L’impact du Traité de Lisbonne sur le Conseil de l’Europe
Réponse
| Doc. 12892
| 05 avril 2012
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée
à la 1138e réunion des Délégués des Ministres (28 mars 2012). 2012 - Deuxième partie de session
- Réponse à
- Recommandation 1982
(2011)
1. Comme l’Assemblée parlementaire, le Comité
des Ministres estime que l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne
en 2009 a ouvert de nouvelles perspectives pour le renforcement
du partenariat entre le Conseil de l'Europe et l’Union européenne
sur la base de l’acquis et des atouts propres à chacune des organisations
Note et en
tenant dûment compte de leurs mandats respectifs. En outre, le Comité
des Ministres souligne que l’intensification du partenariat entre
le Conseil de l'Europe et l’Union européenne fait partie de la réforme
de l'Organisation qui permettra au Conseil de l'Europe de jouer
pleinement son rôle en Europe, notamment en tant que référence en
matière de droits de l'homme, de primauté du droit et de démocratie,
conformément au Mémorandum d’accord conclu entre les deux organisations
en 2007.
2. Le Comité des Ministres considère que le Conseil de l'Europe
et l’Union européenne doivent conjuguer leurs efforts pour mieux
relever les défis auxquels l’Europe et ses voisins sont confrontés.
Il partage l’avis de l'Assemblée selon lequel ce partenariat fondé
sur les valeurs devrait aussi viser « à garantir la cohérence entre, d’une
part, le projet paneuropéen soutenu par le Conseil de l'Europe et,
d'autre part, le processus d’intégration lancé par l’Union européenne »
et estime qu’il devrait conduire in fine à
une Europe sans clivages. Le Comité des Ministres souligne, en outre,
que l’Union européenne est un partenaire clé pour la réalisation
des buts du Conseil de l'Europe. La consolidation de ce partenariat
reste une priorité.
3. Dans ce contexte, le Comité des Ministres rappelle que des
concertations politiques entre le Conseil de l'Europe et l’Union
européenne ont lieu régulièrement au plus haut niveau. Ces concertations
ont déjà abouti à une coordination accrue des politiques et fixé
un cadre pour l’intensification de la collaboration au niveau opérationnel,
y compris sur le terrain. Cette nouvelle dynamique a été encore
consolidée grâce à l’organisation de « réunions de dialogue politique
à haut niveau » entre, d’une part, la présidence du Comité des Ministres et
le Secrétaire Général et, d'autre part, la Haute-représentante de
l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique
de sécurité, ainsi qu’à la tenue de réunions ad hoc informelles
entre le Secrétaire Général et les dirigeants de l’Union européenne
sur des questions européennes d’actualité.
4. Le Comité des Ministres rappelle également que la coopération
entre le Conseil de l'Europe et l’Union européenne est régulièrement
inscrite à son ordre du jour. Le 16 novembre 2011, les Délégués
des Ministres ont pris connaissance d’un rapport de synthèse sur
la coopération entre le Conseil de l'Europe et l’Union européenne
et chargé leur Groupe de rapporteurs sur les relations extérieures
(GR-EXT) de continuer à faire rapport à ce sujet pour leur permettre
d’effectuer un bilan annuel de cette coopération.
5. Les contacts se sont également intensifiés afin de renforcer
la cohérence entre la législation de l’Union européenne et les normes
du Conseil de l'Europe, la promotion de ces normes et des synergies
avec les mécanismes de suivi du Conseil de l'Europe. Les dirigeants
du Conseil de l'Europe et de l’Union européenne ont notamment exprimé,
à maintes reprises, leur ferme engagement en faveur d’une conclusion
rapide et satisfaisante de l’adhésion de l’Union européenne à la
Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). L’adhésion de
l’Union européenne à la CEDH modifiera de manière notable la nature
des relations entre le Conseil de l'Europe et l’Union européenne
étant donné qu’elle conduira, à terme, à une participation accrue
de l’Union européenne au système de protection des droits de l'homme
du Conseil de l'Europe
Note.
