea Watch 3 amarré au large de la
ville sicilienne de Syracuse, dans les eaux italiennes, et à bord
duquel se trouvaient 47 migrants, mais n’a pas fait droit aux demandes
de débarquement des requérants. Elle a demandé au Gouvernement italien
«de prendre toutes les mesures nécessaires, dès que possible, pour
fournir à tous les requérants les soins médicaux, la nourriture,
l’eau et les produits de première nécessité nécessaires». En ce
qui concerne les 15 mineurs non accompagnés qui se trouvaient à
bord, le gouvernement a été prié d’apporter l’assistance juridique
appropriée (par exemple des mesures de tutelle)
Note.
54. Cependant, il convient d’éviter aux migrants d’endurer de
façon prolongée des situations épouvantables à bord des navires
des ONG et l’incertitude. Le code de conduite établi par l’Italie
et celui élaboré par certaines ONG mentionnés ci-dessus ne semblent
pas s’opposer fondamentalement, étant donné que le Protocole des Nations
Unies contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer
et la Directive européenne 2002/90/CE permettent de ne pas imposer
de sanctions dans les cas où l’aide à l’entrée irrégulière a pour
but d’apporter une aide humanitaire. Seuls les passeurs illégaux
sont exclus de cette exception humanitaire.
55. En raison de la pandémie de covid-19, les ports de Méditerranée
ont été fermés aux navires étrangers, de même que les frontières
terrestres pour les ressortissants étrangers. Le navire de sauvetage
Alan Kurdi de l’ONG allemande Sea
Eye n’a pas pu entrer dans les ports italiens après avoir porté
secours à des migrants qui avaient quitté la Libye par bateau. Ces
migrants ont par la suite été transférés à bord d’un plus grand
navire italien et sont restés en quarantaine, dans l’attente d’une
décision concernant leur destination
Note. Une autre ONG a interrompu les activités
de son navire de sauvetage à cause de la pandémie
Note. Je salue la déclaration de la Commissaire
aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Mme Dunja
Mijatović, selon laquelle même pendant la crise liée au coronavirus,
les États membres doivent continuer les sauvetages en mer et permettre aux
survivants de débarquer en toute sécurité
Note.
7 Conclusions
56. Les ONG sont des partenaires
essentielles pour les États membres dans le cadre de la gestion
de l’arrivée des migrants et des réfugiés et de leur intégration.
Sans cette action bénévole, la quasi-majorité des États serait dépassée.
Par conséquent, il est important de reconnaître la précieuse contribution
des ONG qui viennent en aide aux réfugiés et aux migrants.
57. Les États membres devraient respecter les droits des ONG étrangères.
Les ONG sont libres de recevoir des fonds, y compris de l’étranger,
mais doivent être transparentes sur leur financement et leur travail.
Les normes du Conseil de l’Europe doivent être respectées par les
États membres.
58. L’aide humanitaire devrait être exonérée d’impôts, de même
que le travail humanitaire des ONG. Cet aspect est particulièrement
évident lorsque l’aide humanitaire est financée par des dons provenant
de l’étranger au profit d’un pays donné, qui ne devrait donc pas
prélever d’impôts sur ces fonds. Il est possible de faire la distinction
entre d’une part l’aide humanitaire et d’autre part les activités
commerciales ou la promotion d’idées politiques par les ONG.
59. Si la responsabilité des ONG peut être engagée, par exemple
lorsque des migrants souffrent de leurs actions, il est inadmissible
de faire peser sur elles des soupçons de collusion avec les trafiquants
d’êtres humains et les passeurs. Parallèlement, les ONG ne doivent
pas outrepasser les limites juridiques au motif qu’elles souhaitent
aider les migrants à arriver en toute sécurité en Europe. Elles
doivent avoir conscience des actions cruelles et illégales dont
les passeurs se rendent souvent coupables et coopérer en les livrant
à la justice.
60. À l’échelle nationale, les partis et les responsables politiques
devraient éviter d’attiser les controverses et les divisions au
sein de la société au sujet des migrants et du rôle des ONG. Les
migrants et les ONG ne peuvent pas servir de boucs émissaires pour
expliquer les problèmes de société et détourner l’attention de l’opinion
des autres défaillances politiques qui touchent les États. L’Europe
doit reconnaître les besoins humanitaires des migrants et le travail
humanitaire des ONG dans ce domaine.
61. Les ONG jouent un rôle véritablement essentiel pour venir
en aide aux migrants et aux réfugiés arrivant dans les États qui
se trouvent en première ligne et donc pour aider également ces États.
La pandémie de covid-19 est un obstacle au débarquement des réfugiés
arrivant par bateau, qui s’ajoute à l’absence de progrès concernant
les politiques européennes relatives à la manière de partager la
charge qui pèse sur les États qui se trouvent en première ligne.
Étant donné que cette pandémie pourrait durer longtemps, les ONG
doivent être en mesure de secourir les migrants en détresse en mer,
dont le nombre est faible par rapport à celui des migrants en situation
irrégulière entrant dans les États européens et qui peuvent être
enregistrés et identifiés ainsi que subir des tests médicaux à leur
débarquement.