C Exposé des motifs, par Mme Carina
Ohlsson, rapporteure pour avis
1. Tout d’abord, permettez-moi
de féliciter Mme Béatrice Fresko-Rolfo
pour l’excellent rapport qu’elle a préparé pour la commission sur
l’égalité et la non-discrimination et qui arrive à point nommé.
2. Les chiffres sont plus que choquants: malgré tous nos efforts,
des millions de filles mineures (pour la plupart) sont mariées de
force chaque année
Note. Le Conseil de l'Europe, notamment
son Assemblée parlementaire, est en première ligne de la lutte contre
cette grave violation des droits humains
Note.
Il y a lieu de souligner une fois de plus que le mariage forcé constitue
de fait une violation des droits humains (
Amendements A
et C), de peur que d'autres droits (comme les droits
culturels) ne prévalent.
3. L'élimination des mariages d'enfants, forme la plus répandue
des mariages forcés, fait partie des objectifs de développement
durable des Nations Unies
Note. Cela s'explique par le fait qu'un enfant
ne peut pas être considéré comme ayant exprimé son consentement
plein, libre et éclairé au mariage avant l’âge de 18 ans (
Amendement B). Malheureusement,
en novembre 2014, dans une recommandation générale/observation générale
conjointe, le Comité des Nations Unies pour l'élimination de la
discrimination à l'égard des femmes et le Comité des droits de l'enfant
des Nations Unies sont revenus sur la recommandation fixant à 18 ans
l'âge minimal du mariage, pour autoriser les mariages à 16 ans en
cas de circonstances exceptionnelles
NoteNote.
Je me réjouis que Mme Fresko-Rolfo n'ait
pas suivi cette recommandation, préférant maintenir les normes européennes
plus strictes
Note.
4. Il faut en effet comprendre qu'il est très difficile – même
pour une personne de 18 ans, et encore plus pour une personne de
16 ou 17 ans qui vit peut-être encore chez ses parents – de résister
à la pression familiale. Comme l'a souligné Mme Rosmarie
Zapfl-Helbling (Suisse, PPE) dans son rapport rédigé en 2005 sur les
mariages forcés et les mariages d'enfants, au sujet des mariages arrangés: «Il
se peut fort bien que l’environnement familial soit tellement fort
que le choix se trouve induit par l’éducation ou le respect des coutumes.
Il est vrai qu’entre pression et manipulation psychologique, la
différence peut être ténue. La subtilité des notions se trouve dans
le fait de savoir si l’on peut parler d’un consentement libre et
éclairé et dépend dans une large mesure de l’environnement socioculturel.
Seule une analyse fine et détaillée permet d’appréhender la situation
particulière de la personne concernée
Note.»
5. Mme Zapfl-Helbling plaide donc
pour que les mariages d’enfants âgés de moins de 18 ans soient,
par principe, interdits car à ses yeux, il n’y a pas de raison valable
pour légitimer un mariage précoce (cette position a été adoptée
par l’Assemblée). Les mariages d’enfants contractés à l’étranger
ne devraient pas non plus être reconnus. Cependant, Mme Zapfl-Helbling
y voit une exception: un enfant qui est la victime d’un mariage précoce
devrait se voir accorder l’ensemble des droits auxquels il pourrait
prétendre en tant qu’épouse ou époux dans la mesure où il s’agit
de droits auxquels il ne pourrait prétendre par ailleurs. Cette
position a également été adoptée par l'Assemblée en 2005 – je pense
qu'il convient d'énoncer clairement que la position de l'Assemblée
sur ce point n'a pas changé (Amendement E).
6. En conclusion, les mariages forcés (y compris les mariages
d'enfants) violent les droits fondamentaux de chacune des victimes
et ne se justifient en aucune façon. Il est urgent d'adopter des
mesures appropriées en Europe, comme le recommande le projet de
résolution. Je souhaiterais vous demander votre soutien pour cette
résolution, et pour sa mise en œuvre dans chacun de nos États membres:
chaque épouse mineure est une victime de trop.