Le Comité des Ministres espère que toutes les questions en suspens
seront résolues rapidement de manière satisfaisante et il sera étroitement
impliqué dans le processus.
6. S’agissant de l’adhésion de l’Union européenne à d'autres
conventions du Conseil de l'Europe, le Comité des Ministres rappelle
que la révision en cours des conventions de l'Organisation a, entre
autres, pour objectif de recenser les moyens de faciliter l’adhésion
de l’Union européenne à des conventions du Conseil de l'Europe existantes
et futures, assurant ainsi la cohérence entre le Conseil de l’Europe
et l’Union européenne en matière de droits de l'homme, de primauté
du droit et de démocratie. Comme l’Assemblée parlementaire, le Comité
des Ministres partage le point de vue exprimé dans la résolution
du 19 mai 2010 du Parlement européen dans laquelle l’adhésion de
l’Union européenne à la CEDH est considérée comme une première étape
essentielle qui pourrait être complétée par l’adhésion de l’Union
à d'autres instruments et organes du Conseil de l'Europe. A cet
égard, le Comité des Ministres relève avec satisfaction que des
discussions sont en cours sur la participation de l’Union européenne
au GRECO et à la Conférence des Parties à la Convention de Varsovie
Note.
La Commission collabore aussi avec le Conseil de l'Europe à la révision
en cours de la Convention du Conseil de l'Europe pour la protection
des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère
personnel (STE n° 108) afin d’assurer une cohérence avec la réforme
du cadre de protection des données de l’Union européenne. En outre,
des concertations ont lieu régulièrement avec diverses institutions de
l’Union européenne au cours de l’élaboration de nouveaux instruments
juridiques de l’Union européenne, notamment ceux qui portent sur
les droits de l'homme, comme dans le cas des mesures énoncées dans
la Feuille de route visant à renforcer les droits procéduraux des
suspects ou des personnes poursuivies dans le cadre des procédures
pénales. Le Comité des Ministres note aussi avec satisfaction qu’un
Mécanisme informel d’information mutuelle a été établi afin de fournir
davantage d’informations, à un stade précoce, sur les initiatives
normatives respectives des deux organisations. De plus, il rappelle
que les processus de suivi de MONEYVAL comportent spécifiquement
une évaluation du respect par les membres de la Directive anti-blanchiment
de l’Union européenne et des mesures d’application y afférentes.
Le soutien de l’Union européenne à la Commission de Venise et son
recours à ses compétences constituent un autre exemple particulièrement
remarquable de coopération.
7. Sur la base de l’accord conclu en 2008 entre le Conseil de
l'Europe et la Communauté européenne, des synergies ont été établies
entre l'Organisation et l’Agence des droits fondamentaux de l’Union
européenne (FRA) et seront développées plus avant, notamment dans
les domaines des droits de l’enfant, des migrations et de l’asile.
Le GR-EXT examine régulièrement les progrès accomplis en la matière.
Concernant les Roms, la coopération et la coordination avec l’Union
européenne se sont accrues grâce à la signature, le 6 juillet 2011, d’un
accord de partenariat concernant le Programme européen de formation
des médiateurs roms (ROMED), à la participation active de l’Union
européenne aux actions en faveur des Roms menées par le Conseil
de l'Europe et vice-versa ainsi que par le biais du Groupe de contact
informel et de la Plateforme de l’Union européenne pour l’insertion
des Roms. L’Union européenne a, en outre, clairement exprimé son
soutien aux travaux du Conseil de l'Europe sur la liberté d’expression
et la protection des droits de l’homme dans le domaine de la gouvernance
de l’internet. Enfin, les deux organisations poursuivront leur dialogue
sur les questions soulevées dans le rapport du Groupe d’éminentes
personnalités du Conseil de l’Europe.
8. S’agissant des actions conjointes et du « partenariat financier »
avec l’Union européenne, le Comité des Ministres relève que les
programmes conjoints entre le Conseil de l'Europe et l’Union européenne
restent un instrument important pour promouvoir les droits de l'homme,
la démocratie et l’Etat de droit en Europe, conformément aux normes
du Conseil de l'Europe et aux conclusions de ses mécanismes de suivi.
Ils représentent la plus importante source de financement des projets
de coopération et d’assistance techniques du Conseil de l'Europe
en faveur de la stabilité démocratique en Europe. Il importera de
veiller à ce que l’accès du Conseil de l'Europe aux fonds de l’Union
européenne dans ces domaines fondamentaux de l'Organisation soit
maintenu.
9. Une « facilité » de financement par l’Union européenne de
4 millions d’euros est actuellement mise en œuvre avec les pays
du Partenariat oriental de l’Union européenne dans le cadre d’une
série d’activités multilatérales. En outre, un lien est actuellement
établi entre la nouvelle Politique de voisinage de l’Union européenne
et la Politique du Conseil de l'Europe à l’égard des régions voisines
afin de soutenir conjointement les processus de réforme dans les
Etats de la zone méditerranéenne, en fonction de la demande de ces
Etats et selon une approche ciblée. Un « Programme du Conseil de
l'Europe pour le renforcement de la réforme démocratique dans le
sud de la Méditerranée », financé par l’Union européenne à hauteur
de 4,8 millions d’euros, a été conclu le 17 janvier 2012 pour permettre
au Conseil de l'Europe de mettre en œuvre des activités avec le
Maroc et la Tunisie ainsi qu’un certain nombre d’initiatives régionales
avec ces pays dans le cadre
de ses « Priorités de coopération de voisinage ». D’éventuelles
interactions avec d'autres pays de la zone méditerranéenne sont
aussi à l’étude et des programmes conjoints avec le Kazakhstan,
financés par l’Union européenne, sont en cours d’élaboration. Ces
actions conjointes et les concertations régulières entre le Conseil
de l'Europe et l’Union européenne à propos des pays participant
à la Politique de voisinage de l’Union européenne illustrent le
rôle de référence que joue de plus en plus le Conseil de l'Europe
dans le contexte des politiques extérieures de l’Union européenne.
10. En outre, le Comité des Ministres souligne que l’ouverture
d’une délégation de l’Union européenne auprès du Conseil de l'Europe
à Strasbourg, conséquence de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne,
et la consolidation du Bureau de liaison du Conseil de l'Europe
à Bruxelles, qui s’inscrit dans la réforme de l'Organisation, facilitent
grandement le renforcement de la coopération. En outre, des initiatives
comme l’organisation conjointe, récemment, de stages de formation
sur le Conseil de l'Europe, destinés au personnel de la Commission
européenne et du Service européen pour l’action extérieure, et celle
de manifestations publiques facilitées par le Bureau de liaison
de Bruxelles, contribuent notablement à accroître la visibilité
de l'Organisation et du partenariat avec l’Union européenne et seront
développées plus avant.
11. Le Comité des Ministres se félicite de l’amélioration de la
coopération de l'Assemblée avec le Parlement européen et de sa détermination
à développer davantage leurs relations et, en particulier, à poursuivre
les travaux de leur organe informel commun créé en vue d’améliorer
la circulation de l’information entre les deux instances parlementaires.
Il prend acte de l’intention de l'Assemblée de maintenir les échanges
de vues, les activités conjointes et l’échange d’informations entre
ses membres et ceux du Parlement européen au niveau des commissions.
12. Enfin, le Comité des Ministres prend note de la proposition
de l'Assemblée d’examiner plus à fond la question de l’adhésion
de l’Union européenne au Statut du Conseil de l'Europe, déjà recommandée
en 2006 dans le rapport Juncker intitulé « Conseil de l'Europe –
Union européenne : une même ambition pour le continent européen ».
Le Comité rappelle qu’il s’agissait pour M. Juncker d’un objectif
à long terme, qui devrait être discuté le moment venu.